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Accueil du site > Tribune Libre > Karachi : l’ex-juge Bruguière doit-il rendre des comptes (...)

Karachi : l’ex-juge Bruguière doit-il rendre des comptes ?

Dans cette affaire d’une grande tristesse et qui ne sent pas bon du tout, il y a un homme qui est régulièrement cité mais qui semble passer entre les gouttes : l’ex juge anti-terroriste Jean-Louis Bruguière. On parle bien de son attitude trouble, mais il ne fait pas les gros titres comme si on parlait de lui puis que l’on passait à autre chose sans s’appesantir.

Si vous disposez d’une heure de temps je vous conseille fortement de regarder avec attention cette émission d’arrêt sur images (@si) dirigée par Birenbaum en présence de Magali Drouet, fille d’une des victimes, Nicolas Beau de Bakchich.info et Fabrice Arfi de Médiapart.
 
Il est inutile de rappeler les faits car ils ont abondamment été développés par Olivier Bonnet (ou moi-même) ici à Agoravox. Les principaux personnages mis en cause sont Edouard Balladur, Jacques Chirac, François Léotard, Nicolas Bazire, François Pérol, Renaud Donnedieu de Vabre et Nicolas Sarkozy. Et on parle d’un autre personnage qui, pourtant, a eu un rôle déterminant car c’est lui qui a mené cette enquête le juge anti-terroriste Jean-Louis Bruguière. Or s’il est cité, la presse semble glisser sur lui comme de l’eau sur un poisson. Et pourtant. Oui, et pourtant s’il y a des implications directes des politiques dans cette vente d’armes au Pakistan, la principale personne responsable de la recherche de la vérité afin que justice soit faite c’est bien le juge en charge de l’enquête. Ceci veut dire en terme clair que si les politiques ont voulu étouffer ou détourner cette affaire le principal artisan de cette ignominie en serait sans conteste le juge en charge de l’enquête et ce juge s’appelle Jean-Louis Bruguière.
 
Dans cette vidéo on reste ébahi de ce que raconte Magali Drouet la fille d’une des 14 victimes de cet attentat du mois de mai 2002. On est ébahi et aussi scandalisé. De fait l’affaire bascule quand elle passe des mains du juge Bruguière aux deux juges Yves Jannier et Marc Trévidic après que le premier est devenu candidat UMP aux élections législatives. Il faut noter au passage deux éléments importants : l’étiquette de ce juge (UMP) et la candidature de Burguière qui était illégale (source Wikipédia) ce qui a contraint le Conseil supérieur de la magistrature à obtenir sa démission de la magistrature en juin 2007. On peut donc légitimement se poser la question de savoir si le juge n’avait pas été candidat si cette affaire n’aurait pas été enterrée. Définitivement. Mais elle bascule en deux temps en vérité. Le premier temps est ce changement de magistrat, le second lorsque les familles des victimes décident de changer d’avocat. Le précédent semblait se contenter de la situation telle qu’elle était allant même jusqu’à dire à Magali Drouet, selon ses propres termes, qu’elle(s) commençai(en)t à l’emmerder avec cette histoire. On appréciera cette sortie. Le changement d’avocat fait suite à plusieurs conversations avec Guillaume Dasquié lors desquelles elle découvre qu’elle peut avoir accès au dossier ce que, semble-t-il, ni l’association SOS attentat, ni, ce qui est tout aussi étrange si ce n’est plus, son avocat n’avaient averti les familles des victimes.
 
C’est donc la combinaison du changement de juges et de la lecture par ces juges de l’article de Médiapart qui change l’orientation de cette affaire et du changement d’avocat qui cette fois-ci rend médiatique cette affaire. L’Elysée, par l’intermédiaire d’un des conseillers a bien tenté de détourner Magali Drouet d’aller plus loin lui disant qu’il ne fallait pas croire tout ce que disait la presse, car, voulant sans doute préserver son état psychique, elle risquait de devenir folle en somme à se casser la tête avec des hypothèses plus farfelues les unes que les autres. Et ce conseiller est devenu blanc quand il a découvert que le nouvel avocat était maître Nicole qui s’est distingué dans au moins deux affaires : le juge Borel et la scientologie. Le premier cas est également une affaire d’état avec possible implication du gouvernement au plus haut niveau de Djibouti et du gouvernement français pour avoir pu bloquer la justice et détourner la vérité d’un assassinat qui paraît de plus en plus vraisemblable vers la thèse d’un suicide. Le second n’est lié qu’indirectement à l’Elysée avec les déclarations douteuses de madame Mignon ex-conseillère de Sarkozy qui ne voyait aucun problème avec la scientologie et Tom Cruise éminent scientologue et proche de Sarkozy.
 
Le juge Bruguière doit donc des comptes et s’expliquer :
Pourquoi, alors que le procureur Debacq anti-terroriste s’oriente vers la piste pakistanaise ne s’oriente-t-il que vers la piste Al Qaida ?
Pourquoi (source Libération) alors que le 2 septembre 2002, Philippe Japiot, patron de la branche internationale du groupe, lui écrit pour que sa société se constitue partie civile : « C’est à raison de l’exécution de ce contrat que les onze ingénieurs et techniciens ont été assassinés [dans l’explosion du bus, ndlr] dans des conditions particulièrement odieuses et que douze de leurs collègues ont été gravement blessés dans l’exercice de leur mission. » ne poursuit-il pas cette piste ?
Pourquoi ne demande-t-il pas l’ensemble des pièces du contrat de la vente d’armes qui pourraient expliquer cet attentat ?
Pourquoi les premières pièces apportées au dossier par le procureur Debacq, dont plusieurs disquettes de photos émanant des services américains sous la direction de Bennett ont-elles été annulées et détruites ?
Pourquoi malgré ces destructions alors qu’il restait encore un e-mail de ce service américain indiquant que les autorités locales privilégiaient la piste pakistanaise n’a-t-il pas poursuivi dans cette voie ?
Pourquoi n’a-t-il pas convoqué monsieur Bennett ?
Pourquoi n’a-t-il pas cherché à reconstituer ces documents détruits et annulés - les documents originaux n’ayant eux pas été détruits - en respectant la voie légale si tant est que la voie prise antérieure étant illégale (il s’agit d’un problème de territorialité, le procureur de Paris ne pouvant paraît-il pas faire d’investigation hors du territoire français sauf que ces investigations avaient été faites dans l’ambassade de France à Karachi qui est par définition une extension de la France à l’étranger et bien située sur un sol déclaré français) ?
Pourquoi n’a-t-il pas demandé les notes des compte-rendus des réunions du pouvoir pour ces ventes d’armes alors que le dossier financier de celles-ci de la justice les avait dès mars 2002 ?
Pourquoi en sept ans n’a-t-il reçu que deux fois les familles des victimes ?
A-t-il reçu des ordres ou est-ce de sa propre initiative qu’il a décidé de se concentrer sur la seule piste Al Quaida ?
Sa candidature aux législatives comme candidat UMP a-t-elle une signification politique en tant que proximité du pouvoir ? Cette proximité a-t-elle eu une incidence sur ses décisions dans cette enquête ?
 
