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La pitié dangereuse

Une certaine forme de pitié veule conduit souvent à des conséquences lamentables, y compris en politique et en économie.

Le romancier autrichien Stefan Zweig a tracé dans son œuvre la plus célèbre, « La pitié dangereuse », le portrait de l’homme qui gâche sa vie et celle des autres en cédant à de bonnes intentions. Il fait la cour à une femme dans un mouvement de pitié généreuse, pour lui faire plaisir ; il l’épouse par crainte de la décevoir ; et n’osant assumer le choc d’une rupture, ils s’enfoncent tous deux dans une succession de malheurs. Nous savons certes que l’épanouissement humain ne peut se réaliser sans compassion et amour du prochain. Mais nous devons savoir aussi qu’une certaine forme de pitié veule, de refus d’être vrai par souci de faire plaisir dans l’instant (ou par peur « de faire de la peine », conduit souvent à des conséquences lamentables.

Ce paradoxe de la « pitié dangereuse » s’observe également sur le plan de l’économie :

- Lorsqu’en 1919 le gouvernement bloque les loyers au niveau de 1914, c’est par pitié pour les locataires, pour leur faire plaisir. Mais cette mesura a freiné la construction et a entraîné une pénurie de logement… dont la population française a souffert pendant 40 ans !

- Lorsqu’en 1940 on a « taxé » la pomme de terre, c’était pour le bien du peuple. Mais le prix bas a entraîné 5 ans de pénurie, alors qu’à un prix plus élevé (mais beaucoup moins que le marché noir), la production aurait pu, même en période d’occupation, doubler pour répondre aux besoins.

- Lorsqu’en 1973 l’inflation s’accéléra dans les économies occidentales, les gouvernements et les chefs d’entreprise n’ont pas pris les sévères mesures correctives qui s’imposaient : pour éviter de « faire de la peine », ils ont laissé aller les budgets et les salaires. Alors en 1974 l’emballement est venu, et il a fallu prendre des mesures plus dures, entraînant davantage de chômage et de faillites.

- C’est aussi le cas du dirigeant d’entreprise qui, par incapacité à surmonter les résistances au changement. par peur de déplaire à ses hommes, ne remet pas en question assez tôt ses méthodes ou ses structures : l’entreprise dérive lentement, purs plus vite, jusqu’à l’heure de l’OPA ou du dépôt de bilan, accompagnés de licenciements massifs.

- On observe une erreur similaire dans certaines propositions démagogiques qui avait été faite à propos de la Réforme de l’Entreprise, Pour faire plaisir au plus grand nombre, on propose de diminuer le pouvoir de décision et la liberté d’action des dirigeants ; on omet de voir qu’avec des directions impuissantes, les entreprises perdront leur tonus de gestion, et que le pouvoir d’achat de la masse en souffrira. Plus généralement, la « pitié dangereuse » peut étendre ses effets à la plupart des aspects de la vie en société. Citons brièvement deux cas :

- En matière d’éducation, le maître qui manifeste de la pitié pour l’élève médiocre n’aboutit qu’à l’enfermer dans sa passivité. De même, le maintien indéfini des jeunes dans un statut d’étudiant protégé ne facilite pas leur épanouissement. Prenant l’individu en charge, l’action pitoyable ne lui rend pas service : car elle inhibe son effort créatif pour surmonter l’épreuve.

- La médecine a pour vocation de sauver les vies humaines mais il sembla que parfois cette vocation se trouve dévoyée. Le manque de courage pour assumer la mort, ce pôle de la condition humaine, peut conduire à consommer d’immenses ressources matérielles et humaines pour maintenir en survie artificielle des grabataires à peine conscients, condamnés en somme à l’agonie â perpétuité. Cette pitié aussi est dangereuse.

