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Karzaï, le Parrain de l’Afghanistan (8) : détournements d’aide humanitaire sur fond de démonstration militaire

Comme si le tableau n’était pas suffisamment noir, voilà que l’on apprend autre chose encore. Les amis des amis de Karzaï, disséminés sur tout le territoire, se sont servis à tous les étages. Et quand on dit tous, ce sont bien tous les secteurs de l’économie qui ont été la proie de leur avidité. Rien n’a échappé à leur rapacité, et encore moins l’aide humanitaire. Une aide humanitaire qui n’avait pas beaucoup effleuré G.W.Bush, qui avait tout simplement "oublié" d’en verser une à l’Afghanistan en 2003. Une aide détournée, par des moyens parfois difficilement imaginables : au bout , c’est le paysan afghan qui en pâtit. Et pour couronner le tout, comme si ça ne suffisait pas, on envisage soudain une offensive générale... qui sera de pure propagande. A défaut d’avoir les unes de quotidien qui "ouvrent" avec l’argent dilapidé, montrons-leur au moins à quoi sert l’argent que l’on fourni à profusion pour éradiquer les talibans du pays. Celui investi dans l’armée. Ce qui n’empêchera pas la presse de redécouvrir le "trou" gigantesque dans les finances afghanes, mais un peu plus tard, le temps que le Congrès et le Sénat US votent les réformes jugés indispensables et l’ajout de quelques milliers de soldats supplémentaires. Dans ce gigantesque théâtre d’ombres qu’est devenu l’Afghanistan, les mafieux dissimulateurs sont partout.

 
En mars 2008, Karzaï est contraint de démissionner le gouverneur de la province, pour corruption et trafic de drogue, note le Globe and Mail.. "En Mars, après des années de pression internationale, M. Karzaï a évincé Asadullah Wafa de son poste de gouverneur de la province de Helmand au milieu des allégations selon lesquelles il avait profité de l’opium de l’immense province et avait permis à la grande criminalité organisée de se répandre. M. Wafa a expulsé deux responsables britanniques de la province qui avaient lancé un programme pour obtenir la reddition des dirigeants Taliban. Après avoir été congédié, M. Wafa a été rapidement nommé le mois dernier à une nouvelle fonction : chef du département des plaintes, à la Direction générale de la sécurité nationale du bureau de M. Karzaï." Son remplaçant ? Gulab Mangal. Notons au passage que les deux expulsés souhaitaient faire la même chose que ce que souhaite aujourd’hui faire Karzaï. Mais en d’autres termes, bien entendu !
 
Le programme agricole de la région d’Helmand a été détourné en 2009 sous la présidence de Gulab Mangal. "...le programme a connu des difficultés l’année dernière, lorsque plusieurs de ses administrateurs importants ont été arrêtés pour corruption" raconte Suleman Shah Durrani. "Des milliers de noms fictifs avaient été ajoutés aux listes des bénéficiaires, permettant à ceux en charge du dossier d’endosser des dizaines de milliers de dollars pour eux-mêmes ; semences de blé de mauvaise qualité ont été distribués aux agriculteurs tandis que les bailleurs de fonds ont été facturés au maximum rétrocédant ainsi près de un million de dollars de profits illicites. Le scandale a miné tout le projet, en particulier chez les agriculteurs aussi, qui se sont vu refuser des prestations tandis que ceux qui avaient les connexions ont été en mesure d’encaisser des profits importants". Corruption évidente, sur une large échelle, sous les yeux du gouverneur en place, qui peut aussi postuler au rôle d’autruche. Mais une autre opération d’envergure a été lancée en ce début 2010...
 
