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L’altruisme intéressé est-il un humanisme ?

Réflexion philosophique suite à l’intervention de Jacques Attali en clôture de l’Université des Gracques, prônant un "altruisme intéressé" comme moteur naturel pouvant remédier aux maux qui rongent nos sociétés et entraînent la civilisation vers sa destruction ...

Samedi 28 novembre 2009 s’est tenue une journée de débats, organisée par les Gracques, Think-Tank progressiste de centre-gauche, sur le thème « Quel nouveau contrat social dans le monde et la France de l’après-crise ? ». Différentes personnalités, philosophes, économistes, diplomates, écrivains,… ainsi que des personnalités politiques comme Manuel Valls, Anne Hidalgo, Marielle de Sarnez ou Jean-Vincent Placé, ont participé à des tables rondes devant un public attentif, pour marquer une pause de réflexion, tirer des enseignements des causes et des symptômes des crises économiques et financières qui ont ébranlé la stabilité du monde.
 
Jacques Attali a conclu la journée. Sa vision du monde est plutôt pessimiste. Il déplore l’inefficacité du « G vain », des annonces surtout médiatiques au niveau international, comme national et européen, qui ne s’attaquent pas réellement à la racine des problèmes, aux causes des dysfonctionnements, que ce soit sur le sujet du réchauffement climatique et de la protection de la planète avec les difficultés annoncées du sommet de Copenhague, ou sur la régulation internationale des banques et des marchés (on aurait dû séparer les banques de dépôts et les banques de marché notamment), les paradis fiscaux, les rémunérations des traders, l’excès des dettes publiques qui reporte à demain et sur les générations futures les problèmes financiers d’aujourd’hui, …
 
