• dimanche 26 mai 2013
  • Agoravox France Agoravox Italia Agoravox TV Naturavox
  • Agoravox en page d'accueil
  • Newsletter
  • Contact
AgoraVox le média citoyen
La fondation Agoravox
  Accueil du site > Tribune Libre > L’accord européen sur la discipline budgétaire, ou le traité sur (...)
29%
D'accord avec l'article ?
 
71%
(14 votes) Votez cet article
  • Faire un don
  • Imprimer cet article
  • Marquer et partager

L’accord européen sur la discipline budgétaire, ou le traité sur l’asservissement des peuples au mondialisme

Il y a tout juste un mois j’écrivais un article sur la mise en place de la dictature européenne, en insistant notamment sur la mascarade des innombrables « sommets de la dernière chance ». Celui de la semaine dernière fut aussi ridicule que les autres, mais ne donne pas envie de rire au vu de la gravité du traité européen qui a été décidé par l’oligarchie, et du cynisme de leurs déclarations à la presse. 

« Le 14ème sommet de la dernière chance » 

Je pourrais presque recopier le premier paragraphe de mon article précédent tel quel : une semaine d'intenses négociations, un 14ème sommet exceptionnel de la dernière chance, 9h d’intenses négociations, des déclarations triomphantes mais vagues, un accord signé au petit matin les traits tirés, un président « déterminé », des poignées de mains ostentatoires, des conseillers élyséens qui s'effondrent « exténués »... Les formules choisies par la Pravda sont mélodramatiques, ridicules et caricaturales, au risque de rater leur objectif : nous faire verser une larme devant la force de travail de ces gens qui se décarcassent pour nos intérêts.

La vérité est moins romantique. Ce sommet, qui a réunit tous les membres de l’UE pour faire joli, a en réalité été négocié entre Merkel et Sarközy, avec le soutien de Van Rompuy, Barrosso et Draghi. Les médias révèlent naïvement que Nicolas Sarközy et Angela Merkel se sont enfermés avec David Cameron avant le dîner d'ouverture du sommet. Cela ressemble étrangement à la fessée qu’a prise Papandréou lors du dernier G20 et à la suite de laquelle il a abandonné son référendum et a été remplacé par un homme de Goldman Sachs.

La presse officielle s’obstine néanmoins à essayer de nous faire croire qu’il y a des « profonds désaccords » entre les « partenaires européens » sur le fonds. En vérité les grandes lignes du traité ont très certainement été ratifiées lors du dernier meeting du groupe de Bieldeberg : au sommet de la pyramide tout le monde s’accorde sur le fait qu’il faut plus de contrôle centralisé, plus de sanctions, et moins de démocratie. Il y a simplement un désaccord, sur la forme, qui est intrinsèque à la culture des deux pays qui le négocient : l’Allemagne ne veut pas monétiser à tour de bras car elle aime unmark euro fort et une inflation faible, alors que Sarközy aime la faiblesse et veut faire tourner la planche à billet à plein régime comme le fait son idole Ben Shalom Bernanke, président de la Fed. Même si Hervé Morin a la malhonnêteté de déclarer que « la BCE devrait être en situation d'acheter de la dette des Etats », c’est bien évidemment ce qu’elle fait déjà et que Merkel voudrait ralentir : cela fait plus de 18 mois que la BCE achète seule les obligations qu’aucune autre banque ne veut, même pas la Fed ou la Banque centrale de Chine : Grèce, Italie, Portugal, Irlande, et même France. Merkel refuse donc les euro-obligations car elle sait que la BCE devrait créer des milliards ex-nihilo pour acheter ces obligations.

 

Fidèles à elles-mêmes également, les désormais célèbres agences de notation ont réitéré la même stratégie qu’à leur habitude avant les grands sommets européens : tirer à vue avec leurs dégradations de notes pour mettre la pression et faire apparaître comme indispensable le MES, montage financier grossier destiné à renflouer leurs amies les banques. La veille du sommet Moody’s dégradait BNP, Société Générale et Crédit Agricole, et Fitch parlait de « récession » pour l’Italie. Au même moment une agence américaine pratiquement inconnue et dont les annonces n’ont jamais défrayé la chronique a fait la Une en dégradant la France. Au lendemain de l’accord, Moody’s « s’inquiétait » des banques Tchèques en publiant une perspective négative, et Fitch menaçait les régions espagnoles. Pour accélérer l’arrivée du tout puissant MES, deux jours avant le sommet, Standard & Poor’s a mis le FESF en perspective négative, expliquant que l’Europe n’en faisait pas assez.

