• jeudi 23 mai 2013
  • Agoravox France Agoravox Italia Agoravox TV Naturavox
  • Agoravox en page d'accueil
  • Newsletter
  • Contact
AgoraVox le média citoyen
La fondation Agoravox
  Accueil du site > Tribune Libre > L’homme est un homme pour le loup
28%
D'accord avec l'article ?
 
72%
(25 votes) Votez cet article
  • Faire un don
  • Imprimer cet article
  • Marquer et partager

L’homme est un homme pour le loup

Depuis des mois, des faits divers qui se veulent territorialement mobilisateurs, informent l’opinion d’attaques de troupeaux de moutons par de grands prédateurs que sont le loup et l’ours, et ce avec un manque d’empathie pour la faune sauvage inversement proportionnelle à une solidarité économique pour l’éleveur, le maquignon, l’équarisseur et le boucher réunis. L’ours et le loup sont des mammifères climaciques qui n’auraient jamais dû être systématiquement évincés des écosystèmes et pour lesquels nous agissons désormais pour la légitime réintroduction.

Laisser un peu de viande au loup ou à l’ours ? Jamais au grand jamais ! Et quand je pense à ce salaud de loup qui ose manger une brebis, j’enrage ! Telle est la cruelle et stupide mentalité d’Homo sapiens demens, toujours plus anthropocentriste et spéciste, qui entend s’approprier l’entièreté de la planète aux dépens des autres espèces, sans savoir qu’il hypothèque ainsi son avenir.
Des fais divers à propos de la soi-disant incompatibilité entre le loup (et tant d’autres grands prédateurs naturels) et nos filières pastorales et bouchères - par ailleurs coupables de la perte de biodiversité et de l’érosion des sols - en disent long sur la cécité écologique de l’homme exterminateur et désertificateur.
L’exploitation de la pensée spéciste est un avariant facile. Tout est bon, de la peur du loup à l’appropriation des alpages à la seule fin du pastoralisme. Comme si les montagnes devaient être reconverties en fabriques de moutons, comme si nous ne pouvions « partager », de façon d'ailleurs bien peu paritaire, quelques brebis avec les loups subsistants, et dont le régime est exclusivement carnivore. Notre suggestion au loup serait-il : fais-toi végé ou t’auras affaire à nous !? Notre suprématie sur les fondamentaux naturels nous aurait-elle conduits à la déraison ?
L’élevage est une filière économique qui repose sur un bluff : notre dérive gourmande à manger bien trop de cadavre, alors que notre régime est omnivore, à tendance frugivore. Un peu comme l’ours, un peu comme le chimpanzé, pour lesquels la viande n’est qu’un complément très aléatoire. Mais le système mercantile fit de nous des zoophages et nous savons ce que cette dérive coûte en exploitation abusive des ressources, en injustice à l'égard des pays du Sud, en souffrance animale et, pour ce qui se rapporte à notre petite personne, en maladies cardiovasculaires, cancers du colon et autres.
Ces lignes n’ont pas pour dessein de faire l’apologie du véganisme, ou même du banal végétarisme. Je voudrais juste attirer l’attention sur le droit des animaux non domestiques à ne pas se voir expropriés de leurs habitats. Aucune espèce ne doit disparaître par la faute de l’homme. Nous en sommes pourtant aux trois-quarts d’espèces végétales et animales éteintes suite à nos agissements contre-nature. C’est ce que l’on nomme la sixième phase d’extinction massive des espèces, la première de notre responsabilité. En se foutant de la Nature, les gens se foutent de leur futur.
Au Moyen Âge, comme il y avait l’ours et le loup, il y avait Goupil, le renard, et les poules disparaissaient. Alors, les renards y sont passés. Mille ans plus tard, la rage est éradiquée, mais à la demande des éleveurs de volailles, le renard est considéré comme un animal nuisible. 600.000 renards et renardeaux sont tués annuellement par les chasseurs et piégeurs. Cette destruction, souvent par des moyens ignobles, s'effectue au mépris de toute idée de respect de la biodiversité ou de notion d'autorégulation des prédateurs, et donne encore lieu, en certaines régions, au versement d'une prime à la queue de renard...
Dans le monde agricole, le spécisme est l’histoire d’une détestation plus ou moins inconsciente de l’animal auquel ne sont prodigués de bons soins qu’en contrepartie de services rendus ou de la qualité de sa viande.

Il tue le loup, il frappe l’âne, il caresse son chien et mange l’agneau, c’est l’homme !



