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Accueil du site > Tribune Libre > La COP21 et après ?

La COP21 et après ?

L'accord de Paris, COP21, obtenu par le consensus des 195 États membres des Nations Unies, est un événement historique, limité certes et qui reste à accomplir..

 

Historique.

Parce qu’il était impensable, il y a quelques années.

Parce qu'il ne porte pas sur un petit ou un grand conflit entre deux États ou groupes d’États.

Parce qu'il est le fruit de la mobilisation, depuis des dizaines d'années, de la société civile, des scientifiques, des petites et grandes organisations écologiques dans leur diversité, nationale et internationale.

Parce qu'il n'a pas été obtenu par l'hégémonie dans un camp et dans l'autre d'une grande puissance mais avec la participation de tous les États, y compris les États minuscules qui, regroupés, les 43, ont su, pour essayer de survivre, faire entendre leur voix qui est aussi celle de l'intérêt général.

Parce qu'il témoigne d'une nouvelle conception du mode de production, du mode de vie de la planète, quelles que soient les restrictions mentales, les embûches ou les rétropédalages auxquels il faut s'attendre.

 

Limité.

Parce qu'il a été obtenu par consensus. C'est à dire sans vote. La voix de Laurent Fabius ayant, bien à propos, couvert celle de contestataires, comme celle du Venezuela.

Parce qu'il faut maintenant qu'il soit, effectivement, signé par les États, entre le 22 avril 2016 et le 21 avril 2017. Et qu'il n'entrera en vigueur que lorsque 55 % des États, responsables de 55 % des émissions de carbone l'auront signé.

Parce que tout ce qui faisait problème, tout ce qui faisait obstacle à l'accord a été évacué dans le préambule ou en annexe. Ne gardant dans les 29 articles de l'accord que les contraintes acceptables par tous, notamment par les États-Unis ; ne gardant que ce qui, par d'habiles imprécisions, pouvait être accepté par tous.

 

Le traité est un document politique et diplomatique qui donne des orientations claires. Il demande aux États d'assumer leurs engagements sous le regard des pairs et de la société civile internationale. Sans prévoir de sanctions. Sans préconiser des mesures techniques précises.

 

Les commentaires des participants ont proclamé leur extrême satisfaction devant le résultat obtenu et le travail, pour aboutir, accompli par la diplomatie française, notamment Laurent Fabius et Laurence Tubiana, ambassadrice chargée des négociations sur le changement climatique, cheville ouvrière de l’accord.
Mais aussi sur le travail qui reste à faire pour donner vie à cet accord en l'élargissant pour arriver au résultat nécessaire..

Car cet accord est le fruit d'un compromis et, comme dans tout compromis, il est facile de relever un certain nombre de limites qu'il faudra dépasser. Pour éviter le pire.

 

- L'annonce principale est la volonté affichée de maintenir le réchauffement « bien en deçà de 2°C » par rapport à l'ère pré-industrielle (nous sommes déjà à + 0,8°C) et de faire des efforts pour tenter de rester en-dessous de 1,5°C, à la fin du siècle, comme le demandaient les 43 pays vulnérables, dont les petits États insulaires. Même si les spécialises du climat disent que le franchissement de la barre des 1,5°C est inéluctable. Avec les promesses des 179 pays (95 % de la population, 94 des émissions), l'augmentation serait de 2,7 degrés contre 3 à 3,7 au rythme actuel. C'est dire que ces engagements, qui ne sont que dans les annexes de l'accord, sont déjà insuffisants et qu'il faudra aller au-delà !

 

- Le transport maritime et aérien international n'a pas été pris en compte dans la réduction des gaz à effet de serre, soit 10 % des rejets mondiaux. Il est impensable que cette question ne revienne pas un jour ou l'autre sur le devant de la scène.

 

- Une révision des engagements est prévue avant 2020, premier rendez-vous fixé pour 2018, puis tous les 5 ans. Les circonstances pousseront à une révision à la hausse des engagements.

 

- Bien qu'excluant toute « responsabilité ou compensation » par les pays riches pour les «  pertes et dommages  » des pays victimes des préjudices climatiques, ils est déjà prévu que les 100 milliards de dollars, figurant seulement dans une annexe, ne sont qu'un plancher et qu'ils devront être revus rapidement à la hausse et ce avant 2025.

