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L’antisémitisme chrétien

Si l’antisémitisme est bien né du judaïsme, et l’état d’Israël de l’antisémitisme, il n’en demeure pas moins qu’Israël doit plus son existence au judaïsme qu’à l’antisémitisme. Religion, culture… le judaïsme semble surtout être, et aujourd’hui plus qu’hier, une commune sensibilité de la mémoire et du cœur, tissée du fil d’Ariane, fil parfois ténu mais puissamment tramé par les griffes de l’histoire et la révélation de la Törah (la « Loi »). Et c’est à cette dernière, par Moïse interposé, que le peuple juif doit de se voir confier la lourde mais éclairante mission d’être le porteur unique de la « Chose divine » ; ainsi investi de l’Intimité sacrée – stèle érigée jusqu‘au Fondement des cieux -, il aura à cœur de conduire l’humanité aux accomplissements messianiques. Cet hénothéisme, cette élection d’Israël d’entre tous les peuples de la terre, marquera à jamais d’une humilité orgueilleuse chaque membre de la communauté hébraïque et aura des répercussions tout au long de son histoire et de l’histoire tout court. Et c’est ainsi que le monothéisme militant de Moïse (importé d’Egypte où le pharaon Amenophis IV - ou Akhenaton – l’avait déjà systématisé) viendra perturber et déchirer la conscience des peuples, atteinte qui ne lui sera jamais pardonnée, surtout par les Chrétiens qui ne cesseront de se retourner contre leur « créancier » (version nietzschéenne du complexe d’Œdipe).

Les rêves sont l’essence de la réalité ; et l’essence du judaïsme, par conséquent de chaque Juif, réside en cette distinction de « peuple élu » ; c’est cette marque au fer divin qui fonde son identité, la spécificité de sa religion, de sa culture, de sa sensibilité, de son passé, de son présent, de son devenir, et son aspiration à l’universel. Son particularisme (où s’allient force, angoisse, patience, espérance et lumière) procède de cet irréductible sceau, cadeau empoisonné d’un Dieu vengeur, Yahvé, Dieu jaloux, le plus grand des dieux, Dieu unique, centre des centres, élevant ce peuple au rang de Centre-satellite : le Centre de l’humanité. Et si l’antisémitisme – ou, plus justement, l’antijudaïsme – a existé bien avant le christianisme dans l’empire romain, « pour des raisons tenant à la singularité du peuple hébreu, à ses défauts et à ses qualités qui faisaient de lui un partenaire à la fois bénéfique et dangereux, intraitable sur l’article de sa foi, de son messianisme qui l’aidait à vivre, portant en lui toutes les promesses de l’avenir », ainsi que le souligne Pierre Paraf dans « Le racisme dans le monde », il n’échappe pas cependant aux regards que sa recrudescence coïncide avec le triomphe de l’église au IVème siècle – pour les raisons précitées, avec toutefois une de plus, et une de taille : les Juifs apparaissent soudain à leurs cousins ou fils spirituels (les chrétiens) comme des tortionnaires, des diviseurs de conscience, pour les avoir enfermés dans un déchirant dilemme : choisir entre un centre incontestablement intronisé (le « peuple élu ») mais bien peu représentatif et un centre auquel ils appartiennent déjà (l’empire romain – jusqu’en 476 ; puis la civilisation occidentale – dès l’an 800 avec la renaissance carolingienne) et qui, lui, arbore tous les insignes d’une authentique puissance. De ce traumatisme antique résultera une ambivalence de pensées et de sentiments, où la haine secrète du Juif le disputera à la culpabilité (l’alliance du sabre et du goupillon trouverait là son origine). De même la contrainte de l’obéissance envers qui manque d’autorité est insupportable, de même toute puissance devrait être insigne (insigne : adj. Qui s’impose ou qui est digne de s’imposer à l’attention).