Sémantique de la peur et du sauvetage héroïque

La veille de l’accord, le Figaro écrivait, non sans humour, que l’issue des négociations dépendrait du « doigté » de Herman Van Rompuy, « l’homme des compromis impossibles », et se demandait avec sincérité s’il y aurait ou non abandon de souveraineté nationale.

Les titres de la presse propagandiste décrivaient aussi un « sommet de tous les dangers », ou encore un « carrefour de tous les dangers ». Pour ceux qui n’avaient pas encore assez peur, on expliquait que les Anglais « haïssent l’Europe ». La Pravda oublie de préciser que les Anglais en question détestent l’oligarchie qui a pris le pouvoir des mains de la démocratie, et non pas l’Europe. On pouvait ainsi lire, à propos de ces gens « haineux », qu’ils ont été « galvanisés » par l’attitude de David Cameron qui a opposé son veto à une modification des traités de l’UE, et que leur « haine » se traduit par l’outrecuidance de leur demande d’organiser un référendum sur la sortie de l’UE. Une sémantique d’ordinaire réservée aux électeurs du Front National français. 

« Les grands architectes du nouvel accord européen annoncé tôt ce matin font part de leur optimisme » 

A l’issue du sommet, les déclarations de l’oligarchie européenne sont sans détours. Selon Mario Draghi , cet accord constitue « la base pour un pacte budgétaire avec plus de discipline dans les politiques économiques des États membres ». Vous êtes prévenus : cela ne fait que commencer. Les déclarations des autres oligarques s’embarrassent de moins en moins de chichis elles aussi et sont plus que claires quant à la nature de l’Europe qui se profile pour 2012 : une dictature.

Un proche de Merkel, cité par le Figaro, explique : « Nous avons compris que, sans modifications des règles, rien n'empêche un pays de revenir sur ses engagements une fois que des actions de sauvetage ont été menées. » José Manuel Barroso, chef de la Commission européenne, déclare que « nous devons tout ­faire [...] pour garantir l'irréversibilité de l'euro. » Tout cela n’est pas sans rappeler les propos tenus par Jacques Attali sous les applaudissements de « l’université participative » de Ségolène Royal sur la crise de l’euro, le 24 janvier 2011 : « On a fait en sorte que sortir ce ne soit pas possible. On a soigneusement oublié d’écrire l’article qui permet de sortir. Ce n’est peut-être pas très démocratique mais c’était une grande garantie pour rendre les choses très difficiles ». Le président du Conseil européen, Herman Van Rompuy, a lui déclaré « vouloir voir le traité signé début mars au plus tard, et peut-être plus tôt ». Sa majesté veut, que sa volonté soit faite. 

Les declarations du Président Nazi Nagy Bocsa sont consternantes mais révélatrices. Le président hongrois ne s’embête même plus à mentir en racontant qu’il espère que cet accord va rassurer ses concitoyens, faire sortir l’UE de la crise, résorber le chômage, apporter la paix dans le monde... Il déclare simplement, et ce sera son dernier commentaire aux journalistes : « J'aimerais penser que cet accord va calmer les marchés » ! La ministre du Budget (quel cynisme, quand on vient de nous expliquer que notre budget est sous tutelle de la Commission) Valérie Pécresse est d’accord avec son maître : elle espère, non pas que la France recouvre sa souveraineté budgétaire, mais « que l'accord trouvé au sommet européen de Bruxelles sera bien accueilli par les agences de notation ». Même conclusion de Christine Lagarde, directrice générale du FMI : « Rassurer les investisseurs, c'est notamment leur dire que plus jamais nous ne ferons appel aux capitaux privés lorsqu'il y aura un pays en difficulté ». Si après ça vous pensez encore que ces gens-là travaillent pour vos intérêts... 