A ces questions nous pouvons en ajouter quelques-unes.
Par exemple au parquet : Pourquoi, selon vous, n’y a-t-il pas de faits nouveaux et que cette piste pakistanaise ne serait pas crédible alors que les juges en charge de l’affaire viennent de demander au ministère de l’armée de lever le secret défense ?
Par exemple à la justice et au pouvoir : Pourquoi les pairs de monsieur Bruguière compte tenu des nouvelles révélations, du moins des révélations publiques de cette affaire car ces éléments sont connus depuis 2002, ne convoquez-vous pas l’ex-juge Bruguière pour qu’il s’explique ? S’il advenait que les juges d’instructions soient supprimés, les affaires en cours seraient-elles retirées des mains de ceux qui les traitent ou cela ne concernera que les nouvelles affaires ?
Par exemple à la presse : Pourquoi cette affaire a-t-elle du mal à se développer quand on voit que le vol de Rio a tenu en haleine la France pendant plus de quinze jours ? Et pourquoi dans cette mayonnaise qui refuse de prendre le juge Bruguière passe-t-il entre les gouttes, même s’il est cité alors qu’il est évident qu’il pourrait être incriminé au premier chef dans le possible étouffement de cette affaire, sa responsabilité étant majeure et centrale, sa faute impardonnable ?
 
Il paraît en tout cas évident que cet ex juge ne peut pas ne pas répondre de ses actes et que la justice, s’il s’avère qu’il a délibérément détourné la vérité pour protéger des politiques, doit passer et que si sanction il doit y avoir elle doit être à la hauteur des enjeux.
 
Je vais conclure par un autre élément qui déborde le cas du juge Bruguière mais qui est une des parties passionnantes de cette émission. Cette affaire est vue différemment selon les personnes impliquées. Magali Drouet veut la vérité et peu lui importe que ce soit une lutte intra pakistanaise ou l’arrêt du versement des rétrocommissions qui soit la cause de la mort de son père et des 13 autres personnes, même si elle penche plus pour la seconde hypothèse. En revanche il est certain qu’il y a deux affaires imbriquées : la vente d’armes avec, il faut le rappeler, des commissions versées et une vente à perte. Ce dernier point ne sera jamais assez rappelé car il n’y avait aucun intérêt pour la France à vendre à perte. Cela implique au moins à demander au pouvoir de l’époque des explications pour ce genre de vente à perte. Et si des personnes ont déjà été jugées et condamnées pour cela, ceux qui en ont donné les ordres (Balladur, Bazire, Léotard et Sarkozy) doivent eux aussi être sanctionnés. Et dans un second temps il faut vérifier que cette vente précipitée et à perte ne l’a pas été pour obtenir des rétrocommissions afin de financer la campagne électorale de Balladur aux présidentielles de 1995. La seconde affaire est l’attentat pour lequel, après l’élimination de la piste Al Quaida, deux théories s’affrontent : une lutte intra pakistanaise (théorie Backchich) et la théorie (Médiapart) de l’arrêt des versements des commissions décidé par le pouvoir Chirac (confirmé par Charles Million) pour assécher les finances du clan de Balladur qui aurait bénéficié de rétrocommissions.
 
