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La finance contre l’industrie : l’exemplarité du cas Uniross

 Le cas UNIROSS est exemplaire sur deux plans : d’une part il illustre la coupure entre le système bancaire et l’économie de production, et d’autre part permet de s’interroger sur la capacité de l’autorité publique de reprendre les rênes d’une politique industrielle laissée en friche au profit de l’économie de casino.

Dans un livre fondamental inconnu du lecteur français « Technological Revolutions and Financial Capital  » Carlota Perez, économiste vénézuélienne professeur à Cambridge explique comment le capital financier et le capital productif sont tour à tour complémentaires et ennemis : Au début des cycles technologiques, le capital financier s’investit massivement dans les nouvelles entreprises, fuyant les vieilles entreprises où la productivité décline. Puis l’économie financière s’enferme dans sa bulle de business plans pharaoniques et perd le contact avec l’économie réelle qui est forcée de sacrifier ses actifs pour satisfaire la voracité des actionnaires financiers. Le mot d’ordre est « surtout pas de cash » et tout l’argent disponible doit être utilisé pour distribuer des dividendes ou racheter ses propres actions pour en faire monter le cours, ou encore pour être utilisé comme levier d’endettement.

Une telle dynamique, qui se reproduit cycle après cycle depuis la première révolution industrielle, mène inévitablement à une crise systémique globale que l’on a connu en 1799 avec la crise des canaux en Angleterre, celle des chemins de fer en 1845 (qui débouchera sur les révolutions de 1848), celle des investissements que les matières premières lointaines vers 1880 et la plus connue celle de 1929. La crise purgée, l’entrepreneur et le banquier sont réconciliés par un retour de l’Etat et à une économie de production, une économie du réel guidée par le souci du bien commun. La crise actuelle était donc prévisible : sauf pour le lecteur français qui n’a pas accès à ces oeuvres qui ne sont plus traduites et qui doit se contenter de nos grands oracles qui, bien que s’étant toujours trompés continuent à avoir toujours raison : les Sorman, Minc et autres Baverez.

Donc, comme le souligne avec sa pertinence habituelle The Economist, tout s’est inversé en quelques semaines avec la crise financière : le cash qui devait être distribué à tout prix et devient une denrée rare « All you need is cash[1] ». D’un excès, on passe à un autre car c’est l’investissement qui est sacrifié, les salaires et les emplois – censés constituer le « capital humain » de la firme – compressés. Donc c’est la recherche, le développement et la croissance qui s’arrêtent. De la prodigalité pour l’actionnaire, on passe à la pingrerie générale, avec cet effet déjà souligné par Keynes : couper dans les dépenses a un effet dépressif sur l’économie. Il faut donc que des liquidités soient réinjectées par l’Etat et les banques centrales pour que l’économie redémarre en stimulant la demande et l’offre de crédit. 

Mais là n’est pas le seul danger : tout le monde ne manque pas de cash. Chinois, Japonais, Russes… n’ont pas joué – et bien évidemment perdu - au casino de la finance. Les entreprises japonaises ont racheté à ce jour en 2008 pour 71 milliards de dollars d’entreprises étrangères en manque de cash. Les grandes compagnies pharmaceutiques proclament haut et fort que le temps des emplettes à bas prix est venu pour elles.

Revenons à l’affaire UNIROSS[2] : cette entreprise est délibérément asséchée par les banques « françaises » depuis une bonne année. Placée en procédure de sauvegarde, on n’a de cesse de lui imposer audits et contrôles redondants, sur fonds de rumeurs distillées pour discréditer le dirigeant : on veut bien prêter à « un autre », mais pas à lui. La manœuvre est claire est connue : Si l’entreprise est mise en redressement judiciaire avant de se refinancer, elle aura été obligée de provisionner les dépenses d’audits – quelques centaines de milliers d’euros. Comme par un heureux hasard, cet audit deviendra inutile une fois rachetée (pour un euro !) « à la barre du tribunal », fournissant au repreneur – on découvrirait sans doute qu’il s’agit d’un Chinois ou d’un fond prédateur - le cash nécessaire pour faire redémarrer la firme qui, tout aussi miraculeusement, retrouvera son crédit auprès des banques.

Ce qui est scandaleux dans cette affaire, ce ne sont pas ces pratiques somme toute courantes dans le monde des affaires et qui sont aussi vieilles que le capitalisme. C’est que dans la nouvelle configuration de guerre économique inaugurée par la crise, une PME stratégique française ne trouve aucun appui du côté des banques généreusement refinancées par le contribuable. Que l’on imagine un instant que ce soit UNIROSS qui tente de faire la même chose pour mettre la main sur un concurrent chinois ou américain : le gouvernement de ces pays donnerait, comme il l’a toujours fait dans de telles situations, tout simplement l’ordre – oui, l’ordre – aux banques de refinancer l’entreprise et de s’asseoir sur ces supposés principes intangibles de « concurrence libre et non faussée ».



[1] The Economist, 22/11/08



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Claude Rochet

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