La limace progresse lentement et mollement pour atteindre son but mûrement identifié alors que la hyène, dans un instinct de survie, tire sur tout ce qui bouge. Deux caractères diamétralement opposés, mais qui, finalement, volontairement ou pas, seront au service d’une même politique avec des différences seulement à la marge.
Avant-dernière ligne droite médiatique avant le second tour (la dernière étant le débat du 2 mai 2012 à 21h00), l’émission "Des Paroles et des actes" présentée par David Pujadas sur France 2 ce jeudi 26 avril 2012 a été particulièrement intéressante avec les interviews successives de François Hollande et Nicolas Sarkozy qui auraient donc pu se croiser. Ils s’étaient déjà rendus tous les deux le matin dans les locaux de Radio France, l’un pour France Info et l’autre pour France Inter.
Il est clair que la méthode pour faire campagne est très différente. François Hollande veut capitaliser son petit patrimoine électoral et sa position de favori dans les sondages en refusant de prendre un seul risque et en clivant le moins possible (même si cela lui arrive aussi), tandis que Nicolas Sarkozy, qui n’a plus grand chose à perdre, au contraire, saute sur toutes les occasions pour attaquer son adversaire, n’hésitant pas démarrer au quart de tour avant même de s’être assis.
J’ai pris donc (très subjectivement) quelques propos des deux candidats et je les ai commentés.
1. François Hollande
D’un naturel calme et studieux, François Hollande, à l’évidence, ne fait pas envie mais il ne donne pas non plus d’urticaire. Bref, il est un peu comme un passe-muraille qui ne devrait, le cas échéant, son élection que par défaut (ce qui augure de lendemains qui déchanteraient vite). Il y croyait tellement qu’il ne prenait plus de précaution oratoire : le mirage ne durera peut-être que dix jours, mais autant en profiter.
1.1. Cannabis (bravo !)
François Hollande a désapprouvé tant Eva Joly que son camarade François Rebsamen qui souhaitent la dépénalisation du cannabis : « Le cannabis doit rester un interdit. La pénalisation est nécessaire, tout comme la répression, par rapport au consommateur et aux trafiquants. ».
Le candidat socialiste a été très ferme sur le sujet, en rejetant tout signe qui encouragerait la consommation des drogues. Une position qu’il avait déjà adoptée lors de la campagne de la primaire socialiste mais qui montre aussi un caractère moins mou que décrit : François Hollande est capable de rester sur ses positions malgré les pressions de ses amis.
1.2. L’imposition à 75% (ouille !)
François Hollande a montré une seconde fois sa fermeté de position en confirmant sa volonté d’imposer à 75% les revenus supérieurs au million d’euros qu’il a justifiée par une idéologie anachronique (il a parlé de "valeurs" et de "principes"). Il a notamment expliqué aux artistes qui gagnaient beaucoup d’argent : « C’est normal en période de crise, de difficultés, d’être patriote (…). Vous nous donnez des spectacles formidables, mais vous vous rendez compte de la situation dans laquelle est le pays ? (…) Vous pouvez vivre comme cela sans considération de l’état du pays ? ».
Cet argument ne tient pas vraiment la route puisqu’il avait reconnu par ailleurs que cet impôt serait négligeable dans les recettes de l’État (or, le but de l’imposition n’est pas idéologique mais pour financer les dépenses publiques). Donc, impôt inutile issue sur une idéologie nauséabonde, celle basée sur la jalousie et la stigmatisation des riches (dont le candidat socialiste fait partie d’ailleurs, puisque, d’après la presse, il paierait l’ISF).
C’est d’ailleurs intéressant de revenir à l’annonce de ces 75%, puisque quelques semaines avant, il était contre cette mesure. Annoncée laborieusement le 27 février 2012 sur TF1 (François Hollande avait alors parlé à deux reprises de salaire supérieur à un million d’euros par mois et pas par an), la proposition avait été validée par François Hollande l’avant-veille (le 25 février 2012) au cours d’une réunion stratégique à laquelle ont participé Manuel Valls, Pierre Moscovici et Stéphane Le Foll. Jérôme Cahuzac le même soir sur France 2 avait feint d’en être surpris, pourtant, un proche du candidat socialiste a confirmé, selon Le Figaro du 14 mars 2012 : « Il [Jérôme Cahuzac] a été prévenu, on l’a appelé, il savait. (…) Il n’est pas plastique, Jérôme. Dans une présidentielle, il faut savoir faire preuve de plasticité. ».
