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La Berlinale : justice pour Roman Polanski !

Ainsi Roman Polanski, aujourd’hui assigné à résidence dans son chalet de Gstaad en attente d’une éventuelle extradition vers les Etats-Unis en raison de son inculpation pour « relations sexuelles illégales avec une mineure » (délit remontant à 1977, mais sans prescription), vient-il de se voir décerner, ce samedi 20 février 2010, l’Ours d’Argent du meilleur réalisateur, pour son thriller The Ghost Writer, à la 60ème édition du festival du cinéma de Berlin.
 
 Que le réalisateur franco-polonais s’en dise « très content et honoré », comme l’a déclaré le producteur de ce film, Alain Sarde, lors de la conférence de presse des lauréats, voilà qui, bien évidemment, n’étonnera personne. Mais ce qui, en revanche, ne laisse pas de nous stupéfier, jusqu’à forcer l’admiration, c’est cette prodigieuse dose de courage moral, alliée certes à un indiscutable génie cinématographique, avec laquelle Polanski s’est échiné, contre vents et marées, dans une solitude quasi totale et du fin fond de son obscure cellule suisse, à achever le montage de ce nouveau chef d’œuvre.
 
 A tout le moins serais-je autorisé à penser que mon propre combat, pour le défendre dans le meilleur de la presse européenne, n’aura pas été, sinon vain, du moins absurde, malgré les quolibets et parfois les injures dont je fus moi-même accablé pour avoir osé prendre, en ce difficile dossier et cette épineuse affaire, son parti ! 
 
 Bernard-Henri Lévy, dont, malgré les différents conflits qui m’opposent souvent durement à lui sur le plan philosophique, je fus un des rares intellectuels francophones à signer même la pétition en faveur de la libération de Roman Polanski, a su, à ce propos, trouver, très objectivement, les mots justes, les plus adéquats et émouvants à la fois : « J’ai eu le privilège de voir Roman Polanski finir ce film. J’ai eu le privilège de le voir, l’espace de quelques heures, affiner à distance une coupe, corriger à l’aveugle un étalonnage ou réinventer un regard ou une couleur de ciel depuis le fond de sa prison. Eh bien cet Ours d’argent, c’est la victoire de son courage. C’est la sanction magnifique d’un esprit de résistance hors du commun, et qui sidère. », écrit-il en effet, très opportunément, dans sa revue La Règle du Jeu.
 
 Mais j’irais, quant à moi, un peu plus loin encore, dans la foulée, en cet éloge. Car ce que ce prix en tout point légitime prouve, de manière irréfutable, c’est que l’art - j’entends le « grand art » comme Nietzsche entendait le « grand style » - est plus fort, décidément, que tout jugement moral et, a fortiori, de tout tribunal humain. Mieux, c’est le célébrissime, et encore bien plus admirable, verset 6 du chapitre 8 du sublime Cantique des Cantiques qui me vient ici, fût-ce pour le paraphraser, à l’esprit pour qualifier cette récompense de la Berlinale à Polanski : s’il est vrai que « l’amour est plus fort que la mort », comme l’y chante magnifiquement bien le Roi Salomon, il s’avère tout aussi exact, en cet insigne cas, que l’art, lui, est plus fort que la détresse. Et le génie de l’artiste, bien plus fort, encore, que le misérable acharnement de la meute à ses trousses. Surtout lorsqu’il s’agit d’un chef d’œuvre tel que The Ghost Writer.
 
 N’est-ce pas, du reste, du fin fond de sa geôle de Reading que le grand Oscar Wilde, dont j’ai souvent comparé l’injustice du procès (condamnation, lui aussi, pour une sordide affaire de mœurs) tout autant que la tragédie du destin (deux ans d’emprisonnement pour ce chef d’accusation) à celles de Roman Polanski lui-même, écrivit son plus beau texte : De profundis, longue confession épistolaire, adressée à son jeune amant Bosie, que d’aucuns appellent non sans raison, par l’extraordinaire et quasi christique sens de la compassion qui s’en dégage à chaque ligne, comme le « cinquième évangile » ?
 
Aussi n’est-ce enfin là pour Roman Polanski également, avec cette nouvelle gratification que la Berlinale vient donc de lui reconnaître et la définitive réhabilitation artistique qui s’ensuit logiquement, que justice : au moins celle-ci, en ce qui le concerne, n’est-elle pas posthume !
 
 
par Daniel Salvatore Schiffer (son site) mercredi 24 février 2010 - 35 réactions
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Les réactions les plus appréciées

  • Par Serum (xxx.xxx.xxx.140) 24 février 2010 11:04
    Serum

    @L’AUTEUR

    Pourquoi défendez-vous ce violeur (je ne parle pas de l’artiste) ?

    Je suis éducateur, si vous voulez il y a plein de cas analogues dans nos prisons, voir identiques. Voulez-vous signer ou lancer des pétitions pour eux aussi ?

    On a besoin d’aide de gent motivé tout comme vous... je doit avoir environs 500 dossiers à vous soumettre. Si vous pouviez me pondre 500 articles pour chacun d’entre eux ce serrait civique. J’ai aussi d’autres amis éducateurs dans d’autres régions.

    A savoir que les personnes à défendre ne sont ni artistes et ne vivent pas dans ’’d’obscur chalet’’ mais dans de somptueuses cités, tel la cité des 4000.

