La « castration chimique » se trouve relancée à l’ordre du jour à la suite de l’affaire Evrard, une fois de plus le fait divers est venu faire ressortir un dossier qui était en attente du moment opportun. Beaucoup d’entre nous ont dévoilé cette pratique gouvernementale qui se joue de la population, et enclenche un glissement dont les conséquences risquent d’être dramatiques dans le futur.
Quelque temps il a été envisagé que la génétique pouvait apporter une solution aux problèmes de la délinquance et de la criminalité. Cette opportunité a vite été abandonnée car cela consistait en une hérésie que de trouver dans les gènes la source de nos comportements déviants par rapport à une organisation "sociétale" culturelle aléatoire.
C’est comme si à l’époque où l’adultère était un délit l’on avait modifié les gènes humains pour faire en sorte qu’il constitue des couples fidèles alors que biologiquement ils ne sont pas conçus pour cela, (même pour le contraire afin de générer la meilleure progéniture, contrairement à de rares espèces, notre couple est culturel et non génétique).
Dans cette recherche de solutions à la criminalité la science a toujours été appelée à la rescousse, et il semble donc que devant l’impasse génétique, la pharmacologie s’y soit substituée car elle a déjà une longue histoire dans le soin des aliénations.
Mais en l’espèce, son usage ne concerne plus des sujets atteint de maladies aliénantes mais des sujets conscients estimés dangereux, il ne s’agit plus de soins mais d’une mutilation.
D’une mutilation au même titre que certains textes religieux prévoient de couper la main aux voleurs. Nous avons donc franchi une étape importante qui va nous conduire à accepter dorénavant et même solliciter une extension de ces pratiques pour tout un ensemble de crimes et délits. Nous le ferons d’autant plus que la mutilation est virtuelle puisque les personnes concernées ne perdent pas leur membre.
Ainsi donc le caractère barbare d’un tel usage ne nous atteindra pas.
Nous avons eu le même comportement avec l’acte guerrier, la technologie a fini par nous faire accepter l’idée de la guerre propre et de condamner les autres faits comme crime de guerre, sériant ainsi les bons et les mauvais morts, alors que la guerre en soi devrait, pour sa barbarie, être considérée comme crime contre l’humanité.
Nous ne pesons pas avec la même balance émotionnelle les événements d’autant plus qu’il y a derrière des intérêts politiques et économiques
C’est pour cela que l’usage de la castration chimique n’est qu’une opération politique. Tous les sexologues vous diront que l’acte sexuel se prépare dans le cerveau à partir de perceptions sensorielles qui prédestinent à l’accouplement, donc nos organes sexuels ne sont que les acteurs d’une réalisation cérébrale (c’est un peu plus compliqué que ce que je le résume).
Ainsi la castration chimique manque son but, mais rassure le monde de l’ignorance, et le monde de l’ignorance peut devenir criminogène en recherchant pour se rassurer des méthodes éliminatoires en s’appuyant sur une efficacité scientifique qui lui sert à justification de ses actes barbares.
Le futur n’est pas réjouissant, la population mondiale va croître, les ressources vont se raréfier, la fracture sociale va s’accroître, la population urbaine va grandir d’environ plus de 30% ; donc tout ce qui est facteur d’une activité criminogène va se multiplier. Il découle de ceci que les mesures sécuritaires toujours plus accrues que nous prenons pour nous protéger de notre impossibilité à solutionner la fracture sociale de notre pays et du monde, atteindront leur point de non retour, d’autant plus que c’est devenu un credo des politiques pour se faire élire, et cela continuera pour les raisons indiquées plus haut
La crainte et donc de voir se développer des croisades d’épurations, que rendront possible les progrès scientifiques, les fichages de toute nature y concourront en permettant de sélectionner les individus ou les groupes à éliminer.
Ce glissement et un prélude à de nouvelles forme de fascisations ou d’eugénismes, j’ai déjà eu l’occasion de l’écrire l’on ne choisit pas de devenir fasciste, il s’insère en nous et nous ne le décelons plus comme un comportement anormal car la peur paralyse notre réflexion. Il y a des personnes qui ont la conscience de cela, sauf nos hommes politiques.
Nous sommes là dans un schéma de déjà vu. Pourtant, le reconnaître n’est pas chose aisée. Compte tenu des moyens technologiques dont nous disposons dans le domaine de la génétique, la tentation va être grande de recourir à l’Eugénisme. Le terme d’eugénisme a été employé pour la première fois par le physiologiste britannique Francis Galton (1822-1911). Il le définissait comme l’étude des facteurs socialement contrôlables qui peuvent élever ou abaisser les qualités raciales des générations futures, aussi bien physiquement que mentalement.
Galton ne disposait pas alors des connaissances qui sont les nôtres aujourd’hui sur la génétique, et s’appuyait sur des connaissances biologiques suffisamment précises. Le fruit de ses travaux trouva des applications légales et réglementaires qui relevaient du scandale pur et simple en imposant, au nom d’une fausse science des mesures radicales de castrations et de stérilisations à des êtres sans défenses.