Echapper au piège qui, sur tant de plans, nous est ainsi tendu, n’et ni simple à concevoir, ni aisé à réaliser. Il n’est pas question de se replier dans l’acceptation passive des duretés de la nature et dans l’insensibilité envers autrui : bien au contraire, le comportement constructif est fait d’amour et de réforme.

Mais aussi de lucidité réaliste. Il faut tout d’abord nous méfier de notre instinct de pitié ; à l’opposé de la compassion, il est toujours ambigu, il comporte une grande part de valorisation de soi-même, de jouissance à se sentir meilleur ou plus fort. Il faut ensuite savoir intégrer à une décision fa prévision de ses conséquences objectives ; donc renoncer à subir l’incantation des pulsions primaires [qui ignorent les effets en retour), ou celle des visions idéalistes, toujours arbitraires et insouciantes du cas particulier. En somme, c’est l’oubli des principes de réalité et d’effort autonome qui rend la pitié dangereuse. Tandis que les vies individuelles accomplies, aussi bien que les réalisations collectives, économiques ou sociales, comportent habituellement un élan vers autrui, mais aussi le respect de son autonomie et une perception lucide des réalités.

Note de Contrepoints : cet article d’Octave Gélinier est tiré des Quatre Vérités, une lettre d’inspiration libérale classique publié mensuellement entre 1975 et 1994 par Michel Drancourt, Octave Gélinier, Yvon Gattaz et Jacques Plassard. Publié en 1975, le texte n’a pas vieilli.

Nous mettons progressivement en ligne ces archives avec l’aimable accord d’Yvon Gattaz, directeur de publication. Votre aide est la bienvenue ( lexington@membre.liberaux.org )

par Alexis Vintray (son site) vendredi 3 septembre 2010 - 36 réactions
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  • Par Philou017 (xxx.xxx.xxx.85) 3 septembre 2010 11:30
    Philou017

    Article très très limité. L’auteur s’essaye à prendre une approche philosophique, qui pourrait être intéressante par certains aspects, et s’en sert en fait pour revenir à sa démonstration ultra-libérale habituelle, en simplifiant comme ça l’arrange et en travestissant les faits à l’occasion.

    Prenons quelques exemples :

    - Lorsqu’en 1919 le gouvernement bloque les loyers au niveau de 1914, c’est par pitié pour les locataires, pour leur faire plaisir.
    L’auteur oublie de dire que le blocage des loyers date de 1914. Il s’agissait de protéger les familles de soldats partis au front ne disposant plus des revenu du salaire principal. Il s’agissait donc d’une solidarité légitime.
    Après la guerre, ce contrôle a été plus ou moins allégé, mais il est vrai que les politiques l’ont maintenu, en partie par intérêt électoraliste, qui d’ailleurs peut avoir sa légitimité (une mesure impopulaire porte souvent atteinte à l’intérêt général).
    Il semble bien que ce contrôle ait effectivement plombé la construction immobilière. Mais il ne s’agit nullement de pitié, comme essaie de le dire l’auteur, dans une tentative de rabaisser les vraies motivations, mais de solidarité d’abord, ensuite de justice sociale.

    On voit aujourd’hui, où le contrôle des loyers est très lâche, quels sont les résultats : des logements très chers, des bulles immobilières en série et de la spéculation à tout va. La part du loyer dans les dépenses des ménages a considérablement augmenté depuis 50 ans. Les populations modestes sont souvent rejetées dans des banlieues, pendant que les centre-villes deviennent réservés à des populations aisées. Une morcellisation du tissu social et un communautarisme du fric néfastes à bien des niveaux.
    On peut critiquer les politiques des loyers d’avant 80 pour une certaine inhibition sur le plan de la construction, mais la libéralisation dégage autant de critiques, et n’empêche nullement le manque de logements, patent à notre époque.
    A titre personnel, je remarquerai que dans les années 70, il était assez facile de trouver un logement, avant que différents gouvernements ne permettent que le secteur de l’immobilier devienne une niche de spéculation et de rente facile.
     