Jacques Attali confirme que nous trouvons bien à un tournant de civilisation, à un moment où nous pressentons les risques de disparition de cette civilisation, comme d’autres avant la nôtre en d’autres temps. Seul un changement de comportement peut nous sauver : l’altruisme, un sens de l’intérêt général plus fort que notre intérêt particulier, car ce dernier est mis en cause, si le premier n’est pas respecté. Selon lui, nous serions contraints à devenir altruistes par intérêt. Il disait déjà en 2007 pour un entretien pour Le Monde des religions :
« Je ne comprends pas le sens du mot responsabilité, je préfère dire « altruisme intéressé ». Aujourd’hui, ce qu’on appelle la compassion et l’altruisme ne sont absolument pas de l’altruisme. On est intéressé à ce qu’il n’y ait pas de tsunami ou de maladies génétiques parce qu’on est soi même touriste et qu’on a des enfants, mais les problèmes au Darfour n’intéressent personne. L’altruisme intéressé est le point de passage entre la liberté et la fraternité. Je crois que notre civilisation ne survivra que si elle est capable de faire en sorte que chacun trouve son bonheur dans le bonheur des autres. »
Cette dernière phrase est très belle et très prophétique par sa gravité et la vérité qu’elle inspire. Cependant, on peut s’interroger sur ce type d’altruisme qui serait non pas « naturel », ressenti par compassion, par élan de fraternité, mais « intéressé », c’est-à-dire résultant d’un raisonnement, d’une relation donnant-donnant, procédant en fait d’un comportement individualiste et égoïste. La formule est en elle-même un oxymore, l’altruisme désignant l’amour désintéressé d’autrui (définition du Petit Larousse). C’est une disposition de caractère qui pousse à s’intéresser aux autres et se montrer généreux et désintéressé, se dévouer pour l’autre sans attendre en retour. Or, l’empathie, l’amour, la fraternité, ne se commandent pas, de peuvent être ressenties par conviction ou argumentation. Selon Blaise Pascal (cf Les Pensées), ces sentiments, de même que la foi, appartiennent au troisième ordre, distinct de l’ordre de la raison (« Le cœur a ses raisons que la raison de connaît pas »), distinct également de l’ordre du pouvoir et des corps. Pascal distingue en effet trois ordres différents dans son approche anthropologique de l’homme :
1- l’ordre des corps, du pouvoir et de la chair, où règnent la force et la concupiscence, l’amour du pouvoir et des richesses. Il procède de la représentation du réel, des plaisirs terrestres, du désir et de l’image ou de la représentation que l’on se fait de la force, de la puissance, de l’ascendant sur l’autre ;
2- l’ordre de l’esprit ou de la raison, ou encore l’ordre de la science, où règnent la curiosité, la logique et les démonstrations ;
3- l’ordre du cœur ou de la charité, qui est aussi celui de la foi, de la religion, où règne l’amour et la grâce. Il procède du mystère, de l’intuition, de la transcendance et se manifeste dans le « don de soi » pour se réaliser dans l’autre.
Ces trois ordres sont disjoints. Chaque ordre a sa logique interne, ses valeurs, son moteur, ses « concupiscences » comme le dit Pascal. L’erreur consiste à croire qu’on peut brouiller les ordres et vouloir faire reconnaître dans un ordre des valeurs ne pouvant l’être que dans un autre. Le principe de laïcité procède de cette séparation entre l’ordre de la foi, de la religion, et celui de la politique et du pouvoir, de l’Etat.
Pascal établit aussi une hiérarchie dans ces ordres : « Tous les corps, le firmament, les étoiles, la terre et ses royaumes, ne valent pas le moindre des esprits ; car il connaît tout cela, et soi ; et les corps, rien.
Tous les corps ensemble, et tous les esprits ensemble, et toutes leurs productions, ne valent pas le moindre mouvement de charité. Cela est d’un ordre infiniment plus élevé. »
Cependant, cela ne l’a paradoxalement pas empêché de faire une magistrale démonstration, appelée « le pari de Pascal », visant à convaincre les athées de l’existence de Dieu « par intérêt » :
« Vous avez deux choses à perdre : le vrai et le bien, et deux choses à engager : votre raison et votre volonté, votre connaissance et votre béatitude ; et votre nature a deux choses à fuir : l’erreur et la misère. Votre raison n’est pas plus blessée, en choisissant l’un que l’autre, puisqu’il faut nécessairement choisir. Voilà un point vidé. Mais votre béatitude  ? Pesons le gain et la perte, en prenant choix que Dieu est. Estimons ces deux cas  : si vous gagnez, vous gagnez tout  ; si vous perdez, vous ne perdez rien. Gagez donc qu’il est, sans hésiter. »
Pensées, Blaise Pascal (1670)
Le raisonnement de Jacques Attali me fait donc penser au pari de Pascal. Même si l’altruisme est rarement dans les comportements « naturels » des hommes dans notre société individualiste dont les valeurs sont plutôt matérialistes (relevant du premier ordre), notre conscience et notre responsabilité, par logique déductive (procédant du deuxième ordre), doit nous convaincre d adopter une attitude altruiste, que ce soit à l’égard de la protection de l’environnement, dont la destruction nous nuit, à l’égard des générations futures (y compris pour l’endettement public abyssal) ou encore en termes de solidarité, de réduction des inégalités, qui peuvent devenir dangereuses, générer de la révolte, de la délinquance, de l’insécurité.
Rappelons d’ailleurs que Jacques Attali avait écrit une biographie de Pascal « Blaise Pascal ou le génie français », dont l’image figure en page d’accueil du site Internet de l’auteur.
 
S’il produit le même effet que l’altruisme naturel, l’altruisme intéressé n’est donc pas à rejeter. On peut même lancer la mode de l’altruisme et le souci de l’image que l’on donne de soi motivera peut-être les riches et puissants à être généreux et protecteurs des faibles (Bill Gates et Warren Buffett ...). Le peuple, par mimétisme, cherchera aussi à se montrer altruiste et qui sait, à force de mimer l’altruisme, finira par se croire et par devenir vraiment altruiste ...
Cependant, un altruisme sous contrainte, ou de raison, ou encore de mode, s’il est salutaire pour sauver la planète, inciter à faire décroître les inégalités et apporter la paix, il ne pourra pas réellement apporter le bonheur, que seul un altruisme naturel, réellement tourné vers l’autre, peut nous permettre d’atteindre. Mais pour y arriver, il faut entrer dans une autre dimension, celle du troisième ordre de Pascal !
 
