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L’art de visiter une usine selon le président Sarkozy : le commentaire ravageur de la RTBF repris par la TSR

La RadioTélévision Belge de langue Française (RTBF) a offert un bel exemple de reportage, repris par la Télévision Suisse Romande (TSR) dans son journal de 19h30 samedi 5 septembre 2009 (1). On aimerait en voir comme ça en France. Mais France Télévision a-t-elle la liberté d’expression qui l’en rendrait capable ? France Inter en a tout de même diffusé la bande sonore, ce lundi 7 septembre à 7 h 50. 

Le reporter de la RTBF, Jean-Philippe Schaller, avait suivi, jeudi 3 septembre, la visite du président Sarkozy à l’usine « Faurecia » à Caligny dans l’Orne. On y découvre comme, à propos d’un même événement, l’information donnée, livrée volontairement par un émetteur, peut être bien différente de l’information extorquée qu’on peut en obtenir à l’insu et/ou contre le gré de l’émetteur.

L’information donnée édifiante que le président Sarkozy a voulu offrir aux Français par cette visite, est singulièrement dévalorisée par l’information extorquée obtenue par l’ enquête critique méthodique menée sur cette visite par le reporter de la RTBF.

L’information donnée édifiante

C’est en effet une visite consensuelle d’un président aimé des siens, en pleine forme, détendu, mastiquant même devant tous son chewing-gum peu poliment comme s’il était chez lui, qui ressort des images autorisées. On en suit méthodiquement les étapes successives.

Il est d’abord accueilli chaleureusement : « Bonjour Nicolas, comment vas-tu ? » lui demande sans doute un parlementaire local enamouré. Le directeur général de l’usine, entouré de son équipe, lui vante ensuite sa place de leader mondial dans 20 % des équipements d’une voiture, sièges et pare-chocs. Puis on le voit traverser l’usine en cortège, souriant aux ouvriers qu’il croise, leur adressant un salut amical, serrant des mains ou interrogeant des apprentis sur leurs études. Enfin, la cérémonie se termine par un discours du président : sur une estrade, entouré d’un groupe d’employés en blouse blanche, il s’adresse au personnel réuni pour la circonstance et les assure de sa détermination : « Je suis payé pour agir, déclare-t-il, pas pour commenter ! Faut se battre ! Et c’est ce qu’on fait ! »

On en retire l’impression d’un président en pleine santé, après son malaise estival, serein, décidé et reçu le plus cordialement du monde par les salariés d’une usine en difficulté ; immergé parmi eux, il fait manifestement l’unanimité : aucun d’eux n’aurait eu l’outrecuidance d’une remarque désobligeante devant le premier responsable de la politique française, venu si aimablement leur rendre visite.

L’information extorquée inquiétante

L’enquête critique méthodique de J.-Ph Schaller fait apparaître, en revanche, une information extorquée très différente qui livre de cette visite une image moins édifiante, voire inquiétante. Cette visite si spontanément conviviale d’un président parmi des salariés confrontés à la crise économique devient en grande partie un leurre par mise en scène et donc omission.

1- D’abord, l’usine « Faurecia » a été choisie à la fois parce qu’elle est toute neuve et que son secteur d’activité est en difficulté : c’est un sous-traitant de l’industrie automobile. Le président la prend donc pour symbole de sa détermination à combattre la crise économique en cours, en s’intéressant, non plus aux banques ni aux multinationales, mais aux PME.

2- La situation géographique de l’usine garantissait ensuite une visite paisible sans risque d’être contrarié par des manifestants. En pleine campagne, le contrôle strict de la circulation par la gendarmerie était aisé sur son unique voie d’accès. Personne d’étranger à l’usine ne pouvait franchir les barrages sans être dûment accrédité.

3- Le déroulement de la visite a fait, en outre, l’objet de répétitions afin de régler la mise en scène, en particulier celle du clou du spectacle, le discours du président. Pour se tenir sur la scène derrière lui, le groupe de figurants en blouse blanche a été trié, si l’on peut dire, sur le volet. Tous volontaires, selon eux, ils ont été acheminés par bus en provenance d’autres sites de l’usine. Une des jeunes femmes, interrogée par le journaliste, a admis qu’ils avaient été recrutés sur un critère de taille, si l’on ose dire : leur propre taille, pour ne pas être sur l’estrade plus grands que le président. Un responsable syndical a reconnu, de son côté, que toute cette mise en scène avait pour but non de dialoguer avec le personnel mais de soigner « l’image du président ».