    - Lorsqu’en 1940 on a « taxé » la pomme de terre
    Ridicule. Apres 1940, les Français manquaient de tout, car une partie de la nourriture était prélevée par l’armée d’occupation. L’institution de tickets de rationnement a bien entendu entrainé l’apparition d’un marché noir. Tirer des conclusions de cette période tres spéciale est ridicule.

    - Lorsqu’en 1973 l’inflation s’accéléra dans les économies occidentales,
    Ridicule. Une inflation modérée n’est jamais un problème quand les salaires sont réellement indexés sur les prix. C’est au contraire un boost pour l’économie, car l’inflation favorise les investissements et la consommation aux dépens de la spéculation, des rentes et de l’épargne.
    Quand les politiques veulent réduire une inflation modérée, c’est qu’ils veulent faire plaisir à leurs copains rentiers et boursicoteurs, et c’est certainement pas par pitié.
    La crise de 1974 provient bien plus surement du dérèglement du système monétaire, notamment suite à la décision de Nixon de de suspendre la convertibilité en or du dollar. Les monnaies deviennent un enjeu de spéculation et pénalisent l’économie.
    Et bien sur, en 1973, l’OPEP décide de multiplier par 4 les prix du pétrole : cela alourdit la facture des importations.
    De plus, les pays émergents commencent à exporter certaines marchandises, notamment de l’acier,ce qui va fragiliser certains secteurs de l’économie.
    Attribuer cette crise à un manque de rigueur des gouvts qui auraient cédé à je ne sais quelle faiblesse est une abbération.

    J’arrête sur les exemples, pour revenir sur la notion de pitié. Prétendre qu’un gouvernement agit par pitié, et non par solidarité ou par visée sociale, c’est dévalorisant et rabaissant. C’est une manipulation sémantique malhonnête pour mieux faire passer certaines couleuvres idéologiques.

    Article nul et non avenu.

  • Par Annie (xxx.xxx.xxx.68) 3 septembre 2010 11:33

    Pour Stefan Zweig, la "mauvaise pitié" n’est pas dans le geste, mais dans l’intention parce que c’est elle qui vous pousse à agir pour vous débarasser d’un sentiment de culpabilité . Voici ce qu’il en dit :

    Il y a deux sortes de pitié. L’une molle et sentimentale, qui n’est en réalité que l’impatience du cœur de se débarrasser plus vite de la pénible émotion qui vous étreint devant la souffrance d’autrui [...] Et l’autre, la seule qui compte, la pitié non sentimentale mais créatrice, [...] qui est décidée à persévérer jusqu’à l’extrême limite des forces humaines.

    Stefan Zweig, pacifiste, antimilitariste, écrivait aussi :

    « Comprendre même ce qui lui était le plus étranger, pour juger toujours les peuples et les époques uniquement sous leur aspect positif et créatif et, à travers ce vouloir comprendre et se faire comprendre, servir humblement mais fidèlement notre idéal indestructible : la compréhension humaine entre les hommes, les états d’esprit, les cultures et les nations ».

  • Par Gabriel (xxx.xxx.xxx.98) 3 septembre 2010 11:31
    Gabriel

    Bonjour Foufouille,

    Leur principal problème c’est qu’ils ont une calculatrice à la place du cerveau et du coeur. C’est triste ! 

     

  • Par sisyphe (xxx.xxx.xxx.64) 3 septembre 2010 13:01
    sisyphe

    L’auteur entretient à loisir la confusion entre la "pitié" .......... et la justice !


    Pas étonnant de la part d’un défenseur d’un système............ sans pitié, ni justice !!

    Un système juste n’a pas besoin de pitié ; soeur jumelle de la charité ; qui sont des mouvements compassionnels fortuits et aléatoires, ne changeant en rien un système de domination, mais lui conférant, au contraire, un "justificatif" le pérennisant. 

    Ni pitié, ni charité ; justice, et solidarité. 

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