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La remise en question des 35 heures

Nous y sommes. Après le déblocage des heures supplémentaires dans la loi sur le travail, l’emploi et le pouvoir d’achat (TEPA), puis l’annonce du rachat de jours de RTT, le gouvernement veut faire sauter un nouveau verrou, son véritable objectif. Il reprend à son compte la proposition de Laurence Parisot, la présidente du Medef, qui envisageait que la durée du travail puisse être négociée par les branches ou dans les entreprises après la signature d’accords majoritaires.

La diversion égyptienne après la semaine de « Mickey », après la parade libyenne et les bras de fer syndicaux n’auront pas suffi : la remise en question des droits les plus fondamentaux sur le travail est en ligne de mire, particulièrement pour F. Fillon en cette fin d’année.

Et voilà que l’on entend déjà dire que la durée de cotisation sera allongée à 41 ans, puis 42 ans, que les franchises médicales seront appliquées le plus tôt possible et... que la croissance stagne et la consommation des ménages se rétracte.

La provocation permanente ne semble pas émouvoir des Français définitivement résignés à se flageller, préférant voir leur voisin ramer quitte à y perdre eux-mêmes plutôt qu’à constater qu’on les prend pour des veaux et qu’ils travaillent pour des miettes.

Cachons l’essentiel, dispensons du packaging commercial.

Les prétextes suffisant d’habillage à réforme dur, certains diront que cette simplification du droit du travail permettra une « flex-sécurité » seule susceptible de remettre le pays sur les rails de la croissance. On poussera alors les entreprises à négocier de gré à gré, en sachant pertinemment que le rapport de force est du côté du patronat plus que des salariés.

En travaillant plus longtemps et plus souvent, l’illusion d’avoir plus sur la feuille de paie se paiera d’autant plus fort que les prix augmenteront et que l’individualisation des coûts de la vie portera directement atteinte au porte-monnaie.

On ne parlera pas de l’accroissement des « accidents de travail », du mal-être en entreprise, des suicides à EDF ou Renault, de la défaillance du management à la française (le non-management), de la fatigue-stress-prozac et autres médicaments de soutien... Parlons plutôt de ces merveilleuses entreprises où les patrons sont sympas et où tout le monde vient le matin le sourire aux lèvres pour gagner 4 000 €/nets hors prime.

Pendant que le président se pavane devant une presse people assujettie, la cour s’occupe de la basse besogne à l’Assemblée nationale pendant les fêtes. Le retour en arrière de 2008 n’en sera que plus brutal.

Droit du travail, dimanche ouvré, durée légale du travail, jours de repos : si l’homme pouvait travailler 24 h/24, Mme Parisot serait favorable au travailler plus pour gagner plus. Elle s’en fout elle, puisqu’elle a des actions à gogo (chez l’ami Wendel), qu’elle est payée pour produire des sondages pro-UMP (Ipsos) pondus par des CDD sur sièges éjectables et qu’elle aligne les rentes du Medef-UIMM via caisses noires et autres indemnités de représentation.

Pendant ce temps-là, personne ne se demande ce que pèse réellement le Medef et qui compose cette puissante entité de lobbying.

Quant au gouvernement, peu importe qu’il y ait une majorité de Français qui aille au travail par défaut plus que par envie ou même passion : tant qu’on peut faire travailler la masse pour en avoir plus dans la poche du rentier, c’est une affaire qui marche.

La stratégie court termiste que l’on nous impose de force est une stratégie aveugle et profondément dangereuse : on majore des heures sup’ qui ne seront plus payées - déjà qu’elles ne le sont pas - puisque la durée à géométrie variable du travail sera relevée. Les RTT monnayables deviendront un luxe que seuls quelques cadres pourront se payer. La société du travail sera d’autant plus injuste qu’il n’y aura plus aucune règle commune.

Il ne sera donc plus rare de voir des « mannards » faire 55 heures payées 40 alors que les mieux casés bénéficieront d’un régime très avantageux en plus d’un salaire déjà conséquent. Il sera alors aisé de monter ceux qui n’auront pas contre ceux qui auront, permettant d’aligner vers la bas tout le monde dans un soucis « d’équité » comme dirait l’autre, sauf quand cette équité les concerne (alignement vers le haut de l’indemnité-épargne présidentielle).

