• vendredi 24 mai 2013
  • Agoravox France Agoravox Italia Agoravox TV Naturavox
  • Agoravox en page d'accueil
  • Newsletter
  • Contact
AgoraVox le média citoyen
La fondation Agoravox
  Accueil du site > Tribune Libre > L’IVG d’une enfant de 9 ans au Brésil : une morale catholique (...)
29%
D'accord avec l'article ?
 
71%
(67 votes) Votez cet article
  • Faire un don
  • Imprimer cet article
  • Marquer et partager

L’IVG d’une enfant de 9 ans au Brésil : une morale catholique incompatible avec une société de la connaissance

Dans certains pays à Charia islamique, cette fillette de 9 ans aurait été lapidée. Au Brésil, c’est sa mère qui, avec les médecins, a été excommuniée par l’archevêque de Recife pour l’avoir aidée à interrompre une grossesse issue des viols répétés de son beau-père. Cette décision ecclésiastique interne, prise avec l’approbation explicite du Vatican, a du moins le mérite de montrer clairement comment une des grandes religions qui a pu, à un moment de son Histoire, être un facteur de progrès, peut devenir aujourd’hui un danger mortel dans le long cheminement qui conduit une société de la connaissance vers une liberté toujours plus grande.

Une morale propre à une société archaïque révolue

« Le viol est moins grave que l’avortement, » a soutenu le prélat, selon le Figaro.fr du 9 mars 2008. On ne saurait définir plus clairement une représentation du monde plus contraire à celle qu’à la faveur du progrès scientifique, s’est construite la société de la connaissance d’aujourd’hui. L’affirmation d’un tel principe porte la marque d’une société archaïque, datée dans l’Histoire, où l’ignorance était prédominante.

1- C’était d’abord une société où la maîtrise de la procréation était inexistante ou tellement aléatoire : on ne savait même pas comment naissait un enfant ; l’idée a longtemps prévalu à Rome, par exemple, que l’homme déposait son petit pain tout constitué dans le four de la femme dont la fonction était de le rôtir à point.

2- Désignée arbitrairement à cette fonction par la part prépondérante qu’assume sa physiologie dans la procréation, la femme était alors vouée à être mère et épouse soumise : elle ne valait que le prix de la descendance qu’elle pouvait donner. Le patrimoine à transmettre, quand il existait, ne souffrait pas, au surplus, qu’il y ait de doute sur l’origine des héritiers. Un contrôle strict de la maternité en découlait mécaniquement, au besoin par ceinture de chasteté, comme en expose le musée du Palais des Doges à Venise.

3- Il n’existait, en conséquence, aucun conflit de devoirs quand une femme devenait enceinte après un viol. La sauvegarde du « fruit de ses entrailles » à naître avait priorité à la fois sur l’ équilibre psychologique de la mère et même sur sa vie. La femme n’existait pas en tant que personne avec les droits qui s’attachent à ce statut.

Il faut rendre grâce à l’archevêque de Recife pour le service qu’il vient de rendre au monde entier. Pour une fois, sa religion s’est exprimée dans son excommunication avec une brutalité toute "naturelle". Ni arguties ici, ni casuistique dont elle a le secret pour concilier l’inconciliable, ménager la chèvre et le chou et tenter de réunir dans une même communion fraternelle le maître et l’esclave, l’exploiteur et l’exploité, l’agresseur et l’agressé ! Dans l’échelle des valeurs de cette religion – validée par le Vatican de Benoît XVI – l’avortement est jugé plus grave que le viol. Et c’est logique, puisque la femme, réduite à sa fonction procréatrice, est « par nature » exposée au viol qui, au pire, est une conduite procréatrice masculine unilatérale qu’on peut tenir pour « un risque du métier féminin naturel » .

La morale libératrice d’une société de la connaissance

À ces frustes relations humaines qui viennent du fond des âges, une société de la conniassance du XXIème siècle oppose une échelle de valeurs radicalement contraires.



1- Les hommes et les femmes se sont arrachés peu à peu par le progrès scientifique aux servitudes de la nature. La faune hostile de bacilles, bactéries ou virus en tout genre dont ils mouraient très jeunes, peut être aujourd’hui activement combattue par des médicaments et les épidémies, circonscrites plus sûrement par des mesures d’hygiène que par des processions ou des basiliques votives, même si les mutations des agents infectieux nécessitent un combat incessant et toujours recommencé.

2- Parallèlement, depuis quarante ans, la connaissance des mécanismes de la procréation a fait que celle-ci n’est plus la fatalité qui s’attache à un acte sexuel, mais un choix réfléchi. Les femmes ne sont plus asservies à leur physiologie. Plaisir et activités autres que maternelles leur sont désormais accessibles comme ils l’étaient déjà aux hommes. Jamais, depuis que l’humanité existe, on n’a connu une telle libération physiologique.

3- La levée progressive de ces astreintes naturelles et ancestrales ont aidé à faire tomber peu à peu, malgré de vives résistances comme celles de l’Église catholique et de l’Islam, les préjugés dont les femmes étaient victimes. La maternité n’étant plus une fatalité du rapport sexuel, le viol a cessé d’être un usage toléré à la discrétion des hommes pour devenir un crime. Le consentement des deux partenaires a été requis, à égalité de dignité.