Chacun pourra se faire une idée à savoir quelle est la théorie la plus plausible sachant que l’on peut y voir également une combinaison des deux, et, si dans ce cas particulier c’est assez indécent d’utiliser une telle expression, de faire d’une pierre deux coups : punir en interne les pro-occidentaux et en externe punir les Français. En revanche je vais vous donner quelques éléments de réflexion. La théorie de la vengeance à cause de l’arrêt du versement des commissions est fragilisée par trois aspects : 88 % des commissions auraient été déjà versées, le délai supposé de 7 ans entre les contrats de 1994/1995 et l’attentat de 2002 et enfin la crédibilité de Thevenet. Prenons les points les uns derrière les autres et ensuite nous parlerons un peu de Nicolas Beau, fondateur de Bakchich.
- citer le montant de 88 % veut dire qu’il ne reste que 12 % de commissions ce qui ne serait que peu de chose finalement la majeure partie ayant été versée. Cependant il ne faut pas s’arrêter à un chiffre, il faut aller plus loin. Le premier point c’est que rien ne dit comment se répartissent ces 12 %. Il se peut que dans la chaîne de corruption (ce terme n’est pas pris au hasard puisque : La Cour des comptes pakistanaise boucle des investigations sur des pactes de corruptions passés par des officiers pakistanais avec des responsables français pour obtenir la signature du contrat des sous-marins Agosta 90B. Le 30 janvier 2002, lors d’une audience devant la première chambre de Rawalpindi, l’amiral en chef de la marine, Mansur ul-Haq, plaide coupable pour avoir reçu des Français près de 7 millions de dollars en guise de remerciement. Le chef du service de renseignement de la marine pakistanaise écope de sept ans de prison, et un capitaine de trois ans de prison.) la répartition du reste des sommes dues ne se fasse pas équitablement et que certains soient complètement ou en grande partie non rémunérés. Ce qui change l’aspect des choses. Enfin 12 % paraît être un pourcentage faible, mais comme le montant des commissions s’élevait à 100 millions de dollars cela représente quand même la bagatelle de 12 millions de dollars. Il y en a qui se fâchent pour moins que cela.
- le délai de 7 ans est effectivement un bon argument. Pourquoi attendre 7 ans pour se venger ? A cela il y a deux réponses possibles : La première est que ce n’est pas 7 ans mais moins puisque comme le dit Fabrice Arfi de Médiapart (voir en fin de vidéo vers 67’) l’arrêt définitif se fait en 1996, 1997. Restent quand même 5 ans. Ensuite le déclenchement pourrait avoir été initié par un changement radical au Pakistan même. Le 12 janvier 2002 Musharaf, président du Pakistan, annonce qu’il arrête de financer certains groupuscules de l’Isi (Inter Service Intelligence, services secrets pakistanais) qui jouent des doubles, triples jeux et soutiennent les terroristes islamistes. Le lien devient direct. N’ayant plus de financement, ceux-ci décident de récupérer ce qu’ils appellent « les dossiers impayés » dont ces fameuses commissions bloquées. Si cette théorie est vraie cela donne beaucoup de poids à celle de la vengeance car il y a un phénomène déclenchant et cela explique le délai.
- la crédibilité de Thévenet qui est un des principaux théoriciens dans cette affaire. Beaucoup mettent en cause la crédibilité de cet homme notamment Nicolas Beau. Principalement deux arguments sont mis en avant. Le premier est qu’il serait proche de Bertrand de la DGSE, le fameux Bertrand manipulateur et ses cahiers. Le journaliste de Médiapart dit lui que ce n’est qu’une affirmation gratuite ce à quoi Nicolas Beau ne répond rien. Ce que je veux dire c’est que Nicolas Beau n’apporte aucune preuve, il ne fait qu’une affirmation. De plus, et même si Thévenet était un proche de Bertrand, cela veut-il dire que tous les collaborateurs de Bertrand faisaient du travail de manipulation ? Le rapport de Thévenet est remis en septembre 2002 à Gérard Philippe Menayas, alors directeur financier de la DCNI filiale commerciale de la DCN. Nicolas Beau avec d’autres, considère peu crédible cette piste en raison du peu de fiabilité de Thévent et ce parce qu’il est poursuivi pour corruption dans sa façon d’obtenir des informations dans l’affaire des frégates de Taiwan. Ainsi ce que critique Beau est la méthode de l’obtention des éléments voulant par là associer cette méthode aux preuves elles-mêmes. Et pourtant lui-même en tant que journaliste il obtient des informations par des personnes qui passent outre la morale et la légalité pour les obtenir. Il fait donc en tant que journaliste, et garanti par loi qui protège ses sources, quelque chose de similaire à celui qu’il accuse. Certes il ne corrompt pas, mais il fait du recèle d’information obtenue illégalement. Son attaque, c’est-à-dire sa décrédibilisation serait valable s’il apportait non la preuve que la méthode d’obtention des renseignements et ou des preuves étaient illégales mais bien si ces éléments et ces preuves étaient des faux, de la manipulation. Et son attaque tend au contraire à crédibiliser les preuves car celui qui est accusé de corruption essaye d’obtenir des éléments cachés mais véridiques. Il y a donc une campagne de dénigrement de cet homme pour dénigrer ses conclusions. Enfin des éléments de cette fameuse note ont été confirmés par la suite comme le versements des commissions, les destinataires, les montants etc. Quant à moi j’ignore si ce qu’il a écrit en 2002 était juste, Médiapart semble dire que oui ayant fait de leur côté des vérifications après dans un premier temps avoir considéré cette note comme peu crédible, Nicolas Beau non.
 
Je termine donc avec Nicolas Beau qui m’a étonné dans trois passages de cette émission. Le premier est quand il demande à Magali Drouet ce que cela peut bien lui faire que ce soit une théorie ou bien une autre. Ce qui a fait bondir cette dernière. En effet, lui réplique-t-elle, c’est la vérité qui l’importe et le besoin de savoir. Or la question de Beau est ambiguë. Elle suppose que ce soit une version ou l’autre cela ne change rien et par extension quelle que soit la cause cela ne change en rien la mort de son père. Et par une autre extension que la vérité des responsabilités ne changera rien. En tout cas c’est comme cela je crois que l’a compris Magali Drouet. Le deuxième passage est lorsqu’il déclare qu’en fait l’arrêt du versement des commissions par Chirac serait plutôt une réorientation vers ses propres caisses des rétrocommissions. C’est un étrange raisonnement car si on arrête on ne peut réorienter. Dans cette histoire sa cible est plutôt Chirac. N’a-t-il pas dit que la responsabilité s’il y en avait serait celle de Chirac par son arrêt des versements des commissions ? Il faut noter qu’il est l’auteur d’un livre sur les comptes secrets de Chirac. Enfin le troisième passage que j’ai trouvé plutôt choquant c’est lorsqu’il prend la défense de Sarkzoy avec un argument qui en laisse tomber les bras. En gros Sarkozy a bien fait de répondre comme il l’a fait car il n’allait pas dire quelque chose comme : mais oui je suis au courant des commissions, et j’en ai même touchées. Cet argument est inique. Ce qui est reproché est le fond et la forme de sa réponse. La forme par un langage où il est difficile de suivre un fil cohérent et clair, le ricanement à sa plaisanterie, avec la presse complice, lorsqu’il dit que s’il y a à Bruxelles un braquage il est dans le coup. Et le fond : sa réponse pouvait être sobre : la justice doit suivre son cours. Point. Et surtout ce mot délirant de : « Karachi, c’est la douleur des familles, des trucs comme ça » en parlant des victimes. Des trucs ! C’est une insulte insoutenable. La défense de Beau ne tient pas la route une seconde. Faites vous votre jugement personnel, mais je voudrais ajouter qu’il est un ancien du Canard Enchaîné et que lors d’une interview à Arrêt sur images que j’ai vue intégralement il confirme que le journal a caviardé son article sur le cabinet d’avocats de Sarkozy, mais ce qui a retenu mon attention c’est ce passage assez étonnant pour quelqu’un qui devrait révéler toutes les turpitudes des élus et le prétexte que l’information était brutale pèse assez peu lourd et plaide plutôt pour sa diffusion plus que pour sa rétention quant à l’argument moral il est ici extra-terrestre. Cet extrait montre surtout l’extrême ambiguïté du rapport des journalistes avec les politiques y compris des journaux d’opposition comme le Canard enchaîné qui se muselle aussi parfois, et donc de journalistes. Il montre aussi la peur : Sarkozy est assez colérique et assez rancunier. On ne peut mieux dire ou mieux exprimer indirectement son auto-censure. Pour moi dans cette affaire l’attitude de Beau est ambiguë. Vous ferez de cet extrait ce que vous en voudrez : 
 
Daniel Schneidermann : « Ce que vous êtes en train de dire que si le Canard enchaîné n’a pas publié votre enquête sur les revenus de Sarkozy avocat, ce n’est pas pour ménager Sarkozy futur président, c’est pour ménager Sarkozy source ? »
 
Nicolas Beau : « Oui. Pour alimenter un journal comme le Canard, raconter des anecdotes, politiques du conseil des ministres, on doit avoir des sources à droite et à gauche.
 
