• samedi 26 mai 2012
  • Agoravox France Agoravox Italia Agoravox TV Naturavox
  • Agoravox en page d'accueil
  • Newsletter
  • Contact
AgoraVox le média citoyen
La fondation Agoravox
  Accueil du site > Tribune Libre > La dette de la Grèce… ou de l’Europe envers la Grèce (...)
16%
D'accord avec l'article ?
 
84%
(38 votes) Votez cet article
  • Faire un don
  • Imprimer cet article
  • Marquer et partager

La dette de la Grèce… ou de l’Europe envers la Grèce ?

Les barbares sont dans la cité et dans ce chambardement où l’on marche désormais sur la tête au rythme des tambours guerriers de la finance internationale, de ses marchés et de ses agences de notation, on finit par perdre le sens même de la valeur. Les gangsters de la spéculation mondiale ont imposé l’idée saugrenue qu’ils s’en font.

Un mépris de la Grèce venu d’Allemagne
 
Dans leur inculture savent-ils même à qui ils se sont attaqués en premier pour ruiner l’Europe ? N’importe, le choix de la Grèce ne pouvait être plus judicieux. Leurs thuriféraires ne cessent depuis des mois de moquer ce pays. Que n’entend-on pas en Allemagne sur ces Grecs paresseux qui ne paient pas d’impôts ? Le premier ministre grec Papandréou a fort justement rétorqué que la paresse n’est pas plus inscrite dans les gènes des Grecs que le Nazisme dans ceux des Allemands !
 
D’autres voix arrogantes, venues toujours d’Allemagne, suggèrent aux Grecs de mettre à l’encan quelques îles pour réduire leur dette. À quel prix au juste ? Comment évaluer une île grecque et ses vestiges archéologiques par exemple ? En mètres carrés constructibles pour y élever hôtels et marinas où viendra se dorer au soleil méditerranéen la chair blanche et blonde germanique ?
 
La statuaire grecque, combien ?
 
L’idée, toutefois, est excellente car elle conduit à réviser la notion de valeur en incluant dans le patrimoine économique grec sa géographie et son histoire. Chiche ! Pourquoi les Grecs ne mettraient-ils pas aux enchères leur patrimoine culturel qui remonte à la plus haute antiquité : Christie's ou Sotheby’s, ces sociétés internationales de vente aux enchères d’œuvres d’art, pourraient très bien organiser la vente. On commencerait par exemple par la frise du Parthénon et la Caryatide enlevée à l’Érechthéion de l’Acropole d’Athènes, aujourd’hui exposées au British Museum de Londres ; on poursuivrait par la Victoire de Samothrace et la Vénus de Milo qu’on admire au Musée du Louvre ; on pourrait aussi brader l’Aurige du musée de Delphes, l’Hermès de Praxitèle au musée d’Olympie, le Poséidon et le masque d’or d’Agamemnon au musée archéologique d’Athènes ou encore la Victoire attachant sa sandale du musée de l’Acropole, si besoin était.
 
Mais aurait-on même besoin de tous ces chefs-d’œuvre pour rembourser la dette de la Grèce auprès des marchés financiers ? Un seul d’entre eux n’y suffirait-il pas. Il est à craindre qu’aucune de ces fortunes, acquises malhonnêtement mais légalement par spéculation, ne puissent s’offrir un seul de ces vestiges de la naissance de l’Europe elle-même. Car il est littéralement sans prix : tous les spéculateurs du monde réunis qui aujourd’hui jouent la ruine de l’Europe, ne disposeraient pas d’assez d’argent pour s’offrir ce joyau.
 
La création architecturale grecque, combien ?
 
Or, que représente-t-il dans tout le patrimoine culturel de la Grèce ? Si peu ! Comment évaluer, par exemple, la création architecturale que les Grecs ont offerte à l’Europe. Il n’est que de se promener de Londres à Berlin en passant par Paris, Rome, Vienne ou Madrid : d’où viennent tous ces frontons triangulaires, ces colonnes cannelées, ces chapiteaux doriques, ioniques ou corinthiens ? Qui s’est jamais promené dans Munich, peut-il avoir oublié Königsplatz avec ses Propylées et ses deux temples grecs se faisant face ? À qui le Parlement autrichien doit-il son architecture en bordure du Ring à Vienne ? À combien peuvent revenir ces brevets architecturaux ?
 
La pensée grecque, combien ?
 
