• mercredi 19 juin 2013
  • Agoravox France Agoravox Italia Agoravox TV Naturavox
  • Agoravox en page d'accueil
  • Newsletter
  • Contact
AgoraVox le média citoyen
La fondation Agoravox
  Accueil du site > Tribune Libre > L’affaire Erika et les aberrations judiciaires
0%
D'accord avec l'article ?
 
100%
(12 votes) Votez cet article
  • Faire un don
  • Imprimer cet article
  • Marquer et partager

L’affaire Erika et les aberrations judiciaires

Il est des catastrophes écologiques qui marquent particulièrement les esprits, et le naufrage de l’Erika et de ses 31 000 tonnes de fioul à la fin décembre 1999 en est l’exemple flagrant. Des plages du Finistère à celles de Charente Maritime, en passant par Groix et Belle Île, plus de 400 kilomètres de côtes furent souillées d’hydrocarbures et d’oiseaux mazoutés (dont 150 000 Guillemots de Troïl), renvoyant aux bretons les douloureux souvenirs du naufrage de l’Amoco Cadix quelques vingt ans plus tôt.
 
Poursuivi pour pollution maritime et condamné par le Tribunal Correctionnel de Paris à verser 192 millions d’euros de dommages et intérêts le 16 Janvier 2008, le Groupe Total n’a eu dès lors de cesse de vouloir casser cette condamnation et fit donc appel quelques temps plus tard, le 25 Janvier 2008. C’est dans ce cadre qu’il y a quelques semaines, l’avocat général de la cour d’appel de Rennes a décidé de réclamer l’annulation de l’ensemble de la procédure judiciaire, estimant que cette affaire ne relevait pas de la juridiction française.
 
Si la colère des parties civiles semble légitime face à l’incroyable demande de l’avocat général, la raison qui motive cette demande est encore bien plus critiquable, car parfaitement légale. En effet, se basant sur le droit international de la mer défini notamment par la Convention de Montego Bay de 1982, l’Erika se situait hors de la Zone Economique Exclusive française (jusqu’à 200 miles des côtes) où la souveraineté de la France prime, et les dramatiques conséquences qui suivirent son naufrage ne dépendent effectivement plus de la juridiction française, mais du pavillon maltais que battait l’Erika. Sans compter l’argument de la prééminence du droit maritime international sur le droit français en matière de préjudice écologique…
 
De l’avis d’un grand nombre de spécialistes, l’excessive liberté des zones de Haute Mer, héritée de la pensée de Grotius (1583-1645), constituait un véritable « trou dans la raquette », d’où la multiplication des conventions internationales pour élever la réglementation, notamment au niveau de la pêche. Aujourd’hui, ce « trou dans la raquette » revêt une dimension particulièrement dramatique : parce que les lois ne reconnaissent pas le pays ayant subi le préjudice comme prééminent en cas de procédure judiciaire, ce même pays devra subir les conséquences des catastrophes engendrées par les déballastages et dégazages sauvages sans pouvoir initier aucune réaction judiciaire…
 
Cette aberration a déjà été souvent remise en cause en France, notamment dans la Proposition de Loi de décembre 2000 qui visait à renforcer les sanctions infligées aux navires pollueurs ; il y était déjà mentionné l’impunité des dégazages en Haute Mer, les navires l’exécutant souvent sous les drapeaux de complaisance d’un pays laxiste en la matière, Chypre et Malte étant allègrement cités. En 2000, près de la moitié de la flotte mondiale avaient recours aux pavillons de libre immatriculation…
 
Cette incroyable impunité devrait être vivement combattue, et les solutions ne manquent pas : pourquoi ne pas conclure, à l’instar des Etats Unis, des accords bilatéraux avec un certain nombre d’Etats, à commencer par les plus complaisants comme Chypre et Malte, pour pouvoir poursuivre les navires en haute mer ? Mais ces accords nécessitent une réelle volonté politique internationale, ce qui n’est guère dans l’air du temps…



0%
D'accord avec l'article ?
 
100%
(12 votes) Votez cet article



2 moyens pour donner

Don défiscalisé 10€ ou plus

Obtenez une réduction fiscale de 66% avec un e-reçu. Un don de 10 € ne vous coûte que 3€40.

Grâce à votre aide, AgoraVox peut continuer à publier plus de 1000 articles par mois. En donnant à la Fondation AgoraVox, vous offrez un soutien à la liberté d'expression et d'information.

Les réactions les plus appréciées

  • Par Le Yeti (---.---.---.240) 7 juin 2012 12:42
    Le Yeti

    « Les prétroliers ne font que satisfaire un besoin. »

    Que !!?
    Penches toi sur l’histoire du pétrole, de son lobbying, toutes ses utilisations à l’utilité parfois relative, 1984 (Ça ne s’invente pas, l’OPEP indexe les exportations sur les réserves et ...) et sur les conditions d’exploitation et de transport de l’or noir !

    Ceci dit, oui, le gars qui achète un 4x4 (c’est devenu rare) pour aller à 200m acheter un produit made in l’autre-bout-du-monde n’est pas tout blanc non plus, comme c’est rarement le cas avec le pétrole ...

Réactions à cet article

Ajouter une réaction

Pour réagir, identifiez-vous avec votre login / mot de passe, en haut à droite de cette page

Si vous n'avez pas de login / mot de passe, vous devez vous inscrire ici.


Faites un don

Les thématiques de l'article

Palmarès

Agoravox utilise les technologies du logiciel libre : SPIP, Apache, Debian, PHP, Mysql, FckEditor.


Site hébergé par la Fondation Agoravox

Mentions légales Charte de modération