De ses débuts à nos jours, l’antisémitisme s’est nourri de toute sorte de griefs à l’encontre des Juifs. Ceux-ci ont été tour à tour accusés de déicides, d’avoir repoussé la « Bonne Parole », d’être les ennemis du Christ, d’être frappés de fourberie congénitale, d’empoisonner les sources( !), de répandre la peste sur les enfants chrétiens, de souiller le sang des « purs », de contaminer l’air, de pratiquer des crimes rituels, de profaner les hosties consacrées, d’intriguer, d’arriver, de conspirer, de respirer, de s’exprimer, d’avoir du sang nègre, d’avoir pillé et plagié les textes sacrés de la philosophie négro-égyptienne, de s’être appropriés en partie la théologie de ses grandes prêtresses et de leur « Messie », Toutankhamon, et de sa mère « Marie Jata », puis d’avoir détourné et conçu cette divine fable qu’est la Bible ; et aussi d’exploiter les petites gens, de financer le commerce des esclaves, de livrer des secrets à des puissances étrangères, de servir les intérêts de la ploutocratie internationale, de se vautrer dans des arguties, de tutoyer l’argent avec bonheur, de ne pouvoir séparer la religion « du culte de l’argent et l’activité quotidienne du troc » (Marx), de s’infiltrer partout et d’envahir tous les centres nerveux de la société, de ne pas vivre comme tout le monde, de ne pas être comme tout le monde, d’être comme tout le monde pour mieux tromper tout le monde, etc. Bref, sources et motivations diverses, variant suivant les époques et les circonstances et qui, à n’en pas douter, varieront encore. Affixes. Prétexte et préface à ce qui ne se donnera pas à lire. Autant d’intérêt suscité, d’attention provoquée, montrent à l’évidence que les Juifs constituent un centre, sinon le centre, mais sans tous les attributs ostentatoires d’un Centre ; voilà qui est pénible à la digestion. De là à faire naître le doute et voir en eux des usurpateurs… Et c’est ce qu’on leur reproche, au fond. On comprend dès lors que c’est moins leur différence que leur judéité qui est en cause ; non pas selon la définition qu’en donne Albert Memmi («  judéité : ensemble des caractéristiques sociologiques, psychologiques et biologiques qui font le Juif »), mais judéité dans ce qui fait la spécificité du Juif, son identité première, son essence – qui est religieuse et qui a été définie plus haut : membre du « peuple élu ». Et, n’en déplaise à Jacques Madaule, Jules Isaac a assez bien cerné le problème (Genèse de l’antisémitisme. Essai historique). Que dit Jacques Madaule : « L’antisémitisme moderne est issu d’un ensemble convergent de facteurs hétérogènes. Cette importance a souvent été méconnue par des hommes de bonne foi, tel Jules Isaac, qui voyait dans le préjugé religieux la racine même de l’antisémitisme parce que, depuis le triomphe du christianisme, on le retrouve à toutes les époques » (Les Juifs et le monde actuel). Cherchez l’élément de contradiction. Plutôt complémentarité. Leur apparente opposition relève tout simplement d’une inégale répartition des tâches. Et qu’ajoute pourtant le même auteur plus loin : « Ce que l’on reproche essentiellement au Juif depuis l’émancipation, c’est son altérité. Il reste différent. » C’est bien ce qu’on lui a toujours reproché de tout temps ! Et d’où procéderait cette différence si ce n’est fondamentalement du champ religieux ? Mieux : ce qu’on reproche essentiellement au Juif, c’est d’être Juif, autrement dit d’exister. « Mort au Juif », voilà le mot d’ordre qui a traversé les siècles en filigrane. Désir profondément ancré dans l’inconscient chrétien. Séculaire désir qui s’éclaire au moindre lapsus :

