En attendant la rentrée littéraire...
"Une tyrannie commence toujours par un décervelage intensif"
Philippe Sollers.
Devoirs de vacances : sur le sujet, le livre « Petit déjeuner chez Tyrannie » et le « Jourde et Naulleau » sont bien sûr à lire ou relire.
Photo prise ici
On critique souvent l'Amérique, on a parfois tort, un écrivain qui vit dans une caravane, qui cumule deux boulots pour tenir le coup peut devenir un auteur de « best-sellers » mondialement connu, juste parce que quelqu'un a eu envie de donner sa chance à un manuscrit, à l'histoire et à l'écriture originales, envoyé à une maison d'édition alors que lui venait de le coller à la poubelle : Stephen King pour ne pas le nommer et son premier roman, « Carrie ».
Sous nos cieux, il n'aurait pas eu une chance.
En France, c'est totalement différent, l'auteur qui n'a pas de réseau, qui ne connait pas grand monde sera lu par un stagiaire débordé qui reçoit cinq-cent romans et autres écrits par jour qui lira son ouvrage en quatrième vitesse et en diagonale pour dans 99,9% des cas renvoyer la fameuse lettre-type qui annonce combien sa lecture fût passionnante mais que pour l'instant la politique de la maison ne permet pas la publication de son œuvre très intéressante.
Rien ne change depuis la description des « gendelettres » par Balzac en 1843 ou des souvenirs littéraires des uns ou des autres.
Pour espérer être lu, il faut faire partie de la coterie, avoir la carte, et parler le même langage que le microcosme littéraire, en particulier employer les mêmes clichés d'écriture et de lecture. Cette coterie est extrêmement endogamique, et il vaut mieux avoir un bon stock d'obséquiosité pour pouvoir en faire partie, et une langue épaisse afin de bien lécher le séant des roitelets de ce milieu ou leurs bottes. Avoir des aptitudes sexuelles et ne pas être dégoûté par les hommes mûrs et ayant des heures de vol, est bien entendu un « plus » non négligeable.
On peut en apercevoir les sous-couches qui la composent du fait des clichés utilisés.
Il y a les auteurs « populaires », les meilleurs employés du mois des maisons d'édition, souvent mal vus de la critique qui pense, enfin, c'est surtout un jeu de dupes car la critique qui pense sait très bien qu'un article assassin de sa part contribuera à faire vendre un « best-seller » populaire de Marc Lévy, qui a un « slog » et non un « blog » tenu par un stagiaire anonyme, Guillaume Musso, qui a lui aussi son pseudo site personnel, voire Anna Gavalda ou Philippe Delerm, qui aime bien les sentences à contenu vaguement philosophique quand il parle de lui.
Ici, le « public a toujours raison », si les livres sont vendus à des milliers d'exemplaires, c'est que le livre est forcément bon, prétendent ces écrivains de « Relais H », s'ils sont populaires c'est que le public a forcément bon goût, alors que celui-ci peut très bien avoir un goût de chiottes. Dans les romans des deux premiers, l'homme est toujours traumatisé par un amour de jeunesse qu'il va retrouver, il fait partie de la « upper class » pour faire rêver le chaland, qui s'identifie à ses problèmes ou névroses distingués de riche architecte, écrivain, homme d'affaires, mais con-cerné par la planète, etc...(rayez la mention inutile).
Le soleil est toujours chaud et a toujours la même couleur ambrée. Et les avions sont de grands oiseaux argentés.
Le héros adore regarder la mer d'une terrasse d'un loft ultra-moderne vers San Francisco ou New York. La femme qu'il aime est toujours une femme moderne, on insiste bien sur le fait qu'elle dort toute nue, et oublie parfois de mettre une culotte, ce qui en fait à la fois une salope et une romantique, jusqu'à la midinette.
Dans les livres des deux derniers auteurs de la première sous-couche, on se veut simple et proches des préoccupations des « vraigens » de tous les jours. La famille des personnages principaux est toujours recomposée, et l'on est gentil jusqu'à l’écœurement et la mièvrerie dans ces familles. Les auteurs de ces livres, qui ne sont pas forcément antipathiques, les auteurs et leurs livres veux-je dire, ont de l'authenticité la même conception que celle que l'on trouve dans les téléfilms pour toute la famille ou des créatifs de pub pour « produits bien de chez nous » fabriqués un peu partout sauf chez nous.
A ce lien, un auteur propose d'autres clichés dont certains recoupent ceux décrits ici bien que l'on ai le droit de ne pas être du tout d'accord quant à son appréciation d'Audiard. En fait l'auteur de ces clichés semble faire partie de la deuxième sous-couche des « gendelettres », celui où l'on a des prétentions de toutes sortes, littéraires bien sûr, mais aussi politiques, on s'engage selon le sens que la girouette des idées à la mode indique, des vanités personnelles très développées. Il faut comprendre que dans cette sous-couche, à entendre ceux qui en font partie, on a affaire à des phares de la pensée chargés de guider et d'éduquer le bon peuple qui n'a rien demandé.
