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Accueil du site > Tribune Libre > L’érosion et l’évaporation du Capital #6

L’érosion et l’évaporation du Capital #6

Constat sur les dogmes idéologiques des systèmes politiques :

En occident, beaucoup de républiques se flattent d’être des démocraties. Qu’en est-il réellement ? Cette dénomination n’est-elle pas usurpée ?

E. Chouard situe son éveil politique le 29 mai 2005 lorsque les français votent « non » au traité constitutionnel européen malgré une pression politique et médiatique en faveur du « oui ». Pourtant, cette voix populaire et eurosceptique, réputée souveraine dans une démocratie, n’entravera aucunement la construction européenne. Dès lors, E. Chouard entamera une vaste réflexion sur la démocratie et le système politique français. Pour conduire sa réflexion, il s’appuiera sur un commandement d’Hérodote qui préconise de « rechercher la cause des causes ». Cette méthode l’amène à développer le schéma suivant :

Bien que ce raisonnement ait toute sa pertinence, il est nécessaire de poursuivre le cheminement des causes. Il est nécessaire de s’interroger sur l’origine du renoncement populaire et son désintérêt (relatif) pour la politique. Dans sa conférence « Déracinement et surmoi : Chaines de l’esclavage contemporain » et dans son livre « Né en 1984 », A. Abauzit développe avec beaucoup d’acuité l’aveuglement éducatif et médiatique qui contient l’intérêt populaire dans un débat politique superficiel puisque interne à l’idéologie dominante. A. Abauzit fait également la démonstration du surmoi social qui emprisonne la réflexion populaire déviante. Son analyse recoupe les craintes exprimée par Serge Carfantan dans sa leçon n°63, « Sagesse et révolte » :

« Pour étouffer par avance toute révolte, il ne faut pas s’y prendre de manière violente. Les méthodes du genre de celles d’Hitler sont dépassées. Il suffit de créer un conditionnement collectif si puissant que l’idée même de révolte ne viendra même plus à l’esprit des hommes. L’idéal serait de formater les individus dès la naissance en limitant leurs aptitudes biologiques innées.

Ensuite, on poursuivrait le conditionnement en réduisant de manière drastique l’éducation, pour la ramener à une forme d’insertion professionnelle. Un individu inculte n’a qu’un horizon de pensée limité et plus sa pensée est bornée à des préoccupations médiocres, moins il peut se révolter. Il faut faire en sorte que l’accès au savoir devienne de plus en plus difficile et élitiste. Que le fossé se creuse entre le peuple et la science, que l’information destinée au grand public soit anesthésiée de tout contenu à caractère subversif. Surtout pas de philosophie. Là encore, il faut user de persuasion et non de violence directe : on diffusera massivement, via la télévision, des divertissements flattant toujours l’émotionnel ou l’instinctif. On occupera les esprits avec ce qui est futile et ludique. Il est bon, dans un bavardage et une musique incessante, d’empêcher l’esprit de penser.

On mettra la sexualité au premier rang des intérêts humains. Comme tranquillisant social, il n’y a rien de mieux. En général, on fera en sorte de bannir le sérieux de l’existence, de tourner en dérision tout ce qui a une valeur élevée, d’entretenir une constante apologie de la légèreté ; de sorte que l’euphorie de la publicité devienne le standard du bonheur humain et le modèle de la liberté.

Le conditionnement produira ainsi de lui-même une telle intégration, que la seule peur – qu’il faudra entretenir – sera celle d’être exclus du système et donc de ne plus pouvoir accéder aux conditions nécessaires au bonheur. L’homme de masse, ainsi produit, doit être traité comme ce qu’il est : un veau, et il doit être surveillé comme doit l’être un troupeau. Tout ce qui permet d’endormir sa lucidité est bon socialement, ce qui menacerait de l’éveiller doit être ridiculisé, étouffé, combattu.

Toute doctrine mettant en cause le système doit d’abord être désignée comme subversive et terroriste et ceux qui la soutienne devront ensuite être traités comme tels. On observe cependant, qu’il est très facile de corrompre un individu subversif : il suffit de lui proposer de l’argent et du pouvoir. »

Le roman « Le meilleur des mondes » illustre cette domination politique par le désir et le plaisir avec une justesse troublante. Après la publication de ce classique de la science-fiction, Aldous Huxley rédigera un essai intitulé « Retour au meilleur des mondes » dans lequel on peut lire :

« Sous la poussée d’une surpopulation qui s’accélère et d’une sur-organisation croissante et par le moyen de méthodes toujours plus efficaces de manipulation des esprits, les démocraties changeront de nature. Les vieilles formes pittoresques — élections, parlements, Cours suprêmes, et tout le reste — demeureront, mais la substance sous-jacente sera une nouvelle espèce de totalitarisme non violent. Toutes les appellations traditionnelles, tous les slogans consacrés resteront exactement ce qu’ils étaient au bon vieux temps. La démocratie et la liberté seront les thèmes de toutes les émissions de radio et de tous les éditoriaux. Entretemps, l’oligarchie au pouvoir et son élite hautement qualifiée de soldats, de policiers, de fabricants de pensée, de manipulateurs des esprits, mènera tout et tout le monde comme bon lui semblera. »

Outre l’influence réelle de ces méthodes de domination et de manipulation psychologique, l’histoire de la pensée devra reconnaître la profonde influence, pendant quatre siècles, de l’idéologie dominante sur la société. Depuis le « je pense donc je suis » de R. Descartes en 1637 qui institue le libre arbitre comme principe de la raison, en passant par la déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789, jusqu’à « l’existence précède l’essence » de J.P. Sartre qui réhabilite le libre arbitre au cœur de la philosophie française, l’histoire de la pensée française est intimement liée à la notion de liberté individuelle et de libre arbitre. La certitude du libre-arbitre combinée à la notion de darwinisme social produit une culture individualiste qui colonise l’esprit des dominés, conduit à leur atomisation, leur détachement vis-à-vis des diverses communautés [familiales, religieuses, communales, nationales…] et renforce leur assujettissement aux dominants.

