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L’affaire DSK et l’activisme des féministes radicales : un livre de Marcela Iacub, « Une société de violeurs ? »

L’affaire DSK a conduit des cercles féministes à des extrémités insoupçonnées. On se souvient, par exemple, de la sortie de Me Gisèle Halimi, réputée sensée et pondérée : « Comment voulez-vous croire, s’était-elle exclamée, qu’une simple femme de ménage, noire, mère célibataire de surcroît, ne dise pas la vérité ? Quel serait son intérêt ? » (1) Qu’une praticienne du Droit aussi expérimentée en vienne à proférer pareille ineptie montre à quelle extravagance par réflexes socioculturels conditionnés « la cause des femmes » peut entraîner même les personnes les plus réfléchies.

L’activisme dangereux des féministes radicales

Cette perte totale de repères rationnels a intrigué Marcela Iacub. Elle tente d’en expliquer l’énigme dans un livre intitulé « Une société de violeurs ?  » (2). Les féministes radicales ont saisi, selon elle, l’affaire DSK pour populariser leurs revendications. Elles estiment, en effet, que le viol n’est pas puni comme il faut en France. Des enquêtes de victimisation montrent un grand écart entre le nombre de femmes qui disent avoir été victimes d’un viol, celui des plaignantes et celui des violeurs effectivement condamnés.

Le problème serait que la définition juridique du viol comme relation sexuelle contrainte par la force, la menace ou la surprise, serait inadéquate. L’absence de consentement serait un concept trop imprécis. Les féministes radicales voudraient tout bonnement que le témoignage de la femme qui se dit violée, constitue « une présomption irréfragable de vérité  », au motif que même si elle ment sur les circonstances, comme l’a fait Mme Diallo, la femme de chambre de l’Hôtel Sofitel, se serait seulement sous l’emprise de « la sidération psychique » provoquée par son violeur. En somme « une femme ne ment pas  » quand elle déclare avoir été violée. Et tout accusé qu’elle désigne devrait être privé de tout respect de présomption d’innocence. Ce serait à lui de prouver son innocence.

Le viol comme symbole de la domination masculine

On mesure la révolution juridique qu’introduirait un tel principe dans un État de Droit : à l’instar des tyrannies, tous les hommes seraient a priori « présumés coupables » et donc passibles de mesures coercitives immédiates. Cette prétention extravagante serait inspirée, selon M. Iacub, par une analyse politique du sexisme. La relation entre hommes et femmes serait par essence celle d’une domination exercée par les premiers sur les secondes, dont le viol serait le symbole : la femme constituerait avant tout une ressource sexuelle pour l’homme. Par le viol de l’une d’elles, toutes les femmes seraient humiliées, et leur émancipation à venir exigerait en retour la condamnation de tout homme qu’elle désigne comme violeur.

La parole de la femme qui se dit violée, comme « présomption irréfragable de vérité »

On voit vers quel enfer les féministes radicales veulent entraîner la société par leurs revendications. La seule parole de la femme qui se prétend violée suffirait à déclarer violeur qui bon lui semble. On a vu déjà ce que la parole de l’enfant tenue par principe pour fiable a donné dans « l’affaire d’Outreau » !

Inutile de chercher à établir les circonstances, même si elles sont invraisemblables ! Une jeune femme, grande et costaude comme Mme Diallo, peut très bien, par exemple, avoir été contrainte de pratiquer le délicat exercice d’une fellation par un homme petit et bien plus faible qu’elle, dès lors qu’elle se trouve sous l’emprise de la fameuse « sidération psychique ».

La condamnation sans appel du procureur par les féministes radicales

Ainsi, les féministes radicales ont-elles considéré le viol commis par DSK comme établi avant même toute enquête. Et, quand au terme de celle-ci, après avoir exigé à son égard la plus grande rigueur, le procureur a été amené, le 23 août 2011, à se déjuger publiquement en renonçant aux poursuites pénales contre DSK, les féministes ont eu leurs explications toutes prêtes : il avait décidé ni plus moins d’entraver le cours de la justice pour empêcher que la victime soit reconnue comme telle et dédommagée par un jury.

Qu’importe que le procureur l’ait estimée « untruthful » pour ses multiples mensonges qui n’auraient pu convaincre un jury « au-delà d’un doute raisonnable  » ! Une femme qui se dit violée ne peut pas mentir , comme l’a soutenu Me Halimi, surtout si elle est «  simple femme de ménage, noire, mère célibataire de surcroît » Quel intérêt aurait-elle à le faire ? On se le demande, car l’éventail des possibilités est ouvert ! Mais non ! Il ne fait aucun doute que le procureur « a commis un déni de justice » à son égard !

