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La culpabilisation des esprits, cette stratégie multiséculaire de l’Église catholique, mise en échec

Ces dernières semaines, coup sur coup, l’IVG d’une fillette de 9 ans violée et l’usage du préservatif comme moyen de protection contre le Sida ont suscité de la part des plus hautes autorités ecclésiastiques des prises de position qui ont soulevé l’indignation dans une partie de l’opinion, en France en particulier.

L’archevêque de Recife avait justifié l’excommunication de la mère de la fillette et des médecins en expliquant que « l’avortement était plus grave que le viol  ». Le pape Benoît XVI, lui-même, au cours de son récent voyage en Afrique, a soutenu que le préservatif, loin d’être une solution contre le Sida, tendait à l’aggraver.

Le choc de deux morales incompatibles

Vendredi 27 mars 2009, l’évêque d’Orléans a renchéri sur France-Info. Il a prétendu que le latex des préservatifs était perméable au virus, en s’appuyant sur des études prétendument scientifiques qui auraient prouvé une fiabilité réduite à 97 % et même à seulement 87 % en Afrique. Les réactions vigoureuses qu’il a suscitées chez les spécialistes, l’ont obligé à se rétracter dans l’après-midi même : à sa plus grande confusion, il a déclaré prendre acte «  des déclarations des spécialistes qui attribuent ces échecs à d’autres causes » que la perméabilité du latex. Un évêque, comme tout le monde, doit tourner sept fois sa langue dans sa bouche avant de parler !

Ces incidents répétés illustrent le conflit inévitable entre la morale d’une société de la connaissance et celle d’une mythologie religieuse qui, tant que l’ignorance était la chose du monde la mieux partagée, régnait en maîtresse pour imposer ses dogmes. L’Église catholique a mis trois siècles et demi pour concéder que Galilée n’était pas seul coupable dans le procès qu’elle lui avait intenté, et qu’elle avait eu envers lui quelques torts : telle est la réhabilitation toute relative de Galilée, condamné le 22 juin 1633, que le pape Jean-Paul II n’a prononcée du bout des lèvres que le 31 octobre 1992.

On mesure le changement de société si on compare à cette lenteur dans la reconnaissance de ses erreurs la vitesse avec laquelle l’évêque d’Orléans a dû se rétracter en perdant la face, sous la pression des critiques virulentes des spécialistes scientifiques. Monseigneur a dû se dédire : selon les experts scientifiques, le latex correctement utilisé est imperméable et ne laisse pas passer le virus. La doctrine ecclésiastique ne peut rivaliser avec la recherche scientifique. Mais on imagine comme, dans les siècles passés, le réflexe de peur pouvait être facilement stimulé par l’autorité ecclésiastique pour parvenir à ses fins.

Une stratégie ecclésiastique multiséculaire : une sorte de marketing de la peur

Celle-ci voit donc aujourd’hui son champ d’intervention se rétrécir. Il lui reste tout de même un vaste domaine au-delà d’un horizon que la science ne pourra jamais franchir, faute d’observation et d’expérimentation. Existe-t-il une vie après la mort ? L’angoisse que peut engendrer cette question devrait suffire au bonheur d’ une religion et à son administration : le nombre de ceux que tourmente cette interrogation n’est pas près de diminuer. Mais, est-ce la nostalgie du passé ? L’appareil ecclésiastique n’entend pas se limiter à la gestion de ces tourments ; il persiste à vouloir exercer une emprise sur la vie des personnes en pratiquant ce qu’il sait faire depuis toujours, une sorte de marketing de la peur.

On ne comprend rien, en effet, à cette obsession ecclésiastique en matière d’avortement et de préservatif si on ne les replace pas dans la stratégie de manipulation des esprits qui lui a assuré pendant des siècles une autorité sans partage.

La culpabilisation de la sexualité

La pulsion sexuelle, plus que toute autre, pour son incessante réactivation et ses modalités diverses de satisfaction, est strictement réglementée par toute société en fonction des impératifs premiers de sa conservation. Tabou de l’inceste, hétérosexualité, homosexualité, endogamie, exogamie, relations intergénérationnelles font l’objet de réglementations précises, selon les usages ethniques et sociaux en vigueur, dont les transgressions sont réprimées.

Issue d’une société patriarcale méditerranéenne, la religion chrétienne en a inévitablement calqué la structure de domination masculine. Comme par hasard, une femme, Ève, est à l’initiative d’un péché originel qui a naufragé l’humanité, nécessitant son rachat par le sacrifice d’un fils de Dieu, Jésus, née d’une Vierge, elle-même fruit d’une « immaculée conception ». La femme, d’autre part, selon Saint Paul, doit être soumise à son mari, comme l’esclave à son maître. Il est vrai qu’en cas de patrimoine à transmettre, il ne doit y avoir aucun doute sur la filiation des héritiers. La relation sexuelle hors projet procréatif est, de toute façon, considérée comme un péché. Au 11ème siècle, les prêtres catholiques se voient interdits toute relation sexuelle avec les femmes et imposer le célibat : en ajoutant la chasteté aux devoirs de pauvreté et d’obéissance, la hiérarchie achève d’en faire des hommes liges. 



