• AgoraVox sur Twitter
  • RSS
  • Agoravox TV
  • Agoravox Mobile

Accueil du site > Tribune Libre > La littérature contre la connerie

La littérature contre la connerie

à propos de "Endetté comme une mule" de Eric Losfeld réédité chez Tristram

 

J'ai eu envie de lire ce livre car au-delà de tous les clivages, des brouilles, des colères, la littérature et l'appétence pour icelle est toujours la plus forte dans ce que je partage avec d'autres (de "vieilles connaissances pour reprendre le terme de l'auteur de l'article en lien) comme moi passionnés par les Lettres. Dans cette biographie, Eric Losfeld, éditeur célèbre de livres sulfureux en son temps, des ouvrages des surréalistes, des bouquins érotiques à deux sous, des BD novatrices pour adultes telles "Barbarella" ou "Pravda la surviveuse", évoque cette même passion pour la chose écrite et comment il en est venu à l'édition après un parcours personnel pour le moins original. Il raconte ses rencontres avec des personnages connus, d'autres plus modestes, leur accordant à chacun la même bienveillance, la même sympathie. Il est également heureux qu'il soit très subjectif quant à ses affections littéraires, qui ne sont pas toujours les miennes. Mais quelle importance ?

Cette pseudo objectivité affichée depuis quelques décennies par les critiques, les auteurs, les critiques est de toutes façons particulièrement pénible. Elle les encourage à une vision scolaire, laborieuse, trop appliquée et difficile à supporter de la littérature. Celle-ci doit automatiquement servir à porter une cause, fût-ce de manière parfaitement ridicule, fût-ce bien après ce que l'on dénonce. Quand l'on ne sait pas trop quoi dénoncer, contre quoi s'indigner, il est d'usage de dénoncer encore et toujours le nazisme au nom du "plus jamais ça". Cela ne mange pas de pain, tout le monde est d'accord. Et personne n'osera dénoncer le ridicule d'une telle démarche par peur d'être assimilé au camp du Mal englobant toute la droite en général....

On aurait aussi pu penser un peu rapidement que la censure contre laquelle il s'est si souvent frotté, la sottise des bien-pensants de tout poil, étaient dorénavant bien oubliées en 2017. On aurait pu croire que son combat était désuet, que tout avait changé, un peu plus depuis l'avènement du net qui permettrait de publier tout (et n'importe quoi). Ce serait cruellement se tromper. La littérature garde largement son aspect transgressif, antisocial mais pas forcément là où on l'attendrait. L'acte de lire des romans, de la poésie est déjà en soi il est vrai une manière d'affirmer son existence en dehors du groupe, en dehors d'une communauté, quelle qu'elle soit, et de ne pas trop se soucier de la dynamique collective. Lire c'est quitter sa chapelle. Lire en soi devient quelque chose n'allant plus de soi et de plus en plus réservé à une élite autoproclamée qui aime bien les autofictions racontant les turpitudes morales et l'hédonisme bien étriqué de leur milieu, les névroses compliquées et infantiles de pauvres petites filles riches.

Ne parlons pas de l'acte d'écrire, je veux dire par là écrire vraiment et non faire une psy par écrit devant tous les passants...

En nos temps de pornographie omniprésente, de "porno chic" ou "porno gonzo", "Emmanuelle" et d'autres ouvrages paraissent bien innocents à côté de n'importe quelle vidéo traitant les femmes en animaux que n'importe quel adolescent peut visionner en deux "clicks". Bientôt les livres de William Burroughs, Vladimir Nabokov et André Gide seront interdits pour obscénité, exaltation entre autres de la pédophilie pour "Lolita" de l'un ou les pages de l'autre où il affirme son goût pour les "petits télégraphistes". Céline sera interdit de bibliothèque à cause de ses pamphlets. Je ne parle même pas de Proust qui passe des pages et des pages à exalter la culture selon une perception bourgeoise et bien trop ethnocentrique, bien trop "genrée" également. Quant au livre d'Emmanuelle Arsan on y trouve une femme mariée visiblement heureuse en ménage au sein d'un couple traditionnel malgré tout, déplorable exemple !

Sur ces livres il est instructif de lire leurs "critiques" parfois atterrantes de bêtise consternante sur de nombreux sites dits littéraires...

Ces nouveaux censeurs œuvrent au nom de bonnes intentions, au nom du politiquement correct. Mais de l'abbé Bethléem à eux, c'est toujours la même ignorance qui domine, la même haine de la culture contredisant, empêchant l'instinct grégaire des plus bêtes de trop se manifester. Ils ont déjà presque remporté la victoire. Qui a encore l'amour de la chose écrite en 2017 ? Qui se passionne encore pour les Lettres ? Même pas besoin de ficher le feu aux livres comme dans "Farenheit 451"...

 

Sic Transit Gloria Mundi, Amen

Amaury - Grandgil

 

illustration (portrait) empruntée ici

 

Documents joints à cet article

La littérature contre la connerie

Moyenne des avis sur cet article :  1.63/5   (19 votes)




Réagissez à l'article

7 réactions à cet article    


  • Parrhesia Parrhesia 13 mai 11:22
    Nous comprenons bien cette ombre de pessimisme qui gagne à la fin de votre article !

    Mais une ancienne prophétie cathare nous dit en 1321 que le laurier des Purs refleurira après sept siècles ...
    (Al cap dels sèt cent ans, verdejera lo laurel")

    Peut-être la prophétie se réalisera-elle... à condition qu’il nous reste encore des Purs !!!

    Bonne journée à vous.

    • Amaury Grandgil Amaury Grandgil 13 mai 12:42

      @Parrhesia
      J’ai de l’espérance il y aura toujours des personnes libres


    • Claudec Claudec 13 mai 17:03

      En passionné de littérature, reste à l’auteur de nous pondre un article qu’il pourra intituler « Littérature contre littérature ».


      Ayant passé l’âge de me passionner à la légère, je lui en serai personnellement reconnaissant, tant le nombre d’ouvrages relevant de la plus profonde connerie me semble avoir envahi ce qui se nomme encore, non sans usurpation, Littérature.

      Je précise à l’intention de ceux qui seraient intéressés par la recette, qu’il y a longtemps que je ne m’intéresse plus au livre qu’en (bien modeste) bibliophile. Quand il m’arrive encore de lire, c’est un journal ou un magazine, le plus souvent dans la salle d’attente de mon dentiste ou, je le confesse, quelques articles ici et là sur Internet, par commodité.

      • Amaury Grandgil Amaury Grandgil 13 mai 22:07

        @Claudec
        En nos temps troublés, il y a des écrivains dont on parle peu qui sont tout aussi talentueux que nos anciens. Il faut juste chercher un peu plus patiemment.


      • Ciriaco Ciriaco 15 mai 10:21

        La littérature pour évincer sa propre connerie, sûr.


        Un rapport lent et silencieux. Une parole d’une autre nature. Rien d’étonnant à ce que la discrétion soit présente chez les auteurs les plus émouvants ; c’est, à notre époque, une condition à la virginité.

        • Amaury Grandgil Amaury Grandgil 15 mai 10:50

          La plupart des moinseurs ont donc la haine de la culture

Ajouter une réaction

Pour réagir, identifiez-vous avec votre login / mot de passe, en haut à droite de cette page

Si vous n'avez pas de login / mot de passe, vous devez vous inscrire ici.


FAIRE UN DON






Les thématiques de l'article


Palmarès