 En France, « l’un des meilleurs amis des Juifs », l’abbé Grégoire, après s’être fendu d’un Essai sur la régénération physique, morale et politique des juifs, remue ciel et Révolution pour réussir à faire voter, le 27 septembre 1791, la Loi d’émancipation des Juifs, « espérant que l’émancipation ne tarderait pas à réduire l’unicité juive et que le problème posé depuis tant de siècles serait résolu par la disparition progressive du particularisme juif ». Et qu’est-ce donc que ce fameux « particularisme juif  » si ce n’est l’essence même du Juif, son invariant, autrement dit le Juif, sang-chair-os, l’être humain ? Clairement énoncé, on fait voter une loi qui servira à faire disparaître les Juifs. D’autres ont su faire l’économie de périphrases, de couacs et de lois pour perpétrer des génocides. Voltaire lui n’ira pas jusque là ; aussi convient-il de lui rendre justice : après avoir dénoncé dans Candide « les inquisiteurs de Lisbonne, brûleurs de Juifs », il s’accroupira un peu plus tard et, avec une égale virulence, se soulagera de sentiments antijuifs (« ce peuple ignare et barbare… ») Et Martin Luther écrivant, en 1573 : « Les Juifs sont les parents de sang, les cousins et les frères de notre Seigneur. Et si l’on peut se louer de son sang et de sa chair, ils appartiennent à Jésus-Christ, bien plus que nous ». Mais, suivi de Calvin, il changera son fusil d’épaule et n’hésitera pas à appeler sur eux « les pires châtiments » quand s’envolera tout espoir de les convertir – oubliant que « les traits spécifiques d’une Société correspondent exactement aux locutions intraduisibles de son langage » (J.P Sartre, Orphée noir). Le mot de la fin appartient à Richard Wagner : « L’humanité ne connaîtra jamais de liberté véritable tant qu’il restera des opprimés dans le monde, aussi peu nombreux et aussi loin qu’ils se trouvent  », déclarait-il en 1848 ; puis à la suite d’un différend avec un compositeur juif, Meyerbeer, il lisse ses plumes au vitriol et conclut ainsi son pamphlet antijuif : «  Songez bien qu’une seule chose peut vous sauver de la malédiction qui pèse sur vous : la rédemption d’Ahasvérus, l’anéantissement  ». Se rendait-il compte qu’il touchait là du doigt une vérité et le vœu profond, secret, sinon inconscient, de l’humanité chrétienne ? Il en oubliait cependant une autre – qui découle d’une logique : l’antisémitisme chrétien disparaîtra assurément le jour où les Juifs constitueront un Centre ad valorem, dans lequel s’empressera de se reconnaître une majorité bien-pensante. Autrement dit, une puissance hégémonique - comme il en existe.

 L’universalisme qui anime tant les Juifs tout comme la politique expansionniste de l’Etat d’Israël (« un Israël grand et fort  »), ainsi que leur « alliance à mort » avec la théocratie protestante américaine, ne traduisent-ils pas cette lecture ? Et si le sionisme était le prélude à un tel avènement ? Et les territoires « occupés » une tête de pont ? Ce serait cependant oublier que le dramatique différend qui les oppose à leurs « cousins » les Palestiniens n’est que superficiel, entendons par là que les causes en sont historiquement récentes et d’un ordre bien peu religieux - ce qui pourrait laisser présager d’une solution satisfaisante à terme pour les deux parties. Il en est tout autrement, nonobstant les avancées louables de l’Eglise, des rapports ambigus, complexes et profonds qui unissent les Juifs aux Chrétiens depuis des siècles.

Marcel Zang




par Zang vendredi 17 février 2012 - 22 réactions
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  • Par Constant danslayreur (---.---.61.199) 17 février 2012 14:43

    Laissez les chrétiens tranquilles et lisez un peu puisque vous aimez lire...

    Antisémitisme, antijudaïsme, anti-israélisme
    Par Edgar Morin*, tribune parue dans Le Monde le 19 février 2004

    Le sociologue Edgar Morin engage ici un travail de définition sémantique entre les termes antisémitisme, antijudaïsme et anti-israélisme afin de clarifier les termes de l’analyse et des débats autour de la « nouvelle judéophobie ».