 

Certains, dans l'euphorie, ont pu parler de l'accord de Paris comme un moment de passage historique, de basculement, de partage des eaux entre l'ère des combustibles fossiles et celle de l'énergie propre, le premier pas irréversible vers une société décarbonée.
D'autres, comme Laurence Tubiana, considèrent que « l’accord de Paris doit être une prophétie autoréalisatrice », ou la ministre sud-africaine de l'environnement que « c'est le premier pas d'un long voyage ».

 

Pour que cet accord vive, il faut passer des déclarations aux choses concrètes. Ces dernières sont, souvent, moins satisfaisantes. Les mesures plus ou moins récentes du gouvernement français montrent qu'il y a une distance certaine entre les intentions affirmées et la réalité : l'acharnement du gouvernement sur l’aérodrome de Notre-Dame des Landes et les positons de Ségolène Royal contre l'écologie punitive, contre la taxe carbonée, ses reculs sur l'écotaxe, ses bavardages sur les péages des autoroutes, contre Airparif, « un peu trop sectaire », pour la poursuite des recherches sur des procédés d'extraction propre à long terme des gaz de schistes, contre « un impôt supplémentaire » sur le diesel, contre les péages à l'entrée des grandes villes...

 

Le gouvernement français ne sera pas le seul à biaiser avec la réalité… Pour les petits États insulaires, « il faut garder en tête que l’Histoire nous jugera non pas sur ce que nous avons accompli aujourd’hui mais sur ce que nous ferons à partir de maintenant ». En étant plus trivial, ils pourraient dire, pour garder la tête hors de l'eau, pour garder nos îles, hors de l'eau, il est nécessaire d’aller plus loin.

 

 

La COP21 et après ?

Selon ne étude du CNRS, 10.000 à 20.000 îles et archipels pourraient totalement disparaître avant la fin du siècle. Courrier international reproduit un article de « Foreign affairs » du 4 septembre 2015 (CI 17/12/15 au 06/01/16).

« Pour les scientifiques, les Tuvalu sont vouées à disparaître dans les 50 années prochaines ; les Maldives d'ici 30 ans. Les îles voisines subiront le même sort qui menace environ 9,2 millions de personnes dans 22 États insulaires de l'Océan pacifique…

Le réchauffement climatique menace désormais l'existence même des États insulaires… perte physique complète et définitive du territoire d'un État, accompagnée du déplacement de toute sa population. »

Que vont devenir ces États, ces populations ? Des juristes, peu optimistes, se penchent déjà sur les structures en place pour des populations, des États, sans territoire…

 

Nous savons. Tout le monde sait ou peut savoir. Les scientifiques ne manqueront pas de suivre l'évolution de la situation. Et toute la société civile. Le texte, insatisfaisant dans l'absolu, est cependant une bonne arme pour les citoyens et les associations. Face aux insuffisance de son propre gouvernement. De tous les gouvernements.


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6 réactions à cet article    


  • Jeussey de Sourcesûre M de Sourcessure 12 janvier 12:24

    Après ?


    TAFTA
    TISA
    TTIP

    C’est-à-dire la partie émergée de l’iceberg, celle qu’on ne voit pas mais qui engage, elle !
    Celle qui était négociée secrètement à Genève pendant que les tambours et les trompettes de la gloire sonnaient à Paris pour la COP21... et la mise en place de l’état d’urgence.

    • fred.foyn Le p’tit Charles 12 janvier 14:07

      ben..rien comme d’hab.. !


      • Claudec Claudec 12 janvier 16:15

        La COP 21 n’a été qu’un simulacre de plus

        Le réchauffement planétaire, les problèmes énergétiques présents et à venir, le pillage des ressources de la planète, la pollution, les atteintes à l’environnement, la faim dans le monde, les conflits, guerres et violences de toutes sortes, les flux migratoires qui en résultent qu’ils soient de nature ethnique, politique, climatique, économique, etc. avec leur cortège de misères, sont autant d’aspects d’une problématique globale ayant pour auteur premier le super prédateur qu’est l’homme.

