Marisol Touraine, la nouvelle ministre des Affaires Sociales reste vague sur les dispositions précises du décret qui rétablira, dans les semaines à venir, en partie seulement, la retraite à 60 ans, uniquement pour ceux qui ont débuté leur carrière avant 18 ans et qui totalisent 41 années de cotisations, soit 130 à 150 000 personnes (seulement).
La portée très limitée de la mesure promise par le candidat Hollande décevait déjà pendant sa campagne. Le décret en préparation sur cette question risque de décevoir davantage encore des millions de gens, les futurs électeurs de juin, qui attendent, eux, un arrêt total de la casse sociale sarkozyste et le rétablissement de droits fondamentaux, tels que l’emblématique droit au départ à la retraite à 60 ans.
Le 21 septembre 2001, Gérard Filoche s’exprimait sur la question de la retraite à 60 ans pour tous, dont il est un ardent défenseur au sein du parti socialiste. A l’heure où se confirment les craintes d’un reniement de Hollande sur cette question sensible, il n’est pas inutile de relire l’article de ce socialiste (voir ci-après), ancien inspecteur du travail, dont les amis sont aujourd’hui aux mannettes de l’Etat !
Les législatives sanctionneront les socialistes
Si elle n’est pas revue à la hausse, cette mesurette entrainera un fort mécontentement, que certains syndicats pressentent déjà, et qui se traduira par un vote hostile aux socialistes aux prochaines législatives.
Pour FO et la CGT, la mesure est bien trop restrictive. Pour Jean-Claude Mailly (FO), en particulier, qui craint que les personnes les plus fragiles soient les grandes perdantes, à cause de carrières incomplètes. Selon le leader de FO, il existe une différence de taille entre les trimestres « cotisés », qui pénalisent un grand nombre, c’est la règle annoncée par la ministre Touraine, et les trimestres « validés », une règle plus souple qui tient compte des spécificités du parcours professionnel de chacun !
Car, quid des nombreux autres cas, qui se voient discriminé(e)s parce que ne réunissant pas exactement les conditions évoquées par MadameTouraine ? Frustrant pour des centaines de milliers de salariés qui pensaient être enfin sortis du massacre sarkozien de leur droits sociaux fondamentaux.
Agir ainsi, c’est mépriser un droit qui a été supprimé avec malveillance, contre les classes populaires, par Sarkozy, dont le but était de démolir la retraite par répartition au profit de ses copains assureurs et banquiers, afin de leur offrir le très juteux marché de l’assurance vieillesse.
Un seul mot d’ordre : rétablir le DROIT au départ à 60 ans
C’est surtout nier des réalités parfaitement exposées par Gérard Filoche dans l’énumération des 50 arguments pour rétablir la retraite à 60 ans.
Les syndicats ne doivent pas rester timorés, à l’image de la CFDT, et se faire enfumer par les propos d’un Michel Sapin lequel, à peine arrivé à la tête du Ministère du Travail, veut effrayer les gens, en affirmant un peu vite, que le système des retraites n’est pas sauvé ! Qui défend-il ? Le système libéral de l’Europe capitaliste et financière ou les droits sociaux de ses compatriotes ?
Le seul mot d’ordre qui vaille, c’est le rétablissement du DROIT au départ à 60 ans. Les modalités peuvent faire l’objet, dans le cadre du dialogue social préconisé par la ministre, d’aménagements.
Si le Premier ministre socialiste, Jean-Marc Ayrault, ne prend pas conscience du risque de fort mécontentement des Français s’ils ne retrouvent pas leur droit, il doit s’attendre à des lendemains qui vont très vite déchantés !
Et ce, dès les législatives de juin prochain !
Verdi
Vendredi 18 mai 2012
La retraite à 60 ans : question majeure pour la primaire comme pour la présidentielle 2012, de Gérard FILOCHE
« Ce n’est pas un jeu de chat et de souris ni de petite phrase. C’est une question sensible, décisive. C’est là-dessus depuis 2010 que Sarkozy a plongé dans les sondages, parce qu’il a voulu tuer la retraite à 60 ans.
