Les inéluctables piétinements des éléphants, les impatients coups de griffes des lions, les coups de cornes des gazelles et autres mauvais coups issus du bestiaire socialiste ont malmené tout l’été une espèce dont l’expression est en voie d’extinction, le militant de base du Parti Socialiste.
Spectateurs forcés d’un naufrage aussi long que pénible, les chevilles ouvrières du principal parti d’opposition ont subi de mi-juin à fin août les sorties plus ou moins heureuses des ténors. Ballottés entre l’ego des uns et la rancœur des autres, subissant la logorrhée angélique mais pas naïve des derniers responsables optimistes tout en écoutant les discours alarmistes des Cassandre apparatchiks, ils ne savent ni comment, ni par où sortir la gauche de l’ornière.
Que le sort est cruel pour ces femmes et ces hommes du peuple de gauche qui fondaient beaucoup d’espoir dans une reconquête du pouvoir afin de transformer la société ! Non seulement ils se sont investis des mois durant dans le processus de rédaction du projet socialiste que la future candidate aura tôt fait de mettre à la corbeille pour mieux improviser, mais en plus ils ont cru à la vertu démocratique d’un mode de désignation interne qui fournira à l’adversaire l’ensemble des flèches à décocher pour l’emporter avant même que la campagne n’ait été lancée.
Malgré ces camouflets venus de leurs pairs et les coups de boutoir assénés par la droite, ils ont tenu bon. Ils ont même été exemplaires jusqu’au terme des échéances électorales, puis dignes malgré l’amertume de la défaite. Pendant des mois, leur investissement sur le terrain a été salué par tous, tant il est vrai que cet engagement désintéressé et sans réserve mérite toute notre considération.
A la Rochelle va s’ouvrir le chantier de la rénovation du Parti Socialiste. L’enjeu de ce processus est fondamental puisqu’il conditionne le sursaut ou le déclin de la gauche en France. A l’heure où le bestiaire socialiste tout entier montre les dents ou grimpe sur ses ergots, bref livre un spectacle consternant aux classes moyennes et populaires qui n’y croient plus, il appartient aux militants de siffler la fin de récréation.
Terminés les règlements de comptes, ravalées les susceptibilités, il est temps de quitter la ménagerie pour s’attaquer à l’aggiornamento idéologique et programmatique que les luttes d’influence d’écuries ou de castes ont longtemps empêché. Les militants sont résolus à jouer leur rôle d’acteurs et de décideurs politiques, il reste aux leaders à intégrer cette nouvelle donne : la base doit prendre les rênes du Parti Socialiste.

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