    Edgar Morin
    Il y a des mots qu’il faut réinterroger ; ainsi le mot antisémitisme. En effet, ce mot a remplacé l’antijudaïsme chrétien, lequel concevait les juifs comme porteurs d’une religion coupable d’avoir condamné Jésus, c’est-à-dire, si absurde que soit l’expression pour ce Dieu ressuscité, coupable de déicide.

    L’antisémitisme, lui, est né du racisme et conçoit les juifs comme ressortissants d’une race inférieure ou perverse, la race sémite. A partir du moment où l’antijudaïsme s’est développé dans le monde arabe, lui-même sémite, l’expression devient aberrante et il faut revenir à l’idée d’antijudaïsme, sans référence désormais au « déicide ».

    Il y a des mots qu’il faut distinguer, comme l’antisionisme de l’anti-israélisme, ce qui n’empêche pas qu’il s’opère des glissements de sens des uns aux autres. En effet, l’antisionisme dénie non seulement l’installation juive en Palestine, mais essentiellement l’existence d’Israël comme nation. Il méconnaît que le sionisme, au siècle des nationalismes, correspond à l’aspiration d’innombrables juifs, rejetés des nations, à constituer leur nation.

    Israël est la concrétisation nationale du mouvement sioniste. L’anti-israélisme a deux formes ; la première conteste l’installation d’Israël sur des terres arabes, se confond avec l’antisionisme, mais en reconnaissant implicitement l’existence de la nation israélienne. La seconde est partie d’une critique politique devenant globale de l’attitude du pouvoir israélien face aux Palestiniens et face aux résolutions de l’ONU qui demandent le retour d’Israël aux frontières de 1967.

    Comme Israël est un Etat juif, et comme une grande partie des juifs de la diaspora, se sentant solidaires d’Israël, justifient ses actes et sa politique, il s’opéra alors des glissements de l’anti-israélisme à l’antijudaïsme. Ces glissements sont particulièrement importants dans le monde arabe et plus largement musulman où l’antisionisme et l’anti-israélisme vont produire un antijudaïsme généralisé.

    Y a-t-il un antijudaïsme français qui serait comme l’héritage, la continuation ou la persistance du vieil antijudaïsme chrétien et du vieil antisémitisme européen ? C’est la thèse officielle israélienne, reprise par les institutions dites communautaires et certains intellectuels juifs.

    Or il faut considérer que, après la collaboration des antisémites français avec l’occupant hitlérien, puis la découverte de l’horreur du génocide nazi, il y eut affaiblissement par déconsidération du vieil antisémitisme nationaliste-raciste ; il y eut, parallèlement, suite à l’évolution de l’Eglise catholique, dépérissement de l’antijudaïsme chrétien qui faisait du juif un déicide, puis l’abandon de cette imputation grotesque. Certes, il demeure des foyers où l’ancien antisémitisme se trouve ravivé, des résidus des représentations négatives attachées aux juifs restés vivaces dans différentes parties de la population ; il persiste enfin dans l’inconscient français des vestiges ou des racines de « l’inquiétante étrangeté » du juif, ce dont a témoigné l’enquête La Rumeur d’Orléans (1969) dont je suis l’auteur.

    Mais les critiques de la répression israélienne, voire l’anti-israélisme lui-même ne sont pas les produits du vieil antijudaïsme.

    On peut même dire qu’il y eut en France, à partir de sa création accompagnée de menaces mortelles, une attitude globalement favorable à Israël. Celui-ci a été d’abord perçu comme nation- refuge de victimes d’une horrible persécution, méritant une sollicitude particulière. Il a été, en même temps, perçu comme une nation exemplaire dans son esprit communautaire incarné par le kibboutz, dans son énergie créatrice d’une nation moderne, unique dans sa démocratie au Moyen-Orient. Ajoutons que bien des sentiments racistes se sont détournés des juifs pour se fixer sur les Arabes, notamment pendant la guerre d’Algérie, ce qui a bonifié davantage l’image d’Israël.