Tuer le loup, caresser le chien et manger le mouton, c’est l’homme dans tout son redoutable et très subjectif spécisme, on ne peut mieux symbolisé dans les champs et les pâturages. Durant cette année 2011, des attaques de troupeaux attribuées au loup ont été recensées dans une dizaine départements. Pour les seules Hautes-Alpes et jusqu’en juillet, une cinquantaine de ces assauts auraient occasionné la mort de 263 ovins, lesquels étaient de toute façon destinés à la mort, mais à l’abattoir et au profit d’une consommation humaine et payante. Je ne vous raconterai pas toute l’histoire de Sami avant les loups… C’était le nom de mon berger belge lorsque je vivais dans le Mercantour, dans les années 1970, avant que l’on réintroduise le loup. Comme je n’ai jamais pu attacher un chien, celui-ci divaguait par monts et par vaux, non sans saigner ou apeurer quelques moutons. Les bergers du coin n’ont jamais hésité à venir me réclamer le dû de leur perte. Combien de chiens errants jouent-ils encore au loup ? Mais le loup est un bouc émissaire, pas le chien que l’on caresse ! Selon les évaluations officielles, entre 150 et 200 loups sont présents en France. Et pour le moment, seuls les agents de l'Office national de la chasse et de la faune sauvage, ainsi que les lieutenants de louveteries sont autorisés « à détruire » les loups à distance hors de la zone autour du troupeau menacé, dans les conditions fixées par des arrêtés préfectoraux à durée limitée. L’homme est un homme pour le loup… Nous en sommes aux dernières sommations avant usage des armes et le populisme électoral que suscite l’approche des présidentielles ne sera pas favorable au noble prédateur de nos côtelettes. On va tirer de plus en plus.
Laisser un peu de viande au loup ou à l´ours ? Jamais au grand jamais ! Même si l’on débat de l’érosion des sols, de la désertification, de la détérioration de la strate végétale dans les systèmes les plus arides, du recul de la biodiversité floristique, de l’éviction de la faune sauvage, on ne se pose même pas la très écologique question de savoir si nos troupeaux surnuméraires ne sont pas plus nocifs aux écosystèmes que quelques loups erratiques. La filière bouchère et sa viande au kilogramme obnubilent. Économie et profits immédiats, en avant toute et myopie écologique oblige ! Telle est la cruelle et stupide mentalité d´Homo sapiens demens, toujours plus anthropocentriste, qui entend s´approprier l´entièreté de la planète aux dépens des autres espèces, sans savoir qu´il hypothèque ainsi son avenir.
Avec force de leurs arguments, nos agriculteurs montagnards s’opposent farouchement aux réintroductions de l’ours et du loup, pourtant anciens commensaux de l’homme et de son pastoralisme. La biodiversité n’est qu’une empêcheuse d’élever et de cultiver en rond. Quand le paysan parle de diversité animale, c’est avec des œillères et il ne pense qu’animaux productifs. Un animal non domestiqué n’a pas à exister. « Nous, paysans d'une vingtaine de pays européens et d'autres continents, appelons les éleveurs à continuer à protéger et à garantir la diversité animale créée depuis des siècles, par les savoir-faire de générations de paysans : diversité des races ou des populations, diversité au sein des troupeaux », déclare une Confédération paysanne qui ne voit l’animal que sous forme d’abats. Mais comment la bande à Bové si spéciste gère-t-elle donc ce conflit avec Europe-Écologie-Les Verts, tous pro-ours et pro-loup, que je sache ? Comment peut-on accuser les écolos de radicalisme alors que le plus grand laxisme règne chez eux dans l’objectif électoraliste ? Et pourquoi les écolos et les fondations environnementales ne sont-ils même pas un tant soit peu naturalistes ou animalistes ?

« Se nourrir des animaux n'est pas loin de l'anthropophagie et du cannibalisme. La même quantité de terre utilisée pour paître et nourrir du bétail pourrait nourrir dix personnes ; si de plus nous la cultivions avec des lentilles, haricots en grains ou petits pois, cela pourrait nourrir une centaine de personnes... Le bassin d'Orénoque peut produire suffisamment de bananes pour nourrir l'humanité entière confortablement. » Alexander von Humboldt

« En fait, si une personne fait du mal aux humains elle sera considérée comme étant cruelle, mais quand des gens sont cruels envers des animaux, spécialement au nom du commerce, on ferme alors les yeux sur cette cruauté, et lorsque de grosses sommes d'argent sont en jeu, elle sera même défendue par des gens autrement intelligents. » Ruth Harrison

« Je soutiens qu'il ne peut y avoir aucune raison — hormis le désir égoïste de préserver les privilèges du groupe exploiteur — de refuser d'étendre le principe fondamental d'égalité de considération des intérêts aux membres des autres espèces. » Peter Singer

« Le classement des formes, des fonctions organiques et des régimes a montré d'une façon évidente que la nourriture normale de l'homme est végétale comme les anthropoïdes et les singes, que nos canines sont moins développées que les leurs et que nous ne sommes pas destinés à concourir avec les bêtes sauvages ou les animaux carnivores. » Charles Darwin




par Michel Tarrier (son site) jeudi 13 octobre 2011 - 17 réactions
28%
D'accord avec l'article ?
 
