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La lettre de Miriam Grossman au sujet des 50 nuances...

Je fais partie de ces personnes complètement insensibles à tout le tintouin entourant depuis quelques années les 50 nuances de Grey. Le peu que j'en ai entendu, y compris de la part des personnes qui disent avoir aimé, m'a fait fuir. Toutes ces histoires de romances glamour sado-maso plus de 30 ans après histoire d'O, ça commence à me courir sérieux !

Suite à la sortie du film et à l'afflux massif de gens se précipitant pour voir une "oeuvre" qui a toute l'apparence d' un gros tas de " M... glamour", une amie psychiatre m' a envoyé une lettre destinée aux jeunes, écrite par Miriam Grossman qui est une autre psychiatre, et que je vous fais partager.

En fait je dois préciser par honnêteté intellectuelle que je n'ai pas lu le bouquin, ni vu le film, car tous les commentaires des personnes qui me sont proches et qui l'ont fait confirment le contenu de cette lettre que voici :

"Il n'y a rien de gris dans Cinquantes Nuances de Grey. Tout y est noir.

Je m'explique.
Je viens en aide à des gens intérieurement brisés. Contrairement aux médecins qui font appel aux scanners et aux tests sanguins pour déterminer ce qui fait souffrir quelqu'un, les blessures auxquelles je m'intéresse sont cachées. Je pose des questions et j'écoute attentivement les réponses. C'est ainsi que je découvre pourquoi la personne face à moi "saigne".
Des années d'écoute attentive m'ont beaucoup appris. Une chose que j'ai apprise, les jeunes sont complètement désorientés au sujet de l'amour – comment le trouver et le préserver. Ils font de mauvais choix, et finissent par en souffrir énormément.
Je ne souhaite pas que vous souffriez comme les gens que je vois à mon bureau, alors je tiens à vous avertir concernant un nouveau film, Cinquantes Nuances de Grey. Même si vous ne voyez pas le film, son message s'inocule dans notre culture, et pourrait semer de dangereuses idées dans vos esprits. Soyez avertis.
Cinquantes Nuances de Grey sort le jour de la St-Valentin, alors vous penserez que c'est une romance. Ne tombez pas dans ce piège.
Voilà un film décrivant une relation malsaine, dangereuse, emplie de violence physique et psychologique. Cela a l'air glamour, parce que les acteurs sont splendides, ils se déplacent en voitures de luxe et en jets privés, sur une musique de Beyoncé. Vous pourriez en conclure que Christian et Ana sont cools, et bien que leur relation est différente, elle est acceptable.
Ne vous laissez pas manipuler par un studio hollywoodien. Ces gens n'en veulent qu'à votre argent et ils ne se sentent en rien concernés par vous et vos rêves.
La violence n'est ni glamour ni cool. Ce n'est jamais acceptable, en aucune circonstance.
Voici ce que vous devez savoir au sujet de Cinquantes Nuances de Grey :
Enfant, Christian Grey a été terriblement négligé. Il est complètement désorienté sur l'amour parce qu'il ne l'a jamais réellement expérimenté. Dans son esprit, l'amour se mêle à de mauvais sentiments tels que la souffrance ou la gêne. Christian éprouve du plaisir à faire souffrir les femmes de façon bizarre. Anastasia est une jeune fille immature qui succombe à l'apparence de Christian et à sa fortune, en répondant sans discernement à ses désirs.
Dans le monde réel, cette histoire finirait mal, avec Christian en prison, et Ana dans une institution – ou à la morgue. Ou peut-être que Christian continuerait à battre Ana et elle resterait et souffrirait. De toute manière, leur relation ne serait certainement pas un conte de fée. Croyez-moi.

En tant que médecin, je vous exhorte à ne pas voir Cinquantes Nuances de Grey. Informez-vous, prenez connaissance des faits, et expliquez à vos ami(e)s pourquoi ils ne devraient pas le voir non plus.
Voici quelques idées dangereuses que Cinquantes Nuances de Grey promeut :

1. Les filles veulent des gars qui leur donnent des ordres et deviennent méchants.
Non ! Une femme psychologiquement saine évite la douleur. Elle veut se sentir en sécurité, respectée et protégée par un homme en qui elle peut avoir confiance. Elle rêve de robes de mariée, pas de menottes.

