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La Légion d’honneur a été remise à Jean-Michel Beau, lundi 29 juin : Antigone vivante !

Décernée le 11 mai 2009 par décret du président de la République, la Légion d’honneur a été remise au Lieutenant-colonel honoraire de gendarmerie Jean-Michel Beau par le Général Claude Grudet au Cercle national des Armées, place Saint-Augustin, à Paris (8ème), lundi 29 juin 2009, vers 18 heures.

Les heureux invités qui ont eu la chance d’assister à la cérémonie ont eu, dans l’émotion de l’instant, la certitude de vivre un rare moment historique. Il n’est pas fréquent que le pouvoir politique, assumant la fameuse continuité des institutions, reconnaisse de son vivant le héros qui, par sa conviction et son courage, a sauvé l’honneur de la République quand ses plus hauts représentants, dans le même temps, en piétinaient les valeurs.

Un symbole de responsabilité et de défense des libertés fondamentales

Le nom du commandant Beau (son grade à l’époque) restera attaché désormais à une conception du devoir d’un officier de gendarmerie qui assume ses responsabilités et refuse de pactiser avec la violation des libertés fondamentales garanties par le contrat républicain, y compris en ruinant sa carrière.
 
Sous la présidence de F. Mitterrand, la cellule antiterroriste de l’Élysée dirigée par M. Prouteau, secondé lui même par le capitaine Barril, n’a pas hésité à apporter au domicile des personnes qu’elle voulait arrêter, les armes et l’explosif qui justifiaient cette arrestation, en trompant carrément leur frère d’arme, le commandant Beau et son subordonné, officiers de police judiciaire chargés de veiller au respect de la procédure. Tel est le commencement, le 28 août 1982, de « l’affaire des Irlandais de Vincennes » (1).

Mieux, dans l’ignorance du forfait des hommes du président, le commandant Beau est allé jusqu’à assumer seul l’entière responsabilité de la première version falsifiée de l’opération, dictée pourtant par les hommes de l’Élysée, pour ne compromettre ni ses supérieurs ni ses subordonnés. Il en a été remercié par une condamnation pour subornation de témoin en 1991, tandis que les auteurs du forfait n’ont jamais été poursuivis. L’appareil judiciaire, entièrement aux ordres de la présidence de la République, a tout fait, en effet, pour ne surtout pas mettre ces derniers en cause.

Et comme si l’ignominie et le déshonneur où se sont vautrés les hommes du président Mitterrand, ne suffisaient pas, il a fallu que s’ajoute une seconde affaire à la première, celle des « écoutes téléphoniques de l’Élysée ». Jean-Michel Beau, déterminé à assumer ses responsabilités mais non celles des autres, était devenu l’ennemi dont il fallait connaître les informations pour contrer sa défense. Il a donc été écouté clandestinement comme l’ont été aussi plus d’un millier de citoyens.

Le Colonel-préfet Prouteau reconnaîtra le 19 janvier 2005 avoir eu en main les « transcriptions (des écoutes) » après l’avoir nié pendant 12 ans. De même avouera-t-il devant la cour d’appel de Paris, le 5 décembre 2006, avoir été au courant du montage au domicile des Irlandais de Vincennes de son second, Paul Barril, qui, selon son joli euphémisme pour un pareil forfait, « (avait) chargé la mule » ! Ça faisait 24 ans qu’il niait l’avoir été ! Sa ligne de défense consistait à faire porter toute la responsabilité des faits au Commandant Beau qui n’y était strictement pour rien.

« Réparer l’injustice », dit le Président de la République

Dieu merci, même s’il y a mis le temps, 15 années, l’appareil judiciaire s’est tardivement rattrapé, dans cette seconde affaire, en condamnant définitivement la bande malfaisante des écouteurs de l’Élysée pour faute personnelle, le 30 septembre 2008 (2). 