4- La préoccupation majeure paraît, avoir été, en effet, d’éviter tout dérapage, toute altercation intempestive comme au Salon de l’Agriculture, citée en images par le reportage, et évidemment toute manifestation. « Dans ses déplacements, a conclu le journaliste, Nicolas Sarkozy ne veut voir désormais qu’une seule tête. Ça fait de belles images, mais pas sûr que les Français soient dupes. »

Il semble toutefois que le reportage ait opéré une coupure dans le discours du président, mettant hors-contexte la phrase retenue : « Je suis payé pour agir, pas pour commenter !  » C’est dommage, car il vient juste de se payer une fois de plus la tête des journalistes : « Le lundi dans le journal, s’est-il amusé à dire, on lit qu’on est sorti de la crise, le mardi qu’on n’y est revenu, le mercredi que ça va un peu mieux et le jeudi que ça va un peu plus mal. La vérité, c’est qu’ils en savent rien. Mais après tout, faut pas leur en vouloir de faire des commentaires, ils sont payés pour ça. Moi, n’attendez pas de commentaires, parce que je suis payé pour agir, pas pour commenter ! »

On ne saurait contredire le président, ni en vouloir non plus aux journalistes : car toute information est un commentaire qui livre non pas « un fait » mais seulement « la représentation d’un fait » où le fait est intimement associé au commentaire comme le minerai à sa gangue. Elle livre, en outre, un second commentaire comme le montrent ici eux-mêmes le président et les médias. L’information tirée à quatre épingles qu’il a lui-même donnée volontairement de sa visite, s’accompagne du commentaire implicite suivant : livrée volontairement car utile aux intérêts du président. Quant à l’information extorquée fort différente que la RTBF et la TSR ont offerte de cette visite, elle est aussi associée au commentaire implicite suivant : extorquée car utile aux intérêts de la RTBF et de la TSR qui montrent leur capacité à pratiquer le doute méthodique et donc à gagner un crédit auprès de leurs téléspectateurs. Il apparaît ici, en effet, que l’information extorquée offre une représentation plus fidèle de la réalité que l’information donnée. Paul Villach

 

(1) Le lien de ce reportage est le suivant : 

http://www.tsr.ch/tsr/index.html?siteSect=500000&channel=info#program=15 ;vid=11172125

par Paul Villach lundi 7 septembre 2009 - 86 réactions
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Les réactions les plus appréciées

  • Par linus20024 (xxx.xxx.xxx.70) 7 septembre 2009 10:12
    linus20024

    Très bon article.
    En revanche, je suis fichtrement inquiet pour la jeune femme qui a été interviewée par le journaliste de la RTBF et qui a fait la révélation sur le critère de sélection par la taille.
    J’espère qu’on ne va pas lui sucrer son poste pour avoir manqué de respect à son éminence.

  • Par impertinent3 (xxx.xxx.xxx.202) 7 septembre 2009 11:39
    impertinent3

    Pourtant l’histoire ne manque pas d’hommes de petite taille qui furent de grands hommes : Gandhi, W. Churchill, Jaurès, Mendes France, etc.

    Ceux-là n’avaient pas besoin d’artifices pour inspirer le respect.

    Par contre un Sarko ...

    Comment voulez-vous que quelqu’un qui n’assume pas son physique et qui ne s’aime pas* puisse aimer les autres, puisse aimer les français, puisse aimer la France ?

    * Ce manque d’estime de soi transparait derrière sa prétention affichée d’être le meilleur.

  • Par LeGus (xxx.xxx.xxx.208) 7 septembre 2009 10:25
    LeGus

    Bien vu.
    En effet ici encore NS flingue les journalistes, et ceux ci lui rendent bien en faisant pour une foi bien leur boulot. Il l’a cherché, bien fait pour lui.

    Bravo la Belgique. (pardon pour ce petit trait de chauvinisme huhuhu.)

  • Par Marcel Chapoutier (xxx.xxx.xxx.104) 7 septembre 2009 20:24
    Marcel Chapoutier

    Ce que notre grand conducator n’a pas compris (faut dire qu’il manque singulièrement de culture et n’a bien sûr pas fait ses humanités) c’est que l’on peut être petit par la taille et grand par l’esprit et l’intelligence. Personne ne lui a dit, il est petit par la taille et ratatiné par l’esprit c’est pourquoi il se retrouve souvent dans le grotesque et ses conseillers font mal leur boulot (mais peut-être qu’ils lui ont dit que de donner dans le ridicule ça craint, la princesse Carlita ne peut pas tout faire...).

    En tout cas cet énième épisode de mise en scène gouvernementale ne signifie qu’une chose c’est que notre pays est de plus en plus une république bananière. Nos dirigeants se sentent tellement minables qu’ils se croient obligés de recourir à de la propagande grossière (qui généralement se retourne contre eux). On savait déjà qu’à chaque sortie publique de notre guide suprême, il fallait avoir une carte à jour de l’UMP pour approcher le monarque à moins de 100 mètres...On n’a jamais vu ça, ce type est tellement détesté qu’il n’ose même plus affronter directement les français...Quel courage !...

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