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La fabuleuse énigme de l’église Saint-Philibert de Tournus

Dans son édition du 14/10/2012, le journal de Saône-et-Loire nous révèle enfin le secret de la formidable énigme d'une inscription latine jamais déchiffrée http://www.lejsl.com/edition-de-cha.... La traduction qui y est proposée est très proche, et même identique, à celle que j'ai donnée dans un de mes articles publié en 2004 sur mon site internet http://bibracte.com/mon_histoire_de....

Après avoir identifié les lettres existantes, remplacé les lettres éludées, replacé les intervalles, j'avais reconstitué ainsi le texte latin : GERLANDUS X RATIONE ISIS HOMON ET EPISCOPUS VOTUM MERITO ILLE, ce qui donne en français : GERLANDUS X DISCIPLE DE LA DOCTRINE D'ISIS ET ÉVÊQUE, J'OFFRE EN RECONNAISSANCE CETTE (magnifique église). 

Un évêque disciple d'Isis !!!!!!!!!

Le premier grand intérêt de cette inscription, voire le scandale, se trouve dans le fait que cet évêque se dit disciple d'Isis. En écrivant que cette ancienne déesse égyptienne était la première divinité faisant référence à la résurrection, le rédacteur du journal n'élude pas le fait mais il n'en dit pas plus. Or, l'inscription est très claire : tout en étant évêque, l'homme était aussi disciple de la doctrine/philosophie d'Isis. Sachant que cette doctrine païenne a perduré après l'effondrement de l'empire romain, qu'elle avait des disciples qui se reféraient à elle, on peut s'interroger sur l'interprétation que cet évêque (scolastique ?) donnait de ses livres sacrés. On peut s'interroger d'autant plus que ses écrits étaient lus au XIIème siècle à l'abbaye de Rolduc où l'on sait que les moines avaient une préférence marquée pour l'allégorie et le mysticisme. 

Le deuxième grand intérêt de cette inscription, outre qu'elle nous confirme la date de construction de l'édifice - entre 1090 et 1100, si l'on se réfère à la carrière de l'évêque - est de nous révéler comment une église romane de cette époque s'inscrit dans le prolongement iconographique des églises/temples qui l'ont précédée.

A tout seigneur tout honneur, rendons tout d'abord hommage  au fondateur tel qu'il est représenté dans la nef. S'inscrivant dans l'héritage du druide judaïsé de Gourdon (Ier siècle avant notre ère, en bas) et de l'évêque gaulois toujours judaïsé d'Autun (IV ème siècle après, à droite), l'évêque Gerland (XI ème siècle, à gauche) fait le signe des deux doigts. Il porte mître, nimbe, crosse, mais semble avoir oublié son étole.

Enfin, en comparant les chapiteaux de Tournus à ceux de Mont-Saint-Vincent, de Gourdon, d'Autun et de Vézelay, il saute aux yeux qu'ils s'inscrivent dans leur suite, je dirais "patriotiquement". Avec toutefois une nuance, car force est de constater, après les interprétations que j'ai données pour Mont-Saint-Vincent, Gourdon et Autun, que les sculpteurs de Tournus n'ont pas toujours bien interprété, ou suivi, ou compris, l'iconographie sculptée de leurs prédécesseurs.

Symboles du courage militaire, les lions éduens sont descendus de Mont-Saint-Vincent et de Gourdon pour encadrer la tête du moine intrépide, ou bien pour poser une patte amicale sur son chef. Le démon de Vézelay étrangle toujours l'ivrogne et arrache la langue du menteur. La terre aveugle et sourde (?) crache la nature et les oiseaux fabuleux de Chalon et d'Autun. En revanche, le Gaulois recroquevillé dans l'oeuf de la renaissance d'Autun est devenu ici un personnage ridiculisé. A noter une superbe vierge mère arverne portant sur ses genoux un enfant César au front dégarni.

Vous pouvez retrouver ces représentations sur les sites http://www.patrimoine-histoire.fr/P..., également à http://www.romanes.com/Tournus/ et Bourgogne, ainsi que sur http://www.art-roman.net/. Les images reproduites dans cet article sont tirées de ces sites.

Le troisième grand intérêt de cette inscription est de mettre en évidence le flagrant décalage qui existe entre ce que cette église nous dit vraiment et ce qu'on veut lui faire dire.

Non ! Ce monument ne se trouve pas à l'origine des églises romanes mais s'inscrit dans un cycle de construction de temples antiques qui a commencé au Mont-Saint-Vincent, là où je situe l'oppidum/capitale du pays éduen, Bibracte. Et ce cycle de construction a commencé plusieurs siècles avant Jésus-Christ.

Non ! Gerlannus/Gerlandus n'est pas un petit moine qu'on agite pour attirer les touristes ou pour amuser les enfants. C'est un personnage qui s'est inscrit dans l'Histoire.

