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 Accueil du site > Tribune Libre > La liberté d’expression interdite aux fonctionnaires ?

La liberté d’expression interdite aux fonctionnaires ?

Le sous-préfet de Charente-Maritime, Bruno Guigue, vient d’être limogé suite à une tribune parue sur un site internet et qui s’attaque assez violemment à l’Etat israélien, notamment dans ces termes : « Sans parler d’Israël, seul Etat au monde dont les snipers abattent des fillettes à la sortie des écoles » ou encore « Ses admirateurs (de l’Etat d’Israël, ndlr) occidentaux doivent certainement s’extasier sur les prouesses d’une armée capable de tuer aussi aisément des enfants avec des missiles. Ils doivent aussi se confondre d’admiration devant les geôles israéliennes où, grâce à la loi religieuse, on s’interrompt de torturer durant le shabbat. »

Le sous-préfet vient de réagir à son limogeage en expliquant qu’il rédigeait déjà des tribunes de ce genre avant sa nomination et qu’il ne le faisait jamais durant ses heures de fonction.

Au-delà du message, critiquable de sa tribune et contre lequel on peut aisément s’insurger et surtout face à une surenchère verbale systématique qui nous oblige à débattre des limites de la liberté d’expression, débat il y a peu rallumé par l’extrémisme religieux, on peut tout de même s’interroger sur ce fameux droit de réserve. En effet, quelles sont les limites de ce droit de réserve ? Il me semble que cette frontière entre ce que le fonctionnaire a le droit d’exprimer et ce qu’il doit garder pour lui est si floue que même le conseil constitutionnel ne pourrait la définir.

En premier lieu, ce droit de réserve est-il restreint à l’activité professionnelle du fonctionnaire ? En effet, peut-on admettre qu’un homme ou une femme rémunéré par l’Etat puisse émettre un avis dès lors qu’il n’est plus dans ses fonctions ? Je pense qu’il y a suffisamment de contre-exemples sur la web pour pouvoir affirmer que c’est possible. Agoravox publie çà et là, bons nombres d’articles rédigés par des fonctionnaires. Va-t-on pour autant les limoger comme on l’a fait avec Bruno Guigue.

Par ailleurs, si c’était le cas, on devrait dès lors interdire à tout fonctionnaire de se présenter à une quelconque élection, locale ou nationale. Or, il me semble qu’une bonne majorité de députés et de sénateurs sont fonctionnaires. Il y a donc là une certaine hypocrisie. Combien de politiciens battus se permettent malgré leur retour dans la fonction publique de continuer à donner leur avis sur divers points de l’actualité, nationale ou internationale, comme l’a fait ce sous-préfet ?

J’ajoute que je ne soutiens pas les propos de Bruno Guigue, mais il est inadmissible qu’un homme voie sa liberté d’expression diminuée de la sorte uniquement parce qu’il est fonctionnaire. La liberté d’expression doit être limitée, c’est mon avis. Il est en effet impensable que des idées nauséabondes comme le fascisme ou le fanatisme religieux puissent être dispersées aussi aisément, surtout depuis l’avènement du net. Mais, si elle doit être limitée, elle doit l’être de manière égale entre tous les citoyens.



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Les réactions les plus appréciées

  • Par Cris Wilkinson (---.---.---.107) 25 mars 2008 10:50
    Cris Wilkinson

    Il a simplement oublier que la politique de la France est passé de pro-arabe à pro-hébreux depuis notre changement de président, et qu’un fonctionnaire n’a pas à dire un mot contraire à celui de notre président, sous peine de sanction.

  • Par Serpico (---.---.---.192) 25 mars 2008 10:52
    Serpico

    S’il avait critiqué un pays arabe ou les musulmans, il aurait eu droit à une protection policière...

     

    L’obligation de réserve n’est rappelée que si on critique Israel.

     

    Sinon, pour le reste, la chasse est ouverte : la Chine, les pays arabes, l’Afrique, etc.

  • Par Arouet (---.---.---.49) 25 mars 2008 11:54

    Guigue avait déjà publié des articles critiques, notamment sur le Darfour dans Libération. Curieusement, l’obligation de réserve ne lui a pas été opposée sur ce thème smiley

    De fait, le groupe de pression sioniste est aujourd’hui bien en cour auprès de Sarkozy, comme il l’est chez son modèle Bush. Sa réaction a été rapide et l’utilisation du contre-feu virtuose : à lire les 2 seuls extraits complaisamment repris par la presse, on a l’impression que Guigue a commis un brûlot néonazi. Il s’agit en réalité d’une analyse fine, documentée, argumentée sur 4 pages... que seul le Nouvel Obs a reprise.

    Cette technique du contre feu est justement celle qu’analyse Guigue dans l’article incriminé (les propagandistes d’Israel parlant du sort des femmes dans les pays arabes quand on leur parle des droits de l’homme dans les territoires palestiniens occupés)

    Pourquoi ce renversement des alliances traditionnelles chez Sarkozy ? Serait pour les mêmes motivations religieuses sous-jaçantes que Bush ? On n’ose y croire, ce serait assez terrifiant, mais les attaques contre la laïcité montrent le même renversement des valeurs sur ce thème chez Sarkozy, par rapport à ses prédécesseurs : sincérité ou cynisme ? L’alliance et le soutien du sabre et du goupillon ont toujours été recherchés par les politiciens de droite, et les ouvertures faites à la scientologie plaident pour le cynisme (mais aux USA la scientologie est une "église" soutenue à l’étranger par le Département d’Etat, qui a menacé la France de procès international...)

    Dans ce contexte, la rapidité de MAM à sanctionner un opposant à la politique d’Israel est à rapprocher de ses déclarations surprenantes sur les sectes, où elle va jusqu’à traiter les défenseurs de la laïcité de "sectaires"  !. Quant à son empressement à réagir sur ces 2 thèmes, il illustre bien que la dame a beaucoup à se faire pardonner. Ca marche : elle est encore au gouvernement smiley

  • Par Alpo47 (---.---.---.188) 25 mars 2008 11:19
    Alpo47

    "Devoir de réserve" ; Bon, d’accord...

    Ce qui serait intéressant, ce serait de faire des recherches pour savoir si cette obligation est systématique, s’applique à tous les sujets, comme l’indiquait le ministre de tutelle, ou est appliquée de manière particulièrement "sèche" lorsque le fonctionnaire touche à des sujets tabou. Or, on se rend de plus en pluscompte, que la politique israelienne, les agissements (crimes) de son armée ... sont interdits de tout débat chez nous, sous peine d’attaques multiples et variées...

    En résumé, je me demande si un fonctionnaire serait sanctionné de la même manière, s’il critiquait d’autres gouvernements, groupes, factions ...

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