L’Église a compris très vite le parti qu’elle pouvait tirer d’une culpabilisation toujours renaissante de fidèles incapables de s’abstenir de leur « péché mignon ». Elle s’arrogeait sans doute le droit de pardonner, mais cette sollicitude n’était que le deuxième volet d’un dispositif de domination bien au point. 1- Dans un premier temps, un acte humain innocent est stigmatisé comme une faute grave, un péché, par l’institution ecclésiastique, pour que celui qui l’accomplit, doive connaître un réflexe de culpabilité ; 2- dans un second temps, l’institution ecclésiastique lui témoigne de la compréhension et lui pardonne selon certaines modalités, pour que le coupable lui témoigne en retour sa reconnaissance d’avoir recouvré une bonne conscience. Coupable ou reconnaissant, l’individu est ainsi vulnérable et soumis à l’institution qui lui porte secours, après avoir elle-même organisé sa détresse. 
 
Une stratégie anéantie par la révolution des sciences de la vie

La révolution de la maternité et de la paternité volontaires, née de la compréhension des mécanismes de la procréation au XX ème siècle, bouleversent cette stratégie ancestrale de manipulation des esprits. La femme n’est plus asservie par sa physiologie à sa fonction procréatrice ; elle devient l’égale de l’homme en droit ; les parents peuvent choisir le moment de donner la vie en toute connaissance de cause : divers moyens de contraception sont désormais efficaces ; dans certains cas de contraception impossible comme un viol, une IVG est une solution raisonnable à une grossesse tragique en toute sécurité médicale. Plaisir sexuel et procréation sont désormais dissociés. Finie la crainte de procréer involontairement pourvu qu’on prenne la peine de s’informer !

On comprend dès lors - juste retour des choses ! - la crispation panique de l’appareil ecclésiastique qui voit en masse échapper à son emprise toutes ces personnes qui n’ont plus aucune raison d’éprouver le moindre sentiment de culpabilité dans leurs relations sexuelles. Une grossesse indésirée n’est plus la punition divine d’une jouissance coupable. C’est justement ce que l’appareil ecclésiastique entend empêcher ! Les papes ont donc fait de l’interdiction de la contraception et de l’avortement leur cheval de bataille obsessionnel : dès 1968, au moment de l’apparition de la pillule contraceptive, Paul VI s’empresse de condamner toute contraception artificielle dans son encyclique « Humanae vitae  » ; or on sait quelle entière insécurité entretient cette fameuse contraception dite « naturelle ». De même, l’avortement est régulièrement dénoncé comme un abominable crime, même lorsqu’une fillette de 9 ans a été victime d’un viol.

La défense de la vie qui n’appartient pas à l’homme mais à Dieu, est brandie comme prétexte. On y croirait davantage s’il était écrit noir sur blanc aujourd’hui dans le Catéchisme officiel de l’Église catholique qu’elle est formellement opposée à la peine de mort. Là encore, le leurre du sous-malentendu, dont elle est coutumière, permet de donner satisfaction à tout le monde comme dans les interventions des évêques au sujet de la fillette brésilienne : il n’y a que l’interdiction de l’avortement à avoir été rappelée clairement et sans sous-malentendu ; les pleurnicheries miséricordieuses des prélats sur la fillette n’explicitent pas un instant le seul moyen unique de lui porter secours qu’est l’IVG.

Et voici que, depuis les années 80, le Sida est venu un peu plus chambouler cette stratégie multiséculaire de domination des esprits par la culpabilisation sexuelle, dès lors que les recherches scientifiques ont conclu à la nécessité d’user de préservatifs pour se protéger du virus. Cette fois, l’appareil ecclésiastique est confronté à un obstacle insurmontable : ce préservatif condamné parce qu’il empêche de donner la vie, peut-il l’être quand son omission donne la mort ? Et celui qui l’interdit, ne se rend-il pas coupable d’une complicité d’assassinat ? Échec et mat, Sa Sainteté !


On se souvient d’un féroce jeu de mot du Canard Enchaîné en 1968, en réponse à la condamnation par Paul VI de la contraception « non naturelle » : « Le pape n’a rien compris au préservatif : la preuve ? Il le met à l’index ». N’avait-il pas, au contraire, trop bien compris quelle menace pesait sur la stratégie de manipulation des esprits pratiquée par l’Église depuis des siècles. Elle était efficace dans une société de l’ignorance où le savoir limité disponible était entre les mains d’un petit nombre, dont faisaient partie les clercs. Elle se fondait sur le sentiment de culpabilité et la peur de devoir payer le prix de ses fautes dans un enfer que représentaient à l’envi comme effroyable d’admirables mosaïques, peintures ou sculptures sur les murs des églises. Dans sa fable extraordinaire, « Le nom de la rose », portée magnifiquement à l’écran par Jean-Jacques Annaud en 1986, Umberto Eco fait avouer cette stratégie à l’abominable moine aveugle, Jorge, qui a mené son monastère à la ruine  : «  Le rire libère le vilain de la peur du diable, s’écrie-t-il (…). Mais la loi s’impose à travers la peur dont le vrai nom est crainte de Dieu  ».
Seulement, ce qui était possible dans la société de l’ignorance, ne l’est plus dans la société de la connaissance. Une religion n’en est pas pour autant exclue, mais à condition de changer radicalement de méthodes et de ne pas prendre ses contemporains pour des imbéciles. Alors, dans le respect de la laïcité, rien ne s’oppose à ce que « celui qui croit au ciel « et « celui qui n’y croit pas » oeuvrent ensemble pour qu’au moins sur terre la vie ne soit pas un enfer. Paul Villach