Le contexte troublant du viol allégué contre DSK

Le contexte peut être des plus troublants, les féministes radicales n’en ont cure ! Les invraisemblances n’arrêtent pas dans leur furie vengeresse ces avant-gardes de la société future, pas plus qu’elles n’impressionnaient dans les années 30 et 50 les juges-valets au cours des procès-purges staliniens ou les « Sections spéciales » sous Vichy ! On ne va tout de même pas se laisser distraire par des « détails » ! 

Et pourtant, « il y avait de quoi rester sceptique, écrit M. Iacub, face aux informations selon lesquelles la (supposée) victime aurait craché le fruit de son viol pendant une dizaine de minutes dans un couloir de l’hôtel, comme si DSK était une sorte de banque de sperme qui aurait versé dans sa bouche des litres de ce liquide blanchâtre et coupable. Il en allait de même de la prétendue surprise de Nafissatou Diallo en rencontrant l’ancien patron du FMI dans sa chambre, du fait qu’elle y soit entrée avant que le client ne soit parti et sans qu’on lui ait demandé de venir, du fait qu’elle ait demandé à sa direction à changer l’étage qui lui était réservé le jour où DSK devait se rendre à l’hôtel, tout en sachant que la venue des clients célèbres était annoncée et affichée à l’avance.. Ainsi tout laissait croire que cette rencontre, loin d’avoir été fortuite, avait été recherchée, bien que l’on ignorât les motivations de la jeune femme.  » (2)

Ce sont précisément certaines de ces objections que l’on soulevait soi-même dans un ouvrage paru à peine un mois après l’incident et qui reste d’actualité… dans l’attente du fin mot de l’histoire, « L’affaire DSK : deux hypothèses pour une énigme  » (3).

 

Il est bon qu’une femme ait le courage de s’élever dans un livre contre le féminisme dévoyé. De quelle société totalitaire ces extrémistes ne rêvent-elles pas en privant l’homme qu’une femme désigne comme violeur, de tout droit à la présomption d’innocence ? Car on peut très bien à la fois n’éprouver aucune sympathie pour l’individu DSK, ressentir une aversion profonde contre le viol, condamner la surenchère de féministes radicales prisonnières d’un cadre de référence secteur et vindicatif, et être attaché au respect de la présomption d’innocence. Paul Villach

(1) Corinne Thébault, « Gisèle Halimi : « Le respect des femmes doit prévaloir », Le Parisien.fr, 18.05.2011.

(2) Marcela Iacub, « Une société de violeurs ?  », Éditions Fayard, janvier 2012.

Marcela Iacub est juriste et directeur de recherche au CNRS.

(3) Pierre-Yves Chereul, « L’affaire DSK : deux hypothèses pour une énigme  », Éditions Golias, juin 2011.




par Paul Villach lundi 9 janvier 2012 - 43 réactions
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  • Par Daniel Roux (---.---.---.226) 9 janvier 2012 10:00
    Daniel Roux

    L’intégriste apportent le poison de l’exclusion, des idées, de la liberté de l’autre.

    Les féministes intégristes ne font pas exception.

    Si leurs thèses aboutissaient au principe qu’une femme agressée ne peut pas mentir, cela reviendrait à admettre qu’une femme qui prétend avoir été agressée ne peut pas mentir.

    Soit : « Une femme ne peut pas mentir. » et a contrario « Les hommes qui contredisent une femme, mentent. »
     
    Au delà de la stupidité de telles affirmations. En imagine, la terreur d’un homme ou de plusieurs, se retrouvant avec une femme ou plusieurs, dans un lieu clos tel qu’un ascenseur, un bureau, un bus, une chambre d’hôtel...

    Cela aboutirait inévitablement à une ségrégation sexuelle, à un partage de l’espace, voire du temps. Les hommes d’un côté et les femmes de l’autre.

    Ajoutez à cela la reconnaissance du viol dans le couple marié ou pacsé, et on tombe dans l’ubuesque. Qui oserait rester seul avec sa femme dans ces conditions.

    Dans la réalité, certain en sont déjà là. Des avocats sans scrupules se sont faits une spécialité de menacer le mari de plainte pour « viol, attouchement, agression » de ses enfants, pour obtenir l’abandon de ses droits. 

  • Par Bertrand ’Nash’ Russel (---.---.---.229) 9 janvier 2012 17:57

    Bon article.

    Marcela Iacub est une vraie féministe et fine observatrice de la société actuelle. Elle a avec Hervé Lebras démonté l’esbrouffe de l’’ENVEFF

    Afin d’élargir le débat, j’ai écrit plusieurs articles en lien direct avec le sujet :

    Sexisme anti - homme

    Les fausses accusations de viols (inspiré par l’affaire DSK sans pour autant prendre position) dans lequel figure une analyse de ce phénomène de société avec des études à l’appui.

    Certaines féministes ont besoin de victimisme pour renforcer un pouvoir sans pour autant éviter de grave contradiction comme l’a expliqué Jean Philippe Trottier.