2. Les mecs veulent une fille comme Anastasia douce et peu sûre d'elle.
Faux. Un homme psychologiquement sain veut une femme qui puisse se déterminer par elle-même. Si il dépasse les bornes, il souhaite qu'elle le recadre.

3. Anastasia exerce son libre arbitre lorsqu'elle consent à être malmenée, nul ne peut donc juger sa décision.
Logique douteuse. Bien-sûr qu'Anastasia a eu le choix – mais elle a mal choisi. Une décision autodestructrice est une mauvaise décision.

4. Anastasia oriente ses choix concernant Christian de manière réfléchie et distancée.
J'en doute. Christian submerge Anastasia d'alcool, troublant ainsi son jugement. En outre, Anastasia devient sexuellement active avec Christian – sa toute première expérience – très vite après l'avoir rencontré. La Neuroscience suggère que leur intimité pourrait avoir accélérer ses sentiments d'affection et de confiance, bien avant qu'elle soit certaine qu'il les mérite. Le sexe est une expérience puissante et intense – en particulier la première fois. Finalement, Christian manipule Anastasia jusqu'à lui faire signer un accord légal lui interdisant de dire à qui que ce soit qu'il est une brute de longue date.
L'alcool, le sexe et la manipulation – sont difficilement les ingrédients d'une décision réfléchie et distancée.

5. Les problèmes affectifs de Christian sont guéris par l'amour d'Anastasia.
Seulement dans un film. Dans le monde réel, Christian ne changerait pas véritablement d'un degré. Si Anastasia était emplie du besoin d'aider les personnes mentalement perturbées, elle aurait dû devenir psychiatre ou travailleur social.

6. Les expériences sexuelles sont une bonne chose.
Peut-être… pour des adultes, dans une relation longue, saine, sérieuse, et monogame qu'on appelle le “mariage”. Autrement, vous êtes un candidat à haut risque des M.S.T, de la grossesse, et des agressions sexuelles. Il est sage d'être très prudent quant aux personnes que vous autorisez à se rapprocher de vous physiquement comme affectueusement parce qu'une simple rencontre peut vous faire dérailler et affecter votre vie à jamais.

En substance : la puissance de Cinquantes Nuances de Grey repose dans sa capacité à semer les graines du doute.
Il y a d'énormes différences entre les relations saines et malsaines, mais le film brouille ces différences.
Alors tu commences par te demander : qu'est-ce qui est sain dans une relation ? Qu'est-ce qui ne va pas ? Il y a tant de nuances de gris… je ne suis pas sûr.
Écoutez, c'est de votre sécurité et de votre avenir dont nous parlons ici. Il n'y a pas de place au doute. Une relation qui inclut la violence, consentie ou pas, est inacceptable.
C'est blanc ou c'est noir. Il n'y a aucune nuance de gris ici. Pas une seule.

Par Miriam Grossmann, Docteur en Psychiatrie"

Eh bien voilà, il me semble qu'elle a tout dit la dame...Y'a plus qu'à la remercier pour mettre en garde les jeunes générations.

Voici la lettre originale en anglais

http://www.megmeekermd.com/2015/02/a-psychiatrists-letter-to-young-people-about-fifty-shades-of-grey/


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14 réactions à cet article    


  • JL JL 23 février 2015 12:46

    Bien d’accord avec vous et avec cette lettre du Dr Myriam Grossmann.

    Sauf ça, peut-être : ’’Dans le monde réel, cette histoire finirait mal, avec Christian en prison’’

    Pas sûr ... voyez DSK ...

    Pour finir sur une note d’humour : dans une société de machos, il est conseillé aux dames de passer d’un permis d’éconduire.

    Cette lettre pourrait constituer le premier chapitre du manuel.


    • Neo Nestor 23 février 2015 13:49

      Salut JL,

      Tiens regarde ça devrait te plaire ! « avaient été submergés » smiley

      En rire ou en pleurer ... Des nuances c’est vrai dans ce monde de cordes/serres-câbles/ruban adhésif et aux Rafales ! Tout est prévu pour faire le bien il n’y a pas de questions à se poser !



    • bakerstreet bakerstreet 23 février 2015 13:06

      Alea


      Cinquante nuances, je ne les compterais pas, pas plus que les 50 cries hystériques de Tierweiller !
      Purée, ( j’allais dire putain... ) tellement de bons bouquins, pour lire de telles aneries, même pas capables de faire bander ou bramer un âne sain. 
      C’est à vous dégoutter d’avoir appris à lire. 