Et ce n’est pas fini ! Qui ignore que la pensée grecque a irrigué l’Europe ? Sans elle, même les incultes de la finance internationale n’existeraient pas ? Les Grecs peuvent mettre aux enchères les droits d’auteur de ses écrivains : Homère, par exemple dont l’Iliade raconte une folle guerre pour l’amour d’une femme, Hélène, et l’Odyssée, les dix années d’errance d’Ulysse ensuite avant de retrouver sa fidèle Pélénope à Ithaque, Héraclite qui a soutenu qu’on ne se baigne pas deux fois dans le même fleuve et que tout coule, Pindare conjurant son âme de ne pas aspirer à la vie immortelle, mais d’épuiser le champ du possible, Sophocle et sa merveilleuse Antigone qui prétend être de ceux qui aiment et non de ceux qui haïssent pour justifier sa désobéissance à un pouvoir injuste. Sera-t-il nécessaire de mettre à l’encan Socrate, Platon et Aristote ? Un seul livre de ces deux derniers génies ne devrait-il pas couvrir toutes les dettes de la Grèce d’aujourd’hui et de demain ?
 
Quel pays a donné à l’Europe plus que la Grèce ? Et on vient lui chercher des poux dans la tête. Certains songeraient même à la rejeter de l’Europe ? Qui ne voit dans ce délire une manifestation de « l’ubris », la démesure, dont les Grecs ont appris à la pensée européenne à se garder sous peine d’encourir la foudre des dieux, comme Xerxès, le roi mède, qui fit fouetter la mer pour s’être agitée à son passage et avoir rompu son pont de bateaux sur le Bosphore quand il s’apprêtait à envahir la Grèce moins de 10 ans après l’échec d’un premier débarquement médique à Marathon en -490  ?
 
« On recherche nouveau Thésée pour terrasser nouveau Minotaure ! »
 
Et si ni la statuaire, ni l’architecture, ni la pensée ne suffisaient à la Grèce pour rembourser sa dette aux incultes de la finance mondiale, il resterait encore sa Mythologie, cette sublime représentation de l'univers qu’elle a offerte au monde entier et qui reste toujours d’actualité pour peu qu’on sache la lire. On se permet justement d’y puiser et de voir dans le monstre de la finance internationale un nouveau Minotaure qui exige son tribu de chair fraîche en garçons et filles chaque année. On recherche donc un nouveau Thésée capable de terrasser la bête qui ruine le peuple et une nouvelle Ariane qui puisse le guider de son fil pour sortir du labyrinthe où se terre le monstre et ses manigances financières, une fois qu’il l’aura abattu.
 
Ce n’est pas la première fois que les Grecs connaissent le mépris de leurs voisins. Les Romains eux-mêmes ne les traitaient-ils pas de « Graeculi  », les petits Grecs ? Ils avaient bonne mine, ces Romains aux mœurs originelles un peu rustres, au point qu’ils se sont empressés d’imiter leurs modes de vie et de pensée si raffinés, à l’exception, il faut l’avouer, de celui qui conduisait à la Démocratie. Les Grecs ne s’en sont pas formalisés : la civilisation finit toujours par vaincre le barbare. C’est un Romain, Horace, qui a reconnu la défaite de Rome devant la Grèce qu’elle avait colonisée : « Graecia capta ferum victorem cepit et artes intulit agresti Latio », « La Grèce, conquise, a conquis son farouche vainqueur et a porté les arts au Latium sauvage. » Les incultes de la finance internationale feraient bien de se méfier. La dette qu’ils réclament à la Grèce, n’est que grain de poussière à côté de celle inextinguible que l’Europe et le Monde doivent à la Grèce. Pour méditer cette évidence, qu’on tende l’oreille à cette musique de la compositrice grecque contemporaine Eleni Karaïndrou :
 
 
 
Paul Villach
par Paul Villach vendredi 16 septembre 2011 - 67 réactions
yahoo
16%
D'accord avec l'article ?
 
84%
(38 votes) Votez cet article

2 moyens pour donner

Don défiscalisé 10€ ou plus

Obtenez une réduction fiscale de 66% avec un e-reçu. Un don de 10 € ne vous coûte que 3€40.

Grâce à votre aide, AgoraVox peut continuer à publier plus de 1000 articles par mois. En donnant à la Fondation AgoraVox, vous offrez un soutien à la liberté d'expression et d'information.

