Lors de l'attaque de Pearl Harbor, ce qui a sidéré les américains ce n'était pas seulement l'ampleur du phénomène, mais sa nature même. En l'air, c'était bien des vagues successives d'avions modernes et non des biplans comme la Navy en avait encore : le F3F2 (le tonneau volant !) voyait ses derniers exemplaires livrés en 1938 seulement ! Chez les japonais, c'était déjà des avions-torpilleurs efficaces, les Nakajima B-5N Kate, alors que le Douglas Devastator n'avait alors comme potentiel de dangerosité que son nom, et que son futur remplaçant était encore en chantier. Le Curtiss Helldiver, qui sera un fiasco lui aussi (et arrivera bien tardivement en opérations). Mais aussi des chasseurs légers et virevoltants, tirant au canon double de 20 mm : le fameux Zero, véritable acrobate, employé sur Pearl Harbor a plus de cent exemplaires. Un appareil inconnu encore des américains, qui allait devenir l'année suivante leur bête noire, l'année 1942 étant en effet celle de son apogée dans le ciel du Pacifique. La surprise avait été totale, et pendant plus d'une année le fameux Zero devint le roi des airs, à abattre invariablement et statistiquement douze avions US avant de l'être lui-même. Pourtant, on aurait pu le contenir davantage et éviter ces pertes. Mais cela n'a pas été fait, pour une raison ahurissante, et c'est ce que je vais vous expliquer aujourd'hui, si vous le voulez bien.
L'histoire commence cette fois le 26 novembre 1941, et c'est bien ça le plus étonnant d'ailleurs : on est onze jours seulement avant Pearl Harbour. Elle commence par la photo d'un crash. Celle figurant ici sur l'en-tête de cet article. Sur une plage de Chine, près de la ville de Qian Shan (Teitsan), un avion en perdition a réussi on ne sait comment un atterrissage sur une étroite bande de sable, et gît là, fortement abîmé. S'est-il vraiment "crashé" à cet endroit, ou y a-t-il été amené par des pêcheurs, on ne le sait. Très vite, les américains s'intéressent à l'appareil, ou plutôt aux deux appareils, car ils apprennent aussi que deux avions se sont posés : ce sont deux appareils neufs, qui semblent très en avance sur ce que présentaient jusqu'ici les japonais. Celui qu'ils peuvent voir et photogaphier du ciel avec leurs Catalina est le premier exemplaire rencontré de ce qui va devenir leur hantise dans quelques mois : c'est un Mitsubishi A6M2, le Zeke (ou Zero) qui vole depuis le 1er avril 1939, un chasseur a long rayon d'action, agrandi encore sur le modèle abandonné par l'absence de radio, jugée trop lourde pour ce vol longue distance. L'avion a été allégé car il est envoyé loin, en renfort de a 22eme flotille aérienne située à Tainan (à Formose) le 26 novembre 1941. Un long périple. Trop long pour nos deux appareils.
Les américains, qui surveillent du coin de l'oeil l'expansion japonaise, sont évidemment très intéressés par la découverte. Ce qu'on a appelé longtemps pudiquement et hypocritement "l'incident de la Chine septentrionale" (ou "incident du pont Marco Polo") de 1937 est bien devenu une guerre, et Shangaï a bien été écrasé sous les bombes japonaises. Mais le conflit est lointain et tout le monde s'en fiche ou presque : résultat, les japonais avancent en Chine, et leurs avions également. L'avion de Taka-aki Shimohigashi s'est posé sur la plage et a largement endommagé son train, qui s'est replié. Les deux pilotes, qui auraient demandé aux paysans du coin l'usage d'un téléphone, ont ensuite disparu : on ne sait si ce ne sont pas les paysans qui les auraient exécutés, pour certains se seraient les militaires chinois qui se seraient vengés sur eux des exactions japonaises dans le pays, notamment à Shangaï.
Le second avion, le V-172 , semble moins endommagé, il est donc décidé de le démonter et de lui faire passer les montagnes avoisinantes à dos de mules, en pièces détachées, pour être remonté à la ville même de Liuchow, par des ingénieurs chinois assistés d'américains dépêchés sur place. Deux mois plus tard, en janvier 1942, ce n°172 est quasiment entièrement remonté, et son moteur tourne... les américains peuvent contempler la merveille. A Shangaï, pour aider les chinois, ils ont envoyé en 1936 des P-26, le modèle 281 de Boeing... surnommé "Peashooter" (la sarbacane, ou le lanceur de boulettes). Déjà complètement archi-dépassé. En face, les japonais ont aligné leurs "Type 96", le"Claude". Un avion monoplan à train fixe et cockpit ouvert, mais à aile sans haubans : le premier combat aérien moderne opposant deux avions entièrement en métal date de là...
