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Accueil du site > Tribune Libre > L’érosion et l’évaporation du Capital #3

L’érosion et l’évaporation du Capital #3

Je souhaite faire usage de l'espace d'expression qu'offre Agoravox pour enrichir un essai d'économie politique (en cours d'écriture) des critiques pertinentes que vous apporterez en commentaire.

Cet essai devrait s'intituler "L'érosion et l'évaporation de Capital", voici sa troisième partie

Derrière l’économie politique du capitalisme dite "néolibérale" ou "ultralibérale", on découvre une vision spécifique de la liberté et de l'individu. Philosophiquement, cette suprématie de la liberté et de l’individu remonte jusqu’aux penseurs des lumières (peut-être même au cogito de Descartes…). Sur le plan économique, elle apparaît avec des penseurs tels que A. Smith et s'extrémise avec des économistes tel que F. Von Hayek qui sera un apôtre de « l'ultralibéralisme ».

Grâce au dogme libéral, la « main invisible » du marché et de l’évolution guidera les hommes et l’humanité vers le « plus grand bien » et la « plus grande perfection ». A sa manière, le libéralisme est une idéologie manichéenne puisqu’elle considère comme bien (unique) la liberté et comme mal tout ce qui l’entrave. En cela, le libéralisme comme économie politique estime que l’Etat doit avoir pour mission essentielle de garantir la liberté des acteurs économiques (au détriment de sa stabilité ?), l’Entrepreneuriat doit être libre d’entreprendre, le Capital doit être libre d’investir et le Travail doit être libre de travailler. Le libéralisme, en proposant de « laisser faire la nature », rend l’homme à sa nature d’animal intelligent.

De mon point de vue, cela fonctionne mieux que le communisme. Cependant le capitalisme rencontre ponctuellement des « crises », pour ne pas dire des séismes économiques, comme en 1929 et comme la crise que nous connaîtrons bientôt[1]. Pourquoi ?

Lorsque le capitalisme et le libéralisme poursuivent leur logique, ils se heurtent inévitablement à leurs propres absurdités, leurs propres extrémités : K. Marx avait relevé certaines de ces aberrations mais son analyse est incomplète.

Nous avons défini, à partir de leur comportement, quatre facteurs centraux de l’économie : Capital[2], Travail[3], Entrepreneuriat[4] et Etat[5].

Pour comprendre la mécanique du système capitaliste, il est nécessaire de développer des notions :

La masse : Elle exprime le volume et le poids d’un facteur économique. La masse est dite « économique » lorsqu’elle est favorable à l’économie [et au social] et « critique » lorsqu’elle est défavorable à l’économie [et au social].

L’exigence : Elle exprime la force des attentes d’un facteur économique. L’exigence est fonction de la masse et de la concentration du facteur économique.

La concentration : Elle exprime la répartition, la densité et la cohésion d’un facteur économique.

La liquidité : Elle exprime la mobilité et la volatilité d’un facteur économique.

L’une des clefs de compréhension de ce schéma réside dans le fait que la masse du Capital ne peut que s’accroître. De manière localisée et spécifique, certains capitaux peuvent être détruits lorsque le marché fluctue, lorsqu’une entreprise fait des déficits ou dépose le bilan, lorsqu’une bulle spéculative éclate, lorsqu’un Etat renonce à payer une part de ses dettes ou décide de prélever une part du patrimoine de la société. Néanmoins, cela n’atteint jamais la masse globale du Capital qui continue de croître inexorablement vers sa masse critique. De plus, les déperditions localisées du Capital stimulent le phénomène de concentration du Capital ; en effet les acteurs les mieux épargnés par ces épiphénomènes sont les acteurs les mieux informés et les plus réactifs, c’est-à-dire ceux qui concentrent le Capital.

  1. Phase de construction du capitalisme

Dans la grande majorité des pays développés, la phase de construction du capitalisme la plus récente s’étend entre 1945 et 1973. Cette phase est baptisée « trente glorieuses ».

La construction capitaliste est riche de ses bienfaits et de sa diversité : développement de l’industrie et du commerce au niveau mondial, stimulation de l’innovation managériale, technologique et organisationnelle, développement d’une gestion comptable et financière stable et performante, hausse généralisée du niveau et du confort de vie.

Pendant cette période de croissance économique intense, la demande de « moyens » est si forte que le Capital entreprend de se multiplier artificiellement (pour faire face à la demande) par l’intermédiaire du crédit bancaire et, dans une certaine mesure, des réserves fractionnaires. Cela permet aux banques de prêter beaucoup plus que ce qu’elles ne possèdent.

Lors de cette phase, le Capital se cantonne à son rôle, son conatus de facteur économique : se multiplier. Il n’a aucun intérêt à perturber les autres acteurs puisque, avec la croissance économique, « tout fonctionne parfaitement tout seul ».

Avec cette croissance économique, tout le monde est gagnant-gagnant et répond à son conatus :

Le Capital se multiplie.

Le Travail est stable et gagne en efficience (durée de travail diminuée et hausse des salaires)

L’Entrepreneuriat dispose de fortes capacités de développement et d’innovation dans une multitude de domaines économiques.