 




par Paul Villach lundi 30 mars 2009 - 163 réactions
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Les réactions les plus appréciées

  • Par astus (---.---.---.238) 30 mars 2009 12:22
    astus

    Ce que vous dénoncez à juste titre concernant l’église catholique concerne malheureusement aussi, sous diverses formes, toutes les religions, surtout monothéistes. Il me semble que l’islam et le judaïsme ont aussi peur de la femme que le catholicisme, et qu’ils entretiennent tout autant la culpabilité. Ces croyances ont de plus en plus de difficulté à contrer les nombreuses avancées scientifiques qui leur taillent des croupières, ce qui renforce leur radicalisation surtout auprès des masses les moins instruites.

    Le problème principal est qu’elles n’ont pas su s’adapter aux changements des sociétés et à l’évolution du monde en continuant toutes de pointer des textes et des dogmes figés qu’elles considèrent comme de l’Histoire véridique et non comme des références symboliques, sources de multiples interprétations. Or ni la Bible, ni l’Iliade et l’Odyssée qui datent à peu près de la même époque, ne sont de vrais livres d’Histoire. Achille n’a jamais été plongé dans le Styx, l’Exode juif n’a jamais eu lieu, et la Création de notre monde actuel a probablement pris plus d’une semaine…

    Ainsi les religions souffrent-elles principalement d’un déficit de symbolisme (le recours à la pensée magique) en se comportant comme ces psychotiques qui prennent leurs fantasmes pour de la réalité. Cela est bien dommage pour l’humanité toute entière car après tout les règles fondamentales de chaque croyance concernent finalement un nombre assez limité de préceptes qui ont au départ pour fonction utile de favoriser la vie en société.

    La suppression des religions, si elle était possible, (ce que je ne crois pas car les croyances sont vitales pour l’économie psychique de tous les individus) serait peut-être un remède plus dangereux que le mal, car beaucoup de personnes ont besoin de ces repères, même inadaptés. Il faut donc s’accommoder des religions telles qu’elles sont ce qui n’interdit pas de penser par soi-même ou de les critiquer en empêchant tout empiètement sur des domaines qui ne les concernent pas. Sur ce plan il me semble qu’il y a eu ces dernières années en France de nombreuses atteintes à la laïcité en raison de la démission de beaucoup de nos concitoyens, et que cela est dommageable pour notre pays. Rendons à Dieu ce qui est à Dieu mais à César ce qui est à César. Cela nous concerne tous.

  • Par sisyphe (---.---.---.4) 30 mars 2009 13:20
    sisyphe

    par stupor mundi (IP:xxx.x22.18.135) le 30 mars 2009 à 11H50

    une question à l’auteur , avez vous deja lu la bible ?

    je dois dire que, pour ma part, j’y ai jeté un oeil plus qu’intéressé, mais je n’ai pu arriver au bout ; trop gore...
    Toutes ces histoires de meurtres sanglants, de châtiments, de vengeances, entre frères, parents... houff....

    De quoi faire des cauchemars....

    Je préfère les mille et une nuits ..
     smiley

  • Par ZEN (---.---.---.169) 30 mars 2009 12:58
    ZEN

    @ FOREST
     A fond pour la responsabillité !
    Mais elle peut s’exercer sans horizon de culpabilité, en dehors de l’univers morbide de la faute
    Elle prend alors plus de valeur humaine, car elle ne se réfère pas à une trancendance
    Sans Dieu , notre responsabilité est plus grande encore...
    Niestzche a là-dessus des pages lumineuses
    Je conseille les livres de l’historien Delumeau (croyant protestant), qui analyse quand et comment sont apparues les notions de "péché", d’enfer, de purgatoire...Trés intéressant !

  • Par Paul Villach (---.---.---.166) 30 mars 2009 12:37
    Paul Villach

    @ Forest End

    Mais enfin, vous déraisonnez ! Qui bredouille son chapelet, sinon des prélats à tort et à travers ? Et il faudrait rester muet ?
    Vous montrez bien le visage hideux de votre intégrisme qui rêve des heureux temps de la Très Sainte Inquisition !

    Si ce que j’écris, vous mets dans cet état, jetez-vous donc sur "L’Équipe". Personne ne vous oblige à venir lire et déverser votre venin intégriste. Paul Villach

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