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La manipulation de l’opinion s’essouffle

Où l’on apprend que le malaise enseignant est entendu comme un malaise de la société.

A lire les articles de presse, à écouter la radio, il semble que la seule façon de « couvrir » une grève des enseignants soit d’apporter de l’eau au moulin des éternels pourfendeurs de la fonction publique en général et des enseignants en particulier.

En effet, quelle est l’information transmise au citoyen concerné (le parent) ?

Le service minimum d’accueil ne pourra pas être assuré (qu’un ronchon poli traduira par : « attendez-vous à des grosses difficultés d’organisation à cause des enseignants ») et : les enseignants font grève pour protester contre la fermeture de postes (que le ronchon poli ponctuera d’un « bande de privilégiés »).

Le bonheur, la découverte, c’est que l’intox médiatique ne marche pas si bien que cela.
 
De nombreux parents suivent, soutiennent, comprennent.
 
A la caisse du supermarché mercredi soir, veille de grève, une maman avec ses deux enfants, le caddie plein de victuailles pré-emballées expliquait gravement à la caissière que ses enfants vont habituellement à la cantine le jeudi mais que – grève oblige- elle les gardera chez elle le lendemain avec quelques camarades de classe (d’où les multiples sacs de bonbons par-dessus les nuggets). Moi je me dis : « ça y est, ça va repartir pour le laïus sur ces fainéants de profs ». Que nenni ! La dame poursuit : « c’est ma manière de soutenir le mouvement. J’aime pas qu’on se serve de mes enfants comme si c’était du bétail ». La jeune caissière, pas surprise pour deux sous, lui lance : « vous savez, même nous, on est pris pour du bétail. On aimerait bien faire grève aussi, mais les syndicats, chez nous, ils réagissent pas beaucoup. Le jour où on se mettra tous en grève en même temps, ils (j’ai compris « le gouvernement ») seront bien obligés de voir qu’on est indispensables ».

Jusque là, les réactions positives au mouvement que j’entendais émanaient de parents qui évoquaient, en passant, le sujet des réformes et qui, par politesse me semblait-il, faisaient preuve de commisération. Il m’apparaît maintenant que la suspicion de douce hypocrisie dont j’avais fait preuve à ces moments n’était pas de mise !
 
Bah oui…N’en déplaise à notre ministre, les parents, qui sont aussi des citoyens, des travailleurs, des consommateurs, sont, tout autant que les profs, exaspérés par l’attitude méprisante du gouvernement. Comme tout le monde, ils voient l’argent garanti aux banquiers et refusé à leurs enfants. Ils parlent avec les instits des réformes et de leurs conséquences pour l’avenir. Pour ceux qui ont des enfants en difficulté, par exemple, la disparition du Rased (dont ils sont les seuls à comprendre l’efficacité) est un signe d’abandon de l’égalité et de la fraternité républicaine par l’état.
 
Les autres travailleurs, qui ne sont pas mieux lotis, commencent eux aussi à entrapercevoir que les profs, ces « privilégiés », sont, tout autant qu’eux-mêmes, pris pour des exécutants insignifiants. Les inquiétudes des enseignants viennent se superposer, et non plus s’opposer, aux leurs. Avec la précarité et les exigences patronales à la hausse, il est vrai que c’est la vie (la vraie !) de cette caissière qui est en jeu : CDI qui ne viendra jamais, les demandes futures de travail « volontaire » le dimanche, le refus d’un temps plein, le pouvoir d’achat en berne…). Alors si on hypothèque l’avenir de ses futurs enfants en plus…
 
Revenons à la manœuvre de manipulation médiatique. Au lendemain de la grève que pouvait-on voir et entendre dans les médias concernant cette journée d’action ? Pas grand-chose. Ah ! Si ! Pardon… le discours de Messire Darcos « Droit dans ses bottes » (F.Inter) qui assimile la grève à une gesticulation d’un autre temps.
 
