• samedi 26 mai 2012
  • Agoravox France Agoravox Italia Agoravox TV Naturavox
  • Agoravox en page d'accueil
  • Newsletter
  • Contact
AgoraVox le média citoyen
La fondation Agoravox
  Accueil du site > Tribune Libre > L’abstention en démocratie, une préférence avouée pour la tyrannie (...)
68%
D'accord avec l'article ?
 
32%
(43 votes) Votez cet article
  • Faire un don
  • Imprimer cet article
  • Marquer et partager

L’abstention en démocratie, une préférence avouée pour la tyrannie ?

 L’abstention aux dernières élections régionales des 14 et 21 mars 2010 a été abondamment commentée. Avec 53 % au premier tour, et 49 % au second, elle est loin des 16 % quasi incompressibles de l’élection présidentielle de 2007 et se rapproche des 70 % du référendum sur le quinquennat de 2000. Les candidats et les politiques se sont lamentés sur les énormes pertes de voix potentielles qu’elle entraîne. Quant aux sondeurs politologues, ils ont ressorti leur arsenal explicatif stéréotypé comme le manque d’enjeu mobilisateur ou la désaffection envers le personnel politique.

 
Une attitude commune complaisante envers les abstentionnistes
 
Il est curieux, cependant, d’observer chez les uns et les autres une attitude commune complaisante envers les abstentionnistes : celle-ci emprunte à la fois à celle du médecin penché sur le malade et à celle du professeur plein d‘empathie envers « l’élève en difficulté » selon l’expression trompeuse consacrée.
 
L’abstention électorale serait une sorte de maladie ou de handicap socioculturel dont le citoyen ne serait pas responsable, le pauvre ! La ville de Sarcelles en Seine-Saint-Denis, par exemple, a atteint 75 % d’abstention au premier tour. 
 
Les candidats n’hésitent pas à battre leur coulpe et à s’accabler collectivement, majorité et opposition réunies, pour assumer la responsabilité de ce désintérêt de l’électeur. Tantôt ils s’accusent mutuellement de l’avoir détourné de son devoir électoral par des attaques personnelles qui ont fait diversion et masqué les programmes. Tantôt ils adoptent la posture du professeur consterné de n’avoir pas réussi à intéresser ses élèves : ils n’ont pas su expliquer comme il faut leurs projets ni se mettre à la portée de l’électorat.
 
 Les sondeurs politologues ressassent, de leur côté, leur éternelle ritournelle sur le désintérêt de l’électorat pour les politiques, le doute répandu que leur l’usage du pouvoir suscite, voire la méfiance que provoque un discrédit né d’un écart entre les paroles et les actes. L’abstentionnisme électoral apparaît donc comme un symptôme bien naturel et logique, tout comme le désintérêt de l’élève est souvent présenté comme l’effet mécanique de son origine socioculturelle défavorisée et/ou d’un professeur ennuyeux. Dans les deux cas, l’électeur abstentionniste est traité en victime ou en consommateur et non en acteur responsable.
 
Un mépris affiché pour le régime démocratique
 
Or, pourquoi tant de précautions pour ménager l’électeur abstentionniste ? Celui-ci en prend-il envers le régime démocratique, qui, si rudimentaire et déficient soit-il, requiert parmi d’autres modes de participation du citoyen, son vote lors d’élections périodiques ? Cette victimisation et cette infantilisation de l’abstentionniste sont-elles acceptables ? Ne pas prendre la peine de se déplacer pour émettre un vote, qu’il soit nul, blanc ou en faveur d’un candidat ou d’une solution, est en fait encore un vote implicite, puisque parler ou se taire, c’est toujours livrer une information. Oui, mais quel vote ?
 
En se tenant volontairement à l’écart du contexte de la question posée à tous – le choix d’un candidat ou d’une solution en cas de référendum – l’abstentionniste manifeste d’abord son mépris global pour le seul régime qui sollicite l’émission libre d’un avis auprès des membres d’une société, la démocratie. Refuser de se déplacer, ne serait-ce encore une fois que pour voter nul ou blanc quand le choix proposé est jugé insatisfaisant, revient à préférer implicitement un régime qui ne sollicite pas les électeurs et se moque de leur avis : la tyrannie, en effet, se passe des opinions de ses sujets ou les exhibent dans des simulacres démocratiques de consultations électorales pour se travestir aux yeux du monde sous des oripeaux toujours plus présentables de la démocratie.
 
