• vendredi 10 février 2012
  • Agoravox France Agoravox Italia Agoravox TV Naturavox
  • Agoravox en page d'accueil
  • Newsletter
  • Contact
AgoraVox le média citoyen
La fondation Agoravox
  Accueil du site > Tribune Libre > La douceur de l’impunité...
0%
D'accord avec l'article ?
 
100%
(13 votes) Votez cet article
  • Faire un don
  • Imprimer cet article
  • Marquer et partager

La douceur de l’impunité...

 A part quelques réprimandes verbales ; quelques envolées lyriques de bon aloi ; la publication d’une liste ridicule de pays favorisant l’évasion fiscale – très vite oubliée ; l’acharnement obsessionnel à faire tomber le secret bancaire helvétique sur fond de guerre économique menée par les « Trust » anglo-saxons dont l’objectif est d’enterrer définitivement la puissance genevoise et d’aspirer vers eux les énormes sommes d’argent déposées ; quelques réformettes timides de l’univers de Wall Street ; le procès inéquitable d’un pauvre trader que l’on a encouragé à aller aussi loin que possible pour rapporter à sa banque des profits faramineux – désormais seul à assumer la folie d’un système irresponsable ; presque rien a été fait pour que le monde de la finance ne s’autorise plus à jouer avec l’avenir de tous sans en payer les conséquences.

Les « voyous » à col blanc ne sauraient être traités de la même manière que leurs compères qui braquent des fourgons, cambriolent des bijouteries, arnaquent les individus. Il ne faudrait surtout pas les brusquer sinon ils risqueraient de s’expatrier vers des contrées moins contraignantes et cela, nous dit-on, pourrait entraîner l’affaiblissement des places boursières nationales. Ce qui est un risque assez dissuasif pour tout gouvernement qui oserait remettre au pas par des lois parlementaires ces « enfants gâtés » coupés, comme on a pu le constater, de la réalité, de la dureté quotidienne des hommes ordinaires. Un « voyou » diplômé de la London School of Economics ou des Hautes Etudes Commerciales n’est pas l’égale d’un petit caïd de la banlieue. La morale n’est pas la même. La loi encore moins. On peut bien souhaiter tambour battant « karcheriser » les cités mais surtout pas la « City ». Insulter, mépriser, indexer les petits trafiquants du quartier, s’étonner même de leur train de vie ostentatoire, mais pratiquer la politique de l’autruche quand les jeunes loups de la finance vivent de la spéculation, luxueuses berlines, bonus colossaux gracieusement offerts en guise de motivation ou de récompense ; cela n’est pas seulement inquiétant, c’est tout simplement d’un humour assassin.

Le monde est injuste, et « on s’en fout ! » comme qui dirait dans les « brèves du comptoir », le plus important n’est-il pas de toujours s’assurer de tirer la couverture vers soi ? Le monde, c’est les autres. Il n’y a rien de mal à tout cela, ce n’est qu’un égoïsme inhérent à l’individu contemporain, un droit naturel de ne se soucier que de sa propre survie. Mais seulement l’on a tendance à oublier trop vite que dans un système mondial globalisant, les malheurs et péripéties des autres nous affectent souvent tout aussi violemment. Et que nous ne sommes pas des îlots dans un océan de connectivités. On peut se souvenir que c’est avec un certain détachement, une pointe d’indifférence que le citoyen moyen regarda la chute de Lehmann Brothers, sans comprendre que ce n’était que les prémisses d’une crise financière et économique d’une ampleur rarement égalée qui pousserait les gouvernements à la débâcle. Aujourd’hui, c’est ce même citoyen qui est sollicité pour payer les errements de certains au travers des plans d’austérité ou de rigueur.

L’on nous avait annoncé une révolution mondiale de la finance, en fin de compte l’on a eu une rigolade politicienne. Les banques et les grands groupes financiers ont enregistré des bénéfices hallucinants, l’individu lui est appelé à travailler jusque dans sa vieillesse pour renflouer les caisses de l’Etat vidés par des privilégiés qui entre autre chose s’exilent fiscalement ailleurs. Et lorsque l’on voudrait faire payer les « pollueurs » c’est-à-dire nos barons de la finance, des esprits bien éclairés tentent de nous convaincre que c’est une vraie bonne fausse idée, que cela serait contre-productif, irraisonnable et fragiliserait le tissu économique déjà bien mis à mal par les délocalisations et autres turpitudes du capitalisme. Pourtant plus que jamais, le besoin de justice n’a été aussi fortement ressenti par les classes populaires à qui l’on demande de consentir à des sacrifices supplémentaires. Il faudrait impérativement rééquilibrer l’exigence d’un effort global, repartir le poids de la relance de manière à ce que les responsables de ce marasme en portent la part la plus imposante. Et même aller plus loin, mettre en place au niveau international une sorte d’Interpol de la finance et de la délinquance économique afin de traquer les comportements irresponsables et criminels, de mettre fin aux malversations et aux rodéos de grandes instances financières. Une structure indépendante composée d’experts internationaux et dont les pouvoirs, les compétences, seraient suffisamment élargis pour débusquer les « gangsters modernes » partout où ils se réfugieraient.. On pourrait dans le même ordre envisager la création d’un Fond international pour l’Equité en charge non seulement d’édicter les règles de contrôle des flux financiers, d’assainir le « milieu », mais aussi de redistribuer aux Etats les sommes importantes détournées qui dorment dans ces instances. Ce Fond international pourrait se voir confier en outre la responsabilité de publier une liste noire des groupes financiers, des gouvernements, des personnes accusés d’enfreindre les droits économiques et sociaux, aussi de proposer une série de sanctions appropriées, échelonnées. Il est clair que de telles suggestions seront rapidement tancées, moquées et catégorisées comme relevant d’un utopisme hilarant – si ce n’est délirant.. Mais « c’est par des utopies que le monde avance ».