Mais le mépris dont il fait preuve envers la profession rebondit aussi sur ceux qui la soutiennent. C’est une mauvaise stratégie, un jeu dangereux qui ne tardera pas à engendrer de vraies réactions. Dans la « veille de l’opinion » qui verra bientôt le jour pour le bénéfice des ministères de l’éducation nationale, de la recherche et de l’enseignement supérieur, il est fort à parier que le travail de repérage du « risque d’opinion » sera titanesque. Et il ne sera pas forcément le fait des seuls profs car…

L’éducation est une partie majeure d’un projet de société. Si elle n’est pas intouchable, les décisions arbitraires qui la (dé)forment depuis 25 ans sous sa forme « éducation nationale » (qui n’est pas forcément sacrée non plus !) ne vont ni dans le sens de la démocratie, ni dans le sens de la raison et encore moins dans le sens de l’intérêt du peuple. De plus en plus de citoyens réclament un nouveau projet de société. Ceux-ci sentent sans doute que ce qui se trame dans les écoles enfonce encore un peu plus le clou de la nouvelle lutte des classes. On commence à entendre parler de grève générale et cela fait sourire de moins en moins de gens.

Dernier mot pour ma caissière révolutionnaire :
« Le jour où l’on se mettra tous en grève en même temps… »
Demain ?
par ninou samedi 22 novembre 2008 - 69 réactions
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Les réactions les plus appréciées

  • Par JL (xxx.xxx.xxx.2) 22 novembre 2008 17:37
    JL1

    Excellente mise au point. Vous citez (F.Inter) : "Darcos " Droit dans ses bottes " qui assimile la grève à une gesticulation d’un autre temps."

    J’ai pour ma part entendu dire que la grève était "démodée". Comme si elle avait été une mode un jour. Décidément, on se demande si ce gouvernement est sérieux.

  • Par K (xxx.xxx.xxx.240) 22 novembre 2008 19:51
    K

    Bonjour,

    Vous écrivez : un gréviste est nécessairement un racketteur et un assasin de la société en puissance.
    se sont les faibles qui recoivent les coups et paient.

    Et un dirigeant qui ménace de mettre à la porte ceux qui ne le soutiennent pas, c’est un quoi ?

    Disons-le franchement, la grève est un constat d’échec. Le constat que la négociation ne suffit plus ou est inexistante. Dans le cas de cette colère des enseignants contre M Darcos, ce dernier a directement annoncé quelle serait sa réforme avant de consulter les syndicats. Autant dire que ce que les syndicats pouvaient lui proposer avit dans son esprit une place directe dans sa corbeille. D’où grève.

    La grève est une rupture temporaire du contrat de travail. Lorsqu un gouvernement annonce sans contrepartie et sans négociation que la retraite se fera plus tard, il y a modification substancielle du contrat de travail de manière, donc grève chez les personnels navigants.

    Le responsable de la grève est celui qui modifie l’équilibre, pas nécéssairement le gréviste.

  • Par jaja (xxx.xxx.xxx.132) 22 novembre 2008 16:46
    jaja

    A 250 euros par jour la nourrice de votre collaboratrice doit rouler en Ferrari...  smiley

  • Par mara (xxx.xxx.xxx.38) 22 novembre 2008 21:21

    ça c’est une bonne nouvelle ! une nourrice aura gagné un jour de grève 250€  Pour sûr, y en a qui n’ont pas intérêt à se mettre en grève : pouvoir payer une nourice à ce prix, je n’ose imaginer le salaire qui doit tomber à la fin du mois... et puis elle aurait pu faire garder son enfant gracieusement... enfin, il faut dire que les services gracieux se rendent aussi...

    Voilà, l’idée qu’elle est bonne ! Que tous les misérables se solidarisent en se mettant en grève ensemble
    Quant à la grève du 20 novembre, je tiens à faire un petit rappel : elle a été menée pour soutenir les RASED (que Monsieur Darcos compte supprimer) ( RASED = réseaux d’enseignants venant en aide aux enfants dont la difficulté scolaire réside la plupart du temps, par le fait que ces derniers vivent dans un climat familial difficile ; les parents de ces enfants sont bien souvent submergés par des problèmes qui leur font perdre tout contact avec la société. Le RASED a ainsi ce rôle de rétablir les liens sociaux rompus) Dans les écoles classées ZEP ces réseaux sont primordiaux. On ne peut donc pas laisser s’instaurer une école à deux vitesses où la sélection risquera bientôt de se faire dès la maternelle. Chaque enfant, d’où qu’il vient, à droit à une chance et toutes les écoles se doivent de respecter ce droit.
    En outre, les parents ne rencontrant pas de problèmes particuliers vis à vis de la scolarité de leurs enfants, devraient ouvrir leurs yeux et faire preuve d’un peu plus de compréhension pour ceux dont les enfants sont en échec scolaire

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