    Celà passe par une criminalisation du masculin, la négation de l’éxistence de femmes violentes et son corrolaire d’hommes battus ou l’atténuation de l’acte par le fait que nous serions dans une société patriarcal où la violence féminine serait le symptôme d’une oppression.

    Rare sont ceux qui viennent sur ce terrain et encore moins les chercheurs en sciences dites sociales comme cela est expliqué ici :

    Researchers who have an ideological commitment to the idea that men are almost always the sole perpetrator often conceal evidence that contradicts this belief. Among researchers not committed to that ideology, many (including me and some of my colleagues) have withheld results showing gender symmetry to avoid becoming victims of vitriolic
    denunciations and ostracism (see Method 7 below). Thus, many researchers have published only the data on male perpetrators or female victims, deliberatcly omitting data on female perpetrators and male victims.« 

    (Murray A. Strauss, Processes Explaining the Concealment and Distortion of Evidence on Gender Symmetry in Partner Violence, Eur. J. Crim. Policy Res. (2007) 13:227-232 )

    ou encore cet article :

     » 13. Feminist belief perseverance

    Feminist core beliefs about domestic violence include the following : that most men are violent, that women’s violence is in self-defense, that male violence escalates, and that women are by far, the most injured. The data reviewed above reveal something very different ; that both genders use violence, women use it against non-violent men, more violence deescalates than escalates, and both groups are injured, with women somewhat more likely to experience negative outcomes. The bbelief perseveranceQ processes used against new data sets to maintain the feminist paradigm include the following : first, to deny female violence while generalizing male violence patterns from the bpatriarchal terroristQ group to all batterers and in some cases, all men (disconfirmed by the Straus surveys). Then, to attack the Straus surveys for ignoring the context of violence : suggesting that females were using violence defensively (disconfirmed by Stets and Straus and other studies cited above,) or that females were substantially more injured (disconfirmed by Archer). When all of these conceptual shields failed, the final step was to attack quantitative research in general (e.g. Bowman, 1992 ; Yllo, 1988). "

    (Donald G. Dutton,T, Tonia L. Nicholls, University of British Columbia, The gender paradigm in domestic violence research and theory : Part 1—The conflict of theory and data, Aggression and Violent Behavior 10 (2005) 680–714 )

    Suite à cette affaire, il y a eu des réactions machiste certes mais aussi des réactions de la part de féministe intolérable et personne n’a pipé mot à ce sujet et c’est pas Sylvain Reboul qui dira le contraire.

    Il reste que une femme violée, c’est une femme violée de trop.

  • Par hommelibre (---.---.---.195) 9 janvier 2012 14:29
    hommelibre

    Polyanna,

    Je ne dirais pas mieux que Daniel Roux.

    Mais j’ajoute ceci : le chiffre est issu d’enquêtes de victimisation, soit des questionnaires, généralement anonymes, dont les chiffres ne sont pas vérifiables. 48’000 cela ferait 0,07% de la population. C’est beaucoup. Est-ce un vrai chiffre ? 8’000 viols sont dénoncés par année et moins de 2’000 aboutissent à une condamnation. 1/4. Les 3/4 autres sont-ils des inventions, des malveillances, des interprétations, des agressions indémontrables, des accusations venant de femmes psychiquement perturbées ? On n’en sait rien. Et on ne peut pas le savoir puisque l’on parle de virtuel et non de réel. Appliqué à 48’000, 3/4 cela fait 36’000, qui seraient éventuellement faux, indémontrables, venant de femmes perturbées, malveillantes, ou interprétés.

    On questionne presque toujours les chiffres de violence envers les hommes (30%des victimes de violence conjugales sont des hommes, en France, et jusqu’à 50% au Canada). Si l’on questionne ces chiffres, questionnons tous les chiffres. Parce qu’à brandir des chiffres invérifiables comme pour annuler les malveillances envers les hommes, on finira par ne plus s’intéresser du tout aux vraies victimes de viol et de violence.

    Quoi qu’il en soit, 48’000 n’est pas une réalité démontrée, c’est le résultat d’un questionnaire anonyme. Ce qui est démontré ce sont environ 1’600 viols par année (je ne décompte pas les erreurs judiciaires). C’est toujours trop !

  • Par Daniel Roux (---.---.---.226) 9 janvier 2012 12:54
    Daniel Roux

    @ Polyanna

    Il ne s’agit pas de défendre les violeurs. Il s’agit de rappeler que tous les hommes ne sont pas de violeurs comme toutes les femmes ne sont pas des menteuses.

    Personne ne demande l’impunité des violeurs. Au contraire, demandons que la police et la justice fassent leur travail et que le gouvernement mènent campagne pour une libération et une meilleure prise en compte de la parole des vraies victimes.

    Il serait dangereux de renoncer aux principes fondamentaux et notamment celui qui affirme que les humains sont égaux en droit et en devoir.

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