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La fin de l’hégémonie du Dollar

Ce texte est un discours prononcé par l’homme politique américain Ron Paul devant la chambre des représentants le 15 février 2006. Traduit intégralement par mes soins, vous pouvez également consulter le texte original en anglais.

Ce texte présente plusieurs qualités qui m’ont incité à le traduire ; il aborde de manière transversale différents aspects de l’histoire et de la politique américaines, tous dépendant du rôle fondamental acquis au fil du temps par le dollar. Ron Paul traite donc de manière claire et simple du système monétaire américain, il aborde le schéma fondamental sur lequel reposent les empires et montre comment les Etats-Unis en sont devenu un grâce à leur monnaie. Il explique en quoi cela influença leur stratégie de domination mondiale récente (Moyen Orient, Venezuela…) et en quelle mesure aujourd’hui « l’hégémonie du dollar » arrive à sa fin, faisant courir de grands risques au pays.

 

I Les Empires et la monnaie :

A De l’or…

Il a été dit, très justement, que celui qui détient l’or fait la loi. Dans des temps plus reculés, il était communément admis qu’un commerce honnête et équitable nécessitait qu’une chose pourvu d’une réelle valeur soit obtenue de l’échange. Au départ était donc le troc. Et puis, on découvrit le pouvoir d’attraction universel de l’or et sa commodité pour l’échange des denrées les plus encombrantes. Non seulement l’or facilite les échanges de biens et services, mais il sert également comme réserve de valeur pour celui qui souhaite épargner en cas de temps durs. Bien que la monnaie se développait naturellement dans le marché, les gouvernements, gagnant en puissance, prirent le contrôle exclusif de celle-ci. En certains temps, les gouvernements réussissaient à garantir la qualité et la pureté de l’or, mais au fil du temps, ils apprirent à dépenser plus que leurs revenus. L’augmentation des impôts ou l’invention de nouvelles taxes provoquaient éternellement l’ire de la population, rois et césars apprirent donc rapidement à gonfler leurs devises en réduisant la quantité d’or de chaque pièce, et ce en espérant toujours que leurs sujets ne découvriraient pas l’escroquerie. Mais le peuple le fit toujours, et signifiait son mécontentement. Cela poussa les gouvernants à rechercher davantage d’or par la conquête d’autres nations. Les gens s’accoutumaient à vivre au dessus de leurs moyens, appréciant le pain et le cirque. Financer des folies par la conquête de terres étrangères semblait être une alternative logique à un travail plus dur et plus productif. D’ailleurs, la conquête ne rapportait pas seulement de l’or mais également des esclaves. L’imposition des habitants des territoires conquis apportait elle aussi une motivation pour la construction d’empires. Ce système marcha correctement pendant un temps, mais le déclin moral de la population conduisait à une fainéantise, une réticence à produire par soi-même. Le nombre de pays pouvant être mis à sac était limité et cela menait toujours les empires à leur chute. Quand l’or ne pouvait plus être obtenu, la puissance militaire s’écroulait. En ces temps, ceux qui détenaient vraiment l’or faisaient les lois et vivaient bien. Cette règle générale perdura au travers des époques. Quand l’or était utilisé, et que les lois protégeaient le commerce honnête, les nations productives prospéraient. Mais quand les nations riches – avec des armées puissantes et l’or – ne concentraient leurs forces qu’à la construction d’empires pour faire de l’argent facile elles déclinèrent.