Comment déconstruire l’illusion de libre arbitre ?

La meilleure solution est certainement de populariser la philosophie spinoziste… Quand bien même Spinoza aurait craint que la « multitude » s’empare de son système de pensée, la situation critique de notre société impose de rendre Dieu (défini par Spinoza comme la nature elle-même) et le déterminisme à l’humanité.

Comment déconstruire la notion de darwinisme social ?

Le meilleur remède est probablement d’en revenir à C. Darwin lui-même qui a construit toute sa théorie de la civilisation sur la destitution progressive de l’hégémonie de la sélection naturelle. En cela, C. Darwin a désobéi aux recommandations de H. Spencer, auteur de la théorie du darwinisme social. Pour combattre cette dernière, il est également possible de recourir à « L’entraide » de P. Kropotkine qui est une antithèse du darwinisme social.

Outre l’aveuglement et le surmoi social, organisés par les classes dominantes, au-delà du lot des idéologies dominantes : libérale – libertaire – capitaliste – individualiste – darwiniste sociale (qui est également à la base du « choc des civilisations »), la cause première de l’asservissement populaire réside dans la « relative » stabilité économique, sociale et politique.

En effet, se soulever contre un système comporte de nombreux risques. En cela, l’individu, porté par ses affects (c’est-à-dire ses passions), n’en agit pas moins de manière rationnelle. Il envisage les risques et les avantages de ce soulèvement en dissociant la dimension individuelle (en noir) et la dimension collective (en vert pour les avantages et en rouge pour les inconvénients). Dans le cas d’une relative stabilité, son raisonnement est le suivant :

Les intérêts individuels de la révolte

Or, la nature humaine est ainsi faite qu’elle donne priorité aux arguments individuels sur les arguments collectifs. De plus, comme nous l’avons vu, la société formate ses individus sur un socle de raisonnements individualistes. Dans leur analyse, les acteurs individuels privilégieront donc les avantages et les inconvénients ayant des impacts individuels directs.

Ainsi, derrière la cause « Renoncement populaire, désintérêt, paresse » proposée par E. Chouard, on est amené à rencontrer plusieurs autres causes des causes :

La cause des causes finalisé

En revanche, lorsque tout le système d’économie politique s’effondre, les idéologies dominantes, l’aveuglement et le surmoi social se dissolvent dans la sinistre réalité (cela fut particulièrement visible en URSS). Dans ces circonstances, l’analyse des individus est sensiblement différente :

Les intérêts individuels de la révolte instabilité

Il faut concéder que cette présentation est extrêmement caricaturale. Actuellement, il est impossible de déterminer si ce basculement des arguments individuels se fera de manière brutale ou progressive. Tout dépendra de la forme de la crise économique et financière qui enclenchera ce basculement.

Le repli des places boursières visible depuis août 2015 semble indiquer que la prochaine « bulle financière » est en train d’exploser. Cette nouvelle crise financière devrait, cette fois, conduire à une crise monétaire et bancaire généralisée (sauf si l’imagination sans limite des financiers permet de trouver une solution comme en 2008 – mais j’en doute). Quelle que soit la solution adoptée face à une crise monétaire et bancaire généralisée (hyperinflation, prélèvement sur les patrimoines, hyper austérité, renoncement au paiement des dettes publiques.), celle-ci conduira inévitablement à une désastreuse crise économique. Ce crash économique majeur conduira à une détresse sociale et une panique politique.

« Plus grande est la tristesse, plus grande est la puissance d’agir par laquelle l’homme s’efforce de lutter contre la tristesse. » disait B. Spinoza. C’est donc au cœur de cette panique politique que réside la plus forte chance d’une rénovation de l’économie et du système politique.

Les radicaux demanderont comment encourager la survenance de cette crise.

Les cyniques demanderont comment profiter de cette déflagration économique.

Les craintifs demanderont comment se protéger de cette crise inéluctable.

Etrangement, la réponse est la même pour ces trois questions : Vu l’ampleur vraisemblablement destructrice de cette crise : toutes les monnaies et toutes les économies seront gravement impactées et s’effondreront.

L’unique valeur refuge sera les matières premières physiques de toutes natures : Métaux communs ou précieux, minéraux communs ou précieux, énergie, divers produits de consommation courants si possible utile en temps de crise, etc….

 

Au sujet d’une révolte populaire :

Une oligarchie bancaire ne se renverse pas comme un régime monarchique. Inutile de crier « allumez torches, brandissez fourches ! » : il n’y a pas de têtes à couper ou de Bastille à prendre. Pour mettre un système bancaire à terre, il suffit de se rendre au guichet de sa banque et de retirer son argent. Puis, comme cet argent ne vaudra bientôt plus grand-chose, il sera nécessaire d’acheter des matières premières physiques.

En revanche, lorsque le système sera tombé de son piédestal, il serait judicieux d’envahir les médias pour informer les masses sur la manipulation des médias et des politiques.


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2 réactions à cet article    


  • Rensk Rensk 3 mars 2016 12:10

    Contester un loi déjà en vigueur se fait par RÉFÉRENDUM... 50’000 signatures en 100 jours.

    Demander une nouvelle loi, changement de la constitution se fait par INITIATIVE... 100’000 signatures en 180 jours.


    • maQiavel maQiavel 3 mars 2016 22:20

      Article intéressant. 

      Je reviens. 

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