Ces dans ce cadre que ces pratiques servirent de référence aux idéologies racistes, dans la voie des travaux de Linné (1707-1778) et de Buffon (1707-1788), poursuivie par Gobineau (1816-1882). A la fin du XIX ième siècle, l’Europe cultivée est convaincue que le genre Humain se partage en races inférieures et en races supérieures.
C’est surtout en Allemagne que ces idées, conjuguées aux conceptions du monde de Vacher de Lapouge et H. S. Chamberlain, vont jeter les bases de l’aryanisme historique. Dans l’Allemagne de Guillaume II ces idées étaient très largement vulgarisées dans la population. Et naturellement lorsque Hitler traduira le Mythe en réalité, il ne trouvera que très peu d’opposants.
Ainsi, quelques théories qui se voulaient scientifiques, sans avoir fait la preuve quelles étaient réfutables, ont conduit tout doucement au plus grand drame de l’histoire Européenne, car, tout aussi naturellement, des parties de populations d’autres États partageaient ces conceptions.
Nous ne sommes jamais à l’abri de rouvrir des camps de déportations, de concentrations, pour aller vers un génocide « labellisé » par la science, pour cacher à notre miroir personnel tous les crimes que nous nous sentons capables de commettre.
Sauf qu’aujourd’hui les camps ont changé de nom et les moyens chimiques dont nous disposons ne brûleront que les cerveaux en laissant des traces extérieures de mutilations virtuelles, voire nous courrons le risque de modifier des caractères génétiques pour coller à une civilisation devenue narcissique et paranoïaque. De telle sorte que pour apporter une solution à l’accroissement de la violence et de la délinquance, nous ferons le même chemin, en attendant qu’un personnage, pour ne pas dire un nouvel Hitler, transforme le mythe de la notion de risque Zéro en réalité.
Ces actions ne peuvent se faire qu’en abandonnant un peu plus de liberté pour de la sécurité, laquelle est moins assurée que la perte réelle de liberté.
Mais l’essentiel réside souvent dans l’illusion, alors que l’on devrait garder à l’esprit ce qu’écrivait Hegel : « de l’activité des hommes résulte quelque chose de différent de ce qu’ils avaient consciemment voulu et décidé. »
Je recopie si dessous des extraits d’un colloque qui va dans ce sens.
Le Sociologue Laurent Muchielli abordait le thème : « identifier, contenir et mettre à l’écart : le retour du discours sécuritaire et ses prétentions scientifiques ». Il relève que nous nous trouvons aujourd’hui dans une frénésie sécuritaire. Les tenants de la pensée sécuritaire n’aiment évidemment pas les universitaires, les intellectuels en général.
L’ancienneté du discours sécuritaire est également relevée car désigner des figures de dangerosité est propre à chaque époque : les images du fou criminel, de la bande de jeunes criminels, du terroriste sont récurrentes. La domination politique de droite écrasante recherche des alliés scientifiques à l’appui de ses politiques pénales limitées à des objectifs de maintien de l’ordre.
La disparition d’un axe droite-gauche comme transformation du champ politique empêche dorénavant toute contradiction de fond et comme il n’y plus d’argumentation, la surenchère est facile. La stratégie de dramatisation continue avec le concours des médias instrumentant les faits divers alors qu’il est parfaitement connu qu’il n’y a pas de corrélation entre l’intensité médiatique et l’intensité sociale d’un fait divers.
La médiatisation de tel ou tel fait divers relève donc d’un choix politique et les discours de Nicolas Sarkozy comme de Rachida Dati peuvent aller sans autre jusqu’au mensonge le plus éhonté. La stratégie de la criminalisation frise ainsi la frénésie pénale et met en cause les principes généraux du droit qui sont les fondements de l’Etat de droit et donc de la démocratie. Le maintien de l’ordre devient une gestion du risque comme doctrine centrale de toutes les professions concernées, au nom de l’application d’un mirifique principe de précaution. Il en découle donc une doctrine unique et une pratique unique des forces de police et de gendarmerie axée sur le fichage de la population et la vidéosurveillance.
D’autres intervenants ont souligné la permanence des dangers et leur imprévisibilité grandissante. La peur brouille les frontières entre les réponses aux risques et aux menaces dans ce qui apparaît pour Delmas-Marty comme une inadéquation des réponses. Le schéma de la responsabilité civile de type réparation prévention précaution est repris au pénal sans discernement. Les faits divers apparaissent comme des diversions qui ajoutent à la confusion.
La politique menée ressemble à un coup de dé qui chercherait à abolir le hasard. Pascal relevait déjà que l’on ne pouvait justifier la justice et que l’on a donc justifié la force pour que la force et la justice soient unies. Christine Lazerges relève que les politiques sécuritaires sont vouées à l’échec car construites sur la facilité. C’est l’impasse de la guerre, de la peur, basée sur la probabilité et l’impossible résilience. C’est l’impasse consubstantielle au discours politique qui exalte les peurs et les risques. L’on assiste sans limite aujourd’hui à un durcissement des politiques criminelles au nom d’une dangerosité présumée de certaines figures de délinquants, par exemple celle du mineur. Les politiques leurrent le citoyen sur ce que la loi peut produire. Le Parlement est instrumentalisé. Si une loi est votée, il faut bien ensuite lui donner les moyens de son application et ne pas demander à la loi ce qu’elle ne peut pas produire.