B … Au papier

Aujourd’hui les principes restent les mêmes, mais le processus diffère : l’or n’est plus la devise du royaume, mais le papier. Désormais, « celui qui imprime la monnaie fait la loi  » ; du moins pour le moment… Bien que l’or n’est pas utilisé, les buts sont donc les mêmes : contraindre les pays étrangers à produire ; financer l’Etat par le biais d’une supériorité militaire et le contrôle des machines à imprimer la monnaie. Puisque l’impression de papier-monnaie n’est rien de moins que de la contrefaçon, l’émetteur de la devise internationale doit toujours être le pays disposant de la puissance militaire pour garantir le contrôle du système. Ce plan semble idéal pour obtenir une richesse perpétuelle. Le problème, cependant, est qu’un tel système détruit la morale de la nation contrefactrice, comme c’était le cas quand l’or était la monnaie et qu’elle était obtenue par la guerre. Cela détruit la volonté de produire et d’épargner, en même temps que cela encourage à la dette. Quand le papier-monnaie est rejeté, ou quand l’or s’épuise, richesses et stabilité politique sont perdues. Le pays passe alors d’une vie au dessus de ses moyens à une autre en dessous, jusqu’à ce que le système économique et politique s’ajuste aux nouvelles règles ; - des règles qui ne sont cette fois plus écrites par les détenteurs de la défunte presse à papier.

 

 

II L’Empire américain : de la diplomatie à l’hégémonie du dollar

A La diplomatie

« La diplomatie du Dollar », une politique instituée par William Howard Taft et son secrétaire d’Etat Philander C. Knox, fut conçue pour promouvoir les investissements commerciaux U.S en Amérique latine et en extrême orient. McKinley fomenta une guerre contre l’Espagne en 1898 et le pendant de Theodore Roosevelt à la doctrine Monroe précéda l’agression de Taft pour utiliser le dollar et l’influence diplomatique pour sécuriser les investissements à l’étranger. La signification du changement opéré par Roosevelt était que nos interventions pouvaient maintenant être justifiées par la simple faiblesse apparente d’un pays (nous intéressant) vis-à-vis de l’influence de l’Europe. Non seulement avons-nous revendiqué un droit, mais également une obligation pour le gouvernement de protéger nos intérêts commerciaux des européens. Cette nouvelle politique talonna la diplomatie « gunboat » de la fin du 19eme siècle et signifiait que nous pouvions acheter de l’influence avant de menacer d’utiliser la force. A ce temps la diplomatie du dollar de William Howard Taft était clairement mise au point. Les semences d’un futur empire américain étaient plantées et destinées à grandir dans le terreau politique fertile d’un pays qui perdit son amour et son respect pour la république léguée par les auteurs de la constitution. En effet, en peu de temps, la diplomatie se transforma en hégémonie, dans la seconde moitié du 20eme siècle. Cette transition ne pu se réaliser qu’avec un changement dramatique dans la politique monétaire et dans la nature du dollar lui-même.

 

B L’hégémonie

1. La Réserve fédérale

Le Congrès créa le système de la Réserve fédérale en 1913. Dès lors, jusqu’en 1971 les principes présidant à une monnaie saine ont été systématiquement ébranlés. Entre 1913 et 1971, la Réserve fédéral trouva plus facile de « gonfler » notre réserve monétaire à volonté pour financer des guerres et manipuler l’économie avec peu de résistance de la part du Congrès tout en bénéficiant de l’intérêt qu’influence le gouvernement. La domination du dollar fut décuplée après la seconde guerre mondiale. Nous avions été épargnés des destructions que nombre d’autres nations ont eu à souffrir, et nos caisses étaient pleines de l’or du monde. Mais le monde fit le choix de ne pas retourner à la discipline du standard-or, et les politiques applaudirent. Imprimer de l’argent pour payer les factures était bien plus populaire que de taxer ou de restreindre les dépenses. Malgré les bénéfices à court terme, les déséquilibres furent institutionnalisés pour les décennies à venir.

2. Bretton Woods : la convertibilité dollar/or

L’accord de Bretton Woods de 1944 « figea » le dollar comme monnaie de réserve mondiale, remplaçant ainsi la livre anglaise. Grâce à nos forces politiques et militaires, et parce que nous avions une masse importante d’or, le monde accepta notre dollar (fixé à 1/35ème d’une once d’or) en tant que monnaie de réserve mondiale.

