« Le Figaro » tient minutieusement la chronique des députés UDF qui rallient avec armes et bagages le camp de M. Sarkozy et appellent à voter pour lui. Après M. Besson, le transfuge du Parti socialiste, ces ouvriers de la 11e heure reçoivent l’accueil évangélique qui leur est dû.
Ils ont droit à photo et interview sur le site Internet du journal. L’effet attendu est, bien entendu, d’amener leurs électeurs à les suivre. Mais est-ce bien le meilleur moyen de les séduire ?
Un électorat exigeant
L’électorat considérable - près de 8 millions d’électeurs - qui a suivi François Bayrou dans son projet présidentiel paraît, en effet, se distinguer par une qualité de réflexion et peut-être aussi une exigence morale et politique particulière. Il en faut pour tenter de sortir des schémas politiques figés depuis au moins deux siècles, qui opposent invariablement un camp de droite à un camp de gauche avec leurs familles internes respectives vivant en plus ou moins bonne intelligence.
Il faut au moins en être arrivé à admettre avec lucidité et sincérité - pour peu qu’on se retourne sur soi-même sans complaisance - que chacun porte en soi des aspirations de gauche et de droite à des doses variées et que chacun agit en citoyen tantôt de droite ou tantôt de gauche au gré des circonstances. N’est-ce pas sacrilège de le penser et encore plus de le dire ?
La pire démonstration qui soit
Pour les supporters d’un candidat qui a construit sa campagne présidentielle sur cette rénovation de la politique, est-il pire démonstration que de constater que ces députés qui ont apparemment soutenu cette audace, entendent en fait surtout ne rien changer, puisqu’aux premières menaces brandies par une UMP dominatrice de leur opposer un candidat aux prochaines législatives, ils ont accouru pour, espèrent-ils, sauver leur siège. Mais quelle image croient-ils donner d’eux-mêmes quand François Bayrou a forcé le respect en proposant justement d’en finir avec ces combines misérables qui n’ouvrent que sur l’immobilisme ? Il est consternant de les entendre dire que cela ne les empêchera pas de rejoindre le nouveau « parti démocrate » que F. Bayrou s’apprête à créer. En somme partout où il y a manger, on est sûr de les y retrouver à table avec leur rond de serviette. Mais quelle confiance placer en de tels individus qui renient en quelques jours ce qu’ils ont défendu pendant des mois de campagne et qui ne voient pas plus loin que le bout de leur siège ?
Une opposition radicale entre deux projets
Car s’il est un fait établi, c’est bien l’opposition radicale entre le projet de société de M. Sarkozy et ses méthodes d’une part et, d’autre part, la vision de la société apaisée proposée par François Bayrou, attaché à la liberté d’expression, au pluralisme des opinions, et donc au débat démocratique hors de toute pression des puissances industrielles et médiatiques qui tendent à les museler. A-t-on jamais entendu dénonciation plus catégorique de l’immixtion de ces puissances dans les organes de presse ou les chaînes de radio et de télévision que celle de F. Bayrou, vendredi 27 avril sur RTL ?
La preuve du mouvement en marchant
Le débat qui, malgré ces pressions, a pu se tenir samedi 28 avril sur RMC et BFM TV entre François Bayrou et Ségolène Royal est un commencement de preuve par l’exemple qu’une autre façon de faire de la politique est possible. La haute tenue de ce dialogue rend dérisoires les vitupérations venimeuses de M. Sarkozy. Les divergences ont été clairement identifiées. Mais l’ont été tout autant les convergences majeures sur la rénovation des institutions, les règles du jeu démocratique, le traitement de la délinquance, la dette publique, des mesures sociales comme l’augmentation des retraites les plus faibles.
On reste médusé devant la manière dont le journal Soir 3 de France 3, samedi 28 avril, a minimisé ces convergences pour surtout faire ressortir les désaccords, en prenant soin en contrepoint d’offrir la relation complaisante d’une journée de campagne de M. Sarkozy à Valenciennes. Si on avait eu besoin d’une nouvelle preuve de l’information sous autocensure, on l’avait devant cette chaîne pourtant dite de service public.

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