Souvenez-vous : c’était début février dernier à peine : à grands renforts de séquences télévisées, les américains vont donner un coup de pouce au gouvernement Afghan en déclenchant "l’une des plus vastes offensives de la guerre", "pour en finir avec le dernier bastion des talibans" selon leurs propres dires. Sur le tapis, en effet , l’opération est gigantesque : 15 000 soldats, pas moins, sont réquisitionnés. Gros effets visuels : vues nocturnes de lancement de missiles, tirs à balles traçantes : très jolis effets. Claire Billet y ajoute une deuxième couche en parlant de la fouille des maisons... après une offensive d’une journée seulement. Après les faux paysans... une fausse offensive en Helmand, faite sous un tapage incroyable dans les les médias  : "les Marines ont reconquis Marjah" voit-on partout s’afficher !!! "la bataille de Marjah", "l’offensive contre les talibans", "les talibans opposent une forte résistance à Marjah", etc...On s’était crû deux minutes à Okinawa en 1945  !! Or, à bien regarder, qu’a-t-on vu, sinon une fausse guerre et de faux combats ; ou plutôt leur absence totale ? C’est Richard Greener qui décrit cette incroyable fausse reconquête en termes bien choisis. "Suite à cette annonce de "la plus grande victoire militaire de la guerre en Afghanistan", un visionnage rapide de la presse dans le monde entier, de la radiodiffusion et des services Internet ne détecte pas une seule photo montrant les soldats US ou les troupes de l’OTAN engagés dans une bataille avec un quelconque ennemi. Aucune vidéo TV n’a été montrée dans laquelle les forces des Talibans étaient visibles. Rien ne montrant des talibans morts ou blessés. Pas un seul combattant taliban capturé. Aucun prisonnier de guerre. Aucun "ennemi combattant". "Et Marjah - nous ont dit nos généraux - était pourtant le plus grand bastion des talibans en Afghanistan". Qu’est-il donc arrivé à ces Talibans ?" 
 
Pas une photo ? Si, mais de paysan, isolé, dans son champ, entouré de 5 soldats équipés de pied en cap et le tenant en joue. Avec une bonne légende, il devrait faire un taliban parfait ! Symptôme de cette mascarade complète, le premier homme politique à saluer l’offensive : c’est Dick Cheney ! " "La totalité des zones de Marjah et Nad Ali ont été prises par les forces mixtes et sont sous leur contrôle", a déclaré le général Aminullah Patiani, commandant en chef de forces afghanes dans le Sud, avant de se reprendre : "La presque totalité de Nad Ali et Marjah" sont sous contrôle. "Les talibans ont quitté la zone, mais la menace des engins explosifs artisanaux demeure", a précisé le général Patiani, qui s’exprimait à Lashkar Gah, la capitale de la province du Helmand, où est nichée Marjah."
 
En réalité, l’opération, appellée "Mushtarak", est du pipeau complet : il y aura plus de victimes civiles, du fait de bombardements à l’aveuglette, que de soldats tués. Pas un seul taliban ne sera fait prisonnier, et le chiffre de "27 tués" ne sera jamais confirmé. Ce qui n’empêche pas un officier US des Marines américains de clamer "que ses hommes rencontraient encore une résistance opiniâtre dans certaines poches du district de Nad Ali". Il n’y a pas eu un seul combat sur place, en réalité. Dans l’Humanité, on parle pourtant "d’offensive dangereuse", mais pas pour les soldats : pour les politiques américains, embarqués dans un énième mensonge. Le général anglais Nick Carter vient à la rescousse et en rajoute (trop) : "Nous nous attendions à ce qu’une fois que l’ennemi aurait repris son souffle, il augmenterait le degré de résistance, et c’est ce qui s’est passé". Il ne s’est rien passé du tout, il n’y avait aucun taliban en face ! Le journal décèle le fond du problème : "l’impopularité du régime Karzaï et de ses amis a nourri l’insurrection talibane tout autant que les bombes de l’Otan sur les civils. L’offensive de Marjah n’a pas échappé à la règle meurtrière. Une erreur de tir dans un bombardement attribué à l’Otan a coûté la vie à sept policiers afghans et en a blessé deux autres dans la province de Kunduz (au nord). Dimanche dernier, douze civils avaient été tués à Marjah par deux roquettes ayant manqué leur cible". Encore une fois, c’est pire que mieux comme bilan : en fait de Talibans, les soldats US n’ont rien trouvé de mieux que de tuer leurs alliés et la population civile, encore une fois ! Effet inverse que souhaité assuré !
 