4- La personne qu’est un enfant à naître n’a plus été confondue avec sa seule physiologie en devenir dans l’utérus de sa mère : le désir partagé par ses parents de sa venue au monde est devenu constitutif de sa personne attendue, bien éloigné de l’effet mécanique de fécondation que peut produire un coït forcé et refusé dans un viol.

5- Les droits de la personne qu’est une femme à l’égal d’un homme n’ont plus été soumis à ceux de l’enfant qu’elle porte contre son gré. Si conflits de devoirs il y a entre la vie à venir d’un enfant à naître et celle de sa mère, celle de la mère l’emporte. Bien entendu, l’interruption volontaire de grossesse n’est pas un moyen ordinaire de maîtrise de la fécondité ; il n’en est que l’issue de secours en cas d’échec d’une contraception mal comprise ou défaillante, ou interdite… par l’Église catholique.


On voit comme les deux morales dont l’excommunication ecclésiastique a révélé avec brutalité l’opposition, sont désormais rigoureusement incompatibles. La négation de la personne de la femme ne peut subsister dans la même société aux côtés de son affirmation. On ne peut davantage concilier la servitude à la nature consentie avec le mouvement de libération humaine qui progressivement s’en affranchit. Le mode de vie sexiste antiféminin des sociétés méditerranéennes passées est désormais anachronique dans une société de la connaissance du XXIème siècle. Contrairement à ce que pense l’Église catholique, "la nature" est prodigue en semences et fécondations qui n’arrivent pas à terme. L’IVG est donc désormais considérée aujourd’hui comme normal, même si l’acte chirurgical, psychologiquement, n’est jamais anodin et n’est que la voie de recours d’une contraception manquée. C’est toute la différence entre, d’une part, une société archaïque rivée aux servitudes naturelles et aux hiérarchies patriarcales et, d’autre part, une société de la connaissance qui s’en libère pour affirmer la dignité de la personne humaine, qu’elle soit femme ou homme.

Paul Villach




par Paul Villach mercredi 11 mars 2009 - 152 réactions
yahoo
29%
D'accord avec l'article ?
 
71%
(67 votes) Votez cet article



2 moyens pour donner

Don défiscalisé 10€ ou plus

Obtenez une réduction fiscale de 66% avec un e-reçu. Un don de 10 € ne vous coûte que 3€40.

Grâce à votre aide, AgoraVox peut continuer à publier plus de 1000 articles par mois. En donnant à la Fondation AgoraVox, vous offrez un soutien à la liberté d'expression et d'information.

Les réactions les plus appréciées

  • Par Lucien Lacombe (---.---.---.90) 11 mars 2009 11:01

     Oui... certes...

    mais, de mon point de vue, c’est carrément avec la parole et la pensée de Jésus de Nazareth qu’ils sont en désaccord, les gugus du Vatican...

  • Par Emile Red (---.---.---.230) 11 mars 2009 12:52
    Emile Red

    La papauté soutient ou ferme les yeux, mais n’est jamais très loin de la dictature, n’a-t-elle pas assourdit le bruyant monstre nazi de son auréole bienveillante...

  • Par Alexeï (---.---.---.243) 11 mars 2009 11:35

    @ l’auteur

    D’accord sur le fond de votre article mais comment pouvez-vous demander à une institution totalitaire de se transformer ? Comment pouvez-vous soutenir que l’Église catholique a constitué un facteur de progrès alors que la suite de votre article montre l’inverse ?
     Avez-vous oublié qu’en 1600 l’Inquisition a brûlé en plein coeur de Rome un certain Giordano Bruno pour hérésie ? La présence de cette statue constitue pour le Vatican un affront permanent (on ne compte plus les fois où il a demandé sa destruction puis son déplacement). Vous admettrez sans peine qu’elle constitue une utile piqûre de rappel contre toutes les intolérances.
     Ce que vous évoquez à propos du Brésil est semblable à ce qui se passe en Italie où, à deux reprises, l’Église a tenté de s’opposer à ce que l’on cesse d’alimenter des personnes plongées dans un coma irrréversible.

    Catholicisme et islam se ressemblent. Si les pays de tradition chrétienne se sont progressivement affranchis de la tutelle pesante des Églises, nous le devons à quelques penseurs courageux (Voltaire, au secours) qui ont souvent payé le combat pour la liberté de leur vie et au fait que les sociétés se sont progressivement laïcisées. Vous ne pouvez ignorer qu’en Italie comme en Espagne l’Église catholique va jusqu’à contester l’action des gouvernements de gauche réformateurs. C’est cela qu’il manque au monde musulman et je ne crois pas qu’ils y arriveront prochainement.

  • Par Cascabel (---.---.---.243) 11 mars 2009 23:19
    Cascabel

    Malheureusement les travaux pratiques contredisent cette théorie. smiley

Réactions à cet article

Ajouter une réaction

Pour réagir, identifiez-vous avec votre login / mot de passe, en haut à droite de cette page

Si vous n'avez pas de login / mot de passe, vous devez vous inscrire ici.


Faites un don
Palmarès

Agoravox utilise les technologies du logiciel libre : SPIP, Apache, Debian, PHP, Mysql, FckEditor.


Site hébergé par la Fondation Agoravox

Mentions légales Charte de modération