Daniel Schneidermann : « Sarkozy est une source importante ? »
 
« Pas Sarkozy en personne, mais des gens autour de Sarkozy. Vous savez que Nicolas Sarkozy est assez colérique et assez rancunier. Si le Canard avait sorti une information qui était quand même brutale, ce n’était illégal d’avoir ces revenus, mais cela posait quand même un problème moral. »
 
Vignette, photo tirée du site verite-attentat-karachi.org
du site 
 

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18 réactions à cet article    


  • stephane 6 juillet 2009 13:08

    Commissions, rétrocommissions pour ces gens de l’UMP mais aussi non dénonciation par la gauche qui participa au gouvernement pendant cette période et dont le silence pèse aujourd’hui aussi lourd que celui des médias......


    Il y a quelques mois c’était une autre affaire de ventes d’armes dans laquelle étaient cités notamment Pasqua et Attali !

    Je me rappelle très bien de Sarkozy en campagne présent en Septembre 2006 à New-York pour les 5 ans du 11/09/01 aux côtés de son ami Bush .

    Comment, à ce niveau, un politicien français aurait pu ignorer le virement de l’ISI de 100000 $ à Mohammed Atta et ignorer aussi le rôle du Pakistan dans le 11/09 autant que dans l’affaire de Karachi....ainsi que les doutes qu’inspiraient les 2 versions officielles de ces affaires .

    La réalité de la nébuleuse Al Qaeda réside-t-elle uniquement dans le fait qu’elle sert à couvrir les agissements les plus abjects de nos propres gouvernements ? Quand on pense que toutes ces sommes transitent par des paradis fiscaux « blanchis » lors du dernier G20, la nausée n’est pas loin.....


    • Reinette Reinette 6 juillet 2009 18:08



      Collectif de familles de victimes décédées dans
      l’attentat du 8 Mai 2002 à Karachi




       FAMILLES CONSTITUANT LE COLLECTIF
      « VERITE ATTENTAT KARACHI »

      Famille BLED
      Cédric BLED avait 27 ans et était originaire de Cherbourg.
      Il avait un enfant.

       

      Famille DONNART
      Thierry DONNART avait 38 ans et était originaire de Hanvec.
      Il avait 2 enfants.

       

      Famille DROUET
      Claude DROUET avait 50 ans et était originaire de Cherbourg.
      Il avait 5 enfants.

       

      Famille LAURENT
      Jacques LAURENT avait 51 ans et était originaire de Cherbourg.
      Il avait 3 enfants.

       

      Famille LECARPENTIER
      Daniel LECARPENTIER avait 51 ans et était originaire de Cherbourg.
      Il avait 3 enfants.

       

      Famille LECLERC
      Jean – Yves LECLERC avait 51 ans et était originaire de Cherbourg.
      Il avait 2 enfants.

       

      Famille LECONTE
      Pascal LECONTE avait 41 ans et était originaire de Cherbourg.
      Il avait 2 enfants.



      « Qui peut croire une fable pareille ? C’est ridicule … »

      Non pas que nous ayons envie d’y croire, monsieur le Président, mais nous nous y autorisons de manière, nous semble t-il, légitime ! L’hypothèse d’un attentat perpétré en réponse à l’arrêt des versements de commissions s’impose à nous chaque jour un peu plus.

      De toute façon, si à l’issue de l’instruction, il s’avère que cette piste relève de la « fable », alors personne ne sera inquiété. Seules les familles de victimes s’en voudront d’avoir cru en une piste « grotesque » …

      Par conséquent, laissons les juges faire leur travail, librement, en toute sérénité et ne nous demandons pas pourquoi cette piste a été si efficacement occultée jusqu’ici …

      http://www.verite-attentat-karachi.org/


    • Reinette Reinette 6 juillet 2009 18:27

      Interrogé jeudi par France 3, M. Balladur a déclaré avoir certes “entendu parler de cette histoire depuis des années” mais souligné que tout, selon ce qu’il savait, s’était déroulé de manière “parfaitement régulière”. L’ENFLURE !



      On s’oriente nécessairement vers des actes de grande importance. Des personnalités politiques de premier plan vont être entendues”, a estimé Me Morice


    • nephilim 6 juillet 2009 13:41

      article interessant mais nous le savons tous il n’y aura pas d’enquête pas de résultats pas d’inculpations.
      Toute cette histoire va s’arreter à la mort de quelqu’un, ou à la disparition malencontreuse d’un dossier.
      Sarko s’en fiche il detient tout les pouvoir, il fait ce qu’il lui plait.
      Et nous et bien nous assistons impuissant à la fin de la republique Francaise pour devenir un etats unis bis dirigé par des cons de Néo-conservateurs, mais chuuuut les medias disent tous que c’est le meilleur d’entre nous, alors.....................sic


      • actuovore 6 juillet 2009 13:49

        Oula encore de nouvelles revelations sur Mediapart avec l’interview de Jean Claude Thevene, ex de la dst et l’auteur des fameux rapports Nautilus !! Il parle lui même « d’affaire d’état »

        http://www.mediapart.fr/journal/france/060709/affaire-karachi-je-suis-pris-dans-une-affaire-d-etat-nous-declare-claude-theve


        • Kim Kim 6 juillet 2009 14:08

          Les reseaux et les lobbys qui ont aidé Sarko a être élu sont les mêmes qui le protègent en toute circonstance. Tout cela fait partie d’un programme qui peu à peu fait dériver la France tel un radeau vers des terres qui lui sont inconnues et très hostiles. Tout le reste n’est que « fables ».


