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L’anneau d’or brandi cet été dans Paris par des mendiants : « le leurre du pied dans la porte »

L’affairisme humanitaire use depuis longtemps des roueries du leurre d’appel humanitaire : par l’exhibition du malheur d’autrui mis hors contexte pour éviter tout questionnement rationnel, il suscite d’abord le réflexe inné de voyeurisme pour capter l’attention ; puis, par une distribution manichéenne des rôles identifiant bien les victimes opposées aux bourreaux, il stimule le réflexe de compassion et le réflexe de culpabilité pour déclencher la pulsion de don.

 Voici que la mendicité sur voie publique innove à son tour en ne se contentant plus de la seule et traditionnelle exhibition du malheur d’autrui pour solliciter la générosité des passants.
 
"Le leurre du pied dans la porte"

Il n’était pas rare à Paris, par exemple, dans le courant de l’été, de se voir arrêté par une personne qui se baissait soudain pour apparemment ramasser au sol quelque chose et se relevait en brandissant un anneau d’or, sinon en cuivre. Elle le tendait alors en silence, de l’air de dire qu’on venait de le perdre ou que, si c’était quelqu’un d’autre, il était gracieusement offert en cadeau. On pouvait être tenté de l’accepter. Et c’était dans ce court instant d’hésitation, que la personne donatrice s’empressait de glisser en échange sa demande d’une pièce de monnaie pour manger.

Ce leurre est bien évidemment le leurre du pied dans la porte. Comme son nom l’indique, pour se faire ouvrir la porte fermée d’une maison par son occupant, il ne sert à rien de la pousser avant d’avoir obtenu qu’elle soit d’abord entrouverte, juste le temps de caler son pied dans l’entrebâillement contre le chambranle. C’est alors qu’on peut, en poussant cette fois, avoir l’espoir de l’ouvrir entièrement. Cette image illustre la technique qui consiste à demander peu à une personne dans un premier temps pour lui demander ensuite beaucoup plus, avec plus de chance d’y réussir (1).

 Son mécanisme

 Solliciter une pièce de monnaie directement, comme le font beaucoup de mendiants dans la rue, tend, en effet, à susciter la répulsion ou l’indifférence : les gens passent le plus souvent leur chemin. En revanche, commencer par faire un cadeau à la personne ciblée permet d’abord d’entrer en relation de la manière la plus agréable qui soit. Est évidemment attendue de sa part en retour une égale bienveillance : il n’est pas d’usage de répondre de manière brutale à quelqu’un qui se montre si aimable.

 Le piège est de se laisser glisser l’anneau dans la main, dans le court instant d’hésitation avant sa prise de décision. Car, qu’on le garde ou le rende, on se met dans le plus grand embarras. Il est difficile de le garder alors qu’on n’en est pas propriétaire : on est ainsi incité à donner en remerciement le pourboire demandé. Mais le rendre sans-façon et donc refuser le cadeau si gentiment offert n’est pas moins délicat. Cela frise la rebuffade gratuite envers l’aimable donateur : le don d’une pièce évite de s’y exposer. Le leurre du pied dans la porte permet ainsi au mendiant d’accroître ses chances d’obtenir ce qu’il convoite, sous réserve qu’il ne soit pas le énième de la journée à venir faire son manège, comme ça a été parfois le cas dans Paris.

  G.-R Funhouser, dans « Le pouvoir de persuasion » (2), raconte une expérience personnelle similaire. En voyage dans les Îles Vierges américaines avec sa compagne, une jeune fille avait surgi devant eux et lui avait glissé d’office une fleur dans la pochette de sa chemise : « Voulez-vous, demandait-elle dans le même élan, lutter contre la faim dans le monde ? Les gens donne en général un dollar. » Sans savoir nommer le leurre dont il était la cible, il explique bien l’embarras où il était pour s’en sortir honorablement : partir avec la fleur ou la rendre sèchement, ces deux conduites lui étaient apparues comme impossibles. Il avait donc donné son dollar. Quelques jours après, il avait surpris la même jeune fille en train de faire son numéro auprès d’un autre touriste avec le même succès.

Le commerce use très souvent du leurre du pied dans la porte. C’est par exemple la possibilité de consulter gratuitement chez soi un livre envoyé par voie postale et de le réexpédier si on n’en est pas satisfait. L’expérience montre que ceux qui rechignent à le réexpédier et donc gardent l’ouvrage par paresse sont plus nombreux que ceux qui font l’effort de le renvoyer. Les supermarchés associent souvent le leurre du pied dans la porte à un produit d’appel au prix intéressant. Une fois en magasin, le client appâté finit toujours par faire un tour dans les rayons et par acheter autre chose. Une publicité de Carrefour parue dans Le Monde y ajoute même le leurre de la prise de décision précipitée en posant la question suivante : «  À ce prix jusqu’à quelle heure y en aura-t-il ? On ne sait pas… » Autrement dit, précipitez-vous en magasin si vous voulez en avoir ! Dans les établissements scolaires, la technique consiste à remettre entre les mains des élèves et de leurs parents les traditionnelles photos de classe avec consigne de les rapporter si elles sont jugées indésirables : le plus souvent, cette méthode a raison de l’atermoiement des clients hésitants. Paul Villach 

 (1) J.-L. Beauvois, R.-V. Joule, « La psychologie de la soumission », La Recherche, n° 2002, septembre 1988.