L’organisation de la solidarité, de la redistribution par l’impôt et par des services publics, de la régulation, grâce à l’Etat médiateur, corrige et prévient des abus mais ne remplace pas le lien social, la relation humaine. Parfois, elle peut même distendre ce lien social et le lien entre générations : je m’acquitte de l’impôt et délègue à l’Etat le soin de le redistribuer aux plus démunis, je paye mes cotisations retraites et chômage et m’attends à recevoir en retour, de même que je peux m’affranchir de porter soin à mes aînés ou à mon voisin chômeur. Or retrouver le sens de la relation humaine, remettre l’homme au centre pour son épanouissement, son accomplissement dans la relation de moi à l’autre, de moi vers l’autre, est essentiel pour atteindre le bonheur, cet élan vital.
 
N’est-ce pas essentiellement cela, la différence entre le socialisme et l’humanisme ?
 
par Marianne (son site) jeudi 3 décembre 2009 - 25 réactions
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  • Par Michel Maugis (xxx.xxx.xxx.11) 3 décembre 2009 21:12
    Michel Maugis

    @Marianne,

    Les mentalités sont forgées par le développement des forces productives dans un mode de production donnée, et ne peuvent donc changer sans un changement radical du mode de production par une volonté, une vision révolutionnaire. Celui ci peut être brutal ou s´étaler dans le temps dans une véritable démocratie, c´est à dire ou le peuple aura le pouvoir politique et économique.

    Tout discours proposant un changement de société par le changement des mentalités, sans jamais énoncer la problématique ou l´origine des mentalités, afin d´y remédier est un discours creux, trompeur, dont le seul et unique objectif est de semer la confusion pour assurer la pérennité du capitalisme, dans une FRICratie. Et non démocratie.

    Le véritable humanisme est donné par le marxisme, car lui seul a démontré scientifiquement en s´appuyant sur les travaux des philosophes, scientifiques et économistes précédents que les mentalités sont les produits de la société dans un mode de production donné, et ne peuvent changer que par un changement révolutionnaire, provoqué par les contradictions internes du mode de production.
    .
    Cela s´appelle le matérialisme dialectique appliqué à l´étude de l´histoire. Il en est pour celle-ci comme pout toute chose. Si vous prenez de l´eau et changer quantitativement sa température, elle finira TOUJOURS par se transformer en vapeur, quelque puisse être les moyens mis en oeuvre pour éviter que cela se produise. C´est la révolution.

    Attali et autres charlatans qui se disent humaniste ne sont que des soupapes dialectiques pour éviter l´explosion fatale. Ce sont des larbins des criminels. Des humanistes du Grand Capital, grâcement rémunéré par celui ci, du même niveau de nullité que BHV, pardon je voulais dire BHL.

    Les moyens de productions se socialisent de plus en plus, mais l´orientation de ceux ci sont imposées par la volonté du profit maximum de LEURS PROPRIÉTAIRES : Et c´est tout à fait normal dans une société capitaliste. Le drame de cette société n´est pas tant dans le profit généré par ces quelques oligarques que par les décisions qu´ils prennent à leur seul profit, avec la plus value. Si faire la guerre est rentable, et elle l´est pour eux, alors faisons la guerre, pour laquelle les "humanistes" du capitalisme trouveront toujours de bonnes raisons humanistes. Des kouchner crapules, se feront toujours élirent par décisions des Médias qui assurent la "pluralité politique" que vous chérissez.

    Alors parler d´Altruisme désintéressé ? est une idiotie monstrueuse, pour une personne normale, et UNE MALICE criminelle de la part d´une personne comme Attali.

    L´Altruisme est par définition désintéressé. Le véritable altruisme est celui exercé par un homme dont l´action politique est orienté vers le bonheur de l´humanité. Et le plus grand exemple vivant est représenté par FIDEL CASTRO. Grand propriétaire terrien, il donna ses terres au peuple. Bolivar aussi. Riche et possesseur d´esclave il mourra dans la pauvreté, bien après avoir libéreer ses esclaves.

     Sont contraire est représenté par l´ égoisme, qui est la somme de toutes les opinons politiques opposées à l´action politique des marxistes, que l´on appel vulgairement "communisme".

    Tout discours sur le changement des mentalités SANS RIEN DIRE de la découverte marxiste est un discours creux.. EGOISTE !!!!!