Chennault, personnage charismatique, invente alors les mercenaires volants et fait ce qu'ont fait certains pendant la guerre d'espagne en créant en Chine une sorte de brigade internationale : "Les mois passent et au début du mois d'août 1938, Claire Chennault met bientôt sur pied une escadrille internationnale composées de pilotes civils en rupture de contrat, d'aventuriers aériens en mal d'exploits, de rêveurs idéalistes et de "cowboys du manche à balais" qui viennent de tous les horizons. Toutefois, cette formation n'a pas de vrais appareils de guerre et Chennault s'en inquiète beaucoup. Ce problème sera résolu, non sans embuches, après des tractations assez douteuses entre la Diplomatie anglaise, la Suède qui accepte de céder une centaine d'appareils et un certain William Pawley, représentant de la société Curtiss-Wright en Asie. ce dernier se chargera, moyennant une confortable "ristourne" de réceptionner les chasseurs Curtiss à Rangoon, de les assembler, les équiper et les approvisionner... Coût total pour la Chine 8 900 0000 dollars. le principe du recrutement des pilotes n'a pas encore été défini car le moindre faux-pas peut engendrer des problèmes diplomatiques mageurs. Il faut trouver un cadre juridique inattaquable pour recruter les futurs mercenaires. C'est William Pawley qui, là aussi va intervenir : c'est lui qui propose que ce soit la CAMCO qui serve de couverture au recrutement des volontaires. Pour le monde entier, les escadrilles seront des "unités spéciales d'entraînement." Blackwater ou Dyncorp n'ont donc rien inventé !
Le groupe de Chennault, l'American Volunteer Group ou AVG, comprend des pilotes talentueux et de vraies "têtes brûlées " de l'aviation, dont un surtout qui va devenir très célèbre. "Les volontaires du premier contingent partent le 7 juillet 1941 pour embarquer sur le paquebot hollandais "Jaegersfontaine". Parmi les pilotes volontaires, il y a un curieux mélange de motivations. Il y a ceux qui ne supportent plus les lourdeurs administratives des grands corps militaires, ceux qui rêvent de combats épiques, ceux que la perspective de combattre dans ce mystérieux Orient excite, ceux qui espèrent réellement aider le malheureux peuple chinnois, ceux qui fuient les situattions personnelles intenables et enfin ceux que le goût de l'argent feraient faire n'importe quoi.
La plupart d'entre-eux sont cependant des fils de bonne famille. David Lee "Tex" Hill par exemple était le fils d'un missionnaire. James H. Howard celui d'un médecin, qui avaient tout deux exercé au Moyen Orient. Seuls quelques trublions venaient réellement semer un certain désordre. Parmi eux se trouvaient un homme de 28 ans qui allaient beaucoup faire parler de lui : Gregory Boyington (*) qui part dans le deuxième contingent (enrôlé le 26 août). On attribua à ce dernier un passeport de missionnaire, ce qui l'amusa beaucoup". Les Etats-Unis finirent par aider l'AVG, sans toutefois s'engager officiellement dans le conflit sino-japoanais : c'est grâce à un programme de "prêt" d'avions, le Lend-Lease, que Chennault pût recevoir ses Tomahawk.
Parmi le groupe, un super-pilote, John Alison, auteur de sept victoires, qui avait été primordial dans l'équipe : pour convaincre le leader natonaliste Chiang Kai-Shek d'investir dans des P-40, il avait réalisé à bord de l'un d'entre eux une démonstration absolument époustouflante... de cinq minutes de vol seulement. Quand il descendit d'avion, le leader chinois était totalement enthousiasmé par l'appareil ! Les représentants chinois, tout sourire, lui disent alors "mettez-en nous cent" en pointant le P-40. Ce à quoi Chennault répondit, en pointant Alison : "on a besoin de cent comme ça" ! Chennault dira plus tard qu'il "avait réalisé en 5 minutes ce que jamais il n'avait vu auparavant". Le 5 mars 1944, c'est lui (ici au centre sur la photo) qui organisera l'invasion aérienne de la Birmanie (Myanmar), avec 348 appareils en l'air. Il a fait aussi partie d'un club très restreint que je vais vous laisser découvrir un peu plus loin... Il est décédé ce 9 juin, âgé de 98 ans.