Ainsi depuis 26 ans, un officier innocent des faits qu’on lui imputait, a-t-il été traîné dans la boue par les hommes de la présidence de la République sans pouvoir, pendant longtemps, obtenir justice de la justice de son pays.

Dans sa lettre adressée à Jean-Michel Beau, le 9 juin dernier, l’amiral Guillaud, chef d’État Major particulier du président de la République, l’a reconnu et l’acte est assez exceptionnel pour mériter d’être souligné : le président de la République, a-t-il écrit, « (avait tenu), par (sa) nomination dans le premier ordre national, à réparer l’injustice dont (il) avait été l’objet depuis 1988 ».

Une version heureuse du mythe d’Antigone

La démocratie est un régime très particulier qui se différencie des autres par la volonté des citoyens de faire respecter les droits et les devoirs de chacun. Ceux-ci ne sont jamais définitivement acquis. Le pouvoir, de quelque parti qu’il soit, tend par nature, rappelle Montesquieu dans « L’Esprit des lois », à s’étendre aussi loin qu’il ne rencontre pas d’obstacle. Il dépend donc des citoyens de dresser devant lui les limites que sont leurs droits et leurs devoirs.

La confrontation peut être tragique. Sophocle l’a immortalisée dans le personnage d’Antigone. Celle-ci ose transgresser l’ordre du roi Créon refusant toute sépulture au corps d’un de ses deux frères qui se sont combattus et entretués pour le trône de Thèbes. Antigone estime illégitime cette décision qui, selon sa croyance, condamne son frère à ne jamais trouver de repos dans l’au-delà. Malgré la peine de mort promise à qui enfreindrait l’interdiction du roi Créon, elle ensevelit Polynice, son frère, suivant ainsi ce que lui dicte sa conscience et que nul, fût-ce le roi, ne saurait lui interdire. Elle ne cherche donc pas à nier son acte. Elle le revendique, au contraire, au nom des lois anciennes inscrites au cœur de la conscience humaine. Pour avoir désobéi, elle est enterrée vive. Antigone incarne cette exigence d’une conscience qui se dresse face au pouvoir qui outrepasse ses droits.
 

Lundi soir, dans les salons du Cercle national des Armées, les cercles de proches et d’amis qui ont été, à un titre ou à un autre, aux côtés de Jean-Michel Beau pendant 26 longues années, un quart de siècle, avaient la conviction d’être auprès d’Antigone. Mais, cette fois, Antigone était vivante. Paul Villach
 
(1) Pour plus d’informations, voici un rappel des articles consacrés à Jean-Michel Beau sur AGORAVOX
  • Paul Villach , « Une dignité cher payée : « L’affaire des Irlandais de Vincennes - 1982-2007 - ou l’honneur d’un gendarme  » un livre signé Jean-Michel Beau paru aux Édition Fayard, Agoravox, 18 mars 2008 :
  • Paul Villach , « Les écoutes de l’Élysée » : la Cour d’appel de Paris à l’écoute... d’une nouvelle civilisation  », Agoravox, 19 mars 2007.
  • Paul Villach, « Est-ce à l’État de payer en cas de "faute personnelle" commise par un fonctionnaire ?  » , Agoravox, 7 juillet 2008.
  • Paul Villach, « Écoutes téléphoniques de l’Élysée : des fonctionnaires enfin personnellement responsables ? », Agoravox, 3 septembre 2008.
  • Paul Villach, « Les écoutes téléphoniques de l’Élysée : « une faute personnelle » de fonctionnaires dévoyés, confirme définitivement la Cour de cassation  », Agoravox, 1er octobre 2008
  • Paul Villach, « La légion d’honneur de Jean-Michel Beau : le journal « Le Monde » trompe sciemment ses lecteurs !  », Agoravox, 25 mai 2009.
  • Lors de la parution du livre de Jean-Michel Beau en mars 2008, le Monde s’était déjà distingué par un compte-rendu sordide : Paul Villach, « Psychiatriser l’opposant : « Le Monde » à l’école de « La Pravda »  ?  », Agoravox, 21 mars 2008.