Entre le premier et le deuxième milieu décrit, nous citerons les écrivains populaires à prétention provocatrice ou « trash » :
A savoir qui parlent de leurs diverses coucheries, des drogues qu'ils ont prises, de leur vie nocturne saupoudrée d'un peu de nihilisme mondain pour se donner un genre « dandy désespéré ». Beaucoup de petits garçons sages et de petites filles qui ne l'ont pas moins été se rêvent ainsi trainant leurs déprimes de privilégiés qui meurent d'ennui à ressasser leurs névroses chics..
Cela les console d'avoir été dociles à l'école.
Dans cette sous-couche, on ne parle pas italien, on parle la « langue de Dante » ou « de Fellini » (dire ça permet de suggérer qu'on a lu le premier et qu'on a vu les films du deuxième ce qui est rarement le cas), on ne comprend pas l'anglais, on est « amoureux de la langue de Shakespeare ». N'importe quel auteur un peu fantaisiste est un surréaliste, et de toutes façons les écrivains traitent toujours du sujet que l'on a décidé qu'ils traitent, ainsi Ionesco dans « Rhinocéros » ne parle-t-il que du nazisme alors que sa pièce traite de l'instinct grégaire de l'être humain dans les dictatures, toutes les dictatures mais aussi dans notre « société de progrès ».
C'est très important de montrer que l'on est contre le nazisme dans les clichés de langage à employer. C'est pratique de mettre cela au premier plan car cela permet de traiter le contradicteur de « fasciste » ou de « nazi » et de couper court à toute discussion qui pourrait remettre en cause les lieux communs déversés par tombereaux et particulièrement appréciés de cette deuxième classe de cultureux littéraires et montrer que l'on ne connait rien aux livres dont on prétend parler.
A ce propos, un petit rappel de la « loi de Godwin » qui s'applique dés que l'on injurie l'interlocuteur en le soupçonnant de faire partie des extrèmes.
On ne parle surtout pas de l'Amérique, on est fasciné par « les contradictions de ce continent dont nous avons dépossédé les indiens », par exemple, on est sous le charme de New York car c'est une ville réputée intellectuelle et faite pour les gens cultivés depuis Woody Allen dont les films sont pourtant des satires de ce milieu, satire qu'ils n'ont donc pas saisie ni comprise (c'est aussi l'hypothèse de Laurent Dandrieu sur le sujet).
Il ne faut pas trop dire de bien dans l'Amérique qui est le grand Satan, il faut prétendre en explorer surtout les marges, les « oubliés du rêve américain » selon la formule consacrée. Ce n'est pas que c'est critiquable de parler de ses marges et des oubliés de l'« American Dream », les auteurs (comme Nik Cohn ou Hunter Thompson et Lester Bangs)qui le font sont souvent les plus intéressants, mais là encore il s'agit surtout pour l'habitant qui loge dans la deuxième sous-couche de se montrer sous son meilleur jour.
Un livre doit être « exigeant » à lire, cela sous-entendrait-il qu'il soit incompréhensible dont mal écrit ? (Ne pas oublier de citer Proust pour se faire bien voir à ce moment là, ou Albert Cohen, ou Duras)
C'est plus que cela implique que son lecteur est quelqu'un d'intelligent et de sage car il lit des livres difficiles à lire. C'est la première règle de ce milieu, ce qu'on lit, ce qu'on voit au cinéma, ce qu'on écoute, permet de toujours ramener à soi et de donner une image flatteuse tout comme leurs engagements qui sont finalement très bien-pensants, épithète qui est aussi parfois un cliché, mais dans ce cas, il convient. : le racisme c'est mal, la France est diverse et multiculturelle, on est farouchement anti le Pen, cet épouvantail utile de l'anti-fascisme en peau de lapin depuis vingt-cinq ans, ou Sarkozy, ce qui revient à faire de la publicité pour les deux car parler de ces individus c'est toujours parler d'eux, même si c'est en mal.
Le plus insupportable de cette coterie toujours pompeuse et grandiloquente dans son expression c'est le mépris qu'elle affiche pour ceux qui disposent d'un statut social moins enviable, qui n'ont pas de réseau ou de cour personnelle de lèche-culs, des « losers » à leurs yeux, ou qui ne daignent pas sombrer dans les mêmes lieux communs sur la littérature.
Car finalement, ils sont de gauche oui, mais restent des bourgeois au fond d'eux , avec les préjugés allant avec et un complexe de supériorité grand comme le Ritz.
C'est la suite de cet article et de celui-là.
Ci-dessous, ce que ça, donne quand un de ces phares de la littérature et de la culture est remis en cause...

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Oui Foufouille, et ils le démontrent tous seuls.
19/08 15:21 - Amaury WatremezJ’attendais ce genre de commentaire Pierre, c’est généralement le genre (...)
19/08 15:20 - Amaury WatremezCar finalement, ils sont de gauche oui, mais restent des bourgeois au fond d’eux , avec (...)
19/08 14:43 - foufouille"Car finalement, ils sont de gauche, oui" Votre infortune littéraire ne peut être que due à un (...)
19/08 14:29 - Pierre de ViennePour éviter la littérature des Relais H... http://www.la-breche.com/catalog/in...
19/08 08:38 - jaja
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