    La vision bienveillante d’Israël se transforma progressivement à partir de 1967, c’est-à-dire l’occupation de la Cisjordanie et de Gaza, puis avec la résistance palestinienne, puis avec la première Intifada, où une puissante armée s’employa à réprimer une révolte de pierres, puis avec la seconde Intifada qui fut réprimée par violences et exactions disproportionnées. Israël fut de plus en plus perçu comme Etat conquérant et oppresseur. La formule gaullienne dénoncée comme antisémite, « peuple dominateur et sûr de lui », devint truisme. La poursuite des colonisations qui grignotent sans cesse les territoires palestiniens, la répression sans pitié, le spectacle des souffrances endurées par le peuple palestinien, tout cela détermina une attitude globalement négative à l’égard de la politique de l’Etat israélien, et suscita un anti-israélisme dans le sens politique que nous avons donné à ce terme. C’est bien la politique d’Israël qui a suscité et amplifié cette forme d’anti-israélisme, et non la résurgence de l’antisémitisme européen. Mais cet anti-israélisme a très peu dérivé en antijudaïsme dans l’opinion française.

    Par contre, la répression israélienne et le déni israélien des droits palestiniens produisent et accroissent les glissements de l’anti-israélisme vers l’antijudaïsme dans le monde islamique. Plus les juifs de la diaspora s’identifient à Israël, plus on identifie Israël aux juifs, plus l’anti-israélisme devient antijudaïsme. Ce nouvel antijudaïsme musulman reprend les thèmes de l’arsenal antijuif européen (complot juif pour dominer le monde, race ignoble) qui criminalise les juifs dans leur ensemble. Cet antijudaïsme s’est répandu et aggravé, avec l’aggravation même du conflit israélo-palestinien, dans la population française d’origine arabe et singulièrement dans la jeunesse.

    De fait, il y a non pas pseudo-réveil de l’antisémitisme européen, mais développement d’un antijudaïsme arabe. Or, plutôt que reconnaître la cause de cet antijudaïsme arabe, qui est au cœur de la tragédie du Moyen-Orient, les autorités israéliennes, les institutions communautaires et certains intellectuels juifs préfèrent y voir la preuve de la persistance ou renaissance d’un indéracinable antisémitisme européen.

    Dans cette logique, toute critique d’Israël apparaît comme antisémite. Du coup, beaucoup de juifs se sentent persécutés dans et par cette critique. Ils sont effectivement dégradés dans l’image d’eux-mêmes comme dans l’image d’Israël qu’ils ont incorporée à leur identité. Ils se sont identifiés à une image de persécutés ; la Shoah est devenue le terme qui établit à jamais leur statut de victimes, de gentils ; leur conscience historique de persécutés repousse avec indignation l’image répressive de Tsahal que donne la télévision. Cette image est aussitôt remplacée dans leur esprit par celle des victimes des kamikazes du Hamas, qu’ils identifient à l’ensemble des Palestiniens. Ils se sont identifiés à une image idéale d’Israël, certes seule démocratie dans un entourage de dictatures, mais démocratie limitée, et qui, comme l’ont fait bien d’autres démocraties, peut avoir une politique coloniale détestable. Ils se sont assimilés avec bonheur à l’interprétation bibliquement idéalisée qu’Israël est un peuple de prêtres.

    Ceux qui sont solidaires inconditionnellement d’Israël se sentent persécutés intérieurement par la dénaturation de l’image idéale d’Israël. Ce sentiment de persécution leur masque évidemment le caractère persécuteur de la politique israélienne.