      Bon, c’est pour la ménagère de moins de 50 balais nous dit on.
      Le balai est il un moyen de prendre un plaisir illicite ?
      Ne vous montez pas la tête. 
      Le ménage compulsif peut être source d’un plaisir immense.
      Sinon lisez guerre et paix des ménages, 
      Anna Karénine petite dame Miko de toutes les souries, euh non de toutes les russies. 

      Le grey je croyais que c’était la couleur. 
      Pensant que c’était gray
      De grès ou de force ?......
      Enfin on voit bien que l’auteur à travers ses nuances joue sur l’ambiguité et le masque
      De guignol, plus que de Venise ?

      Pourquoi ce Grey ne s’appelait il pas Black ? 
      Ou Mortimer ? 
      Un bon coup d’édition on aurait pu faire un nouvel album de BD : Cinquante effervescentes de Black et Mortimer. 

      Plutot que de perdre votre temps à lire cette niaiserie sans couleur aucune, lisez les livres sur les couleurs de Michel Pastoureau...

      .Un régal d’histoire et de sémiologie. 
      Du gris, il nous dit que cette couleur possède un double symbolisme. Il évoque la tristesse, mais quand l’age n’était pas dévalorisé, il renvoyait alors à la sagesse. 
      Il en a gardé l’intelligence, au travers certaines expressions ( la matière grise).
      Un élément qu’on trouvera plus dans certains livres que d’autres qui l’affichent. 



      • ALEA JACTA EST ALEA JACTA EST 23 février 2015 13:39

        @bakerstreet
        Oui il y a mieux à lire, notamment MA REDDITION de Toni Bentley un récit autobiographique d’ une ballerine d’ un ballet de New York qui parle de ses 298 expériences scabreuses avec un amant qui l’ initie à la sodomie et avec qui elle maintiendra de rapports strictements d’ ordre sexuels...
        Voici ce que dit un blogger
        A partir d’un sujet plutôt scabreux et a priori assez nettement pornographique, le livre étonne par la sincérité et l’engagement littéraire de son auteure. Il n’est pas question d’un plat récit, mais d’une analyse fouillée et travaillée d’un parcours largement autobiographique. La traduction française est remarquable.
        Plutot d’ accord avec lui, c’ est une forme de quête mystique de recherche de saint graal révélé par le cul.Le ton est sincère et il y a une certaine authenticité.Bentley n’ a écrit et n’ écrira qu’ un seul livre : le sien où elle parle d’ une expérience unique qui ne se produira plus jamais avec A-man qui arrive à l’ emmener assez loin.
        En VO ça s’ intitule MY SURRENDER et une pièce de théatre en a été tirée
        http://www.lexpress.fr/culture/livre/club-de-lecture-de-sexpress-yourself-tony-bentley-ma-reddition_1251494.html


      • bakerstreet bakerstreet 23 février 2015 16:46

        @ALEA JACTA EST


        Je n’ai pas ses lettres exquises, mais lu néanmoins les mémoires de casanova, qui valent bien mieux que la légende de l’auteur saute sur tout ce qui se présente. 
        Si DSK écrivait aussi bien on lui pardonnerait beaucoup. 
        Mais il n’a pas réussi à s’évader du sofitel, comme casanova se sauva de la prison des pombs, à venise. 
        Ce récit qui fait 2000 pages est extraordinaire d’humour et d’intelligence. On y prend la mesure d’une époque et d’un homme. Espion, charlatant, charmeur, joueur invétéré, cabaliste, expert du billard à bandes et à trous. ..

      • Qaspard Delanuit Qaspard Delanuit 23 février 2015 15:09

        La seule chose qui est perverse dans ce genre de film, c’est le sirop sentimental et les justifications psychologiques du genre « traumatisme infantile » typiquement puritaines pour faire passer le frisson érotique à la douane du politiquement-correct. 