L’Etat dispose d’une vigueur économique qui lui permet des investissements structurels et d’intérêt général.

A l’issue de cette phase, le Capital atteint sa masse économique maximale. Néanmoins, il est toujours déterminé par son conatus : se multiplier. L’exigence du Capital à satisfaire ce désir est proportionnel à sa masse. C'est à cet instant que le Capital atteint sa masse critique et que le capitalisme entre dans une phase autodestructrice.

 

[1] Cf à l'épisode 9 de ma chronique d'un éveil citoyen : http://www.agoravox.fr/tribune-libre/article/chronique-d-un-eveil-citoyen-164697

[2]Le Capital désigne le désir (des propriétaires des moyens de production) de faire fructifier leur investissement. Le désir du Capital se situe dans la recherche d’une rentabilité maximum pour un risque minimum. En d’autres mots, le conatus du Capital réside dans sa multiplication.

[3]Le Travail désigne le désir (des forces laborieuses et productives) d'un échange pérenne et optimal entre tache laborieuse et rémunération. Ce désir cantonne l'individu à son intérêt individuel, c'est à dire à son désir d'un rapport optimal entre son travail et sa contrepartie. En d’autres mots, le conatus du Travail est une recherche d’efficience et de stabilité optimum pour son activité et sa contrepartie.

[4]L’Entrepreneuriat désigne le désir (des forces laborieuses et productives) d'améliorer et développer l'organisation économique dans laquelle elles évoluent. Le désir de l’Entrepreneuriat se situe dans un désir de croissance, de réalisation et de construction. En d’autres mots, le conatus de l’Entrepreneuriat réside dans une transcendance organisationnelle. [>> Cette dernière se manifeste par la volonté de bâtir, de guider, de conquérir, d’optimiser, d’innover…]

[5]L’Etat désigne le désir (de la structure organisant les connections économiques et le service public d’une société) d'une relative stabilité économique, sociale et politique. Le désir de l’Etat se situe dans l'autoconservation de sa structure. En d’autres mots, le conatus de l’Etat réside dans une stabilité systémique.


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9 réactions à cet article    


  • Robert GIL Robert GIL 3 septembre 2015 15:19

    du capital fictif au capital financier en passant par les voleurs de plus value, voici une petite serie d’article sur ces questions crucial pour bien comprendre le systeme capitaliste ... Voir ici


    • alberto alberto 3 septembre 2015 16:08

      Alban : en termes économiques, pourquoi a-t-on aboli l’esclavage ?


      • Alban Dousset Alban Dousset 3 septembre 2015 18:42

        @alberto
        Je ne sais pas...
        Pour les mêmes raisons qui ont conduit Ford à augmenter les salaires journaliers minimum de 2,34 $ à 5 $ pour ses ouvriers ?
        >> Stimuler la demande économique (et indirectement la production).


      • GUIGUI971 GUIGUI971 6 septembre 2015 21:03

        @alberto
        Je pré-suppose que vous parlez de l’esclavage dans les colonies Françaises.

        J’ai compris qu’il a été aboli parce que le modèle économique de production du sucre dans les colonies s’effondrait. Sucre qui était de loin la principale production exportée depuis les colonies. 
        La raison de ce déclin étant que les Anglais avaient organisé un blocus maritime qui rendait difficile l’importation en France des produits venant des colonies. Pour contrer ce blocus, Napoléon avait stimulé la production de sucre de betterave, sur le sol Français. Donc même une fois arrivée la fin du blocus, les productions des colonies n’étaient plus compétitives face à la betterave. Je peux me tromper sur cet aspect historique mais c’est ce que j’en ai compris.
        D’ailleurs je fais le paralléle avec l’actualité : l’esclavage (qui ne dit pas son nom) perdure de nos jours pour des productions que l’on préfère laisser au tiers monde, qui sont factuellement des colonies pour les multinationales, même si on ne leur donne plus ce nom. Jusqu’au jour où certaines productions pourront être relocalisées (impression 3D, coût energétique, problèmes qualité, etc). A ce moment, produire dans ces « colonies » ne sera plus rentable, et on nous dira, satisfait, qu’il y a moins de personnes exploitées dans ces pays, et que la proportion de personnes traitées dignement augmente... (faisant abstraction des petites mains, non qualifiées, passant du stade d’exploité à celui de chomeur, forcément plus humain...).


      • HELIOS HELIOS 6 septembre 2015 12:34

        ... sous toutes ses formes, le capital n’est pas l’ennemi !


        Ce qui pose un vrai probleme, c’est exactement comme sur la route, l’heterogenité des acteurs.

        - Sur la route, le code impose un comportement cohérent des usagers auxquels les réglés sont imposées, contrôlées et comprises.

        - en terme de structures capitalistiques dans le domaine économique, il n’y a pas de code de la route, pas de code du capital. Entre une multinationales plus riche et plus puissante que certains pays et une PME de 100 employés il n’y a aucune loi autre que celle de la jungle.
        Pourquoi croyez vous qu’il n’y a pratiquement plus de vraies PME -250- 500 personnes- en France autre que des entreprises de vente dont les employes sont des kleenex ?

