L’arrivée tonitruante de Faurisson sur la scène du Zénith de Paris aura sonné le glas de « mon » soutien à Dieudonné (aussi modeste soit-il).
En mettant sous le feu des projecteurs R. Faurisson, Dieudonné a « fait plus que faire le con », il légitime, à sa manière, une pensée nauséabonde qui ne mérite aucune réhabilitation. Il ne sera pas question ici de confronter mes convictions personnelles avec les idées vehiculés par M. Faurisson. Mettre à l’honneur dans un spectacle comique, une personne niant…ou relativisant l’extermination des juifs pendant la seconde guerre mondiale est tout simplement affligeant.
Inévitablement se pose la question de la longévité de « mon » soutien. Sur quels fondements reposait ma sympathie à son égard ?
Tout d’abord, la qualité de ses spectacles (jusqu’à dépôt de bilan inclus) est indéniable ; son humour est la preuve d’un esprit vivace et critique saisissant les malaises de notre société (je pense en particulier à 1905 et au débat à l’école). En outre, ses représentations ne stigmatisaient pas les minorités mais au contraire il était possible d’y voir une dénonciation acerbe de la communautarisation de la société française avec de manière sous-jacente, une critique des religions et de leur place dans l’espace public. Là, où certains voyaient de l’antisémitisme dans ses sketchs, je percevais, au contraire, une critique de la politique d’Israël et des conditions d’existence de la mémoire juive reposant uniquement sur l’Holocauste. Loin de stigmatiser une catégorie spécifique de la population, il s’évertuait à dénoncer les « failles » de notre société en tournant en dérision l’attitude de plusieurs personnages conceptuels (le musulman défendant le port du voile pour sa fille, le juif percevant une montée de l’antisémitisme ou encore la chrétienne désespérée par la déconstruction progressive de la morale judéo-chrétienne). Certes, certains propos pouvaient être mal interprétés voir même parfois choquer, mais n’est-ce pas le propre de la démocratie, d’avoir un débat d’idées et d’opinions pas forcement consensuelles ?
Deuxième élément inhérent à mon soutien, la façon dont les medias et la doxa ont, irrémédiablement condamné Dieudonné après son intervention à l’émission de Marc Olivier Fogiel. Sous prétexte d’une critique d’un extrémiste israélien (intervention par ailleurs plutôt maladroite), la majorité des journalistes, personnes du show-business... se sont âprement impliqués non seulement pour critiquer sa position (ce qui aurait pu paraître somme toute assez logique) mais pour définitivement l’écarter d’accès aux grands medias. Il est loisible de voir (et sans rentrer dans les détails) dans l’attitude de certains individus une attitude ambivalente : se félicitant (à juste titre) de la victoire de la liberté d’expression face à l’affaire des caricatures de Mahomet mais fustigeant à outrance un comique dénonçant l’attitude d’un extrémiste israélien. C’est à partir de cette dichotomie que naissent les sentiments d’injustices constituant un vecteur de racisme accentuant par la même les sentiments communautaristes au sein de la société. C’est à partir de ce clivage que j’expliquais l’attitude volontairement provocatrice de Dieudonné. Devant le boycott de l’ensemble des medias (à quelques rares exceptions près), il se devait d’aller toujours plus loin, pour d’une part provoquer et d’autre part faire « un pied de nez » à l’ensemble du « monde politico-mediatique » qui n’avait de cesse de le blâmer.
De manière inéluctable, son recours systématique à la provocation me laissait un arrière goût d’incompréhension. Comment percevoir son rapprochement avec le Front National et l’entourage de M. Le Pen ? De quelle manière interpréter ses propos polémiques relatifs à la Shoah ? Le parrainage de son fils par le président du Front National, au cours de l’été 2008, semblait constituer le point d’orgue de sa lente dérive. Comment, celui qui n’eut de cesse de combattre les idées du Front National, pouvait-il en être réduit à assurer la promotion, dans l’espace public, du leader frontiste ? Si ma sympathie envers le personnage s’effritait, les insultes croissantes à son égard, le dénigrement dont il fut l’objet me paraissaient être symptomatique d’un malaise au sein de la société. Ses propos sur le plateau de Frederic Taddéi, Ce soir ou jamais, en novembre 2008, l’assentiment implicite de Bruno Gaccio et Christophe Aleveque, m’amenaient à penser qu’il se complaisait dans ce jeu d’équilibre. Progressivement, j’en arrivais à croire que ses dérapages n’avaient pour objectif que celui d’attirer l’attention de l’opinion publique et des medias sur sa personne. Ainsi, il était encore possible de voir en lui un provocateur ambigu mais également un humoriste de talent.
Force est de constater que je me suis fourvoyé. Je ne rentrerais pas dans les multiples débats expliquant le pourquoi du comment. Mais, à mon humble avis, ses relents antisémites ne sont apparus que progressivement et en réaction à la cabale médiatique dont il fut l’objet.
Dès lors, et à ma grande consternation, l’humoriste va cesser son travail, décrédibilisant par la même les multiples causes qu’il défendait auparavant.
Faire applaudir M. Faurisson par 5000 personnes au Zénith dépasse largement mon degré de tolérance. Avoir dans la salle l’ensemble de l’extrême droite réunie au grand complet ne fait que renforcer cet argument. Pour ma part, il n’est plus défendable. Aucun argument ne peut justifier l’arrivée de M. Faurisson avec de surcroît l’attribution d’un prix par l’intermédiaire d’un technicien habillé en déporté et ovationné par le public !!! Je m’interroge sur le sens à donner à cette mascarade.
L’humoriste le plus brillant de sa génération a disparu, le 26 décembre 2008 en rejoignant de manière éclatante et sans équivoque la sphère de l’extrême droite. J’en suis le premier attristé.
Salut Dieudo, je te dis pas bonne route, le cœur n’y est pas.

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