Ceux qui d'entre vous ont suivi la nomination à la direction de l'INSEE sous le quinquennat de Nicolas Sarkozy savent que Jean-Philippe Cotti n'est pas un ennemi du pouvoir ce qui peut expliquer son attitude dans cette histoire. Tous ceux qui ont suivi les déclarations de Guéant à propos de l'échec scolaire savent que ce dernier a déclaré péremptoirement le 22 mai dernier puis a confirmé à l'Assemblée nationale et nombre de fois dans les journaux que les enfants d'immigrés étaient responsables des 2/3 des sorties du système scolaire sans diplôme.
Le 22 mai donc (Libération) : On n’arrête plus Claude Guéant. Après avoir dénoncé le « problème » de l’accroissement des musulmans en France, après avoir annoncé la limitation de l’immigration de travail, le ministre de l’Intérieur diagnostique désormais le fiasco de l’intégration à la française. Sur Europe 1, Guéant déclarait ainsi dimanche : « Contrairement à ce qu’on dit, l’intégration ne va pas si bien que ça : le quart des étrangers qui ne sont pas d’origine européenne sont au chômage, les deux tiers des échecs scolaires, c’est l’échec d’enfants d’immigrés. »
Malgré les nombreuses interventions qui ont tenté d'expliquer à ce contemporain de Darcos qu'il faisait fausse route, qu'il confondait absolu et relatif, qu'il ne savait pas faire une règle de trois, il n'en a pas moins persisté dans l'erreur.
La réalité était toute autre : Mais surtout, le rapport apporte une explication essentielle : bien davantage que l’origine des élèves et les facteurs culturels, c’est la profession et le niveau d’étude des parents qui déterminent les difficultés scolaires. Si les enfants d'immigrés ont davantage de difficultés que la moyenne, c'est d'abord parce qu'ils sont plus souvent que la moyenne issus de familles modestes. Le rapport rappelle ainsi que « plus des deux tiers appartiennent à une famille ouvrière et employée contre moins d'un tiers pour les non immigrés. Les parents sont moins souvent diplômés : plus de 58% ont un père non diplômé et 62% une mère non diplômée, contre 12% et 14% des non immigrés ».
Si on supprime ce biais social, les différences s'estompent, poursuit le rapport : « si l’on compare les résultats scolaires des enfants d’immigrés à sexe, structure, taille de la famille, diplôme, activité et catégorie socioprofessionnelle des parents comparables avec les élèves non immigrés, leur moindre réussite scolaire s’atténue fortement. Les risques de redoublement à l’école primaire, comme les écarts de performance aux épreuves d’évaluation sont plus ténus. » En clair, à milieu social équivalent, les enfants d'immigrés ne réussissent pas moins bien que leurs camarades « Français d’origine », et réussissent parfois même mieux : « dans l’enseignement secondaire, à situation sociale, familiale et scolaire comparables, les enfants d’immigrés atteignent plus fréquemment une seconde générale et technologique, obtiennent plus souvent le bac général et technologique sans avoir redoublé et sortent moins souvent sans qualifications que les enfants de personnes non immigrées. »
On était très étonnés que le HCI à cette époque non seulement n'ait pas jugé bon de démentir l'interprétation erronée de Guéant mais ait volé à son secours.
On a aussi été très étonnés que l'INSEE dont on s'est servi avec mauvaise foi et mauvais calculs, n'ait pas plus réagi : Les agents et les syndicats de l’Insee avaient commencé à trouver ce running gag peu drôle. Dans une déclaration le 21 juin, ils avaient exigé lors d'une réunion que l’Insee corrige Guéant, estimant que cette affaire mettait en cause l'indépendance et la réputation de l'institution. Le directeur général de l'Insee, Jean-Philippe Cotis avait dans un premier temps refusé, expliquant que l’Insee n’avait pas vocation à commenter les interprétations de ses études. Une réponse qui n'avaient pas satisfait les syndicats, dénonçant en retour une « abdication » face au pouvoir.
Lundi en fin de matinée, la direction a finalement cédé. L'Insee écrit donc noir sur blanc que Guéant s’est trompé. On le savait déjà. Mais au moins, on est sûr qu'il ne dira plus le contraire.
Ici ce communiqué : Paris, le 27 juin 2011 N° 122/DG75-H452/
Suite aux différents échanges qui ont eu lieu par voie de presse à ce sujet, l’Insee souhaite rappeler les statistiques publiées en 2005 sur le parcours scolaire des enfants d’immigrés.
Ces statistiques figurent dans l’ouvrage Les immigrés en France (collection Insee- Références, édition 2005, pages 98 et 99) et portent sur la scolarité dans l’enseignement secondaire des élèves entrés en sixième en 1995.
Dans cette étude, les proportions d’élèves sortis sans qualification de l’enseignement secondaire sont ainsi de :
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10,7 % parmi les enfants de familles immigrées1 ; 6,6 % parmi les enfants de familles « mixtes »2 ; 6,1 % parmi les enfants de familles non immigrées.
Il est, de plus, indiqué dans la présentation qui accompagne ces statistiques, qu’à la rentrée 1995, près d’un entrant en sixième sur 10 appartient à une famille immigrée et que 6 % des élèves vivent dans une famille « mixte ».
Compte tenu de ces éléments, la proportion d’enfants d’immigrés parmi les élèves sortis sans qualification de l’enseignement secondaire peut être estimée à environ 16 % pour les enfants de familles immigrées. Si on y ajoute les enfants de familles « mixtes », cette proportion passe à environ 22 %.
Les statistiques sur lesquelles s’appuie cette estimation sont disponibles depuis leur parution en 2005 sur le site internet de l’Insee à l’adresse : ici
Il aura donc fallu plus d'un mois pour que l'INSEE réagisse et refuse que le pouvoir utilise faussement ses données pour sa propagande de lutte contre l'immigration et de bouc émissaire. Le retard de cette prise de position, le peu de publicité faite et ce d'autant plus que nous sommes noyés d'informations : la crise grecque, la Libye, la Syrie, les primaires du PS … - je crois que j'en oublie une, je ne sais plus laquelle - est extraordinairement dommageable pour la vérité mais aussi pour la France. En effet la fausse analyse (volontairement ou non) de Guéant aura ancré encore plus profondément dans des esprits fertiles que décidément les immigrés c'est la racaille. Cela va servir longtemps d'argument définitif de comptoir dans les conversations. Cette fausse information va exacerber les oppositions, attiser les mauvais instincts et diviser encore plus ceux qui habitent sur le même sol. La contre-information, la vérité, diffusée en catimini bien tardivement, n'aura qu'un contre-poids faible. Guéant devrait être poursuivi pour diffusion de fausse information et atteinte à l'ordre public.
Guéant est un des nuisibles de la République.
Il nous reste un peu plus de dix mois pour nous débarrasser de ce pouvoir. Faisons notre Révolution du jasmin.
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