Le traité sur la constitution d’une dictature européenne

La mascarade tragi-comique de la semaine dernière a abouti à un « accord » sur un nouveau traité européen gravissime qui s’applique aux 17 pays membres de la zone euro, plus six pays « volontaires » : la Bulgarie, le Danemark, la Lettonie, la Lituanie, la Pologne et la Roumanie. L'Irlande a indiqué qu’elle pourrait passer par un référendum pour ratifier le traité, ce qui ne manque pas de piquant quand on se souvient où Nagy Bocsa leur a glissé leur denier référendum. La république Tchèque et la Suède disent qu’elles doivent consulter leur parlement, et la Hongrie et la Grande-Bretagne l'ont refusé. Les mesures de ce traité, qui doivent être appliquées au plus tard en mars 2012, sont : 

· Le budget des états sous tutelle de la Commission européenne via la règle d’or et des sanctions en cas de déficit budgétaire supérieur 0,5% du BIP. (les sanctions seront automatiques si le déficit dépasse 3%). Cela fait 37 ans, depuis le vote de loi Rothschild en 1973, que le budget de la France est constamment en déficit : pour la France les sanctions tomberont donc dès l'entrée en vigueur du traité et signifieront plus de rigueur, c'est à dire augmentation des taxes et baisses des budgets de l'Éducation, Santé, Retraites etc. La Commission, qui jouit déjà des pouvoirs législatif et exécutif sur tous les états de l’UE, va remplacer nos ministères du Budget. Les pays qui ne respectent pas ce pacte de stabilité pourront être traduits devant la Cour européenne de justice (CEJ). En outre, la « règle d’or » va devoir être inscrite dans la Constitution française. C’est donc la République qu’on viole en inscrivant la « rigueur budgétaire » aux côtés de : « La France est une République indivisible, laïque, démocratique et sociale. Elle assure l'égalité devant la loi de tous les citoyens sans distinction d'origine, de race ou de religion. Elle respecte toutes les croyances. Son organisation est décentralisée.  »

· Le secteur privé ne sera plus mis à contribution. Ce n'est pas une blague de mauvais goût : les banques, qui sont régulièrement renflouées avec de l'argent public, n'auront plus à "aider" les pays qu'elles ont coulé financièrement comme elles ont « aidé » la Grèce en acceptant une décote de 50% sur leurs créances. Ce point est d’un cynisme sans limites et un gros crachat dans nos faces de « 99% » : l’UE interdit purement et simplement les plans de restructuration de dette d'Etats défaillants.

· Le Mécanisme européen de stabilité (MES), fonds anti-constitutionnel qui a nécessité une modification du traité de Rome en douce, sera géré à la majorité qualifiée (85%) et non plus à l'unanimité. Cela signifie que le droit de veto est retiré aux petits pays qui ne pèsent pas beaucoup dans les votes. De plus, le montant d’argent volé aux contribuables et injecté dans ce puits sans fonds va être augmenté (actuellement 500 milliards d’euros). Seuls Merkel, Nagy Bocsa et Goldman Sachs, qui disposent de plus de 15 % des voix, conserveront un droit de veto de fait.

· Le Fonds européen de stabilité financière (FESF) et le MES (qui succèdera au FESF en juillet 2012) seront gérés par la Banque centrale européenne (BCE). Cette décision a été prise sur proposition du président de la BCE, Mario Draghi. Je rappelle que personne à la BCE n’est élu, qu’aucune des décisions qui y sont prises n’est démocratique de près ou de loin, que son président est nommé pour 8 ans et n’a de comptes à rendre à personne.

La farce du FMI

Le FMI a promis de « participer aux efforts » de la zone euro. Là où l’histoire devient cocasse c’est que pour ce faire les banques centrales européennes vont devoir renflouer le FMI à hauteur de 200 milliards d'euros. Ainsi, les banques centrales prêtent au FMI pour qu’il puisse prêter aux Etats et donc à leurs Banques Centrales. Cette astuce permettra au FMI de percevoir quelques pour cents d’intérêts au passage, afin d’aider à accélérer la tiermondisation de la zone euro : le FMI avait déjà l’Afrique et l’Asie du sud sous sa tutelle ; il a maintenant trouvé le moyen de menotter l’Europe aussi.

