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La nostalgie du mur et d’avant

En ces temps préhistoriques où le mur de Berlin ne cessait de s’effondrer, le Fidesz (Union civique hongroise) était considéré comme le parti de la jeunesse, plutôt libertaire et libéral, ouvert au reste du monde et se considérant comme une alternative au blocage politique dû à la monopolisation du pouvoir par les ex apparatchiks du monde communiste déchu. Son anticommunisme, comparable à celui des gauchistes soixante-huitards, était teinté par une défiance supplémentaire à l’étatisme (et pour cause). Si les militants du Fidesz se déclaraient (modestement) nationalistes c’était en référence aux méfaits subis par l’empire soviétique. Depuis, comme en Allemagne de l’est, comme en Tchéquie, comme en Pologne, comme en Roumanie ou en Bulgarie, vingt années d’harmonisation européenne, de plans de réajustement structurels, une idéologie bornée qui ne s’avoue pas, une politique financière unilatérale et contraignante ont transformé ce parti, en une structure hyper nationaliste - voire réactionnaire - et opportuniste qui, suivant l’air du temps et le renouveau de l’autoritarisme ambiant eurosceptique n’a aucun scrupule à s’allier aux fractions les plus fascisantes de la société hongroise. Comme en Allemagne de l’est, comme en Tchéquie, comme en Pologne, ce phénomène prend deux formes : l’une, nostalgique, regarde désormais le passé communiste avec condescendance, énumère les aspects positifs sans honte, et l’autre regarde encore plus loin dans l’histoire, vers un âge d’or mythique pré communiste teinté de l’autoritarisme, du nationalisme fascisant de l’avant guerre.

Si, en 1945, les chars soviétiques ont privé ces pays d’un processus historique autonome et des choix qui en découleraient, le processus d’intégration européenne, idéologique plutôt que pragmatique, en fit autant. Passant d’un carcan dictatorial soviétique à un autre, plus subtil, mais autant balisé comme « unique » dans ses choix économiques, financiers et sociaux, ces pays on de nouveau été privés de leur histoire. On ouvrit certes les archives de la Stasi et de toutes les polices politiques staliniennes, mais qu’en est-il des « Croix Fléchées » hongroises (aux quelles se réfèrent les alliés du Fidesz), des dictatures de l’Europe centrale et balkanique ? Avant la paranoïa destructrice d’un Ceausescu, le cynisme militariste de Bierut, la servilité des Gottwald et Slansky, le pragmatisme de Tito, qui gouvernait ces pays à l’aube de la deuxième guerre mondiale et comment ? 

Ainsi, non seulement un régime totalitaire occulte ceux qui le précèdent, mais l’anticommunisme permet de travestir un passé dictatorial lui permettant de resurgir non plus comme détestable mais sous des habits respectables voire référents. 

Le fait que ex KGBistes (et affiliés), opportunistes mafieux et prédateurs ploutocrates ont été les grands profiteurs de la chute du mur, que les infrastructures économiques soviétiques ont été démantelées, que celles de l’agriculture furent victimes de la concentration capitaliste, que les ex apparatchiks sont devenus les nouveaux hommes d’affaires profitant quasi - seuls des « reformes » « proposées par l’UE, et que les peuples on vécu une situation proche d’une guerre nucléaire apocalyptique qui, elle n’a pas eu lieu, n’est pas étranger à la radicalisation politique nationaliste (et souvent anti-européenne) des ex Solidarnosc, du Fidesz et autres TOP09 (Tchéquie) ou PRM (Roumanie). Cependant, et malgré la crise qui aurait du à elle seule pousser à un peu plus d’humilité, la « vieille Europe » persiste et signe : au lieu de se mettre, un peut soit-il en cause, face aux dérives nationalistes du Fidesz, elle ne voit qu’une offense à sa politique monétaire et fianancière, une hubris injustifiée faite à la banque centrale européenne. La Commission, le Conseil, la BCE, sont-ils si parfaits pour s’émouvoir qu’un gouvernement d’un pays membre (mais non membre du club euro) veuille posséder sa propre vision monétaire ? Il suffisait dans le passé d’accuser de communisant tout réfractaire pour le faire marcher au pas. Suffit-il aujourd’hui de l’accuser (même s’il l’est devenu) de autoritariste ? A quand le droit d’inventaire de ces vingt dernières années ?  

par Michel Koutouzis (son site) mercredi 4 janvier 2012 - 1 réaction
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