          • french_car 6 juillet 2009 14:34

            Clearstream étaient un leurre (d’appel sexuel comme dirait Villach ?), l’affaire, la vraie est celle de Karachi. VIllepin, Copé, Baroin et quelques expulsés du gouvernement pourraient faire bouger les lignes en vue de 2012...


            • alberto alberto 6 juillet 2009 14:46

              Frégates de Taïwan, sous-marins de Karachi, frégates d’Arabie, (des trucs en Australie) décidément ce couple Thales/DCNS est infernal !

              Vivement que le Président Sarkosy élargisse le champ du secret défense, supprime de juge d’instruction, et dépénalise le droit des affaires...Et qu’on n’entende plus parler de rien !

              Si on ne peut plus s’entre-corrompre tranquillement, où irions nous ? 

              D’ailleurs sur l’affaire Karachi, les médias font très bien leur boulot : ils regardent ailleurs !

              Enfin, merci à Imhotep d’entretenir l’info...

              Bien à vous.


              • astus astus 6 juillet 2009 15:00

                L’argumentation est brillante et les recoupements sont accablants pour le pouvoir et le juge Bruguière. Merci pour ce nouvel article très documenté et rigoureux qui renvoie nombre de journalistes de nos médias habituels au rang d’apprentis abêtis par la pétainisation galopante de notre pays.

                Le seul fait que l’état français ait accepté, en le sachant au départ, une vente à perte, montre à elle seule la perversion de ce système. Ils feront tout pour enterrer ce Watergate à la française et ce n’est pas parce que MAM ne voit « aucun inconvénient » à la levée du secret défense des documents relatifs à cette affaire qu’il faut se réjouir. C’est au contraire qu’il faut redoubler de vigilance, car c’est un leurre qui masque forcément autre chose...


                • Cogno2 6 juillet 2009 16:07

                  D’ailleurs sur l’affaire Karachi, les médias font très bien leur boulot : ils regardent ailleurs !

                  Oui, à croire que nous somme sous un régime de terreur, c’est ahurissant.
                  Au rythme ou ça va, dans quelques années, soit les français finissent lobotomisés, fichés, un code barre tatoué, une puce implantée... soit le troupeau de politicien hypocrites et mafieux fini au bout d’une corde, dans un bain de sang.

                  J’avoue être blasé par ce genre d’affaire, mais c’est un choix, sinon il ne reste qu’à faire sauter l’Elysée, ou à se pendre. C’est assez tendu comme équilibre, et il n’y a aucune garanti qu’à l’avenir, cet équilibre ne bascule.


                  • Imhotep Imhotep 6 juillet 2009 16:55

                    A propos de l’ex-juge Bruguière il faut ajouter qu’il s’est occupé également des moines de Tibéhirine affaire qui serait due à une bavure policière et que celle-ci aurait été étouffée tant par le gouvernement algérien que par le français. Le juge était Bruguière....


                    • astus astus 6 juillet 2009 17:43

                      Cette nouvelle information me paraissait si difficile à croire que j’ai suivi le lien fourni par Imhotep et regardé le site du Figaro d’aujourd’hui . Et voici ce qui est écrit :

                      "- 10 février 2004 : une information judiciaire pour « enlèvements, séquestrations et assassinats en relation avec une entreprise terroriste » est ouverte. Le juge antiterroriste Jean-Louis Bruguière est chargé de l’enquête.

                      - 25 juin 2009 : audition par le juge Trévidic du général François Buchwalter, qui évoque une « bavure »."

                      Apparemment tous les juges ne se valent pas. Oui, décidément le juge Bruguière doit rendre des comptes...


                    • Reinette Reinette 6 juillet 2009 18:11
                      ATTENTAT DE KARACHI
                      Le juge Bruguière reçoit
                      les familles de victimes
                      NOUVELOBS.COM | 24.11.2005 | 09:36
                      Le juge antiterroriste a fait état de « contraintes internationales » dans l’enquête sur l’attentat qui a coûté la vie à onze Français à Karachi en 2002.

                      http://tempsreel.nouvelobs.com/actualites/international/20051123.OBS6264/le _juge_bruguiere_recoitles_familles_de_victimes.html


                      • Reinette Reinette 6 juillet 2009 18:17
                        Ce qui provoque la colère des familles de victimes... Les explications de Franck Cognard (1’57")  

                        Les juges antiterroristes ont rencontré les familles des victimes, hier à Cherbourg. Car l’attentat de Karachi, le 8 mai 2002, avait fait 14 morts, dont 11 ingénieurs français qui travaillaient pour les arsenaux de la DCN de Cherbourg.
                        Un kamikaze s’était précipité sur le bus qui les transportait, à bord d’une voiture piégée. Le régime avait mis en cause des activistes islamistes ; en avait condamné deux à mort - avant que ces derniers ne soient finalement acquittés le mois dernier...

                        Précisions signées de Franck Cognard  (1’08")  

                        “La piste Al-Qaïda est totalement abandonnée.


                      • Marcel Chapoutier Marcel Chapoutier 6 juillet 2009 20:54

                        On peut sans exagérer le moindre du monde qualifier l’ex-juge JL Bruguière de « bonne à tout faire » de l’Elysée. Tout au long de sa trop longue carrière comme « Premier vice-président du Tribunal de Grande Instance de Paris, chargé de l’instruction et de la coordination de la section antiterroriste » de 1995 à 2007 il n’a eu de cesse de servir uniquement les intérêts de l’état français et certainement pas d’aider à la recherche et à la découverte de la vérité. Donc beaucoup plus un super flic qu’un vrai juge tant il a toujours quelque soit l’affaire (petite ou grosse) instruit à charge et utilisé systématiquement la mise en détention comme arme y compris contre le moindre suspect même en bordure lointaine d’une affaire de terrorisme (la fin justifie les moyens).