La fausse offensive de Marjah... restera dans les annales comme une des plus grandes opérations militaires... de désinformation. Décrite par notre bloggeur impertinent, elle est évidente : c’est une mise en scène totale, dont les signes ne trompent personne. "La photo du lever du drapeau du responsable afghan, du porte-parole de l’OTAN et du Général McCrystal peuvent être trouvées dans les journaux, à la Télévision et à travers l’Internet. Jetez-y un œil. Il ya un seul, mât évidemment temporaire érigé dans un terrain vague, entouré dans la mesure ou l’œil peut voir, par un champ vide, plat, de terres nues. Pas une seule structure en vue. La légende, rapportée par les médias dans le monde entier, dit que la cérémonie a eu lieu dans "marché central de Marjah." Comme le centre commercial de l’Amérique, qui sait ? Ça ressemble plus à un putain de milieu de rien du tout !" En écho, le porte-parole taliban a vite fait de dire la même chose : "Un commandant taliban, le mollah Abdul Rezaq Akhund, a cependant raillé dimanche une "opération de propagande", et la "prise médiatisée par les télévisions d’un petit village" nous confirme Le Point. On était parti sur une grande bataille façon guerre du Pacifique, à en imaginer les soldats US fourbissant leurs lance-flammes pour faire déguerpir les talibans de leurs trous, on se retrouve avec Reagan en 1983 déclarant la guerre à l’île de la Grenade... Et encore : à la Grenade, il y a eu des combats ! "L’opinion publique américaine applaudit la puissance retrouvée des Etats-Unis", dit le commentaire du magazine consacré à l’invasion. 26 ans après, Barack Obama s’en est souvenu. 
 
En vidéo, à la chaîne du Pentagone, c’est encore plus ridicule : annoncé par la schtroumpfette en uniforme de camouflage comme une " grande reconquête", le reportage montre un cameraman qui n’ose même pas un seul plan général, qui aurait fait un peu trop réunion de buvette d’après match de division d’honneur. Et encore : en tout, il y a une cinquantaine de villageois à tout casser : on est loin de la Libération de Paris.... Pas de quoi vraiment... pavoiser ! Un long plan sur le drapeau, justement pas un pékin présent filmé, une interview express du général McCrystal, qui n’a rien à dire, et roulez jeunesse, c’était la "bataille de Marjah". Façon dépliant publicitaire du Pentagone... un sommet de ridicule, ou digne du temps d’un Rumsfeld ! Un blog US la résume de manière géniale, en reprenant la célèbre scène d’Iwo-Jima, où les Marines se mettent à plusieurs pour planter le drapeau US. A la place du drapeau, un immense pavot.
 
Marjah faussement reconquis, le gouverneur peut donc logiquement s’en délecter. Son image de marque espère bien y voir un coup de pouce. Enfin, pas longtemps : le lendemain même, des bombes explosent en pleine ville, ou plutôt des kamikazes munis de vestes explosives se font sauter. Les hôpitaux sont à nouveau pleins. Notamment celui d’Emergency (*), qui affiche fièrement à son entrée "pas d’armes à l"intérieur". Ce qui a l’art de rendre furieux notre gouverneur : cela pulvérise aussi toute sa communication de reconquête et de "pacification" que ses amis américains viennent de lui offrir. Demain, nous verrons comment il tous deux ont réagi. On s’en doute un peu, déjà.
 
(*) Le reportage Afghanistan Year 1380 datant de 2002 donne une excellente idée du travail fantastique de l’ONG italienne. 

Documents joints à cet article

Karzaï, le Parrain de l'Afghanistan (8) : détournements d'aide humanitaire sur fond de démonstration militaire Karzaï, le Parrain de l'Afghanistan (8) : détournements d'aide humanitaire sur fond de démonstration militaire Karzaï, le Parrain de l'Afghanistan (8) : détournements d'aide humanitaire sur fond de démonstration militaire Karzaï, le Parrain de l'Afghanistan (8) : détournements d'aide humanitaire sur fond de démonstration militaire Karzaï, le Parrain de l'Afghanistan (8) : détournements d'aide humanitaire sur fond de démonstration militaire Karzaï, le Parrain de l'Afghanistan (8) : détournements d'aide humanitaire sur fond de démonstration militaire Karzaï, le Parrain de l'Afghanistan (8) : détournements d'aide humanitaire sur fond de démonstration militaire
par morice vendredi 9 juillet 2010 - 138 réactions
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  • Par pastori (xxx.xxx.xxx.219) 9 juillet 2010 14:11

    encore un vaccin à trouver contre la fêlure cérébrale. c’est une affection grave et irrémédiable qui atteint les cerveaux déjà peu solides.
    elle se manifeste par le besoin maladif de jouer, en trouvant une cible et de la harceler, si possible en groupe et avec congratulations réciproques, car l’infantilisme implique la couardise (l’homme devient courageux en grandissant), et l’escalade.

    quand la cible épuisée rend l’âme, on tente d’en trouver une autre.

    ils appellent ça le jeu de trompe-couillon, et ça les met dans un état de jouissance telle que d’autres corps sains, mais qui présentent des pré-dispositions à la maladie, finissent par les rejoindre.

    il n’y a donc pour eux aucun de remèdes, mais il faut tenter d’en sauver d’autres de la contagion.

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