Pourquoi personne n’en parle ?
Les Faits
Le 8 mai 2002, à Karachi, au Pakistan, un véhicule Kamikaze détruit un bus de la Direction des Chantiers Navals (DCN) transportant des militaires qui assemblent un sous-marin français vendu aux pakistanais. L’explosion fait 14 morts dont 11 français et 12 blessés.
Les autorités pakistanaises puis françaises accusent Al Quaïda d’être l’auteur de l’attentat, ce qui paraît crédible juste après les attaques du 11 septembre.
Qu’elle était la transaction en cause ?
En 1994, le ministre de la Défense française F. Léotard signe un contrat avec le Pakistan garantissant la vente de 3 de nos sous-marins, pour un montant de 825 millions d’euros. Mais cette vente s’est accompagnée de commissions versées, de manière plus où moins occulte. Ainsi, selon Bakchich et Médiapart, des financiers pakistanais (mais aussi le mari de Benazir Butto) auraient reçu un versement d’argent important.
En sommes, des commissions et des rétro-commissions sont régulièrement versées à partir de 95 pour s’assurer que la vente des sous-marins se déroule correctement et que personne n’y perd au change.
Mais, les personnes au pouvoir à l’époque, et qui sont normalement au courant de ces transferts d’argent entre la France et le Pakistan, ne sont autre que le premier ministre E. Balladur, le ministre des finances N. Sarkozy et le directeur de cabinet du premier ministre N. Bazire.
Précisons que pour tout versement de commission, N. Sarkozy avait l’obligation de signer le versement et donc d’approuver ces agissements.
Un rapport de la DCN écrit en 2002 et nommé « nautilus », annoncerait même que les financiers pakistanais touchant les commissions auraient financé la campagne électorale de Balladur en 1995.
Que serait le mobile de l’attentat ?
En 1995, après une féroce bataille entre Chirac et Balladur, Chirac est finalement élu et décide immédiatement de faire le « nettoyage » selon le rapport « nautilus », concernant le versement des commissions occultes. Cette décision n’a évidemment pas plu aux responsables pakistanais. C’est pourquoi, plusieurs alertes avaient précédé l’attentat, dont une tentative d’enlèvement sur un salarié de la DCN et, fin janvier 2002, la découverte d’une bombe sous une voiture de l’ambassade de France à Islamabad.
Mais cela n’a pas empêché l’Etat français ou pakistanais de faire croire à une attaque terroriste, masquant ainsi l’évidence d’une sombre affaire politico-financière, franco-pakistanaise.
Beaucoup trop d’incohérences
Cela aurait dû alerter le célèbre juge anti-terroriste J-L. Bruguière, alors chargé de l’affaire. Pourquoi les différents pouvoirs politiques se sont-ils acharnés à accuser Al Quaïda, alors que ces derniers n’ont pas, contrairement à leurs habitudes, revendiqué l’attentat ?
D’ailleurs, selon le point, les expertises à Paris ont établi que la bombe de 2002 avait été fabriqué avec un explosif militaire de type TNT, alors que les forces de sécurité locales pakistanaises ont toujours évoqué un engin artisanal à base d’engrais chimique et pour cause : de tels produits ont été trouvé chez les suspects interpellés.
Comment se fait-il que le juge Bruguière n’ait pas utilisé les éléments du rapport Nautilus, et qu’il n’ait pas fait plus avancer le dossier ? Ce même juge anti-terroriste, remplacé récemment après s’être présenté à une élection locale sous la bannière UMP. Voulait-il protéger sa famille politique ?
Pourquoi les familles des victimes n’ont eu accès au dossier que 7 ans après les faits, alors même que la loi autorise à toute partie civile de consulter le dossier ?
Des preuves ignorées
Lorsque le juge Bruguière est remplacé par le juge Trevidic, ce dernier raconte lui même, le 18 juin 2009, que le rapport « nautilus » ne figurait pas dans le dossier, et que c’est après avoir lu le site Médiapart, qu’il pensait « mettre de côté l’hypothèse Al Quaïda » au profit d’un conflit politico-financier.
En plus du rapport ignoré, le chef du parquet de Paris avait peu de temps après l’attentat, envoyé 3 disquettes de photos, que le juge Bruguière à défaut de les utiliser, a détruites, pour les faire disparaître du dossier.
Des comportements inacceptables
Il faut ajouter aux manquement de l’enquêtes, aux manigances judiciaires et politiques, un comportement honteux de la part de certains médias et même du chef de l’Etat.
En effet, lorsqu’un journaliste AFP interpelle le président Sarkozy, sur cette affaire, à la conférence de presse de Bruxelles, celui-ci ose déclarer que ce ne sont que des « fables » et que « les secrets d’Etats n’existent plus ». (Voir Vidéo), se permettant même de rire de cette histoire qui a tué 11 français. Outre le fait qu’il ne respecte pas l’indépendance judiciaire en déclarant que cette hypothèse mettant en cause les dirigeants français de 1994, dont il faisait parti, est fausse, il adopte un comportement indigne d’un chef d’Etat.
Mais N. Sarkozy peut se rassurer d’être protégé par la rédaction de TF1 qui, à la diffusion du témoignage d’une famille d’une victime, a censuré des propos mettant en cause l’action et le comportement du président. Mais aussi par l’ensemble des médias généralistes qui ne font pas grand bruit de cette affaire.
Des futures craintes
Enfin, l’on peut s’inquiéter du déroulement de l’enquête à venir. Le projet de loi n° 1216 relatif à la programmation militaire pour les années 2009 à 2014 va accroître sans limites précises les zones d’influence protectrices du secret défense en laissant le dessin de ses contours, au coup par coup, entre les mains du gouvernement. Le voile du secret va donc s’étendre sur de grands pans de l’activité gouvernementale, et pourra protéger tous les responsables français d’une éventuelle mise en cause.
Ajoutons à cela la réforme de la justice, avec la création d’un « juge de l’instruction » voulu par N. Sarkozy, qui soumis directement au parquet et donc au gouvernement, pourrait avoir de grandes difficultés à enquêter contre l’Etat.
Il va de soi que l’affaire Karachi n’est qu’à ses débuts, et qu’il faudra beaucoup de courage des juges pour mettre en lumière les nombreuses parts d’obscurité ; mais aussi beaucoup de persévérance du côté des familles des victimes pour que les médias prennent plus en considération cette affaire qui ne ressemble à rien d’autre qu’à une affaire d’Etat.
D. Perrotin

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