                         Il s’est fortement distingué (sur ordre, une affaire longuement préparée en haut lieu) en lançant des mandats d’arrêt internationaux contre les dirigeants rwandais en les inculpant pour avoir (soit disant) abattus l’avion du chef d’état rwandais Habyarimana événement déclencheur du génocide de 1994 au Rwanda et ce malgré l’incohérence de l’accusation. Bien sûr il ne s’agissait que d’une manœuvre afin de disculper des membres éminents de l’état français de l’époque 1994, président, 1er ministre, ministres, hauts fonctionnaires et militaires de haut rang tous mouillés jusqu’au coup dans un des pires génocides que l’humanité ait connu. Mais hélas (pour Bruguière) depuis l’affaire s’est dégonflée, les 2 principaux témoins sur lesquels le bon juge avait exercé un chantage se sont rétractés et l’arrestation en Allemagne de Rose Kabuyé, proche collaboratrice de Kagamé, a fini par un grand flop vu l’absence de preuve et du peu de témoignage.

                         Toutes les affaires dont s’est occupé ce juge zélé sont toute suspectes de parti pris, de magouilles, de fausses preuves, de pressions sur témoins, de vraies pistes jamais explorées car gênantes pour les dirigeants français. L’accusation d’agissement de groupuscules d’Al Quaïda a toujours été utilisée (comme en Algérie et au Pakistan) afin de faire taire les doutes que beaucoup d’observateurs émettaient. En un mot ce type a été une vraie catastrophe pour la démocratie et les citoyens français, il a reçu pour services rendus la permission de se présenter aux législatives dans le Gers (pour l’UMP bien sûr) mais les électeurs ne s’y sont pas trompé, échec retentissant. 


                        • BA 6 juillet 2009 23:14

                          En exclusivité pour Mediapart, l’un des hommes-clés de « l’affaire de Karachi » s’exprime pour la première fois. Ancien agent de la DST, Claude Thévenet est l’auteur des fameux rapports « Nautilus » révélant que l’attentat de mai 2002 contre des employés de la Direction des constructions navales (DCN) à Karachi, qui coûta la vie à onze Français, pourrait avoir eu pour cause le blocage de commissions, sur fond de guerre Chirac/Balladur.

                           

                          Quel a été votre parcours au sein des services de renseignements français ?


                          Mon premier contact avec ce monde date de mon service national, comme officier de renseignement de l’Escadron de chasse 2/30 Normandie-Niemen. Je souhaitais intégrer l’armée de l’air comme pilote. A la suite d’un accident, j’ai été jugé inapte « chasse » et j’ai opté pour une carrière à la Direction de la surveillance du territoire, où un ancien camarade de faculté m’avait dit pouvoir me coopter. Après l’Ecole de police, en 1976, j’ai été affecté à une division de la DST chargée de lutter contre l’ingérence et le terrorisme.

                           

                          Pourquoi avez-vous quitté la DST en 1991 ?


                          Pour des raisons personnelles. Je pensais avoir fait le tour de cette institution, certes estimable, et qui m’a beaucoup appris et apporté. Mais c’est un petit monde, un microcosme, qui a tendance à vivre de façon autistique. De plus, à l’époque, on ressentait une nette politisation de nos activités. Un ami, ancien numéro 2 du SDECE [Service de documentation extérieure et de contre-espionnage, ancêtre de la DGSE], m’a offert de travailler pour un grand groupe et m’a encouragé à créer mon cabinet d’intelligence économique.

                           

                          Comment en êtes-vous venu à travailler pour le compte de la Direction des constructions navales (DCN) sur l’attentat de Karachi, commis le 8 mai 2002 ?


                          Je travaillais déjà pour la DCNI, filiale commerciale de la DCN, depuis 1994/95. Mon contact régulier au sein de la DCNI, le directeur administratif et financier, m’a demandé, peu après l’attentat, s’il était possible de vérifier où en était l’enquête au Pakistan. Il souhaitait juste un aperçu, pas quelque chose de fouillé. Ce qui explique que je ne me sois pas rendu dans ce pays, que je connais bien par ailleurs.

                           Pourquoi la DCN vous a-t-elle confié des investigations « parallèles » alors que des services officiels comme la DST, la DGSE, mais aussi les justices française et pakistanaise, enquêtaient déjà sur l’attentat ?


                          Avec mon commanditaire, les choses n’étaient jamais très claires, mais j’ai cru comprendre que sa hiérarchie avait des doutes quant aux informations qu’elle recevait des services officiels. Elle craignait que, pour des raisons que j’ignore, elles ne soient déformées ou tronquées. A la réflexion, aujourd’hui, je me demande si mon interlocuteur, ou sa hiérarchie, n’était pas conscient des véritables causes du drame.

                           Combien de temps a duré votre enquête et quelle a été votre rémunération ?


                          De mémoire, elle a dû s’étaler de la mi-mai 2002 jusqu’au mois de septembre ou octobre, mais pas de façon continue. Concernant ma rémunération, je ne m’en souviens plus.

                           Etiez-vous habilité « secret défense » lorsque vous travailliez pour la DCN ?


                          J’étais habilité au « secret défense » ainsi que mon cabinet, TPM International, par le haut fonctionnaire de défense du ministère de la recherche, dans le cadre de mes activités pour le Centre national d’études spatiales (CNES). Je n’avais pas d’habilitation spécifique pour la DCNI, mais c’était rassurant pour elle de savoir que j’avais tous les « sacrements ».

                           Etes-vous allé au Pakistan pour mener à bien votre mission baptisée « Nautilus », et si oui, combien de temps, et quelles ont été vos sources ?


                          Non, je ne m’y suis pas rendu. Comme je l’ai dit, cela n’a pas été nécessaire. Par contre, j’ai eu, grâce à des amis journalistes libanais, des connexions au Pakistan, que je n’ai d’ailleurs pas toutes utilisées.

                           Avez-vous enquêté pour « Nautilus » comme vous l’auriez fait pour la DST – où vous avez travaillé de 1976 à 1991 –, ou était-ce différent ?


                          C’est difficile de comparer. Dans mon ancien service, tout était morcelé. Nous travaillions généralement sur une partie seulement d’un dossier. Mais, globalement, les techniques d’investigation, le modus operandi, sont les mêmes.

                           Quelles ont été vos sources, à l’origine de vos différents rapports « Nautilus » ?