    Une dialectique infernale est en œuvre. L’anti-israélisme accroît la solidarité entre juifs de la diaspora et Israël. Israël lui-même veut montrer aux juifs de la diaspora que le vieil antijudaïsme européen est à nouveau virulent, que la seule patrie des juifs est Israël, et par là même a besoin d’exacerber la crainte des juifs et leur identification à Israël.

    Ainsi les institutions des juifs de la diaspora entretiennent l’illusion que l’antisémitisme européen est de retour, là où il s’agit de paroles, d’actes ou d’attaques émanant d’une jeunesse d’origine islamique issue de l’immigration. Mais, comme dans cette logique, toute critique d’Israël est antisémite, il apparaît aux justificateurs d’Israël que la critique d’Israël, qui se manifeste de façon du reste fort modérée dans tous les secteurs d’opinion, apparaît comme une extension de l’antisémitisme. Et tout cela, répétons-le, sert à la fois à occulter la répression israélienne, à israéliser davantage les juifs, et à fournir à Israël la justification absolue. L’imputation d’antisémitisme, dans ces cas, n’a pas d’autre sens que de protéger Tsahal et Israël de toute critique.

    Alors que les intellectuels d’origine juive, au sein des nations de gentils, étaient animés par un universalisme humaniste, qui contredisait les particularismes nationalistes et leurs prolongements racistes, il s’est opéré une grande modification depuis les années 1970. Puis la désintégration des universalismes abstraits (stalinisme, trotskisme, maoïsme) a déterminé le retour d’une partie des intellectuels juifs ex-stals, ex-trotskos, ex-maos, à la quête de l’identité originaire. Beaucoup de ceux, notamment intellectuels, qui avaient identifié l’URSS et la Chine à la cause de l’humanité à laquelle ils s’étaient eux-mêmes identifiés se reconvertissent, après désillusion, dans l’israélisme.

    Les intellectuels dé-marxisés se convertissent à la Torah. Une intelligentsia juive se réfère désormais à la Bible, source de toutes vertus et de toute civilisation, pensent-ils. Passant de l’universalisme abstrait au particularisme juif, apparemment concret mais lui-même abstrait à sa manière (car le judéocentrisme s’abstrait de l’ensemble de l’humanité), ils se font les défenseurs et illustrateurs de l’israélisme et du judaïsme, apportant leur dialectique et leurs arguments pour condamner, comme idéologiquement perverse et évidemment antisémite, toute attitude en faveur des populations palestiniennes. Ainsi bien des esprits désormais judéocentrés ne peuvent aujourd’hui comprendre la compassion si naturelle ressentie pour les malheurs des Palestiniens. Ils y voient non pas une évidente réaction humaine, mais l’inhumanité même de l’antisémitisme.

    La dialectique des deux haines, celle des deux mépris, le mépris du dominant israélien sur l’Arabe colonisé, mais aussi le nouveau mépris antijuif nourri de tous les ingrédients de l’antisémitisme européen classique, cette double dialectique entretient, amplifie et répand les deux haines et les deux mépris.

    Le cas français est significatif. En dépit de la guerre d’Algérie et de ses séquelles, en dépit de la guerre d’Irak et en dépit du conflit israélo-palestinien, juifs et musulmans ont longtemps coexisté en paix en France. Une rancœur sourde contre les juifs, identifiés à Israël, couvait dans la jeunesse d’origine maghrébine. De leur côté, les institutions juives dites communautaires entretenaient l’exception juive au sein de la nation française et la solidarité inconditionnelle à Israël. L’aggravation du cycle répression-attentats a déclenché des agressions physiques et a fait passer l’antijudaïsme mental à l’acte le plus virulent de haine, l’atteinte au sacré de la synagogue et des tombes. Mais cela conforte la stratégie du Likoud : démontrer que les juifs ne sont pas chez eux en France, que l’antisémitisme est de retour, les inciter à partir en Israël.

    Avec l’aggravation de la situation en Israël-Palestine, la double intoxication, l’antijuive et la judéocentrique, va se développer partout où coexistent populations juives et musulmanes.

