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L’affaire des prothèses mammaires empoisonnées – ce qu’elle dit sur la société

 Il arrive que l'on ait envie de faire dans le futile, le frivole, et pourtant, en lisant, en regardant les reportages sur certains faits divers qui paraissent être complètement accessoires, comme celui des prothèses mammaires de la firme P.I.P, on se dit que des faits apparemment superficiels en disent long, plus long que bien des traités de sociologie savants.

 Edwige Ligomèche, porteuse de prothèses défectueuses, est décédée lundi probablement des suites d'un empoissonnement du à du silicone au contact duquel son organisme a contracté un lymphome. La présidente de l'association des Porteuses de Prothèses PIP (PPP) et son médecin expert seront reçus le 14 décembre au ministère de la Santé pour étudier diverses solutions quant à ce problème.

 Dans notre société spectaculaire, que l'on soit de droite, de gauche, au centre, aux extrêmes bords ou nulle part, ce qui compte réellement en toute fin, c'est l'apparence de réussite, et tous les objets totémiques qui vont avec, des objets indispensables que l'on voit en arrière-plan de la plupart des feuilletons passant sur les chaînes de télévision, des émissions de « coaching » diverses et variées (étrangement dans les intérieurs que l'on y voit il n'y a jamais de bibliothèques, ou alors dans l'appartement d'un « méchant »).

Entre autres exemples :

 L'I-pad dernière génération, le téléphone cellulaire avec les perfectionnements les plus modernes, la GROSSE bagnole, et la blonde au volant qui va avec (on dirait que les filles blondes toutes sur le même modèle visiblement que l'on trouve souvent au volant des 4X4 ou des S.U.V soient en prime avec le monstre routier grand consommateur d'essence), et bien sûr, un physique refait, voire amélioré selon les normes en vigueur, avec entre autres détails un tour de poitrine de « 95D » bien marqué, même si celui-ci est trop rond et trop ferme pour ne pas être suspect.

 Soyons clairs, pédagogiques et didactiques, en même temps, ce n'est pas que l'auteur de ce texte rechigne à apprécier les charmes d'une gorge pigeonnante, des seins en forme de poire ou de fraise, bien au contraire, mais il trouve que des « œufs au plat » ont aussi leur attrait.

 Pour avoir ce physique standardisé, qui est celui d'une poupée Barbie grandeur nature (certains en rêvent consciemment et font tout pour y arriver), synonyme de réussite sociale, les femmes doivent se plier à un arbitraire quant à leur corps largement bien pire que celui que l'on a pu reprocher à la religion catholique comme il est d'usage de le faire maintenant, ceci dit en passant.

 En effet, les femmes se sentent obligées pour satisfaire aux standards impliqués par les conceptions modernes de la beauté de conserver par tous les moyens, ou d'acquérir, par la chirurgie ou la médecine, le même physique qu'elles avaient juste après leur puberté, portant aux nues le physique des mannequins anorexiques qui défilent en faisant la gueule sous le feu des projecteurs, et dont le visage, et le reste, sont de plus systématiquement retouchés par « photoshop ».

 Quitte à ce que leur corps et ce qu'elles font de leur personnalité ne soit plus qu'un « Perfect Lie », ainsi que l'évoque la chanson du générique de « Nip/Tuck » (écouter ci-dessous), qui en dit plus que tous les épisodes du feuilleton par ailleurs racoleur et un peu trop tiré par les cheveux. La vérité et la liberté ne sont plus des valeurs bien importantes en 2011, elles sont mêmes largement accessoires bien loin derrière la soumission à l'apparence.

 Bien sûr, dans le cas d'une personne ayant dû subir l'ablation d'un sein suite à un cancer, on comprend tout le sens de ce genre d'intervention chirurgicale qui permet à une femme de retrouver un physique plus agréable à ses yeux et ceux de la personne qu'elle aime. Mais il est évident que la plupart du temps, ces opérations sont surtout décidées du fait de comportements névrotiques de ces femmes vis à vis de leur corps, névroses induites par la société spectaculaire, le matraquage publicitaire, la télé-réalité pour les plus jeunes qui aiment bien s'identifier à des minets et « bimbos » décérébrés ainsi qu'on leur enjoint de le faire, sans aucun recul ni capacité de réflexion sur les conséquences de leurs adulations.

 Il faut dire que les cobayes volontaires « téléréels » sont comme les autres soumis en toute docilité aux machines et gadgets qui les entourent sans se poser aucune question, et aux diktats actuels concernant l'apparence et le look. Finalement, un « petit » fait divers comme celui-là montre encore l'ampleur de la crise morale, sociale et individuelle qui secoue notre société où l'enveloppe est plus importante que ce qu'elle contient...

par Amaury Watremez (son site) samedi 10 décembre 2011 - 35 réactions
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