Le dollar était « aussi bon que l’or », et convertible à ce taux pour toute banque centrale étrangère ; pour le citoyen américain, cependant, la détention d’or était illégale. C’était un standard d’échange qui dès le départ était condamné à échouer. Les USA firent ce que beaucoup prédirent : ils imprimèrent plus de dollar pour lesquels il n’y avait pas de garantie en or. Mais le monde était satisfait et acceptait ces dollars durant plus de 25 ans sans discuter – jusqu’à ce que les français et d’autres dans la fin des années 1960 demandèrent que nous remplissions notre promesse de payer une once d’or pour chaque 35$ qu’ils délivraient au Trésor. Cela conduisit à un important flux d’or qui mit une fin à un standard médiocrement conçu.



3. Le 15 aout 1971 : Nixon met fin à la convertibilité dollar-or

Tout ceci finit le 15 aout 1971. Nixon ferma le robinet et refusa de payer la moindre once des 280 million restantes. Fondamentalement, nous avions déclaré notre insolvabilité et chacun reconnaissait qu’un autre système monétaire devait être conçu pour stabiliser les marchés. Etonnamment, un nouveau système fut conçu autorisant les USA à faire marcher la planche à billet pour la monnaie de réserve mondiale, et ce sans restrictions ! – même pas un semblant de convertibilité avec l’or. Alors que la nouvelle politique était encore plus profondément défectueuse, on permettait malgré tout à l’hégémonie du dollar de s’étendre.

4. « Pétrole payable en dollar exclusivement ».

Réalisant que le monde s’embarquait dans quelque chose de nouveau l’élite des gérants de fonds (« money managers ») avec un fort soutient de la part des autorités, trouvait un accord avec l’OPEP (Organisation des pays producteurs de pétrole) pour fixer le prix du pétrole en U.S dollars exclusivement, pour toutes les transactions mondiales. Le dollar gagna ainsi une place particulière parmi les devises mondiales, et fondamentalement, le dollar était ainsi garanti par le pétrole. En retour, les Etats-Unis promirent de protéger les divers royaumes riches en pétroles du golfe persique contre les menaces d’invasions ou de coup d’états intérieurs. Cet arrangement contribua à alimenter l’islamisme radical parmi ceux qui rejetaient notre influence dans la région. L’accord donna au dollar une force artificielle avec d’extraordinaires bénéfices financiers pour les USA. Cela nous permit d’exporter notre inflation monétaire en achetant du pétrole et d’autres biens avec une importante ristourne tandis que l’influence du dollar prospérait. Ce système post-Bretton Woods était bien plus fragile que le système des années 1945 à 1971. Bien que l’accord dollar/pétrole était utile, il n’était pas aussi stable que le pseudo standard-or sous Bretton Woods. Et certainement moins que le standard-or de la fin du 19eme siècle. Pendant les années 70, le dollar faillit s’effondrer, alors que le prix du pétrole s’envolait et que l’or gravitait à 800$ l’once. En 1979 un taux d’intérêt de 21% était nécessaire pour sauver le système. La pression sur le dollar dans les années 1970, malgré les bénéfices accumulés, reflétait les déficits imprudents et l’inflation monétaire durant les années 60. Une fois encore, le dollar fut sauvé, et cela conduisit à une véritable hégémonie des années 1980 à aujourd’hui. Avec une coopération extraordinaire de la part des banques centrales et des banques commerciales internationales, le dollar était accepté comme si c’était de l’or.Le président de la Fed, Alan Greenspan, à plusieurs occasions devant la commission bancaire intérieure (« House Banking commitee) répondit à mes accusations à propos de son opinion précédente, favorable à l’or, en répondant que lui et les autres banquiers centraux avaient le papier-monnaie – c’est-à-dire le système du dollar – pour me dire que cela équivalait à l’or. A chaque fois, je le désapprouvais fermement, soulignant que s’ils avaient accompli un tel exploit ils défiaient des siècles d’histoire économique concernant la nécessité pour que la monnaie soit une chose qui ait une réelle valeur. Dans l’époque récente, les banques centrales et diverses institutions financières, toutes avec des intérêts d’investissement dans le maintient d’un standard dollar praticable, vendaient et prêtaient de larges quantités d’or aux marchés même quand la chute du prix de l’or soulevait de sérieuses question sur la sagesse d’une telle politique. Ils ne s’accordèrent jamais sur la fixation d’un prix de l’or, mais des indices abondants montrent qu’ils pensaient que si les prix de l’or chutaient cela exprimait une confiance dans le marché, confiance résidant dans le fait qu’ils connurent un étonnant succès en transformant le papier en or.

