De « Familles je vous hais » à « Tout le monde ne peut pas être orphelin », toute remise en cause dans la littérature de cette institution, aussi haïssable que le « moi » absolu, fut accueillie par des cris d’orfraie ou, au mieux, des murmures indignés - tant il est vrai que notre société moderne aussi mondialisée que macadamisée semble incapable d’imaginer un autre schéma de base que ces abominables foyers clos, portes refermées, possession jalouse et exclusive du bonheur. Ah, l’image parfaite de l’ami Ricorée du petit déjeuner venant, comme un messie consumériste, offrir la manne matinale de la félicité auto- satisfaite dans les chaumières campagnardes - on croit dur comme fer aux implacables inventions créatives de la publicité triomphante !
Il suffit de regarder avec un peu d’esprit critique ces multiples remises de palmes, oscars, césars, victoires, awards, qui viennent polluer, dès que le printemps revient, notre paysage audiovisuel déjà bien engagé sur la route de la débilité mentale, pour s’étonner que les heureux lauréats n’aient, dès leur bonne fortune reconnue, rien de plus intelligent à proposer que les fastidieux et classiques remerciements interminables à leurs conjoints-enfants-parents-frères-sœurs-cousins-cousines, n’en jetez plus ou je vomis mon Kinder Bueno . .. Mais enfin, vous, les prétendus comédiens, musiciens, créatifs de tous poils, n’osez-vous même pas vous attribuer le moindre minuscule mérite personnel à l’extérieur du clan ? Pour vous que l’on dit narcissiques à l’excès, c’est quand même un peu fort de café (oui, du vrai, plus goûteux que son ersatz) !
Comment voulez-vous que le vulgum pecus du commun des mortels arrive à s’affranchir de cette tutelle castratrice et dévastatrice si vous, l’élite choisie par le Comité d’Abrutissement des Masses, ne montrez même pas le bon exemple ?
Et pourtant, pourtant, ce ne sont pas les modèles culturels qui vous manquent : les mythologies des quatre coins de la planète regorgent de ces histoires sordides, meurtres, incestes, infanticides, guerres fraternelles, vols et viols, crimes de toutes sortes perpétrés au sein moelleux de ce cocon douillet si vénéré ! Ah oui, j’oubliais, « Totem et tabou » est passé par là… Mais ça n’est pas un argument valable, puisque ces abominations interdites continuent au quotidien de nourrir les rubriques « Faits divers » de tous les medias, avec le succès que l’on sait chez la pauvre ménagère de moins de 50 ans.
La structure familiale, cellule de base de la société actuelle, est le creuset maudit où s’apprennent très tôt les conditionnements qui fabriquent, malgré les énormes et diverses potentialités offertes depuis la naissance à l’homo sapiens, des pions dociles, des moutons, des pigeons, bref des clones obéissants et éteints prêts à reproduire le monstrueux ordre social mis en avant dans tous les domaines politiques, éducatifs, culturels. Cet implacable carcan façonne des êtres brisés, niés, annihilés, dépossédés de leurs désirs et de leurs goûts personnels et uniques au profit facile du bien-être commun (dans tous les sens du terme !). Et cela, sur tous les plans, affectifs autant que créatifs…
L’individu n’est plus libre d’être lui-même, il doit être un membre conforme au clan, un rouage de cette société bien policée qui finira de le broyer, une fois adulte, s’il ne se révolte pas. Tiens, je possédais, lors de mon arrivée en ce monde, un énorme crédit de valeurs, d’idées encore un peu floues mais à peaufiner artistement dans les années à venir, d’attirances irrépressibles vers des domaines enchantés, un insatiable appétit de découvertes… M’enfin, où sont donc passées toutes mes qualités propres, je ne les retrouve plus, je les « avais » pourtant il y a une minute, un jour, un siècle ? Où ai-je bien pu les égarer, toutes ces singularités qui faisaient de moi un homme (oui, anthropos pas andros) unique en son genre, original, une belle exclusivité de la vie ?
Noyées, fondues au sein de ma famille, la petite ou la grande, la famille élargie dans la structure de ma ville, de mon pays, de mon monde… Qu’est devenu mon moi du départ, l’individualité qui m’était propre ?
Bon, on ne va pas relancer l’éternel débat sur l’inné et l’acquis – quoique ce sujet rebattu risque encore de faire parler de lui très bientôt, au moment du Bac (c’est avec « Déterminisme et liberté », qui revient un peu au même, l’énorme vedette de l’incontournable dissert de philo !).
Cet article faisant montre d’une véritable provocation (volontaire), mesdames et messieurs les commentateurs, à vos plumes ! Dites-moi que la famille est la meilleure protection qui soit au monde ; qu’aucun enfant ne survivrait sans sa famille ; que la sacro-sainte trinité c’est le père, le fils, et le Saint-Esprit (tiens, où est donc passée la mère ?) ; que c’est une honte de remettre ainsi en question la famille, base (virale ?) de notre bienveillante société où il fait si bon vivre ; qu’on n’a encore rien inventé de mieux que la famille, qu’il est nécessaire de préserver un certain ordre moral, et qu’en conséquence, il faut bien « s’organiser » d’une façon où d’une autre, sinon c’est l’horrible anarchie, le grand bazar, le désordre, la chienlit…
Ah oui ??? J’attends, donc.
Je me cache sous mon bureau et j’ouvre mon parapluie…

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Bonsoir, Merci pour votre réponse. Sur l’application des monothéisme et le dévoiement (...)
13/06 22:59 - NashOui d’accord Georges ! Mais qui a parlé d’orphelinat ? Pas moi, en tout cas !Je (...)
12/06 22:24 - Caroline CoursonJuste un bémol cependant, la famille quand elle n’est pas trop déstructurée, possessive, (...)
12/06 21:48 - Georges YangSi on supprime la famille, que reste-t-il ? Pour que les règles et les lois ne conditionnent (...)
12/06 19:07 - DoloresLa famille,on l’aime,on la déteste,quand elle est trop étouffante,on s’en éloigne (...)
12/06 17:50 - Claire29
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