Il y a 75 % de l’opinion qui est profondément attaché au retour au droit à la retraite à 60 ans.
Un droit c’est un droit, ça ne se mégote pas. Les 35 h c’est les 35 h ça n’est pas à la carte. 48 h c’est 48 h, la durée maxima d’ordre public social. Le Smic est le même pour tout le monde, ça ne se mendie pas branche par branche. L’ordre public social ne se découpe pas en tranches. 60 ans c’est 60 ans, ce n’est pas une retraite à la carte. L’ordre public social dans ce pays, ça signifie encore quelque chose.
Le droit légal de prendre sa retraite à 60 ans, c’est un droit, pas une obligation : mais c’est un droit pour tous, pas découpé en rondelles. J
e n’arrive pas à comprendre la pression qui s’exerce sur la position de Martine Aubry quand celle-ci semble s’excuser à la télévision : « - Je ne suis pas une caricature, je ne défends pas la retraite à 60 ans pour tous ». Au contraire, il faut défendre vigoureusement UN DROIT pour tous contre les vraies caricatures de ceux qui fabulent sur une société avec des centenaires partout : ils n’ont jamais regardé de prés le corps des humains qui travaillent entre 55 et 65 ans, encore moins ! Un homme devant son marteau piqueur, (il y a 1,2 million d’ouvriers du bâtiment)… Et il faut arrêter, hélas, de parler de l’allongement de l’espérance de vie : il est lié à la retraite à 60 ans et aussi au maintien d’une politique de santé pour tous. Aux USA, cela fait de nombreuses années que l’espérance de vie recule. Et même si elle augmentait, quelle importance, si le travail, lui n’augmente pas réellement au-dessus de 55 ans.
Pas un syndicaliste de ce pays, pas un salarié qui ne regarde pas cette question de prés et qui ne soit pas troublé actuellement par ce que dit Martine Aubry. Alors qu’on veut mobiliser pour la soutenir, c’est le principal point d’interrogation.
Il y va du sort de millions de salariés, de femmes surtout : retour vers une retraite misérable ou non ? Car ce dont il s’agit, c’est du niveau de la retraite perçue : y aura t il baisse massive du niveau de vie des retraités ou non ? Dire qu’on redistribue les richesses et baisser drastiquement le niveau des retraites, c’est tromper. Dire qu’on refuse l’austérité et la rigueur et l’imposer aux personnes âgées, c’est tromper. Dire qu’on lutte contre le chômage des jeunes et vouloir maintenir les « seniors » au travail, c’est tromper. Nous sommes en plein boom démographique depuis 11 ans. Il n’y aura pas de recul du chômage de masse, sans réduction du temps de travail sur la semaine, sur l’année, sur la vie. A quoi ça sert de défendre les 35 h en allongeant (d’ailleurs en vain) la durée du travail sur la vie ?
Et attention, les salariés sont avisés, ils ont largement débattu en 2010 de la question des retraites, ils savent ! La question des retraites vaut des millions de voix.
Si on dit « le retour à l’âge légal de 60 ans, ce ne sera pas pour tout le monde », il y a des millions de salariés qui le perçoivent comme un très mauvais signal. Qui est le « pas pour tout le monde » ? Les jeunes qui commencent à avoir un CDI en moyenne vers 29 ans ? Les « seniors » dont 1 sur 2 est au chômage à 55 ans (et cela s’est aggravé ces dernières années).
La vérité c’est que dans la vie réelle, les salariés cotisent 36 annuités.
On n’est pas dans le fantasme, là, mais dans la réalité. Depuis que la droite a imposé 40 puis 41,5 annuités, c’est allé à l’envers dans la vie réelle, les salariés ont été obligés de travailler moins, ils sont licenciés, chômeurs, inaptes, malades, écartés du travail à partir de 55 ans. Dans ces conditions, imposer 41,5 annuités, c’est les faire sauter à la perche sans perche. Ils n’y arrivent pas. Cela se traduit par 5,5 années de décote donc une retraite infiniment plus basse avec laquelle il n’est pas possible de vivre décemment. C’est une mort sociale.