(2) Rappel : Les sept coupables sont les suivants : MM.
 
  • Gilles Ménage, ancien directeur adjoint du cabinet de François Mitterrand,
  • Christian Prouteau, chef de la « cellule de l’Elysée »,
  • Pierre Charroy, ex-commandant du groupement interministériel de contrôle,
  • Pierre-Yves Gilleron, ancien commissaire de la DST,
  • Louis Schweitzer, ex-directeur de cabinet de Laurent Fabius à l’Hôtel Matignon,
  • le général Jean-Louis Esquivier,
  • l’ex-capitaine Paul Barril, membre de « la cellule de l’Élysée ».



par Paul Villach vendredi 3 juillet 2009 - 17 réactions
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  • Par Alexeï (---.---.---.156) 3 juillet 2009 13:45

    C’était bien la moindre des reconnaissances que l’on pouvait accorder au colonel Beau pour son combat exemplaire et solitaire. La lettre du chef d’état-major du président de la République me paraît plus importante que la remise de cette décoration qui ne restera toujours qu’un hochet.

    Cette distinction aurait eu plus de « classe » si ell avit remise par le président de la République en personne. Les écouteurs n’ont-ils pas obéi aux ordres illégaux d’un ancien président de la République ?

    Comme le fait remarquer le commentateur précédent, seule une reconstitution de carrière sera l’épiogue légitime de cette affaire d’État. Ce qui interdirait peut-être aux détracteurs du colonel Beau (ce cherjournal Le Monde) de continuer à le trainer dans la boue.

  • Par cti41 (---.---.---.145) 3 juillet 2009 12:06
    cti41

    Merci à Paul VILLACH pour cet article qui rappelle, une fois de plus, combien le combat de Jean Michel BEAU a été long et rude.
    Evidemment il n’y a pas perdu la vie bien que souvent il s’est trouvé au plus bas faisant craindre le pire.
    J’ai eu l’honneur de faire partie des invités à cette cérémonie et je n’oublierai pas toute l’émotion qui s’est dégagée lors de la remise de cette haute distinction et ces longs applaudissements de l’assistance qui voulait marquer une fois de plus le soutien sans faille à Jean-Michel BEAU.
    Une reconstitution de carrière pourrait être le sommet de cette réhabiliation mais encore faudrait-il que la Gendarmerie accepte de créer ce précédent.

  • Par morice (---.---.---.109) 3 juillet 2009 13:49
    morice

    les deux sinistres lascars 


    le premier fait sa pub :

    Malgré ses nombreuses occupations et ses missions de Haut Fonctionnaire d’aujourd’hui, Christian Prouteau est le Président des anciens et amis du G.I.G.N. dont le Président d’Honneur est certainement son plus fidèle ami et grand acteur, Alain Delon

    - Christian Prouteau, huit mois de prison avec sursis. Il est depuis des années préfet hors cadre, avec un traitement de plus de 5.000 € par mois pour rester à la maison.

    - Paul Barril, six mois de prison avec sursis. Il paie pour avoir rompu la loi du silence. Il a depuis longtemps démissionné de la gendarmerie pour créer sa propre entreprise de sécurité.


    les aventures de barril sont nombreuses :

    http://www.bakchich.info/Paul-Barri...

    Le bal des mis en examen dans l’affaire du cercle de jeux Concorde continue. Dernier entrant dans la danse, l’ancien gendarme de l’Elysée Paul Barril, qui a été mis en détention. Et la liste n’est pas close…

    96 heures de garde à vue. Paul Barril n’avait jamais connu ces honneurs, seulement réservés aux grands bandits, trafiquants de stupéfiants ou aux terroristes qu’il a aimé, un temps, pourchasser. C’était alors ses heures de gloire à la cellule Elyséenne ou à la tête du GIGN… Une époque fringante et révolue.


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