        L’effet de la mondialisation est passé par là et surtout la loi du plus fort où aucune regulation n’est souhaitée et encore moins comprise.

        ... si a cela, vous ajouter les effets pervers de la propriete intellectuelle abusement etendue, la fuite de richesse d’un espace économique a un autre et les montages dits « financiers » bancaire... vous touchez du doigt le problème sans élaborer des structures intellectuelle valables seulement le temps de les lire.

        Bon dimanche


        • CN46400 CN46400 6 septembre 2015 13:29

          Le pb n’est pas le capital, c’est qui le possède ? 

            Quand tu possède le capital, tu possède le travailleur que tu entretient, juste assez, pour qu’il revienne chaque jour au « chagrin ». Bien sûr, tu possède aussi le produit de la fusion capital-travail que tu revendra à un prix dont le montant a la fâcheuse tendance à baisser continuement. Ton génie sera alors de modifier en permanence le processus de fabrication, et de vente, pour maintenir un taux de profit rémunérateur.

           Dés que tu auras assez de capital, tu le répartira au mieux dans un max de paniers pour être bien sûr que des pertes éventuelles sur un panier seront compensée par des gains sur un, ou d’autres, paniers.
           Alors tu intègrera ta classe sociale, la classe capitaliste, qui domine la société et qui nomme le « comité » qui gère l’état, donc les affaires de la bourgeoisie toute entière....

          • GUIGUI971 GUIGUI971 6 septembre 2015 21:24

            Le problème avec cette théorie de « la « main invisible » du marché et de l’évolution guidera les hommes et l’humanité vers le « plus grand bien » et la « plus grande perfection » »

            est qu’elle ne considérait pas, et c’est normal pour son époque, l’empreinte écologique : épuisement des ressources ET degradations de l’environnement.

            On ne peut plus laisser les entreprises tout se permettre, car elles n’ont aucune préoccupation sur le long terme (elles sont amorales). Et ceci quelle que soient leurs tailles, tout en sachant que les grosses ont des capacités de nuissance parfois considérables (TEPCO, MOSANTO, EXON...)
            D’autant plus que la financiarisation folle dans laquelle nous sommes embarqués et englués, fait qu’une entreprise qui sinterdirait une pratique au motif de risques écologiques trop importants (par exemple le forage en antartique), verrait imédiatement son cours boursier s’effondrer si ses concurrentes ne s’interdisaient pas cette même pratique. Elle serait donc sous la menace d’un rachat par ces concurrentes, aboutissant, in fine à la mise en place systématique de ces pratiques dangereuses...
            Tout ceci impose des états forts et souverains. Or il est incontestable qu’on n’y est de moins en moins quand on voit à quel points ces agents économiques sont au coeur du pouvoir, partout.

            • GUIGUI971 GUIGUI971 6 septembre 2015 21:33

              Par ailleurs, il est interressant de confronter ces théories au phénomène de mondialisation.

              Le capitalisme c’est vendre le plus cher possible un produit ou service que l’on achète le moins cher possible. La mondialisation a permis de pousser ou plutôt poursuivre encore plus loin cela. Mais la terre étant un système fini (« adiabatique » en physique), il y a un moment où l’on est face à un mur infranchissable. Tant que l’on arrive à délocaliser plus que ses concurents, çà va. Mais c’est une course à l’echalotte. A force de payer tout toujours moins cher, on arrive à ce que J RIFKIN appelle le coût marginal zero. Et le capitalisme a ainsi créé les propres conditions de sa destruction.

              • Béaba Béaba 11 septembre 2015 23:02

                Bonsoir,

                L’Economie (l’« économisme » ?) n’est pas une science, c’est fumeux et vaporeux, et si de la technique existe, ce n’est guère que pour bien subvertir le sujet. 
                N’entrons pas dans les développements savants, c’est ajusté pour s’y perdre, restons simples et regardons l’essentiel, tenons-nous en à ce que ce corps a d’utile en disant qu’il est le lieu des échanges de biens et services organisé en marché(s) notamment autour d’un bien particulier, l’argent.
                L’argent en est le catalyseur, l’eau irrigatrice*, il ne pose pas grand problème en soi tant qu’il ne déborde pas les marchés et reste à sa place, il devient un diable quand il en sort. 
                Il n’est pas le diable quand il se rend disponible pour servir les échanges sur un marché, il est un diable quand il devient lui-même un produit, et le pire des diables quand son accumulation le promeut « capital » et qu’il existe « hors sol », déconnecté des échanges utiles, avec son propre marché, ses « spécialistes » et la faculté de se reproduire, presque de s’autogénérer.
                Lui n’est pas diabolique par lui-même mais la financiarisation l’a abusé, l’homme en général et beaucoup d’hommes en particulier s’ingéniant à être des (sales) gosses jouissant sur le tabouret téléscopique de leur photomaton personnel.
                Avec les sales gosses, le martinet fait les miracles que les mots ne font pas, on saurait pourtant facilement administrer des corrections...
                (* rappelons-nous que les problèmes de robinets, baignoires, lavabos, fuites, pompes etc. ont tous leurs « spécialistes », rémunérés normalement).

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