La hausse des prix de l’or est historiquement vue comme un indicateur de méfiance envers la devise papier. Cet effort récent n’était pas énormément différent au Trésor U.S vendant l’or à 35$ l’once dans les années 60, dans l’objectif de convaincre le monde que le dollar était sain et aussi bon que l’or. Même durant la grande dépression, une des premières décisions de Roosevelt était de mettre de côté la libre fixation du prix de l’or comme indicateur d’un système monétaire défectueux en déclarant illégale la détention d’or par les citoyens américains. Les lois économiques limitèrent finalement cet effort, comme ce fut le cas au début des années 1970 quand notre Trésor et le FMI essayèrent de fixer le prix de l’or en en déversant des tonnes dans le marché pour refroidir l’enthousiasme de ceux qui cherchaient un abris sûr alors que le dollar chutait et que la possession d’or était à nouveau légalisée. Une nouvelle fois, l’effort entrepris pour duper le marché de 1980 à 2000 quant à la réelle valeur du dollar était infructueuse. Dans les 5 dernières années le dollar a été dévalué relativement à l’or de plus de 50%. On ne peut tout simplement pas duper tout le monde éternellement, même avec le pouvoir de la planche à billet et du système de création monétaire de la Réserve Fédérale.

Même avec tous les défauts du système monétaire basé sur la confiance (« fiat monetary system »), l’influence du dollar prospérait. Les résultats semblaient bénéfiques, mais de grossières aberrations subsistaient. Et fidèles à leurs habitudes, les politiciens de Washington n’étaient préoccupés que par des solutions superflues, de la poudre aux yeux pour résoudre les problèmes alors qu’ils ne comprenaient pas les difficultés sous-jacentes. A brève échéance, l’émetteur de la réserve légale monétaire (« fiat reserve currency ») peut engranger de grands bénéfices économiques. A long terme cependant, cela menace le pays émetteur de la monnaie mondiale, en l’occurrence, les USA. Aussi longtemps que les pays étrangers prennent nos dollars en échange de biens authentiques, nous en ressortons la tête haute. C’est un bénéfice que beaucoup au Congrès ont du mal à reconnaitre, alors qu’ils critiquent la Chine quand elle maintient une balance commerciale positive avec nous. Mais cela mène à une perte de production au profit de marchés outre mer, à mesure que nous devenons plus dépendants des autres et moins autosuffisants. Les pays étrangers accumulent notre dollar grâce à leurs forts taux d’épargne, et nous les prêtent gracieusement en retour à un faible taux d’intérêt pour financer notre consommation excessive.

Cela semble être un bon marché pour chacun, sauf que le temps viendra où nos dollars – de par leur dépréciation – seront reçus avec moins d’enthousiasme ou même rejetés par les pays étrangers. Cela peut inverser la donne et nous forcer à payer le prix pour vivre au dessus de nos moyens et de notre production. Le changement de perception par rapport au dollar a déjà commencé, mais le pire est à venir.L’accord avec l’OPEP dans les années 1970 pour fixer le prix du pétrole en dollar apporta une extraordinaire et artificielle force au dollar. Cela a créé une demande universelle pour ce dernier, et absorba le nombre élevé de nouveaux dollars créés chaque année. L’année dernière à elle seule, l’agrégat monétaire M3 augmenta de plus de 700 milliards de dollar.