72%
(25 votes) Votez cet article



2 moyens pour donner

Don défiscalisé 10€ ou plus

Obtenez une réduction fiscale de 66% avec un e-reçu. Un don de 10 € ne vous coûte que 3€40.

Grâce à votre aide, AgoraVox peut continuer à publier plus de 1000 articles par mois. En donnant à la Fondation AgoraVox, vous offrez un soutien à la liberté d'expression et d'information.

Les réactions les plus appréciées

  • Par HerveM (---.---.---.134) 13 octobre 2011 11:06
    HerveM

    Bravo à l’auteur pour ce texte qui met en avant l’immense problème de l’anthropocentrisme. Quand je contemple tous ces gras humains qui se prennent pour le centre du monde alors qu’une toute bête araignée est plus utile à l’écosystème qu’ils le seront dans toute leur vie, je me prend à rêver que je suis un dictateur et que j’ai le pouvoir de tous les mettres au silence, au pain et à l’eau....

    Mais bon, en tant que socialiste, nationaliste et végétarien, il est normal que des idées aussi nauséabondes me viennent à l’esprit...

  • Par Lutin (---.---.---.45) 13 octobre 2011 10:01
    Lutin

    Bonjour

    J’ai souri en voyant le titre de votre article, c’est une expression que j’emploie depuis 20 ans. Je ne sais plus si je l’ai lue quelque part ou si elle m’est venue un soir au bistrot. En tout cas je suis d’accord avec votre article, l’homme a force de vouloir une planète et ses millions d’espèces à sa botte et à sa main finira comme le dodo, mais contrairement à l’oiseau de l’Ile Maurice il n’y aura plus personne pour l’évoquer. Mais est-ce une mauvaise chose ?

  • Par Bibi32 (---.---.---.210) 13 octobre 2011 10:10
    Bilou32

    Ma position est plus intermédiaire. Certes, l’élevage industriel d’animaux avec des cérales est une ineptie. Mais élever des animaux en système extensif sur des terres pauvres et pentues peut se comprendre. Je défie quiconque de venir faire pousser des lentilles sur mes pentes à 60% des coteaux secs du Gers ! Par contre je ne trouve absolument pas normal que l’abattage du loup finisse par être une réalité. Ceux qui pratiquent la transhumance utilise des terres publiques, et touchent même des subentions pour çà (ICHN) , et sont dédomagés des pertes. Et la plupart des troupeaux attaqués sont des troupeaux très gros, avec peu de bergers et de chiens de défense. J’ai vu une fois à la TV sur un éleveur qui se plaignait d’avoir perdu 30 brebis pendant l’estive soit-disant à cause du loup, mais sur un troupeau de 3 000 bêtes ! J’ai l’air malin avec mes 250 brebis...
    Par contre les attaques de chiens peuvent être beaucoup plus graves et restent innacceptables. Je connais des pertes de 60 brebis sur 300 pa exemple en une seule attaque. De plus on peut corriger un chien qui attaque la volaille ou les brebis, et de toute façon, un chien ne doit pas divaguer ! J’en ai 3, et je sais de quoi je parle.
    Ceci dit les plus grands prédateurs pour les éleveurs restent les banques, et notre chère mutualité agricole, plus quelues autres organismes qui nous appliquent des cotisations volontaires obligatoires......

  • Par TyRex (---.---.---.132) 13 octobre 2011 10:40
    TyRex

    L’homme peut être le remède de ce monde ou son pire cancer. Et nous sommes bien plus proche du phagocytage accéléré que de la protection de notre terre nourricière.

    J’ai beaucoup aimé votre titre.

    Cordialement.

Réactions à cet article

Ajouter une réaction

Pour réagir, identifiez-vous avec votre login / mot de passe, en haut à droite de cette page

Si vous n'avez pas de login / mot de passe, vous devez vous inscrire ici.


Faites un don

Les thématiques de l'article

Palmarès

Agoravox utilise les technologies du logiciel libre : SPIP, Apache, Debian, PHP, Mysql, FckEditor.


Site hébergé par la Fondation Agoravox

Mentions légales Charte de modération