Vint ensuite pour conclure Robert Badinter qui parla avec la verve qu’on lui connait de longue date. C’est pour lui un sujet essentiel et il se désespère que l’on assiste à une période de décomposition des principes du droit pénal. Pourquoi ? Les tribunaux d’exception se sont avérés être la règles à toutes les époques depuis la deuxième guerre mondiale, notamment au cours de la décolonisation, du conflit algérien etc. Il relève avec force que le plus souvent, des infamies commises (torture pendant la guerre d’Algérie notamment, Guantanamo) subsistent encore cinquante ans plus tard dans la mémoire collective.
Il regrette le peu d’engagement des juristes et avocats dans la défense des principes fondamentaux du droit pénal.
C’est ainsi que la suppression des tribunaux d’exception en France est passée presque totalement inaperçue. Qu’en est-il dès lors de la protection contre leur retour ? C’est dans un double contrôle de constitutionnalité et de conventionalité interdisant tout retour à des situations aberrantes que réside la solution qu’il a cherché à mettre en place.
Il est choquant pourtant que l’on assiste à une transformation de formes insupportables vers l’ordinaire, dans une modification profonde des principes sous une avalanche législative (40 textes pénaux et 37 de procédure pénale en France ces sept dernières années !) qui se limite inutilement à répondre à des faits divers.
Le retour du refoulé, de la peur fonde une relation trouble entre les évolutions législatives et la crise économique. L’insécurité tient aux incertitudes très prégnantes de nos destins : retraites, soins etc. La peur de l’autre, d’abord celle du criminel, du délinquant, est plus forte et se polarise sur l’insécurité quotidienne. Pour Alain Peyrefitte, la sécurité est la première des libertés et c’est un axiome repris depuis pour clore le débat entre sécurité et liberté. La sanction est la première des dissuasions et l’on se dirige donc naturellement vers l’augmentation des sanctions dans une inflation de dispositions répressives accompagnée d’une multiplication des techniques de recherche, de fichage, de vidéosurveillance.
Chaque société a ses criminels qu’elle rejette, aujourd’hui c’est incontestablement le criminel sexuel qui fait le plus peur par ce qu’il représente des passions les plus fortes et les plus refoulées. La peur du récidiviste est également un grand thème mais on ne sait jamais si celui que l’on juge récidivera. Le risque hante les consciences collectives et nourrit une inflation du système sur lui-même.
Le fait divers est médiatisé autour de la seule chose que l’on puisse en montrer, la victime, dans un courant émotionnel évidemment intense. La victimisation est un facteur puissant du développement du droit pénal actuel dans une mutation indifférente aux principes pénaux fondamentaux.
Pour Robert Badinter, nous allons vers une psychiatrisation de la justice et une judiciarisation de la psychiatrie. La rétention de sûreté est une rupture absolue avec le passé, dans un glissement à l’infraction virtuelle. A partir de là, tout s’effondre. L’accusé ne peut pas se défendre d’avoir commis une infraction car cette infraction n’existe pas, elle sera peut-être commise dans le futur. Il faut alors au juge protéger sa responsabilité professionnelle par un recours systématique au psychiatre qui cherche tout autant à couvrir la sienne par un renvoi au juge.
Le traitement psychodramatique par la voie judiciaire d’une infection mentale mène à percevoir l’audience pénale comme un processus curatif à destination de la victime dans une confusion extrême des compétences. Il n’y a plus de règle d’or fondée sur les principes issus de 1789 et l’on se trouve aujourd’hui, selon Robert Badinter, dans une période de dérive ou de régression mais pas dans une impasse, juste une longue avenue dont on ne voit pas le bout. Terminant sur une citation de l’Electre de Giraudoux, il avait comme à son habitude magistralement conclu ce colloque sur des éléments forts qui disent combien pour lui nous sommes actuellement dans une phase de destruction du droit pénal.

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poète essayiste militant à la retraite.
Voir ses articles, sa fiche et ses statistiquesre monica oui nous sommes loin de cela, car ce thème est devenu un enjeu électoraliste, car (...)
10/11 18:21 - ddacoudreBonjour ddacoudre, J’ai souvenance de travaux de criminologues belges, qui montraient (...)
10/11 17:28 - Monicale lien n’est pas bon l’article se trouve sur internet sous ce titre : LES (...)
10/11 17:19 - ddacoudrepour ceux que le colloque interresse je joint le lien qui n’a pas été reproduit dans (...)
10/11 17:16 - ddacoudrebonjour liebe certainement, nous faisons preuve tous les jours des possibilités machiavéliques (...)
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