(2) G. Ray Funkhouser, « Le pouvoir de persuasion », Editions Le Seuil, Paris, 1989.

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L'anneau d'or brandi cet été dans Paris par des mendiants : « le leurre du pied dans la porte »
par Paul Villach mardi 1er septembre 2009 - 41 réactions
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  • Par malqp (xxx.xxx.xxx.35) 1er septembre 2009 22:26

    1| La stratégie de la diversion

    Elément primordial du contrôle social, la stratégie de la diversion consiste à détourner l’attention du public des problèmes importants et des mutations décidées par les élites politiques et économiques, grâce à un déluge continuel de distractions et d’informations insignifiantes. La stratégie de la diversion est également indispensable pour empêcher le public de s’intéresser aux connaissances essentielles, dans les domaines de la science, de l’économie, de la psychologie, de la neurobiologie, et de la cybernétique. "Garder l’attention du public distraite, loin des véritables problèmes sociaux, captivée par des sujets sans importance réelle. Garder le public occupé, occupé, occupé, sans aucun temps pour penser ; de retour à la ferme avec les autres animaux." (extrait de "Armes silencieuses pour guerres tranquilles")

    |2| Créer des problèmes, puis offrir des solutions

    Cette méthode est aussi appelée "problème-réaction-solution". On crée d’abord un problème, une "situation" prévue pour susciter une certaine réaction du public, afin que celui-ci soit lui-même demandeur des mesures qu’on souhaite lui faire accepter. Par exemple : laisser se développer la violence urbaine, ou organiser des attentats sanglants, afin que le public soit demandeur de lois sécuritaires au détriment de la liberté. Ou encore : créer une crise économique pour faire accepter comme un mal nécessaire le recul des droits sociaux et le démantèlement des services publics.

    |3| La stratégie du dégradé

    Pour faire accepter une mesure inacceptable, il suffit de l’appliquer progressivement, en "dégradé", sur une durée de 10 ans. C’est de cette façon que des conditions socio-économiques radicalement nouvelles ont été imposées durant les années 1980 à 1990. Chômage massif, précarité, flexibilité, délocalisations, salaires n’assurant plus un revenu décent, autant de changements qui auraient provoqué une révolution si ils avaient été appliqués brutalement.

    |4| La stratégie du différé

    Une autre façon de faire accepter une décision impopulaire est de la présenter comme "douloureuse mais nécessaire", en obtenant l’accord du public dans le présent pour une application dans le futur. Il est toujours plus facile d’accepter un sacrifice futur qu’un sacrifice immédiat. D’abord parce que l’effort n’est pas à fournir tout de suite. Ensuite parce que le public a toujours tendance à espérer naïvement que "tout ira mieux demain" et que le sacrifice demandé pourra être évité. Enfin, cela laisse du temps au public pour s’habituer à l’idée du changement et l’accepter avec résignation lorsque le moment sera venu. Exemple récent : le passage à l’Euro et la perte de la souveraineté monétaire et économique ont été acceptés par les pays Européens en 1994-95 pour une application en 2001. Autre exemple : les accords multilatéraux du FTAA que les USA ont imposé en 2001 aux pays du continent américain pourtant réticents, en concédant une application différée à 2005.

    |5| S’adresser au public comme à des enfants en bas-age

    La plupart des publicités destinées au grand-public utilisent un discours, des arguments, des personnages, et un ton particulièrement infantilisants, souvent proche du débilitant, comme si le spectateur était un enfant en bas-age ou un handicapé mental. Exemple typique : la campagne TV française pour le passage à l’Euro ("les jours euro"). Plus on cherchera à tromper le spectateur, plus on adoptera un ton infantilisant. Pourquoi ? "Si on s’adresse à une personne comme si elle était âgée de 12 ans, alors, en raison de la suggestibilité, elle aura, avec une certaine probabilité, une réponse ou une réaction aussi dénuée de sens critique que celles d’une personne de 12 ans." (cf. "Armes silencieuses pour guerres tranquilles")

    |6| Faire appel à l’émotionnel plutôt qu’à la réflexion

    Faire appel à l’émotionnel est une technique classique pour court-circuiter l’analyse rationnelle, et donc le sens critique des individus. De plus, l’utilisation du registre émotionnel permet d’ouvrir la porte d’accès à l’inconscient pour y implanter des idées, des désirs, des peurs, des pulsions, ou des comportements...

    |7| Maintenir le public dans l’ignorance et la bêtise

    Faire en sorte que le public soit incapable de comprendre les technologies et les méthodes utilisées pour son contrôle et son esclavage. "La qualité de l’éducation donnée aux classes inférieures doit être de la plus pauvre sorte, de telle sorte que le fossé de l’ignorance qui isole les classes inférieures des classes supérieures soit et demeure incompréhensible par les classes inférieures." (cf. "Armes silencieuses pour guerres tranquilles")

    |8| Encourager le public à se complaire dans la médiocrité

    Encourager le public à trouver "cool" le fait d’être bête, vulgaire, et inculte...