A l’heure où l’on réfléchit à la reforme d’un capitalisme qui a perdu de son sacro-saint d’intouchabilité, à quelques semaines d’une nouvelle présidence du G20 que l’on veut ambitieuse voire historique, et que l’on songe à une évolution juridique des compétences de la Cour pénale internationale pour la rendre plus efficace, pourquoi ne pas envisager des solutions véritables ? Ne nous a-t-on pas fait croire qu’avec cette crise aucun sujet ne serait tabou ? Et que les leaders mondiaux ne laisseraient plus ce triste et dangereux scénario se reproduire ? Alors quitte à reformer, reformons à fond. Que les dirigeants du monde mettent sur pied un Tribunal économique et financier international (TEFI), comme le suggérait en mars 2010 Jacques Attali, avec la possibilité de poursuivre pour « crimes contre l’humanité » des « sociétés en lien avec des personnes physiques » qui se rendraient coupables de «  graves violations à portée planétaire des droits économiques et sociaux » ; en « organisant des actions en responsabilité civile pour les dommages causés par des sociétés ayant méconnu, où que ce soit dans le monde », les règles dictées par les principales Conventions et Traités du droit international. En cas de nécessité, comme cette époque l’exige, adopter sous l’impulsion du Fond international pour l’Equité une Chartre internationale contre la spéculation financière afin non pas de « socialiser » le capitalisme mais de le réguler – de l’encadrer – de domestiquer ce monde fou qui se croit au dessus de tout.

Les « gangsters » à col blanc avec leur allure de « Golden Boy » et le charme de gendre idéal sont une « racaille » comme une autre. Il serait incompréhensible de ne pas demander plus de fermeté à leur égard alors que l’on légifère en durcissant à chaque éternuement dans les banlieues. Il en va de la crédibilité des politiciens de tous bords. Devant les non-sens de la finance – un Goldman Sachs aidant la Grèce à maquiller son déficit et réalisant au passage des profits innommables ; du gâchis social qui en résulte, du pillage économique de tyrans à la tête de pays pauvres endettés qui vont enfouir dans les paradis fiscaux – Delaware, Wyoming, Nevada, Genève, Luxembourg, et j’en passe – les deniers publics étouffant ainsi les possibilités d’émergence, il faudrait des actions puissantes, intelligemment coordonnées pour mettre fin, une fois pour toute, à cette douceur de l’impunité.

0%
D'accord avec l'article ?
 
100%
(13 votes) Votez cet article

2 moyens pour donner

Don défiscalisé 10€ ou plus

Obtenez une réduction fiscale de 66% avec un e-reçu. Un don de 10 € ne vous coûte que 3€40.

Grâce à votre aide, AgoraVox peut continuer à publier plus de 1000 articles par mois. En donnant à la Fondation AgoraVox, vous offrez un soutien à la liberté d'expression et d'information.

Les réactions les plus appréciées

  • Par Daniel Roux (xxx.xxx.xxx.42) 21 juin 2010 13:30
    Daniel Roux

    Le monde est injuste et je ne m’en fous pas.

    Le problème, comme l’indique votre titre, est l’impunité des responsables et surtout en France.

    Le Président de la République par exemple, qui prétend être responsable de tout jusqu’à traiter son premier ministre de simple collaborateur, et bien, il est intouchable. Il a été déclaré irresponsable juridique par la plus haute cour de la République sur une interprétation souple de la Constitution.

    Il pourrait faire toute les idioties qu’il veut, il ne risque rien. Et c’est justement ce qu’il fait.

    Comme c’est lui qui nomme les gens aux postes importants, du premier ministre à la femme de ménage du journal le Monde, tout ces gens sous ses ordres sont en quelque sorte sous le parapluie.

    Conclusion : Gamelles après scandales, rien ne change et tout ce beau monde se goberge.

Réactions à cet article

Ajouter une réaction

Pour réagir, identifiez-vous avec votre login / mot de passe, en haut à droite de cette page

Si vous n'avez pas de login / mot de passe, vous devez vous inscrire ici.


Faites un don

Sondage

Pour quel candidat pensez-vous voter à l’élection présidentielle de 2012 ?


Voter

Palmarès

Agoravox utilise les technologies du logiciel libre : SPIP, Apache, Debian, PHP, Mysql, FckEditor.


Site hébergé par la Fondation Agoravox