La demande artificielle pour notre dollar, couplée à notre puissance militaire, nous met en position de « dominer » le monde sans travail productif ou épargne, et sans limites à nos dépenses de consommation ou nos déficits. Le problème est que cela ne peut pas durer. L’inflation des prix se profile, et la bulle du NASDAQ – générée par la création monétaire – a jailli. La bulle de l’immobilier créée de la même manière se dégonfle. Les prix de l’or ont doublé, et les dépenses fédérales ne sont pas maitrisées. Le déficit commercial de l’année dernière s’élève à plus de 728 milliards de dollar. Une guerre de deux mille milliards de dollars se déchaine, et des plans sont prévus pour exporter la guerre en Iran et probablement en Syrie. La seule chose qui pourrait nous freiner serait le rejet mondial du dollar. Cela viendra certainement et créera des conditions pires qu’en 1979-1980, où un taux d’intérêt de 21% était nécessaire. Mais tout sera essayé pour protéger le dollar pendant ce temps. Nous avons un intérêt commun avec ceux qui détiennent nos dollars pour que cette comédie perdure. 

Greenspan, dans son premier discours après s’être retiré de la Fed, dit que les prix de l’or étaient élevés en raison de l’inquiétude au sujet du terrorisme et non pas en raison du système monétaire ou parce qu’il créa trop de dollar durant sa présidence. L’or doit être discrédité et le dollar propulsé. Même quand le dollar se fait sérieusement attaquer par les forces du marché, les banques centrales et le FMI font tout ce qui est concevable pour absorber les dollars dans l’espoir de restaurer la stabilité. Finalement ils vont échouer.

5. Axe du mal et pétrodollars.

Plus important, la relation dollar/pétrole doit être maintenue pour sauvegarder la prééminence du dollar. La moindre attaque contre cette relation sera énergiquement arrêtée, comme cela a déjà été fait. En novembre 2000, Saddam Hussein demanda des euros pour son pétrole. Son arrogance était une menace pour le dollar, son manque de puissance militaire n’a jamais été une menace. Lors de la première réunion du cabinet de la nouvelle administration en 2001, déclara le secrétaire du Trésor Paul O Neill, le principal sujet abordé était de déterminer comment nous allions pouvoir nous débarrasser de Saddam – bien qu’il n’y avait pas de quelconques indices selon lesquels il représentait une menace. Cette forte inquiétude au sujet de Saddam surprenait et choquait O Neill.

Il est maintenant communément admis que la réaction immédiate de l’administration après le 11 septembre tournait autour de la question de savoir comment établir un lien entre Saddam Hussein et les attaques, pour justifier une invasion et le renversement de son gouvernement. Même sans aucun indice sur une telle connexion ou sur l’existence d’armes de destruction massive l’appui du public et des membres du Congrès était généré par le biais de la désinformation et une représentation fallacieuse des faits en vue de justifier la guerre.

Il n’y a pas eu de débat public sur le renversement de Saddam du fait de son attaque envers l’intégrité du dollar en tant que monnaie de réserve en voulant vendre le pétrole en euro. Beaucoup estiment que c’était la véritable raison de notre obsession concernant l’Irak. Je doute que ce soit la seule, mais cela a certainement joué un rôle significatif dans notre motivation à déclarer la guerre. En un court laps de temps après notre victoire militaire, toutes les ventes de pétrole irakien se réalisèrent en dollars. L’Euro était abandonné.

En 2001, l’ambassadeur vénézuélien en Russie évoqua du passage à l’Euro pour toutes leurs ventes de pétrole. En l’espace d’une année, il y eu une tentative de coup d’état contre Chavez, apparemment avec l’assistance de notre CIA. Après que ces tentatives pour éviter que l’Euro ne remplace le dollar en tant que réserve mondiale de devise rencontrèrent de la résistance, la chute importante du dollar face à l’euro était effacée. Ces évènements ont surement joué un rôle important dans le maintient de la prééminence du dollar. Il est devenu clair que l’administration U.S était compréhensive envers ceux qui complotèrent pour renverser Chavez, et embarrassé par leur échec… Le fait que Chavez avait été démocratiquement élu n’avait que peu d’influence.