    Mais si vous prôner la nécessité du retour au peuple des grands moyens de production, vous êtes catalogué de Communiste ! Quelle horreur !!.

    ATTALI, Comme le modem et vous même, et bien d´autres ne sont que des défendeurs du mode de production Capitaliste, ou de l´exploitation de l´homme par l´Homme, car quelque chose en vous, vous dit que VOUS EN PROFITË, ET vous avez raison mille fois, même si par votre position égoïste la terre est vouée à disparaître, et au maintien dans la misère extrême de 600.000.00 d´habitants d´un pays qui est ce que vous avez souhaitez ouvertement : La démocratie‼. Marianne est pour la misère , du moment qu´il y ait pluralité politique ? Quel bel humanisme.

    Car l´Inde est démocratique n´est ce pas ? Et Cuba une affreuse dictature, n´est ce pas ?

    Vous êtes pour la FRICracie et non la démocratie, sinon vous auriez pu conclure scientifiquement que la seule solution est de rendre la propriété des grands moyens de production au peuple.

    Car, comme vous le savez ceux qui DOIVENT commander sont en toutes choses LES PROPRIETAIRES. Mais vous ne voulez surtout pas que le peuple commande. Car fini lqa "liberté" de s´enrichir par le travail des autres.

    Votre humaniste comme celui du Modem c´est celui des larbins de l´´ Oligarchie.
    on ne sera jamais s´il s´agit d´un capitalisme Utopique ou du Socialisme Utopique.

    Michel Maugis

  • Par Michel Maugis (xxx.xxx.xxx.11) 3 décembre 2009 22:14
    Michel Maugis

    @poubellelavie

    Vous pourriez avoir raison si vous interprétez l´adjectif "intéressé", dans un sens autre que matériel et si l´altruiste recherchait une reconnaissance quelconque comme celles que vous avez listées.

    Vous avez tort, car l´altruisme véritable existe, sans que ceux ci aient vraiment cherché une reconnaissance qui est loin d´être automatique dans le monde ou l´individualisme égocentrique (pléonasme) est encouragé, pour le plus grand profit de quelques uns.

    La seule chose que vous pourriez reprocher a l´altruiste est de l´être parce qu´il y trouve un bonheur, une satisfaction dans son for intérieur.

    Je ne parle pas des Milliardaires qui se donnent bonne conscience en donnant une part infime de la fortune qu´ils ont forcément volé. Le seul milliardaire altruiste est le milliardaire communiste qui prône la nationalisation des moyens de production, Y COMPRIS LES SIENS.

    Mais si pour vous agir pour le bonheur de l´humanité est de l´altruisme, seulement si on n´y trouve pas un plaisir interne, alors, effectivement l´altruisme n´existe pas. On se demande pourquoi le mot existe.

    Vous auriez donc été altruiste, c´est à dire que vous auriez agit contre votre intérêt matériel et spirituel, et contre votre bonheur, avec l´idée certaine d´avoir agit pour le bien, sans que cela vous fasse plaisir ( répétition).

    Est ce possible ? 

    Il eut été intéressant que vous nous ayez donné votre expérience.
    Il est naturel que l´altruiste soit, rarement, reconnu par la société, tard ou jamais, mais cela ne peut être la cause de son action. Au contraire, l´altruiste est souvent vilipendé, diabolisé, par la société qui ne veut pas se reconnaître en lui.

    Altruisme intéressé n´est ni un pléonasme, ni un oxymore, cela ne veut rien dire, c´est de la rhétorique de foutaise des larbins du Grand Capital pour masquer la raison fondamentale des maux de notre société.

    Et Attali, est un expert, sioniste je crois, comme le criminel "altruiste" Kuchner et l´ordure de BHL.

    Michel Maugis

  • Par Voris (xxx.xxx.xxx.178) 3 décembre 2009 10:33

     L’altruisme est l’intérêt porté aux autres sans recherche de contrepartie pour soi (désintéressement). "Altruisme intéressé" est donc un oxymore qui ne veut rien dire. Cela n’a pas plus de sens que de dire "égoïsme désintéressé" ou"capitalisme moral". Ces élites inféodées au pouvoir et au capitalisme sont prêtes à toutes les manipulations sémantiques pour embrouiller les peuples.

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