La démocratie, un régime tantôt en construction tantôt en destruction
 
 On objectera que cette imputation est abusive : tous les abstentionnistes ne peuvent être confondus avec les partisans de la tyrannie que l’on relève aussi parmi les candidats et les votants. Leur conduite ne serait qu’une manière de rejeter un fonctionnement démocratique défectueux à leurs yeux. Pourquoi pas ? Mais dans ce cas, le remède choisi est pire que le mal : s’abstenir, qu’on le veuille ou non, revient à rejeter les procédures du régime démocratique. Et attendre que la démocratie d’un pays atteigne un degré de développement suffisant pour émettre un vote, c’est prendre le risque d’attendre longtemps.
 
Jamais la démocratie ne sera achevée : elle est en perpétuelle construction ou destruction selon les forces en présence. Une chose est sûre : l’abstention contribue à sa destruction. Car elle rassemble dans un pot-pourri les opinions les plus contraires. Aucune d’elles ne peut être clairement déchiffrée puisque les prétendus partisans de la démocratie et les tenants de la tyrannie font souvent cause commune dans une commune abstention. Cet acte de mépris ne s’adresse donc pas seulement aux choix proposés, mais au système politique lui-même qui périodiquement sollicite les avis des citoyens. L’abstentionniste est bien le fossoyeur de la démocratie.
 
On peut comprendre que les candidats s’abstiennent de le brusquer : entre les deux tours d’un scrutin ils ne désespèrent pas de l’attirer aux urnes. Mais l’excuser et l’exonérer de ses responsabilités en les rejetant sur les candidats est la pire des éducations. Ce n’est pas parce que les élèves se désintéressent d’un cours que la responsabilité en incombe obligatoirement au professeur. Celui-ci pourrait être le meilleur qui soit sans rencontrer plus de résultats face à des élèves que le travail rebute. Apprendre nécessite, en effet, de faire des efforts. La démocratie est un régime politique qui exige aussi des citoyens un minimum d’efforts pour participer au gouvernement de la cité : le vote est une des modalités d’action offertes. En regard, la tyrannie est moins fatigante puisqu’une oligarchie décide de tout à la place de ses sujets dont l’abstentionnisme est même exigé comme une vertu, y compris en le déguisant par des scores de quasi unanimité quand elle choisit de singer la démocratie. 
 
Paul Villach
 
par Paul Villach mercredi 24 mars 2010 - 81 réactions
68%
D'accord avec l'article ?
 
32%
(43 votes) Votez cet article

2 moyens pour donner

Don défiscalisé 10€ ou plus

Obtenez une réduction fiscale de 66% avec un e-reçu. Un don de 10 € ne vous coûte que 3€40.

Grâce à votre aide, AgoraVox peut continuer à publier plus de 1000 articles par mois. En donnant à la Fondation AgoraVox, vous offrez un soutien à la liberté d'expression et d'information.

Les réactions les plus appréciées

  • Par PhilVite (xxx.xxx.xxx.123) 24 mars 2010 11:05
    PhilVite

    Puisque, selon vous, nous sommes en démocratie, veuillez nous expliquer, Monsieur le Professeur, ce qui c’est passé au congrès à Versailles le 4 février 2008. (Et accessoirement, montrez-nous la valeur donnée à la voix du peuple qui s’était exprimé sur le même sujet le 29 février 2005.)
    De quelle démocratie parlez-vous ?
    Si nous étions en démocratie, l’abstention serait naturellement marginale. Mais quand on lui renvoie à la figure que sa voix compte pour rien, on ne peut pas s’étonner que le peuple ne veuille plus participer à ce jeux de dupe.
    La démocratie est à instaurer. Et ça ne se fera pas par les urnes.