                          Sur Nautilus, il a fallu d’abord trouver une (ou plusieurs) source(s) capable(s) de répondre à ces deux questions : qui est derrière l’attentat, que savent les autorités pakistanaises ? J’ai approché un ami, ancien officier du SAS (Special Air Service, unité antiterroriste britannique) qui avait fait ses classes avec le président pakistanais (de 1999 à 2008) Pervez Musharraf. Mais nous ne nous sommes pas entendus sur le règlement de ses prestations, notamment parce qu’il souhaitait se rendre à Karachi et à Islamabad et qu’il avait de grosses prétentions budgétaires. Je me suis rabattu sur un ex-agent du MI6 [l’équivalent anglais de la DGSE] que m’avait présenté, bien longtemps avant, un ancien du cabinet d’investigation anglo-saxon Kroll.

                           Que s’est-il passé alors ?


                          Je l’ai rencontré une première fois à Paris, fin mai ou début juin 2002, dans les salons d’un hôtel, pour lui soumettre ma problématique et lui remettre une avance. Je l’ai revu peu après, en Belgique cette fois, pour qu’il me remette ses premières conclusions. Ce sont celles qui figurent dans le premier rapport « Nautilus », de septembre 2002. J’ai été troublé, et c’est là que j’ai contacté un journaliste pakistanais, que je savais proche de l’ISI [les services secrets pakistanais], qui m’a confirmé que la piste d’un règlement de comptes anti-français, non imputable à la mouvance islamiste, était la piste la plus vraisemblable. Requestionné, l’ex-agent britannique du MI6 m’a affirmé qu’un membre du service de sécurité de l’ONU, qu’il avait rencontré, lui avait tenu les mêmes propos. Restait à savoir le pourquoi de cette attaque contre les intérêts français.

                           D’après nos informations, vous avez indiqué au juge Marc Trévidic qu’un journaliste français, Guillaume Dasquié, avait aussi fait partie de vos sources. Pourquoi un ancien agent de la DST comme vous a-t-il eu recours aux services d’un journaliste ?


                          D’abord, c’est un ami. Ensuite, c’est un excellent connaisseur de la mouvance terroriste, notamment d’Al-Qaida et de ses circuits de financement. Depuis mon départ de la DST, en 1991, je n’avais plus eu à m’occuper de ce genre d’enquête touchant au terrorisme : c’était plus la déstabilisation de groupes ou de produits à l’étranger, la concurrence déloyale ou les problèmes propres à la DCNI – dossiers pour lesquels je suis mis en examen. L’univers du terrorisme, Guillaume Dasquié semblait baigner dedans et y être à l’aise. C’est tout naturellement que je lui ai parlé du dossier. Il a pris connaissance de mes notes et nous avons beaucoup échangé à leur sujet.

                           Concernant Guillaume Dasquié, à quelle période exactement avez-vous eu recours à ses services ?


                          Je le connais depuis 1994 ou 1995. Nous avons souvent collaboré. Nous avons même été, lui et moi, récupérer, bénévolement, une jeune fille tombée dans un réseau de prostitution à Amsterdam. En ce qui concerne « Nautilus », j’ai dû le solliciter dès que j’ai eu les conclusions de l’ex-agent du MI6. Je serais incapable de donner une date exacte.

                           A-t-il été rémunéré pour ce travail ?


                          Non. Guillaume et moi avons eu une relation commerciale, via ma société TPM International, en 2003/2004, essentiellement pour des études à caractère financier. A cette époque, je vous rappelle que Guillaume n’était plus journaliste. Il était notamment directeur de recherche sur le terrorisme à l’Institut de relations internationales et stratégiques (IRIS).

                           Est-il l’inspirateur principal des rapports « Nautilus » ?


                          Non, pas du tout. A partir de l’hypothèse de base (ce n’est pas Al-Qaida), il fallait chercher qui et pourquoi. C’est là que nous avons commencé à collaborer et à chercher des pistes.

                           Hormis celui de Guillaume Dasquié, avez-vous livré le nom d’autres sources à la justice ?


                          M’attendant au battage médiatique qui allait suivre ma déposition devant le juge antiterroriste, je n’ai pas souhaité citer de nom sur procès-verbal.

                           En quoi les hypothèses que vous avancez dans « Nautilus » sont-elles crédibles, selon vous ?


                          Quant à l’attentat lui-même et à ses instigateurs, j’ai toujours été sûr de moi car tout se recoupait avec beaucoup d’autres informations allant dans ce sens, en particulier les prises de position de Randall Bennett [alors responsable du service de sécurité diplomatique de l’ambassade des Etats-Unis à Islamabad], la tentative d’attentat contre la femme d’un diplomate, l’affaire Pearl, etc. Enfin et surtout, ce qui m’a totalement convaincu, c’est le fait que la DGSE ait envoyé au Pakistan une équipe du SA [Service action] pour faire savoir de façon musclée à des responsables militaires pakistanais qu’on ne faisait pas chanter la France… Cette information m’a été rapportée par un ancien du Service action, rencontré fortuitement, et qui m’a fait part de cette mission, réalisée à une date non précisée. Pour ce qui est des circuits financiers, mes sources sont essentiellement des hommes d’affaires libanais et des journalistes du Moyen-Orient ainsi que, pour une petite partie, Guillaume Dasquié.

                           Pourquoi êtes-vous aussi affirmatif dans les différents rapports « Nautilus » ?


                          En ce qui concerne l’attentat, ce n’est pas la peine d’y revenir. Mais pour ce qui est des circuits financiers, si j’étais d’accord dans les grandes lignes avec ce que me disaient mes différentes sources, j’étais cependant sceptique sur les détails. J’en ai fait part à M. Trévidic, qui m’a laissé entendre que je ne me trompais probablement pas lorsque j’évoquais la piste des rétro-commissions, et qu’il détenait d’autres éléments allant dans ce sens…

                           Gérard-Philippe Menayas, ancien directeur financier de la DCN, a indiqué lors de son audition devant le juge antiterroriste Marc Trévidic, à propos d’une note « Nautilus » dans laquelle vous concluiez qu’« après de nombreux contacts, tant en Europe qu’au Pakistan, nous parvenons à la conclusion que l’attentat de Karachi du 8 mai 2002 a été réalisé grâce à des complicités au sein de l’armée et au sein des bureaux de soutien à la guérilla islamiste de l’ISI » : « S’il a écrit cela, il devait être certain de ce qu’il avançait. Il n’était pas du genre à écrire cela s’il avait des doutes. S’il avait des doutes, il aurait dit qu’il avait des doutes. » Est-ce exact ?