    |9| Remplacer la révolte par la culpabilité

    Faire croire à l’individu qu’il est seul responsable de son malheur, à cause de l’insuffisance de son intelligence, de ses capacités, ou de ses efforts. Ainsi, au lieu de se révolter contre le système économique, l’individu s’auto-dévalue et culpabilise, ce qui engendre un état dépressif dont l’un des effets est l’inhibition de l’action. Et sans action, pas de révolution !...

    |10| Connaître les individus mieux qu’ils ne se connaissent eux-mêmes

    Au cours des 50 dernières années, les progrès fulgurants de la science ont creusé un fossé croissant entre les connaissances du public et celles détenues et utilisées par les élites dirigeantes. Grâce à la biologie, la neurobiologie, et la psychologie appliquée, le "système" est parvenu à une connaissance avancée de l’être humain, à la fois physiquement et psychologiquement. Le système en est arrivé à mieux connaître l’individu moyen que celui-ci ne se connaît lui-même. Cela signifie que dans la majorité des cas, le système détient un plus grand contrôle et un plus grand pouvoir sur les individus que les individus eux-mêmes.

  • Par Alpo47 (xxx.xxx.xxx.115) 1er septembre 2009 10:53
    Alpo47

    Encore une belle analyse des techniques de manipulation à l’actif de l’auteur.

    Et, en même temps, il faut tout de même dire que l’on ne va pas reprocher à des personnes qui doivent s’en remettre à la charité publique, d’utiliser ces "trucs" pour survivre. Bien vu de leur part...

    Au chapitre compassion, ajoutons les SDF qui s’entourent d’animaux familiers, en particulier de chiots ou chats pour susciter encore plus de compassion.
    Il est quelque peu tragique de constater qu’ils obtiennent ainsi bien plus. Autrement dit, la compassion est surtout dirigée vers les animaux.

    Pour découvrir ces techniques de manipulation, un ouvrage à recommander : "Petit traité de manipulation à l’usage des honnètes gens" de J.L.Beauvois

  • Par Gazi BORAT (xxx.xxx.xxx.192) 1er septembre 2009 12:03

    @ Paul Villach

    J’ai été l’objet deux fois de cette ruse à Lyon et cela m’a beaucoup amusé...

    La première fois, un homme d’une cinquantaine roumain, me tend la fameuse bague, me l’enfile au doigt, me dit que j’ai beaucoup de chance et me sert ensuite sa litanie sur ses enfants à nourrir, etc...

    Je lui donne donc la bague en or, l’assurant que celle ci lui permettra d’inviter tout le monde au restaurant,

    La deuxième fois : une jeune fille mais qui s’embrouille quelque peu et fait tomber la bague à contretemps. Sa pantomime pour exprimer la surprise était irrésistible et digne d’une actrice du temps du muet..

    J’ai éclaté de rire.. Elle a eu l’air décontenancée.. et je lui ai glissé de bon couer une pièce avant qu’elle n’ait le temps de dire quelque chose.

    Ce type de ruses se pratiquait à Paris, sous une autre forme, dans des cafés et visaient des paysans ou des provinciaux de passage dans la capitale.

    L’heureux bénéficiaire du bijoux trouvé en était quitte pour payer un repas au rusé compère..

    gAZi bORAt

  • Par Gazi BORAT (xxx.xxx.xxx.192) 1er septembre 2009 12:38

    @ cHANTECLERC

    Vous avez surement raison.. Encore que, le Monsieur a quand même récupéré une bague en or véritable.

    En fait, je m’aperçois que j’ai de fait un budget mensuel, entre quinze et vingt euros, que je consacre à la mendicité de rue. Ce n’est pas calculé d’avance, mais je m’aperçois que je reste toujours dans ces limites.

    Je donne, mais je fais un choix, forcément arbitraire, entre ceux qui m’inspirent plus de sympathie que d’autres, ou qui sont plus originaux.

    J’habite daans une ville où sont arrivés de nombreux Roms et parmi lesquels quelques excellents musiciens. Et parfois une fille dans une rame de métro qui, a capella, arrive à enchanter mon trajet.

    Certains se désolent aujourd’hui de la disparition de pratiques urbaines anciennes, comme celle des chanteurs de rue.. Les Roms en sont une résurrection.

    Autre escroquerie à la bague et qui se pratique à Parix, sur le Boulevard Barbès. La cible en est les femmes d’origine maghrébine et visiblement en visite dans la capitale.

    Un vendeur à la sauvette propose des bijoux en or, le plus souvent des bagues.. Marchandages.. Un comparse arrive en disant :

    "Attention, la police §"

    Le vendeur se tourne vers la cliente en lui disant :

    "Donne ce que tu as !"

    Il se débrouille pour récupérer dix ou quinze euros et laisse une bague dont la dorure ne résistera pas à la première vaisselle..

    GB

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