A présent, une nouvelle tentative se profile contre notre système de pétrodollar. L’Iran, un autre membre de « l’axe du mal », a annoncé ses plans pour créer une bourse du pétrole au mois de mars de cette année. Devinez quoi, les ventes de pétrole y seront fixés en Euros, non pas en dollars.

La majorité des américains oublient comment nos politiques ont systématiquement et inutilement provoqué l’hostilité des Iranien les années passant. En 1953, la CIA participa au renversement d’un président démocratiquement élu, Mohammed Mossadeqh, et installa le Shah, autoritaire mais ami des Etats-Unis. Les Iranien s’en souvenaient encore quand les otages furent pris en 1979. Notre alliance avec Saddam Hussein lors de son invasion de l’Iran dans le début des années 1980 n’allait pas arranger les choses, et n’apporta objectivement pas grand-chose à notre relation avec Saddam. L’annonce de l’administration en 2001 que l’Iran faisait partie de l’axe du mal n’améliorait pas notre relation diplomatique entre nos deux pays. Des menaces récentes au sujet de la puissance nucléaire sont lancées tout en ignorant le fait qu’ils sont entourés de pays détenant l’arme atomique. Avec ce que la plupart des musulmans considèrent comme notre guerre contre l’Islam et cette récente histoire, il n’y a pas à s’étonner que l’Iran puisse choisir de heurter les USA en ébranlant le dollar. L’Iran, comme l’Irak, n’a pas de moyen de nous attaquer. Mais cela ne nous empêche pas de grimer Saddam Hussein en Hitler des temps moderne, prêt à s’emparer du monde. A présent, l’Iran, spécialement depuis qu’il a planifié de passer à l’euro pour son pétrole, a été l’objet d’une propagande de guerre similaire à celle qui éclata à l’encontre de l’Irak avant notre invasion.

Il est peu probable que le maintient de la suprématie du dollar fut le seul facteur déterminant la guerre en Irak, il en est de même pour l’Iran. Bien que les réelles raisons soient complexes, nous connaissons maintenant que les arguments donnés avant que la guerre débuta, tels l’existence d’armes de destruction massive et la connexion de Saddam au 11 septembre étaient faux. L’importance du dollar est évidente, mais elle ne réduit pas l’influence de plans distincts pensés précédemment par les néoconservateurs pour remanier le moyen orient. L’influence d’Israël tout comme celle des sionistes chrétiens, joua un rôle pour justifier cette guerre. La protection de « notre » approvisionnement en pétrole influença notre politique moyen orientale pendant des décennies. Mais la vérité est qu’il est impossible de payer les factures de cette agression comme auparavant, avec plus de taxe, plus d’épargne et plus de production de la part du peuple américain. Une grande partie de nos dépense lors de la guerre du golfe de 1991 était supportée par nos alliés de bonne volonté. Ce n’est plus le cas aujourd’hui. Maintenant, plus que jamais, l’hégémonie du dollar est requise pour financer nos importants frais de guerre. Cette guerre interminable de deux mille milliards de dollar doit être payée, d’une façon ou d’une autre. Le dollar offre le moyen de le faire.

Pour la plupart, les vraies victimes ne savent pas comment elles payent les factures. La permission de créer de la monnaie à partir du vent permet aux factures d’être payées par le biais de l’inflation des prix. Les citoyens américains, tout comme les citoyens du Japon, de Chine ou d’autres pays, souffrent de l’inflation des prix, qui représente la « taxe » qui paye les factures de notre aventure militaire. Et ce, juqu’à ce que l’escroquerie soit découverte, et que les producteurs étrangers décident de ne plus prendre de dollar ni d’en détenir pendant longtemps en paiement de leurs biens. Tout est fait pour éviter que l’escroquerie de notre système monétaire soit divulguée aux masses qui en souffrent. Si les marchés du pétrole remplacent le dollar par l’euro, cela restreindra notre capacité à créer la monnaie mondiale de manière illimitée.



