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L’économie sociale et solidaire peut-elle doper le PIB ?

Le Sénat français vante les mérites de l'économie sociale et solidaire dite "ESS" et encourage son développement. L’argument-clé - bien dans l'air du temps - étant "L'ESS présente l’avantage d’être fortement territorialisée et offre à ce titre une importante ressource d’emplois non délocalisables." L'autre argument mis en avant est que l'Europe s'y met aussi, dans la perspective d'une "croissance inclusive, plus juste socialement et écologiquement durable". Enfin, ce n'est pas pour rien que l'on a créé un ministère dédié à l’ESS. Actuellement, l'ESS représenterait 10% de la richesse produite en France et près de 13% des emplois, avec 2,3 millions de salariés.

En attendant le projet de loi d’orientation sur l’ESS, le Sénat avance. Un groupe de travail sur l’économie sociale et solidaire, créé par la commission des Affaires économiques du Sénat, présidé par le sénateur des Alpes-Maritimes, Marc Daunis, et dont le rapporteur est Marie-Noëlle Lienemann (Paris) a produit un rapport intitulé « Les coopératives en France : un atout pour le redressement économique, un pilier de l’économie sociale et solidaire ». L'Economie sociale et solidaire est présentée comme "un potentiel alternatif".

Le rapport rappelle que l'ESS est particulièrement représentée dans l’action sociale sans hébergement, dans le domaine des activités sportives et de loisirs ou encore 46% dans le domaine de l’assurance. Les coopératives pèsent très fortement dans quelques secteurs comme l’agriculture, la banque ou le commerce de détail. Avec de nouveaux secteurs comme l’habitat ou l’accompagnement des créateurs d’entreprises, avec les CAE (coopératives d’activité). Elles représenteraient 308 000 emplois salariés.

Quelques rappels sur le fonctionnement de l'ESS en France : Les coopératives en France bénéficient d’une gouvernance démocratique. Les « associés extérieurs » ne peuvent détenir plus de 35% des droits de vote, c’est donc bien les coopérateurs qui, collectivement, détiennent le pouvoir dans leur société. Il y a répartition des bénéfices avec mise en réserve des résultats et système de « ristourne ».

La coopération se décline en plusieurs grandes familles de sociétés coopératives : les SCOP (sociétés coopératives de production), les coopératives de consommateurs, les coopératives agricoles, de HLM, etc. La loi du 17 juillet a créé les SCIC (sociétés coopératives d’intérêt collectif) qui permettent notamment de faire entrer les collectivités territoriales au capital.

Mais, d'après le bilan réalisé par Recherches et solidarités, publié le 26 juin 2012, avec le soutien de l'Association des régions de France (ARF) et de la Caisse des Dépôts, "l'année 2011 marque un coup d'arrêt à la croissance continue de l'emploi dans l'économie sociale". En 2011, le secteur représente 200.000 établissements, 2.350.000 salariés et une masse salariale de 51,6 milliards d'euros.

D'où la volonté du Sénat de relancer ce secteur, d'autant plus que la Commission européenne vient de multiplier plusieurs initiatives en faveur de l’entrepreneuriat social.
Et, dans un arrêt du 8 septembre 2011, la Cour de justice de l’Union européenne reconnaît que le législateur peut édicter des règles spécifiques, notamment fiscales, pour compenser les handicaps structurels que rencontrent les coopératives, notamment dans l’accès aux marchés de capitaux.

Le groupe de travail s’est penché sur le secteur coopératif. Il a présenté six grandes propositions pour accélérer le développement des coopératives. Un projet de loi d’orientation sur l’ESS est prévu pour le premier trimestre 2013.

Six grandes propositions pour accélérer le développement des coopératives

1 – Donner un nouvel élan au développement de SCOP :

- encourager la reprise d’entreprises sous forme de SCOP.
- Lever les freins de la constitution de groupes coopératifs


- Poursuivre l’amélioration du régime juridique des SCIC et des CAE (coopératives d’activité)

2 – Créer de nouveaux modes de financement en faveur du développement coopératif

3 – Promouvoir le développement coopératif dans le domaine de l’habitat

4 – Assurer une gouvernance fidèle aux principes fondamentaux de la coopération

5 – Favoriser un environnement concurrentiel équitable et adapté pour les coopératives

6 – Encourager l’engagement dans des projets copératifs

En attendant, tout le gouvernement étant en vacances, les acteurs de l'économie sociale et solidaire sont dans l'expectative. Benoît Hamon, le ministre délégué en charge de l'ESS leur avait promis que les emplois d'avenir seraient orientés en priorité vers les secteurs de l'ESS ainsi qu'un compartiment de la Banque publique d'investissement, près de 500 millions d'euros, dédié au secteur. 

Les collectivités locales, elles aussi, attendent. L’idée a été émise de créer des PTCE (pôles territoriaux de coopération économique ), qui consistent à regrouper sur un territoire donné des initiatives d’entreprises et de réseaux de l’ESS, associés à des PME responsables, à des centres de recherche, des organismes de formation et des collectivités locales, pour mettre en œuvre des coopérations et des mutualisations au service de projets du domaine de l’ESS. Dix-huit pôles-témoins ont été sélectionnés. Parmi les plus avancés figure le Pôle Sud-Rhône-Alpes, créé en 2007. Mais quid des prochains projets ? En juin, le cercle de réflexion présidé par Claude Alphandéry ("le Labo") proposait la création de banques régionales d'investissement en insistant sur "l'importance qu'il faut attacher aux collectivités territoriales" notamment dans le cadre de "l'acte III de décentralisation" en cours de préparation. Le Labo réclame une loi cadre bancaire qui consacrerait la création de la banque publique d'investissement (BPI) voulue par François Hollande. Les PTCE joueraient le rôle de filières de l'ESS sur un territoire donné.

Au plan européen Les Etats pourraient accélérer les choses en passant un accord politique afin d'accélérer la mise à disposition de capitaux privés au profit de l'ESS, avec comme contrepartie pour les investisseurs d'un "label européen" qui atteste de la nature de l'investissement réalisé. Rien en vue là non plus pour le moment.

L'économie sociale et solidaire constitue certes une alternative à la gouvernance entièrement fondée sur le profit. Mais peut-elle doper le PIB ? Il semble que ce ne soit pas sa vocation. Certains économistes pensent même que son essor pourrait menacer l'économie qui repose sur l'appât du gain et la concurrence toujours plus forte entre les individus.




par Taverne (son site) jeudi 16 août 2012 - 4 réactions
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