        Nous somme là bien loin de la vision à laquelle Malthus – dont le seul tort est d’avoir eu raison trop partiellement et trop tôt – reconnaissait lui-même le défaut d’être limitée au risque alimentaire. Sa doctrine doit dorénavant céder la place à « l’écologie dénataliste », sans laquelle toutes les tentatives de restauration de notre environnement terrestre sont condamnées à l’échec. À quoi sert en effet le remplacement des énergies fossiles par d’autres, a fortiori renouvelables – ce qui ne peut qu’encourager production et consommation au détriment des velléités les plus sincères de frugalité –, si la prolifération de la population humaine génère des besoins, déchets et désordres croissant avec elle ?

        1 milliards d’êtres humains en 1900, 7 milliards en 2000, 9 à 10 milliards en 2050 et plus de 11 milliards à l’orée du prochain siècle, soit une augmentation quotidienne supérieure à 250 000 individus supplémentaires en moyenne. Et 70 % de la population inéluctablement condamnée à une pauvreté qui pour être relative n’en demeure pas moins la pauvreté, depuis la pire jusqu’à la moins insupportable ; situation entretenue, voire aggravée par une course à l’emploi faisant que lorsque 100 sont créés dans le monde, 200 demandeurs y prétendent, sans compter les effets du progrès technologique. Avec ou sans revenu minimum universel qui seront les pauvres qui qui auront la moindre chance de trouver refuge sur Mars le jour venu ?

        C’est seulement par la dénatalité qu’il pourra être mis fin à cette course au pire, au déséquilibre flagrant entre d’une part une population humaine d’ores et déjà pléthorique, et d’autre part les limites de son habitat, le respect des autres espèces le partageant avec elle, des ressources nécessairement comptées, et une capacité à se gouverner depuis longtemps vouée à l’impuissance par le nombre et sa cacophonie. C’est la seule chance restant à l’homme d’éviter de se perdre dans ses contradictions, dont la plus stupide est la mise en œuvre par les uns de nouvelles sources d’énergie s’opposant à la décroissance prônée par d’autres – sans compter l’indigence généralisée à laquelle ne peut que conduire cette dernière.

        Une seule doctrine, mère et maîtresse de toutes autres visions de l’avenir des hommes doit présider à celui-ci : la dénatalité. Clé de voûte d’un avenir meilleur offert à une descendance moins nombreuse, pouvant de ce fait continuer à bénéficier d’au moins un part du progrès dont profite encore – pour combien ce temps ? – la société, c’est la condition fondamentale d’un développement raisonnable, à défaut de pouvoir être durable et encore moins éternel.

        Les représentants de tous les pouvoirs, qui ne voient en l’homme que chair à canons, à impôts, à retraites ou à luttes idéologiques, doivent être conscients qu’ils seront jugés – peut-être même de leur vivant, à l’allure où vont les choses – par leurs enfants. Ils seront comptables devant pauvres et riches, d’un même désastre qui ne sera finalement rien d’autre que démographique, faute d’avoir eu le courage d’affronter le péril à temps, en dépit des avertissements que leur auront adressés les moins aveugles d’entre eux, plutôt que de se contenter de bêler avec le troupeau.


        • Robert GIL Robert GIL 13 janvier 10:08

          Tant que l’on n’aura pas compris et admis que le capitalisme n’est pas compatible avec l’écologie, toutes les mesures ou lois prises dans le cadre de l’économie de marché ne seront que de la poudre aux yeux. L’écologie ne doit pas servir de « plus value » à un programme politique, mais doit faire partie intégrale du système politique qu’il faudrait mettre en place. Croissance verte, transports propres, navires écologiques, chimie verte, nouvelle économie climatique… cette litanie d’oxymores ne peut masquer le vide de ces grand’messes comme la COP21 ...voir ici


          • Claudec Claudec 13 janvier 18:34

            @ Robert Gil

            « Tant que l’on n’aura pas compris et admis que le capitalisme n’est pas compatible avec l’écologie, ... »
            Parce que le communisme est compatible lui ??? Il n’y a qu’à considérer le bilan et la situation écologiques de l’ancienne URSS pour s’en rendre compte.

            L’écologie n’est pas davantage de gauche que de droite. Et c’est en la confisquant pour des raisons idéologiques qui n’ont rien à voir avec son objet, que la gauche nuit à l’écologie davantage qu’elle ne la sert.

            • JC_Lavau JC_Lavau 1er février 23:14

              Climatocrédule, délinquant et fier de l’être.

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