                          Avoir eu pour client pendant dix ans (1994/2004) la DCNI, institution qui n’est pas connue pour son philanthropisme, prouve que ses dirigeants appréciaient mon travail et le jugeaient de qualité. Je n’ai sûrement pas réussi tout ce qui m’a été demandé à 100%, mais j’ai toujours fait mon travail honnêtement, consciencieusement, en n’hésitant pas à faire part de mes doutes quand j’en avais.

                           Dans l’un de vos rapports, daté du 7 novembre 2002, vous évoquez des notes de la DGSE concernant les activités d’un intermédiaire libanais, Abdulrahman El-Assir, et de ses « relations financières » supposées avec l’ancien premier ministre Edouard Balladur. Vous rappelez-vous dans quelles circonstances vous avez pu consulter ces notes ?


                          Très sincèrement, je n’en ai aucun souvenir. Mais il ne fait pas de doute que si je l’ai écrit, c’est que je tenais ces informations de sources que je jugeais fiables.

                           Avez-vous le sentiment que l’affaire de Karachi touche aujourd’hui à la raison d’Etat ?


                          J’en ai bien peur, hélas. Je suis pris, à mon corps défendant, dans une affaire d’Etat. Et c’est d’autant plus triste que ces notes, qui n’étaient pas destinées à être publiées, font du tort à ma mouvance politique. Ce n’est un secret pour personne que je suis un ancien « jeune RPR », et aujourd’hui adhérent à l’UMP.

                           Et en 1995, vous étiez pro-Balladur ou pro-Chirac ?


                          Si vous voulez le savoir, j’ai voté Chirac…

                           Personnellement, avez-vous aujourd’hui toujours la conviction que l’attentat de Karachi, loin d’être l’œuvre d’islamistes fanatiques, fut en fait la vengeance de militaires pakistanais furieux que Jacques Chirac ait stoppé le versement de commissions, dont il soupçonnait qu’une partie était destinée à son rival de 1995 Edouard Balladur ?


                          Vous savez, je ne suis pas un brillant intellectuel capable de pondre des théories sur tout. Je me suis borné à lister un certain nombre de faits et à laisser mon client faire de mes notes ce que bon lui semblait. Ce que je crois, c’est que la vérité est plus complexe qu’on l’imagine. Je ne suis pas en mesure, aujourd’hui, de dire s’il y avait des avenants ou des clauses cachées dans les différents contrats de la DCNI. Laissons la justice faire son travail. Je crois que l’arrivée de M. Trévidic est une très bonne chose pour faire avancer la vérité, quelle qu’elle soit.

                           Posons la question autrement : la thèse d’un règlement de comptes politico-financier sur fond de guerre Chirac/Balladur que vous présentiez dans vos rapports « Nautilus » voilà sept ans vous semble-t-elle aujourd’hui moins, davantage, ou autant crédible ?


                          Je vous l’ai dit, je me suis borné à relater ce que j’ai trouvé et j’en assume l’entière responsabilité. Je ne recherche pas le scoop et la lumière, bien au contraire. Aujourd’hui, la tentative de déstabilisation dont je suis l’objet et le fait que M. Trévidic m’ait fait comprendre qu’il avait dans son dossier d’autres éléments allant dans le même sens confortent mon hypothèse de travail de base.

                           Est-il exact que vous êtes proche d’Yves Bertrand, l’ancien directeur central des renseignements généraux ?


                          Déjà, quand on connaît la rivalité qui existait entre la DST et les RG, on a dû mal à l’imaginer ! Mais je peux vous affirmer que je ne connais pas personnellement M. Yves Bertrand et que je n’ai jamais eu le moindre contact, sous quelque forme que ce soit, avec lui. Je ne comprends pas l’intérêt de propager une telle rumeur.

                           Le but paraît clair : laisser croire que vous êtes manipulé par les chiraquiens, dont M. Bertrand était proche, pour nuire à Nicolas Sarkozy, qui était directeur de la campagne d’Edouard Balladur en 1995…


                          Si c’est le cas, c’est mal me connaître car j’ai toujours refusé de travailler pour des hommes politiques, même si c’était bien payé. J’ai toujours œuvré pour des entreprises franco-françaises ou pour la défense d’intérêts nationaux. Je ne suis manipulé par personne, je trouve cela insultant de laisser entendre le contraire.

                           Pourquoi sortez-vous du silence aujourd’hui ?


                          Ce n’est pas de gaieté de cœur, mais je souhaite mettre fin à une campagne de rumeurs et de calomnies qui me fait beaucoup de mal. Après cette mise au point, je désire retourner là où j’aurais aimé rester : dans l’ombre, et me consacrer définitivement à l’écriture.

                          http://www.verite-attentat-karachi.org/?p=169


                          • georges 7 juillet 2009 08:49

                            l ISI revient decidement souvent sans l actualité terroriste depuis quelque années et on ne sait plus vraiment qui manipule qui dans ces contrées .

                            de plus en plus le pakistan me fait penser a l algerie (au moins les années 90 ) , la nature du regime et leur relation avec leur tuteur occidental (respectivement usa et france) sont pareillement ambigues et occultées par la raison d Etat ; la France aurait donc pu tenir compte du concours des americains pour l etablissement de la verité


                            • georges 7 juillet 2009 08:58

                              @stephane qui parle du cheque versé par l ISI a mohammed atta : d apres les medias indiens c est le chef de l ISI de l epoque qui aurait versé cette somme , hors ce general ahmad se trouvait en compagnie de jo biden - l actuel vice presieent americain - au moment des attaques .
                              la question pakistanaise et saoudienne est taboo concernant le 11 /09 et ce depuis le debut . une « protection » qui rapelle celle de l Etat francais envers l algerie apres le detournement de l airbus a marseille . ca chauffait entre les 2 Etats mais dans la discretion quasi absolue pour ne pas destabiliser les interets

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