L’autre raison de ce prêt au FMI c’est que, selon le grand maitre de la BCE, Mario Draghi, il serait « contraire à l'esprit des traités européens » qu'une Banque centrale finance directement la dette des États. Par contre il est apparemment tout à fait normal qu’une banque centrale, au lieu de préter à son propre pays directement et à taux 0, prête au FMI pour qu’il lui prête à intérêt.

Le cas du Royaume Uni

Le premier ministre britannique David Cameron a refusé l’accord de Merközy, arguant que « les intérêts du Royaume-Uni n'étaient pas préservés ». Cameron conditionnait en fait son accord à des dispositions spécifiques pour Londres, concernant la liberté des échanges, des transactions financières, l’ouverture des marchés, et les taxes sur les transactions financières proposées par Nagy Bocsa et Merkel (taxe Tobin). On comprend donc que quand Cameron parle des intérêts du Royaume Uni, il veut dire en fait « les intérêts de la City ». 

« Je ne pouvais pas présenter ce nouveau traité devant nos banquiers notre Parlement" David Cameron 

La City c’est le deuxième poumon, avec Wall Street, de la bête immonde qui nous asservit depuis des décennies. Les plus grandes banques du monde y sont basées, elle a vu la naissance d’un grand nombre des instruments financiers les plus néfastes, et la faillite de la Grèce a été organisée depuis les bureaux londoniens de Goldman Sachs. On sait également que la raison pour laquelle le RU a bénéficié d’un régime spécial pour ne pas entrer dans la zone euro est que la City et son puissant lobby ont fait comprendre à l’Europe qu’elles voulaient garder leur propre monnaie, forte et dont la politique monétaire est décidée à Londres. Rien d’étonnant, donc, à ce que le RU bénéficie encore une fois d’un régime spécial et échappe à l’ « accord ».

Nicolas de Nagy Bocsa avait d’abord déclaré qu’il voulait absolument un nouvel accord à 27, mais par une heureuse coïncidence la Commission européenne a finalement accepté un traité à 17. La Commission explique au passage qu’un traité entre États « simplifie la tâche » et « raccourcit les délais » par rapport à « la réécriture fastidieuse des textes européens »...et de la constitution des états. Organiser des élections et consulter les peuples est également très fastidieux, et on préfère logiquement la nomination des chefs d’états parmi les copains, ce qui simplifie la tâche et raccourcit les délais.

**********

La haute finance et la crise - Pour aller plus loin :

Le Nouvel Ordre Européen : de la crise à la dictature :

http://www.agoravox.fr/tribune-libre/article/le-nouvel-ordre-europeen-de-la-104518

 La mascarade de la Dette souveraine : 

http://www.agoravox.fr/actualites/economie/article/pourquoi-la-dette-n-est-pas-le-100634

 La renaissance programmée de Lehman Brothers :

http://www.agoravox.fr/actualites/economie/article/lehman-brothers-n-est-pas-morte-103204

 Informations sur Goldman Sachs :

http://www.agoravox.fr/actualites/economie/article/une-manipulation-de-goldman-sachs-103910




par RogerTroutman vendredi 16 décembre 2011 - 6 réactions
29%
D'accord avec l'article ?
 
71%
(14 votes) Votez cet article



2 moyens pour donner

Don défiscalisé 10€ ou plus

Obtenez une réduction fiscale de 66% avec un e-reçu. Un don de 10 € ne vous coûte que 3€40.

Grâce à votre aide, AgoraVox peut continuer à publier plus de 1000 articles par mois. En donnant à la Fondation AgoraVox, vous offrez un soutien à la liberté d'expression et d'information.

Les réactions les plus appréciées

Réactions à cet article

Ajouter une réaction

Pour réagir, identifiez-vous avec votre login / mot de passe, en haut à droite de cette page

Si vous n'avez pas de login / mot de passe, vous devez vous inscrire ici.


Faites un don
Palmarès

Agoravox utilise les technologies du logiciel libre : SPIP, Apache, Debian, PHP, Mysql, FckEditor.


Site hébergé par la Fondation Agoravox

Mentions légales Charte de modération