    Il est clair que les Palestiniens sont les humiliés et offensés d’aujourd’hui, et nulle raison idéologique ne saurait nous détourner de la compassion à leur égard. Certes, Israël est l’offenseur et l’humiliant. Mais il y a dans le terrorisme anti-israélien devenant anti-juif l’offense suprême faite à l’identité juive : tuer du juif, indistinctement, hommes, femmes, enfants, faire de tout juif du gibier à abattre, un rat à détruire, c’est l’affront, la blessure, l’outrage pour toute l’humanité juive. Attaquer des synagogues, souiller des tombes, c’est-à-dire profaner ce qui est sacré, c’est considérer le juif comme immonde. Certes, une haine terrible est née en Palestine et dans le monde islamique contre les juifs. Or cette haine, si elle vise la mort de tout juif, comporte une offense horrible. L’antijudaïsme qui déferle prépare un nouveau malheur juif. Et c’est pourquoi, de façon infernale encore, les humiliants et offensants sont eux-mêmes des offensés et redeviendront des humiliés. Pitié et commisération sont déjà submergées par haine et vengeance. Que dire dans cette horreur, sinon la triste parole du vieil Arkel dans Pelléas et Mélisande de Maeterlinck : « Si j’étais Dieu, j’aurais pitié du cœur des hommes » ?

    http://www.communautarisme.net/Anti...

  • Par penajouir (---.---.167.98) 17 février 2012 16:17
    penajouir

    Un grand rabbin monte au paradis et bon, on s’occupe des formalités et tout parce que c’est une personne importante, quoi... Et puis, il doit aller dans sa nouvelle demeure. Alors, au bureau d’attribution des maisons célestes, on lui montre sa future maison, une simple F2, avec une place de parking, pas génial, quoi... Alors le rabbin s’étonne, regarde autour de lui, et aperçoit une maison fantastique, sur 3 étages, avec jardin, piscine et tennis. 
    Alors le rabbin se met en colère, et demande :
    -C’est à qui cette maison ?
    - C’est à Schmoulik Cohen... 
    - Quoi, Schmoulik Cohen, le chauffeur de bus ? 
    - Ouais, c’est lui...
    - Non mais, vous avez pas honte, moi un grand rabbin j’ai seulement un F2 et lui il a une superbe maison ? 
    - Oui, mais toi, en bas, quand tu faisais la prière à la synagogue, tout le monde dormait. Lui, quand il conduisait, tout le monde faisait sa prière...

  • Par OMAR (---.---.99.99) 17 février 2012 16:07

    Omar 33

    Salut Zang : « le dramatique différend qui les oppose à leurs « cousins » les Palestiniens n’est que superficiel...
     » :
    C’est sûr, sauf que les sionistes règlent ce « different » à coups de spoliations de terres, de déportations et d’emprisonnement de palestiniens.

    Et quand cela ne suffit pas, ils leur lachent sur la tete, des bombes au phosphore.

    Des cousins ? Plutôt des barbares..
     

  • Par doctorix (---.---.15.73) 17 février 2012 17:30
    doctorix

    Et si l’antisémitisme venait de l’insupportable fatuité dont cet article est la démonstration, et de cette détestable propension à s’estimer supérieur au reste de l’humanité ?

    Et s’il venait d’un sionisme conquérant qui est actuellement le seul facteur de guerre sur terre, et d’une sale habitude d’infiltrer les media pour promouvoir les guerres, tel BHL et un bon nombre de journalistes ?
    Que l’auteur remette les pieds sur terre, prenne conscience de ces deux réalités, au lieu de se promener dans les hautes sphères de sa supériorité congénitale, et on pourra peut-être envisager la paix dans la fraternité.
    C’est d’ailleurs ce que proposent la plupart des israéliens, mais ils ne font pas autant de bruit que les sionistes, hélas.

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