C’est un bénéfice inestimable pour nous d’importer des biens de valeur et d’exporter des dollars qui se déprécient.

Les pays exportateurs sont devenus accro à nos achats dont dépend leur croissance économique. Cette dépendance les rend complices pour continuer l’escroquerie, et leur participation maintien la valeur du dollar artificiellement élevée. Si ce système était viable à long terme, les citoyens américains n’auraient jamais plus besoin de retravailler. Nous aussi nous pourrions apprécier le « pain et le cirque » comme les romains le faisaient, mais leur or s’épuisa finalement et l’impuissance de Rome à continuer le pillage des nations conquises mit fin à leur empire.

La même chose nous arrivera si nous ne changeons de cap. Bien que nous n’occupons pas de terres étrangères pour piller directement, nous avons néanmoins répandu nos troupes dans 130 pays à travers le monde. Notre effort intense pour déverser nos forces dans le Moyen orient riche en pétrole n’est pas une coïncidence. Mais contrairement aux vieux jours, nous n’affirmons pas notre droit de propriété direct sur les ressources naturelles ; - nous insistons juste sur le fait que nous puissions acheter ce que nous voulons en payant avec notre propre papier-monaie. N’importe quel pays qui conteste notre autorité le fait à grand risque.

Une nouvelle fois, le Congrès adhéra à la propagande de guerre contre l’Iran, exactement comme il le fit avec l’Irak. Les arguments sont maintenant apportés pour attaquer économiquement l’Iran, et militairement si nécessaire. Notre système économique tout entier dépend du maintient de l’arrangement monétaire actuel, cela signifie que le « recyclage » du dollar est crucial. Actuellement, nous empruntons 700 milliards de dollars chaque années de nos gracieux bienfaiteurs, qui travaillent dur et prennent notre papier en échange de leurs biens. Puis nous empruntons tout l’argent que nous avons besoin pour sécuriser l’empire (le budget du département de la défense : 450 milliards de dollars) et plus. La puissance militaire dont nous disposons devient la « garantie » de notre monnaie. Il n’y a pas d’autres pays qui puissent concurrencer notre supériorité militaire et par conséquent ils n’ont d’autre choix que d’accepter les dollars dont nous déclarons qu’ils sont l’or d’aujourd’hui. C’est pourquoi les pays qui contestent ce système – comme l’Irak, l’Iran et le Vénézuela – deviennent les cibles des changements de régimes que nous planifions.Ironiquement, la supériorité du dollar dépend de notre force militaire, et de même, notre force militaire dépend du dollar. Aussi longtemps que les bénéficiaires étrangers prennent notre dollar en l’échange de leurs biens et acceptent de financer notre consommation extravagante et notre militarisme, le statu quo continuera peu important l’importance que notre dette extérieure prendra.

Mais les vrais menaces viennent d’adversaires politiques qui sont incapables de nous confronter militairement mais pourtant pas timide pour nous confronter économiquement. C’est pourquoi nous voyons que la nouvelle opposition de l’Iran est prise si sérieusement. L’urgence des arguments pour faire de l’Iran une menace militaire pour la sécurité des USA n’est pas plus plausible que les fausses accusations élevées à l’encontre de l’Irak. Pourtant il n’y a pas d’effort pour résister à cette marche vers la confrontation de la part de ceux qui offrirent une tribune pour les raisons politiques contre une guerre en Irak.