        Sinon, l’érotisme est par nature une association de douceur et de violence, cela n’est pas nouveau. Croire que ce n’est que douceur est un fantasme de nunuche débile ou de pervers hypocrite niant sa propre nature. La vraie question à se poser est « Comment humaniser cette pulsion qui contient de la violence par nature ? » 

        La réponse à cette question est : « Par le jeu ». Un jeu fondé sur le consentement profond où tout est possible, un jeu entre des personnes qui se respectent et s’accordent un espace délimité et sécurisé d’expériences mystérieuses, un jeu qui échappe au registre moral nécessaire à la vie sociale mais qui ne déborde pas sur la vie sociale non plus. 

        L’érotisme compose un espace ludique, une mise en scène, une représentation, donc quelque chose qui ne doit pas davantage être confondu avec la réalité quotidienne que les autres formes de jeux artistiques. Aimer se faire brutaliser dans une mise en scène érotique ne signifie rien de plus que d’aimer le cinéma brutal. L’érotisme, c’est du cinéma. Et le cinéma ne doit pas être confondu avec la réalité familiale, professionnel et politique. 

        Un bien meilleur film sur le sujet, inspiré d’une histoire vraie : 


        • ALEA JACTA EST ALEA JACTA EST 23 février 2015 16:30

          @Qaspard Delanuit

          merci pour ces réflexions et ces références...En vous lisant je repensais aux clips des chansons de la « vilaine fermière » sensées parler d’ amour mais dont les illustrations visuelles esthétiquement très bien travaillées sont finalement toujours empreintes de certaines formes de violences...plus ou moins consenties...toujours le jeu trouble et l’ ambiguité...

        • ALEA JACTA EST ALEA JACTA EST 23 février 2015 16:39

          Il y a un petit problème avec le lien que j’ ai mis ci-dessus de Mylène Farmer...je vais retenter ce clip de « pourvu qu’ elle soit douce » ...



        • Qaspard Delanuit Qaspard Delanuit 23 février 2015 17:48

          @ALEA JACTA EST


          Quelqu’un de psychologiquement adulte est quelqu’un qui a compris que l’érotisme obéit à d’autres lois que le sentimentalisme. Ceci n’empêche pas d’être tendre, fidèle, attentionné, etc. 

          Quelqu’un de psychologiquement immature croit aux princesses et aux princes des films de Walt Disney. Mais il (ou elle) a beau croire cela, son corps, lui, n’y croit pas. Car son corps est un animal adulte. 

          Les clips de Laurent Boutonnat pour Mylène Farmer sont excellents et mettent en scène quelques fantasmes très courants. 



        • ALEA JACTA EST ALEA JACTA EST 23 février 2015 18:16

          @Qaspard Delanuit
          Oui je m’ exprimais de façon ironique mais en fait de partage complètement votre point de vue...je voulais simplement dire que sur des chansons d’ amour dont les paroles ne trahissent rien( ou pratiquement rien ) on se retrouve avec des illustrations visuelles bien plus troubles...et dans le cas des clips de farmer, ce sont des productions esthétiquement très travaillées...


        • Agafia Agafia 23 février 2015 19:03

          Enfin des paroles sensées et merci à l’auteur de les avoir relayées....


          Perso, cette daube de livre malsain et mal écrit avec tout le pataques autour, cet intérêt morbide, me court sur le haricot... Si les femmes voient la dedans l’idéal d’une relation amoureuse, elles ont bien besoin de consulter et croyez moi, je ne me gêne pas pour leur dire...

          • tf1Groupie 23 février 2015 21:46

            "6. Les expériences sexuelles sont une bonne chose.
            Peut-être… pour des adultes, dans une relation longue, saine, sérieuse, et monogame qu’on appelle le “mariage”

            C’est peut-être un peu réducteur comme discours.
            Je n’irai pas voir 50 nuances de Grey parce que ça m’a l’air assez nul (comme le livre que je n’ai pas lu), mais de là à en tirer des conclusions philosophiques ou en faire un combat sociétal il y a une marge.


            • ALEA JACTA EST ALEA JACTA EST 23 février 2015 22:50

              @tf1Groupie
              Bien vu tf1 le 6 ème point n’ est pas le plus convaincant car après tout chacun vit sa vie sexuelle comme il l’ entend du moment que c’ est dans le respect des autres...

              Il n’ est pas vital ni impérieux que la relation soit longue sérieuse ou monogame
              J’ ai publié cette lettre en ne censurant rien et en considérant que chacun pourrait y trouver sa part de vérité...et pourrait laisser de coté ( ou pas) ce qui tient plus de la morale judéo-chrétienne conventionnelle

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