    Par avance merci de votre réponse.

  • Par Charles Martel (xxx.xxx.xxx.141) 24 février 2010 10:53
    Charles Martel

    réhabilitation artistique ? mais personne n’a jamais dit que ce n’était plus artiste.

    ou alors dans votre mode de pensé, dès qu’on est justiciable comme un pékin moyen on n’est plus un artiste. On perd son statu d’intouchable, de génie, maudit, cela va de soit.

    Article à la limite de l’enfumage avec un air nauséabond sous-jacent "justice humaine imparfaite mais palmarès de manifestations artistiques parfaits et prégnants sur la réalité des faits..."

    Plus prosaïquement qu’un même milieu s’auto encense et s’auto congratule après s’être auto défendu n’a pas vraiment plus de valeur que la justice des hommes, oui qui ne restent que des hommes et pas des demi dieux comme vous voudriez nous faire croire dès qu’il s’agit d’une personne de vos élites devant lesquelles on doit s’abaisser bien bravement.

  • Par spartacus1 (xxx.xxx.xxx.48) 24 février 2010 11:31
    spartacus1

    Tout à fait d’accord, article à la limite de l’enfumage.

    Je crois qu’il faut mettre l’église au milieu du village et dire que le fait d’être un artiste n’est pas incompatible avec le fait d’être un salaud et un pédophile.

    Si l’on juge par les propres (si j’ose dire) écrits de Polanski, son autobiographie ("Roman by Polanski", Ballantine Books, 1985), c’est un pédophile d’habitude, récidiviste :

    - Pour le persuader de quitter la Pologne pour venir s’installer à Los Angeles, le patron de la Paramount lui écrit : "Venez, vous n’avez rien à perdre. Le pire qui peut vous arriver, c’est d’y baiser comme jamais". Polanski répond : "J’arrive !".

    - à propos de son installation à Gstaad en 1969 :
    "Le village était la capitale mondiale des instituts de jeunes filles. Elles se comptaient par centaines, jeunettes à la frimousse fraîche, tout justes réglées*. (…) Elles jouèrent un rôle bref mais thérapeutique dans ma vie. Elles avaient entre 16 et 19 ans. Elles venaient au chalet, pas forcément pour faire l’amour – bien que ce fut parfois le cas – mais aussi pour écouter du rock, parler au coin du feu…".

    * C’est à dire 12-14 ans et non pas 16-19 ans comme il le prétend.

    Tirés d’une enquête du "New Yorker", 14 décembre 2009, Internet : www.newyorker.com :
    "Un ami lui présenta la cadette de sa propre petite amie – « peut-être un bon spécimen ». Ainsi en 1977 Samantha Gailey, 13 ans, entra-t-elle dans l’orbite de l’amateur de fruits verts.

    Maman Gailey voulait assister à la prise de photos. Ce fut non, « pour que la petite garde son naturel » sur la colline, avec ou sans « top ». Une seconde session fut organisée dans la maison de l’ami Jack Nicholson : sans top non plus, mais avec flûtes de champagne à gogo et du « quaalude », un puissant relaxant récréatif, dans le jacuzzi, la piscine, la salle de bains, puis la chambre à coucher. « Non, s’il vous plaît, arrêtez ! »

    La petite n’est jamais revenue sur ses dires devant le Grand Jury qui l’entendit. « J’étais au bord des larmes. Ma tête tournait. Et je n’arrêtais pas de dire : « Non, arrêtez ! » Les avocats du Polonais firent savoir que Samantha avait déjà fait l’amour deux fois avec son petit copain. Ils trouvèrent remarquable que leur client se fut alors enquis de la date de ses dernières règles. Même s’il opta finalement pour la sécurité en la sodomisant."

    Voilà, Polanski tel qu’en lui-,même, un vulgaire pédophile. Le fait qu’il soit un cinéaste connu ne change rien à ses turpitudes.

    Imaginons qu’un noir US, ait commis les mêmes faits, aurait-il maintenant les même soutiens que Polanski ?
    La réponse est non ! Pour plusieurs raisons. Tout d’abord, faute de moyens financiers, il n’aurait pas pu échapper à la justice et quitter les USA. L’aurait-il fait qu’il n’aurait pas pu vivre très longtemps à l’étranger (France), faute de soutien d’une clique de prétendu intello, il aurait vite été extradé. Ensuite, présenté à la justice US, condamné à mort et exécuté, le soutien ne se justifierait plus !

    Alors, le fait de tourner des films donne le droit de se comporter comme un criminel sans en supporter les conséquences ?
     
    Qu’un Mitterand le soutienne, à la limite, je peux le comprendre, entre pédophiles on se soutient, mais les autres ?

  • Par José Lopez-Martinez (xxx.xxx.xxx.10) 24 février 2010 11:09
    José Lopez-Martinez

    @ Daniel Schiffer,

    "N’est-ce pas, du reste, du fin fond de sa geôle de Reading que le grand Oscar Wilde, dont j’ai souvent comparé l’injustice du procès (condamnation, lui aussi, pour une sordide affaire de mœurs) tout autant que la tragédie du destin (deux ans d’emprisonnement pour ce chef d’accusation) à celles de Roman Polanski..."

    Il est ignoblement ridicule de mettre sur le même pied Wilde qui fut condamné alors qu’il entretenait des relations sexuelles avec des adultes consentants et Polanski qui a violé une mineure.

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