Il semble que le peuple et le Congrès sont facilement persuadés par le chauvinisme des promoteurs de la guerre préventive. Ce n’est qu’après le décompte du coût en vie humaine et en dollars que le peuple proteste contre un militarisme imprudent. La chose étrange est que l’échec en Irak apparait maintenant à une large majorité d’américains, pourtant eux et le Congrès acquiescent à cette inutile et dangereuse confrontation avec l’Iran. Mais à nouveau, notre échec à trouver Ben Laden et à détruire son réseau ne nous dissuade pas à entrainer les irakiens dans une guerre sans aucun rapport avec le 11 septembre. Les préoccupation pour la fixation des prix du pétrole en dollar permet d’expliquer notre volonté à donner une leçon à Saddam pour l’insolence qu’il a à exiger des euros. L’utilisation de la force pour contraindre les peuples à accepter de la monnaie sans réelle valeur ne peut fonctionner qu’à brève échéance. Cela mène in fine à une désagrégation économique, à la fois interne et internationale, et termine toujours dans un prix devant être payer.

La loi économique selon laquelle un commerce honnête nécessite une monnaie fondée sur des choses disposant d’une réelle valeur ne peut pas être abrogée. Le chaos qui un jour résultera de notre expérience longue de 35 années de monnaie mondiale basée sur la confiance (« world fiat money ») nécessitera un retour à une monnaie ayant une réelle valeur. Nous saurons que ce jour approche quand les producteurs de pétrole demanderont de l’or, ou son équivalent, plutôt que des dollars ou des euros. Le plus tôt sera le mieux.

Ron Paul ; traduit par Maldoror.

 
par Maldoror (son site) vendredi 22 janvier 2010 - 48 réactions
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Les réactions les plus appréciées

  • Par non666 (xxx.xxx.xxx.189) 22 janvier 2010 13:22
    non666

    Excellent article.
    Je denonce personnelement ces choses depuis des années.
    Le risque est désormais la creation de "l’euro-dollar" pour etouffer l’effondrement du second en profitant de la credibilité du premier.
    Avec un DSk a la tete du FMI et trichet à la BCE, tout devient possible : Yes they can !

  • Par Nometon (xxx.xxx.xxx.96) 22 janvier 2010 12:50
    Nometon

    Formidable lucidité que manifeste l’auteur de ce texte, outre des détails historiques précis.
    Personnellement, je n’avais pas connaissance de cela :
    "En novembre 2000, Saddam Hussein demanda des euros pour son pétrole"
    Fait qui apporte un éclairage très particulier sur les premières années de notre millénaire... et sur ses injustifiables guerres.

    Merci au rédacteur pour sa traduction.

  • Par chab (xxx.xxx.xxx.63) 22 janvier 2010 12:51

    Constat juste et concis.


    La conclusion, prônant "un retour à une monnaie ayant une réelle valeur" , est en revanche paradoxale car des échanges monétisés, même honnêtes, n’empêchent en aucun cas l’émergence de nouvelles hégémonies par les sous-populations possédant les ressources les plus rares.

    Ce constat remet en cause bien d’autres mécanismes tels que la propriété ou encore les nations. Il serait intéressant de repartir de ce que nous définissons par l’économie, de prendre en compte ses tenants et aboutissants avec le recul que l’on peut avoir maintenant et de l’organiser avec nos connaissances d’aujourd’hui.

    Dans le contexte actuel, croire que le système va se remettre sur pied, ou qu’il changera de lui même, me parait plus utopique qu’une prise de conscience mondiale, malgré tous les efforts mis en place par ce même système pour nous diviser.
  • Par Nometon (xxx.xxx.xxx.96) 22 janvier 2010 13:05
    Nometon

    Sur le fond, l’économie américaine me fait penser à un garçon de bonne famille, en réalité obèse et violent, qui rackète ses comparses en échange de sa "protection".
    En clair, un système mafieux, mais à l’échelle globale. La planète est le terrain de jeu.

    On ne peut qu’agréer la conclusion de Ron Paul sur la nécessité de mettre fin à cette immense arnaque :
    "Le plus tôt sera le mieux."

    Et parce que l’évolution des consciences est presque toujours un préalable aux changements réels, ce texte est à faire circuler largement.

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