Des surprises que les proches de Nicolas Sarkozy ont dû souvent connaître…
1.3. L’augmentation du coût du travail (ouille !)
Le journaliste François Lenglet a présenté à François Hollande un de ses fameux graphiques, celui sur le coût du travail en France qui a beaucoup grimpé pendant la dernière décennie. François Hollande a pris alors l’information au vol en ironisant : « Moi, j’aime beaucoup vos graphiques. Celui-là est passionnant ! Entre 2001 et 2011, le coût du travail a augmenté de 40% ! Et qui était au pouvoir ? La droite… ».
Sauf qu’il aurait dû être un peu plus prudent sur ce sujet, car ce qui a plombé le coût du travail, c’étaient justement les 35 heures décidées par le gouvernement Jospin et applicables à partir de 2001 ! La mauvaise foi n’a aucune limite, dans aucun camp.
1.4. Financement des prestations sociales (ouille !)
Le candidat socialiste a estimé que la protection sociale ne devait pas peser uniquement sur le travail (sur les salaires), ce qui paraît être de bonne logique. Mais il faut trouver de l’argent par ailleurs : « Nous devons changer le mode de financement de la protection sociale. (…) Nous allons prendre pour assiette l’ensemble de la richesse des entreprises, pas simplement le coût du travail, pour financer la protection sociale. ».
Et il a précisé qu’il voudrait en particulier taxer le capital, c’est-à-dire, les actifs d’une entreprise, considérant qu’il faudrait par exemple taxer les machines. Or, cette idée (qui est en fait le retour de la taxe professionnelle) est complètement anti-économique puisque encore une fois, que ce soient les salaires ou les immobilisations (les actifs), une telle taxe capterait de la trésorerie avant un éventuel bénéfice, ce qui handicaperait lourdement les entreprises.
1.5. Progression du chômage (ouille !)
C’est de bonne guerre mais cela a montré une fois de plus la malhonnêteté intellectuelle, François Hollande a fustigé son rival sur les derniers chiffres du chômage : « Il y a une progression du chômage considérable ces cinq dernières années, plus de 33%, et ça touche les jeunes et les seniors. Le constat est implacable : le Président avait dit qu’il voulait être jugé sur le chômage, il le sera. » sans mentionner une seule fois la profonde crise mondiale qui touche depuis quatre ans toute l’Europe et l’Amérique.
En revanche, il a eu raison de répliquer à son concurrent : « Je ne laisserai pas dire qu’il y a du vrai travail et du faux chômage. ».
1.6. Eurobonds (bravo !)
François Hollande a mis sur la table des négociations européennes les eurobonds qui est une mutualisation des emprunts avec cet argument : « Nous ne sommes pas n’importe quel pays, nous sommes un pays leader en Europe ! » et il n’a pas caché sa joie de voir des dirigeants européens reprendre son idée de pacte de croissance même s’ils ne parlent pas de la même chose que lui.
1.7. Premier Ministre
François Hollande a comme prévu refusé de dévoiler le nom de son éventuel Premier Ministre qui serait avec certitude socialiste mais il a donné des indications précieuses qui donneraient un avantage à Jean-Marc Ayrault sur Martine Aubry : quelqu’un « qui connaît bien le PS, qui connaît bien les députés et qui me connaît bien ».
1.8. Chasse aux centristes (bof !)
Sur la moralisation de la vie politique, François Hollande n’a rien ajouté de plus à ce qu’il avait déjà présenté dans son projet et surtout, il n’a pas repris l’élément clef de la réforme proposée par François Bayrou, celle de la nomination particulière du Ministre de la Justice ratifiée par une majorité qualifiée à l’Assemblée Nationale.
2. Nicolas Sarkozy
Face au caractère un peu ennuyeux de son rival, Nicolas Sarkozy est un homme qui ressemble plus à un enfant, plus coloré, qui agace ou qui amuse. Ce jeudi soir, Nicolas Sarkozy a plutôt réjoui les amateurs de bonne chair. Peu posé mais posant sans arrêt des pièges à son concurrent, le Président sortant a sorti des évidences ou des énormités et se moquait bien de la rigueur intellectuelle que ses prédécesseurs cultivaient avec jalousie. Il n’a pas raté une occasion d’enfoncer son adversaire, quitte à se retrouver dans une certaine impolitesse (parler du refus de débattre dès la première seconde !) et même enfant, il a été capable d’infantiliser parfois ses auditeurs, en disant par exemple : Bon, on vous donne une indemnité chômage, mais il faut aussi des devoirs.

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