Et pourtant dans la lettre de Martine Aubry diffusée à un million d’exemplaires aux Français : « Je veux vous parler de la France », il est écrit (page 5) :« ...le rétablissement du droit à prendre sa retraite à 60 ans, et à taux plein pour ceux qui ont commencé à travailler tôt ou exercé des emplois pénibles... ».
Il faut être clair : ceux qui sont fatigués, usés et qui ont commencé tôt doivent pouvoir partir AVANT 60 ans. Dés l’âge de 55 ans, 2 maladies sur 3 sont en effet liées au travail, la biologie du corps humain est inchangée et, dans le bâtiment ou dans les transports et d’autres métiers à forte pénibilité physique et mentale, c’est cela qui se discute ! Ce ne sont plus les coups de grisou qui tuent mais les accidents cardiaques et vasculaires, il y en 250 000 par an et entre 1/3 et 50 % sont liés au travail ! 100 000 hommes et 50 000 femmes meurent entre 60 et 62 ans, doivent-ils avoir cotisé toute leur vie sans bénéficier d’un seul jour de retraite ?
Entre 60 et 65 ans ce sont les plus belles années de la retraite, et entre 60 et 65 ans, ce sont les plus dures années au travail. Pour tout le monde .
Tous les salariés doivent avoir le droit de partir à 60 ans s’ils le souhaitent et de façon décente sans décote. Le nombre d’annuités nécessaires pour le taux plein peut être discuté, mais il ne peut être irréaliste. Si c’est 41,5 annuités, seul un petit nombre est en position de l’atteindre à 60 ans, voir à 62 ans dans l’état actuel du marché du travail.
L’honnêteté, c’est de partir du réel, de le reconnaître : si la moyenne de travail réelle des Français est de 36 annuités, c’est le chiffre qui doit être retenu. Si cela augmente dans la vie réelle et que cela monte à 37, puis 38, puis 39, puis 40, que le nombre d’annuités cotisées exigées suive ! Mais fixer un objectif inatteignable, c’est inacceptable, c’est une tromperie.
Pour le financement, il y a une variable que la droite s’est toujours refusée à faire jouer alors qu’elle les a sans cesse baissées : il faut faire varier les cotisations salariales en fonction des besoins du paiement des retraites. »
Gérard FILOCHE Article publié dans Marianne le 21 septembre 2011

| Don défiscalisé 10€ ou plus |
|
Obtenez une réduction fiscale de 66% avec un e-reçu. Un don de 10 € ne vous coûte que 3€40.
|
Grâce à votre aide, AgoraVox peut continuer à publier plus de 1000 articles par mois. En donnant à la Fondation AgoraVox, vous offrez un soutien à la liberté d'expression et d'information.
Pour réagir, identifiez-vous avec votre login / mot de passe, en haut à droite de cette page
Si vous n'avez pas de login / mot de passe, vous devez vous inscrire ici.
bonsoir tf1groupie, « Quelle était l’espérance de vie en 1946 ? Quelle était la (...)
19/05 22:26 - wessonJe vois que les vieux soixantehuitards continuent de prêcher pour leur paroisse, d’abord. (...)
19/05 14:42 - YohanApprennez à compter Wesson, c’est juste une question de volonté !! Quelle était (...)
19/05 14:32 - tf1GoupieOn voit que l’auteur approche la soixantaine :-))
19/05 14:27 - tf1Goupie@ Constant danslayreur, merci de tombé dans le panneau, car tu base ton raisonnement sur une (...)
19/05 13:15 - Soi MêmeJ’apporte ma solide aridité au moinsseur du Dimanche sabbatique, le Capitaine a tort (...)
19/05 11:30 - Constant danslayreur
La démocratie à la grecque et le droit à l’information
Un outil pour aider les jeunes à gérer leur vie privée sur les réseaux sociaux
L’Agora reçoit Alain Minc !
Journée mondiale de la liberté de la presse : quel bilan en Europe ?
L’étoile du nord : un théâtre dédié aux auteurs contemporains Agoravox utilise les technologies du logiciel libre : SPIP, Apache, Debian, PHP, Mysql, FckEditor.
Site hébergé par la Fondation Agoravox
Mentions légales Charte de modération