  • Par Vilain petit canard (xxx.xxx.xxx.66) 24 mars 2010 11:07
    Vilain petit canard

    Je serais assez d’accord avec Lucilio : l’abstentionnisme est un symptôme plus qu’une cause. Que ça soit un signe de mépris envers le régime, certainement. Que la solution soit de voter, encore plus certain. Mais voter pour qui ? Tant que le Système ne nous imposera que des baltringues jouant à s’opposer comme des marionnettes, que choisir ?

    On nous a imposé Sarko face à Ségo, histoire que les gros actionnaires dorment tranquilles. On a éliminé Bayrou, on ne sait pas trop bien pourquoi. On nous place DSK comme le concurrent préféré des Français à Sarko 1er. C’est le Grand Prix d’Auteuil.

    Et alors, vous voudriez qu’on vote pour qui ?

  • Par faxtronic (xxx.xxx.xxx.45) 24 mars 2010 12:13
    faxtronic

    " Apprendre nécessite, en effet, de faire des efforts. La démocratie est un régime politique qui exige aussi des citoyens un minimum d’efforts pour participer au gouvernement de la cité"

    Tu te prends pour quoi Villach ??? Tu crois que les abstentionnsites sont des cretins qui ne votent pas par ignorance ???
    Notre "democratie" n est plus une democratie mais un theatre democratique, qui a encore les attributs exterieurs, mais pus sa raion d etre car la France n a plus aucun pouvoir souverain. Donc la France (independante) n existant plus, sa democratie n existe plus. Je ne vote plus car je considere que la France n est plus une democratie reelle. Autant alors qu elle ne le soit plus vraiment.

  • Par Philou017 (xxx.xxx.xxx.156) 24 mars 2010 10:52
    Philou017

    Article convenu, indignation facile, absence de réflexion sur le fond.

    "s’abstenir, qu’on le veuille ou non, revient à rejeter les procédures du régime démocratique. Et attendre que la démocratie d’un pays atteigne un degré de développement suffisant pour émettre un vote, c’est prendre le risque d’attendre longtemps."

    La démocratie n’est pas en développement, mais en pleine régression. La bureaucratie ultra-libérale de l’Europe impose de plus en plus ses diktats, au depend de la souveraineté des peuples. Le libéralisme impose ses règles de fonctionnenemnt et sa logique au monde économique et donc politique. La finance qui tient les gouvernements par le pouvoir du fric, s’engraisse et spécule à qui mieux mieux sur le dos des peuples. Logiquement, la droite et la gauche font la même politique, et du reste n’ont plus aucun projet politique consistant à proposer. Les medias ressassent sans cesse la justification des politiques mises en place, tout en rejetant tout vrai débat.

    Aujourd’hui, voter ne revient qu’à choisir quelques options secondaires, à choisir un type de discours plutôt qu’un autre. la Démocratie est devenue un miroir aux allouettes, juste bon à faire croire au bon peuple qu’il a encore du pouvoir.
    S’abstenir, ce n’est pas rejeter le vote démocratique, c’est affirmer que dans le contexte actuel, il ne sert plus à grand chose. Rejeter ce système sans issue est la seule attitude saine et qui est en fait une défense de la démocratie
     
    "Jamais la démocratie ne sera achevée : elle est en perpétuelle construction ou destruction selon les forces en présence. Une chose est sûre : l’abstention contribue à sa destruction. "

    Le système actuel Français, Européen et mondialisé est une mécanique ultime et impitoyable de la destruction de la démocratie. De plus en plus de Français le comprennent et ne vont pas voter. A défaut d’être révolutionnaire, cette attitude témoigne d’une prise de conscience que je trouve satisfaisante.

Réactions à cet article

Ajouter une réaction

Pour réagir, identifiez-vous avec votre login / mot de passe, en haut à droite de cette page

Si vous n'avez pas de login / mot de passe, vous devez vous inscrire ici.


Faites un don

Les thématiques de l'article

Palmarès

Agoravox utilise les technologies du logiciel libre : SPIP, Apache, Debian, PHP, Mysql, FckEditor.


Site hébergé par la Fondation Agoravox