Non ! Ce monument n'a pas été financé par des locaux qui subvenaient tout juste à leurs besoins mais par ce très habile évêque qui, installé en Sicile, tirait de notables revenus de cette province alors prospère.

Oui, la Gaule a hérité d'une histoire particulièrement riche. Oui, elle possède un patrimoine fabuleux qui n'est pas mis en valeur comme il le mériterait. Oui, c'est une grave erreur de ne pas le protéger et de ne pas essayer de mieux le comprendre. Oui, c'est une honte d'être incapable de l'expliquer correctement au touriste étranger.

Oui, c'est un scandale d'avoir "inventé" la forteresse de Bibracte au mont Beuvray alors que ce n'est que le site boïen de Gorgobina.

Non, la cité éduenne n'était pas à Bibracte, mais comme le dit Strabon, à Chalon/Cabillo, sur la butte de Taisey.




par Emile Mourey (son site) jeudi 18 octobre 2012 - 64 réactions
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  • Par Pierre-Marie Baty (---.---.---.77) 18 octobre 2012 11:19
    Pierre-Marie Baty

    @Alois Frankenberger :

    A cette époque, il était fréquent pour les graveurs de s’exprimer en abréviations, surtout quand le « cadre » du texte, la dalle de pierre, est de dimensions restreintes. L’exemple type est celui des anciennes pierres tombales, qu’on retrouve souvent sous forme de dallage de nef dans les églises de campagne. On y lit des termes comme « HIC JAC RP <nom abrégé> DEF <jour> <mois abrégé> AD <année> ODPE » : hic (ici) jacet (gît) le révérend père machin, defuncti (décédé) le tel jour de tel mois, anno domini (année du seigneur = de l’ère chrétienne) tant, ora deo pro eo (priez Dieu pour lui). De même il était très fréquent d’inverser la symétrie de certaines lettres.

    Sur cette dalle, on peut lire :

    GERLA(N inversé)(delta grec)V(s inversé) = Gerlandus

    X. = ?

    RAT.E = abréviation possible de Ratione

    I(S inversé)I = abréviation quasi certaine d’Isis, moins le S terminal, dû à la déclinaison en latin

    OMO.N = abréviation possible (?) de « homo » (bien que personnellement je n’ai jamais rencontré ce terme sous la forme « omon », ce terme m’est parfaitement inconnu)

    ET.EPI = abréviation quasi certaine de « et episcopus », mention archi fréquente ; les évêques et les seigneurs tenaient énormément à faire savoir en quelle autorité ils agissaient. Dans l’église de mon village il y a des pierres tombales qui portent les mentions abrégées de la titulature de certains personnages médiévaux importants, prêtres ou seigneurs, de cette manière.

    VME = votum merito (il s’agit d’une forme de dédicace)

    ILE = abréviation, ou faute d’orthographe, probable de « ille » = ceci, cela.

     

  • Par gaijin (---.---.---.73) 18 octobre 2012 12:06

    alois
    ne confondez pas analphabètes et incultes
    a la différence d’aujourd’hui les gens savaient parler ......et les enseignements traditionnels continuent de se transmettre a l’oral
    cette manie de croire que sans écriture il n’y a ni culture ni transmission de connaissance est une illusion issue du 19ème siècle c’est oublier que l’écriture est une invention récente et que les traditions orales véhiculent des connaissances depuis des dizaines de milliers d’années .......

  • Par Pierre-Marie Baty (---.---.---.77) 18 octobre 2012 09:06
    Pierre-Marie Baty

    Bonjour mon colonel,

    Sans avoir la même hardiesse que vos conclusions, cette inscription illustre, selon moi, qu’il est clair que le christianisme naissant, pré-conciliaire, était bien davantage un foisonnement syncrétiste de plusieurs philosophies de salvation, dont certaines illustres et déjà millénaires, qu’une nouvelle religion monolithique comme on s’applique toujours à nous le faire croire.

    Le nombre de mystiques et de gnostiques ayant vécu pendant cette période en est une illustration supplémentaire.

    Il serait très, très intéressant d’y voir plus clair parmi cet écheveau !

    Bien à vous smiley

  • Par Pierre-Marie Baty (---.---.---.77) 18 octobre 2012 11:23
    Pierre-Marie Baty

    Je viens de réaliser en me relisant, que si par mégarde le graveur a confondu, comme il était parfois fréquent, le N et le M, il aura pu graver le mot HOMO complètement à l’envers, ce qui aura donné OMON !

    D’autant plus que les graveurs exécutants de l’époque étaient généralement illettrés, ils travaillaient à reproduire des modèles sur parchemin qui leur étaient fournis par les lettrés qui leur passaient commande, ce qui explique les nombreuses fautes d’orthographe et de symétrie.

    Je suis quasiment convaincu que mon explication est la bonne, et que ce n’est pas OMON qu’il faut lire mais HOMO. Inversion complète de la symétrie du mot, plus erreur de typographie smiley

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