Les réactions les plus appréciées

  • Par Actias (xxx.xxx.xxx.34) 16 septembre 2011 15:38
    Actias

    Trés bel article, déclaration d’amour (que je partage) à La Grèce (une de mes patrie d’adoption).

    Malheureusement complétement à coté de la plaque. Les grecos ils savent profiter de la vie et ils sont pas faineants mais c’est de magouilleurs. On est arrivé avec nos milliards d’euros pour qu’ils se payent des armées de fonctionnaires inutiles surpayés, des autoroutes vides, des ponts incroyables (ie patras) et plein de credits bingo à gogo pour que meme le paysan du centre de l’Epire se paye sa grosse merco..... maitenant on leur demande naivement ou machiavéliquement de remboursers nos sous.

    On avait qu’a pas être con et eux .... eux ... j’esperes qu’ils vont nous envoyer nous faire voir ailleurs que chez eux plutot que de vendre leur magnifique pays aux chinois et aux Allemands. Ils retourneront s’occuper de leur chèvre et de leur olives avec la joie d’avoir jouer un bon tour, et qu’ils restent grecs.

    Villach, il est temps d’arreter. A nous expliquer que les anciennes générations ne doivent rien aux nouvelles et que les nouvelles civilisations doivent tout aux anciennes.

    Que chacun prennent ses responsabilité, Villach comme les Grecs, assume ni plus ni moins, mais surtout ne se présente pas en modèle de vertu en exigeant que tout continue comme avant au nom d’un passé glorieux.

    PS : la grece antique est à l’europe moderne ce que l’égypte ancienne était à la grèce antique. Pour changer de perspective.

  • Par Aldous (xxx.xxx.xxx.209) 16 septembre 2011 13:22
    Aldous

    Merci pour ce papier Paul.

    La précédente chute de la Grèce, la prise de Constantinople, a eu un effet inattendu :

    Inondés de réfugiés grecs lettrés amenant souvent leurs livres sous le bras, l’occident s’est remis à étudier la langue d’Omère de crainte de voir les "belles lettres" disparaitre avec a chute de Byzance.

    Et ce fût la Renaissance.

  • Par Aldous (xxx.xxx.xxx.209) 16 septembre 2011 15:08
    Aldous

    Ha bon ?

    Et la bataille de Grèce lors de la II guerre mondiale qui a été la première défaite de l’axe ?

    Les deux raclées que les Grecs ont infligée à Mussolini en Epire ont obligé Hitler à envahir les Balkans.

    La résistance acharnée de l’armée grecque (épaulée par les britaniques) a tellement surpris Hitler qu’il a déclaré qu’à part les Grecs personne ne lui avait réellement autant résisté.

    Les commando parachutistes allemands furent décimés lors de la campagne de Crète ce qui amené Hitler à abandonner le concept de commando aéroporté.

    Cette campagne retarda le plan Barbarossa ce qui englua l’armée allemande dans l’hiver russe.

    Pendant l’occupation, les résistants grecs et yougoslaves furent les plus nombreux et les plus paralysants pour l’Allemagne.

    Sinon dans des aspects plus pacifiques, la Grèce moderne a donné la Callas.

    C’est déjà pas mal.

  • Par Mordax (xxx.xxx.xxx.76) 16 septembre 2011 17:13

    Une identité tient non à des gênes, mais à une culture . Les Grecs sont certes éloignés de ceux de l’Antiquité, qui étaient parfois éloignés entre eux par leurs moeurs, leurs dialectes, etc.
    Mais ils ont quand même le sentiment d’une certaine continuité, ne serait-ce que par la langue, qui dérive très directement de la Koïnè hellénistique, via l’empire Byzantin, dont ils sont plus directement héritiers que les Turcs, même si ces derniers occupent le territoire, même si les "gênes" sont mélangés.
    Il n’y a effectivement aucun point commun entre les Byzantins et les Turcs, qui ont éradiqué cette culture des territoires conquis , au point même qu’il a fallu échanger définitivement des populations quasi incompatibles après la "Catastrophe d’Asie MIneure" de 1922. Sur ce second point, entièrement d’accord...

Réactions à cet article

Ajouter une réaction

Pour réagir, identifiez-vous avec votre login / mot de passe, en haut à droite de cette page

Si vous n'avez pas de login / mot de passe, vous devez vous inscrire ici.


Faites un don

Les thématiques de l'article

Palmarès

Agoravox utilise les technologies du logiciel libre : SPIP, Apache, Debian, PHP, Mysql, FckEditor.


Site hébergé par la Fondation Agoravox