Le gouvernement vise la distorsion du marché du travail avec pour effet immédiat la flex-insécurité couplée à l’augmentation individualisée du coût de la vie (énergies, santé, assurances, loyers/prêts...). Démontant les outils de régulation par des attaques méthodiques ainsi que les systèmes par répartition, montrant les déficits comme insoluble, on nous fait croire que seul la voie du « chacun pour soi » est possible. Cette voie est pourtant une chimère ancienne dont on sait où elle mène : le chacun pour soi devenant rapidement le « beaucoup pour moi, rien pour les autres ». Cela s’appelle l’Ancien Régime et la féodalité.

Le système du culte de l’argent, du pouvoir et des paillettes est pourtant voué à l’échec. La politique du « tous contre tous » n’ayant pour seule finalité que d’opposer les Français entre eux dans une désinformation constante dont le seul but final est de désorganiser la masse pour mieux tirer les marrons du feu : la diversion, toujours la diversion.

En donnant plus de temps de leur vie à travailler, croyant encore que travailler plus signifie travailler mieux ou même produire mieux (quid de la productivité ou même de l’efficacité ?), on condamne les jeunes à ramer plus, les seniors à se prostituer salarialement, les retraités à vivoter, les actifs à s’user plus pour payer plus. Cela fait des années que les Français veulent vivre mieux et dénonce l’immobilisme. Ils ont voté pour l’illusion de l’action et le rideau de fumée.

Derrière la fumée, c’est le camp de travail forcé.

Dommage. On vous a pris pour des veaux... et on vous l’a déjà dit.

par Rage lundi 31 décembre 2007 - 88 réactions
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Les réactions les plus appréciées

  • Par 5A3N5D (xxx.xxx.xxx.190) 31 décembre 2007 10:34

    """Les salariés de l’usine de pneu Continental de Sarreguemines en Moselle viennent de voter à une majorité écrasante lors d’un référendum libre ,au retour des 40h/semaine en échange de valorisation de leur rémunération."""

    C’est triste : déjà torché la 31 décembre à 10 heures ! smiley Non, Lerma, ces salariés ne se sont pas prononcés pour la semaine des 40 heures, mais contre la délocalisation de leur usine. Ils ont cédé au chantage, c’est tout.

    « Nous étions sous la menace d’une délocalisation toujours possible », constate Antonio Da Costa, délégué CFTC.

  • Par Hakim I. (xxx.xxx.xxx.179) 31 décembre 2007 10:46

    Et vous lerma... vous connaissez quelque chose au monde du travail ? Moi ce que je vois, c’est que vous êtes toujours le premier à poster les articles... Serait-ce votre travail finalement ?

  • Par lavaddi (xxx.xxx.xxx.173) 31 décembre 2007 13:22

    quelques réflexions :

     je ne comprends pas pourquoi des gens de qualité persistent à répondre à lerma, tout en se plaignant de sa présence. il a le droit se s’exprimer,(comme pour tf1, je zappe.) et moi d’ignorer ses posts. tout simplement

     continental délocalisera de toute façon, rappelons nous dawoo.

     les dizaines de millions détournés de l’uimm prouve que l’industrie, qui n’existe presque plus, a encore des ressources. c’est de l’argent produit par les salariés, et économisé sur leurs salaires dont il s’agit. qui s’en plaint ?

     laisser faire la négociation dans les entreprises est une aberration. les salariés n’ont aucun poids façe aux patrons, petits ou grands. la voix d’un patron vaut cent voix de salariés. Mais le vote d’un salarié vaut celui d’un patron, même très grand !

     vociférer ne sert à rien. le bulletin de vote est l’arme absolue entre les mains du citoyen. plus que trois mois. ils n’ont peur que de ça les élus, de ne plus être élus. alors, c’est tellement simple, et démocratique !

    Mais le vote d’un salarié vaut celui d’un patron, même très grand !

  • Par Sylvain Reboul (xxx.xxx.xxx.42) 31 décembre 2007 11:55
    Sylvain Reboul

    Exactement, ils n’avaient pas le choix : 40h sans même d’HS ou la porte.

    Je sais de quoi je parle : à Hanovre, fief historique de Continental, toute la production a été de fait délocalisé malgré l’opposition de la CDU qui dirige le Land de Basse-Saxe. Nul doute que les salariés français en ont tiré la conclusion qu’ils n’avaient pas le choix. Parler de liberté et de droit des salariés dans les conditions d’un tel chantage c’est se moquer du monde : du foutage de gueule et rien d’autre.

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