Le Zero était en effet à sa sortie une sorte de chef d'œuvre d'agilité en vol. Tout avec été pensé par son concepteur, Jiro Horikoshi, au nom de la vitesse d'attaque seule : c'est pourquoi aussi il était léger et n'avait aucun blindage. "Avec son envergure de 12 m, le Zero prenait difficilement place dans les ascenseurs. Horikoshi s'arrangea donc pour que chaque extrémité d'aile puisse se replier sur 50 cm vers le haut. A partir du 127e chasseur produit, les nouveaux fletners furent montés en coordination avec le système de relevage du train, de façon à réduire l'effort à appliquer sur le manche aux grandes vitesses. C'est en février 1941que l'on commença l'installation de ce dispositif sur le A6M2 modèle 21 (...) C'est cet appareil qui eut à supporter le gros des combats aux premiers jours de la guerre. Sa vitesse, à l'altitude optimale de 5 000 m, atteignait 535 km/h, et il était capablede grimper à 6 000 m, départ arrêté par vent nul, en 7 minutes et 27 secondes. Sa meilleure vitesse ascensionnelle était de 23 m/s. Quant à son autonomie, supérieure à 1 900 km,elle dépassait de beaucoup celle des appareils de l'adversaire. Enfin, en virage constant, avec une vitesse initiale de 370 km/h, il tenait dans un rayon de 340 m. Et au combat dans un rayon de 190 m seulement. Pour virer serré de 180 degrés, avec une vitesse initiale de370 km/h, le chasseur mettait 5,62 secondes et se trouvait à la sortie avec une vitesse de 300 km/h. Il pouvait supporter une accélération positive de 7G avec une marge de sécurité de 1,8 G. En accélération négative, il pouvait absorber 3,5 G avec la même marge de sécurité de 1,8. En configuration de combat, son poids maximum était de 2 450 kg. Quant au moteur, il donnait 960 CV à l'altitude de prédilection de 4200 m. La surface alaire était de 22 m2 et le poids alaire, de 107 kg au mètre carré la charge au cheval-vapeur de 2,5 kg. Il est certain que ces chiffres varient d'un avion à l'autre en fonction du poids, des modifications externes et de différents facteurs. C'est pourquoi l'on entend souvent parler, pour le A6M2 modèle 21, de vitesse maximale de 510 km/h, alorsque les essais avaient souvent atteint celle de 526 km/h", note Martin Caidin dans son "Le Zéro, chasseur japonais" dans "Histoire illustrée de la seconde guerre mondiale", (Marabout GM9).

Chennault va donc faire un rapport sur les capacités du V-172 refait à neuf. C'est en fait son deuxième rapport sur l'aviation japonaise. Un deux ans avant, il en avait déjà fait un autre sur un appareil d'avant garde que ses troupes avaient capturé : le Nate. "En 1939, la saisie d'un KI-27 Nate intact lui avait permis d'avoir fait avec des tests approfondis, en comparaison des appareils britanniques, américains et russes et il avait donc réalisé un dossier épais sur la construction et l'efficacité de ce Nate . Il avait alors estimé qu'il était l'un des meilleurs avions acrobatiques jamais construits : "il grimpe en flèche comme une fusée et manœuvre comme un écureuil" avait-il conclu. A la suite de cela, Chennault recevra une lettre du Département de la Guerre déclarant que les "experts aéronautiques ont estimé qu'il était impossible de construire un avion avec de telles performances ...répondant aux spécifications fournies." L'avion vole pourtant depuis 1936 et dame le pion malgré son train resté fixe à tout ce qui se fait alors ! En prime, il est tout en métal ! Et les militaires US racontent qu'il est impossible d'en faire un semblable ! C'est de l'incurie ! Pendant ce temps, l'amiral Yamamoto avait fourni à son empereur une feuille de route limpide "en cas de conflit entre l'Amérique et la Grande-Bretagne, je vous promets six mois de victoires ininterrompues. Au delà de cette période, le Japon ne peut espérer en la victoire finale"... il tiendra promesse, grâce à ses Zeros, notamment.
Chennault avait donc déjà averti deux fois l'armée américaine des capacités industrielles des forces armées japonaises : on ne l'écoutera pas. Son système de radar et de liaisons téléphoniques, il sera le seul à l'utiliser. Ses deux rapports jetés au panier, coûtèrent très certainement des centaines de vie durant l'année 1942, où le Zero devint le maître du ciel face à une armée qui commençait seulement à mette en marche sa lourde machine de guerre. Entre servir l'intérêt de leur pays et mettre de côté leurs vieilles rivalités personnelles, ils avaient choisi la seconde solution, hélas. Ce sont d'autres essais et d'autres appareils saisis ou remontés, et testés à Langley, notamment crashés en Nouvelle-Guinée (ici au musée), qui donnèrent les directives officielles pour se débarrasser du Zero : elles conclurent exactement à la même chose que ce qu'avait trouvé le Zero Club de Chennault ! Des milliers d'heures de combat avaient eu lieu entre temps, et des centaines de pilotes avaient été tués. Les stratèges US n'avaient rien compris, rien écouté, et ne savaient même pas où en étaient les japonais en aviation. Parmi eux, Curtis le May, et sa folie furieuse du bombardement à outrance, dont j'ai déjà ici évoqué le cas pathologique. Or, sur ce point de l'avancée technologique des japonais, en 1941, ils avaient beaucoup progressé, parfois avec des méthodes qui feraient plus tard le succès du pays au sortir de la guerre : la copie.
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jeune retraité de l'Education Nationale (PEGC) et du privé très (très) actif.
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14/06 09:53 - jlucQUELS SONT LES CRETINS QUI MOINSSENT CE GENRE D ARTICLE ???? Comme Bobw, je ne comprendrai (...)
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