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Accueil du site > Tribune Libre > La révolution pacifique en amour (théorie du PCRA fin)

La révolution pacifique en amour (théorie du PCRA fin)

Partie du PCRA (Plan Cul Régulier Affectif) pour revenir à l’amour courtois et à la nécessité de sa renaissance après des siècles de récupération par la tradition bien-pensante, notre réflexion (1, 2, 3, 4, 5) nous a amenés à l’idée que l’absolu respect de l’autre en tant que sujet, le renoncement à la possessivité, l’aban-don de soi qui permet de vivre l’Agapé-qui-contient-Eros pouvait se concrétiser au travers d’une démocratie amoureuse où les amants se relieraient l’un à l’autre par des accords plutôt que par des pulsions d’emprise réciproques qui, infantiles et donc immatures par nature, les amèneront tôt ou tard à se déchirer ou, au mieux, à se domestiquer mutuellement. Après avoir posé les principes de cette démocratie amoureuse et illustré la « loi de l’accord », il restait à évoquer à la question cruciale de l’accord sur les corps, c’est-à-dire, l’accordage des désirs qui amène la plénitude et la paix sans lesquelles il n’est pas de véritable présence. Nous le savons tous au fond de nous, l’amour peut transgresser tous les cadres, il est proprement révolutionnaire, car il est la voie de l’être, notre plus profonde aspiration, pour laquelle nous sommes toujours prêts à toutes les échappées. Mais pour qu’il puisse exprimer son potentiel, encore faut-il sortir des faux-semblants et remettre les choses à leur place. Ce qui précède, comme ce qui suit, constitue une tentative pour expliquer comment cette révolution amoureuse est possible et pourquoi, par conséquent, elle est aussi un devoir.

 
Ainsi que suggéré dans le précédent et avant-dernier article de cette série, le drame, voire même la tragédie des couples, va généralement se nouer autour de ces objets tout particuliers que sont les corps des amants, sans lesquels il n’est pas d’accouplement à proprement parler.
 
L’accord sur les corps va se jouer de bout en bout dans le tempo du désir, lorsqu’après un précédent acte amoureux, l’un viendra à nouveau exprimer son désir et sollicitera l’autre AVANT que le désir de ce dernier n’ait retrouvé une intensité suffisante pour l’amener à s’y abandonner.
 
Que l’espace entre deux contacts corporels (caresse, baiser, étreinte, accouplement) se compte en minutes, en heures, en jours, en semaines, etc., le fait que l’une, appelons-la Héloïse, propose ou, pire, décide d’y revenir avant que son conjoint, disons Pierre, n’en ait à nouveau le désir est, en soi, la marque d’un « désaccord » des désirs qui, malheureusement, ne pourra aller que grandissant dès lors que les amants ne comptent que sur leur spontanéité pour se rencontrer.
 
En effet, de quelque manière que Pierre réagisse, qu’il consente à l’acte (par exemple faire l’amour) ou qu’il s’y refuse, dans les deux cas, il est certain qu’Héloïse reviendra exprimer son désir avant que celui de Pierre n’ait retrouvé l’intensité requise car… :
  • Dans le cas où Pierre fait « crédit », l’accouplement est, certes, réalisé mais l’« avance » sur son désir que Pierre consent à Héloïse viendra s’ajouter à son « temps de latence » habituel — son tempo naturel. Et comme celui-ci était déjà plus long que celui d’Héloïse, cette dernière reviendra à coup sûr exprimer son désir avant que Pierre n’y soit disposé.
  • Dans le cas où l’accouplement est refusé, Héloïse reviendra à la charge régulièrement (vu que son temps de latence est largement dépassé) sans voir que plus elle amène Pierre à dire non ou à s’accoupler malgré tout, plus elle amenuise le désir de celui-ci.
A la fin, et elle peut arriver très vite, Héloïse sera celle qui a tout le désir et Pierre celui qui n’en a plus du tout.
 
L’un et l’autre se sentiront torturés ou victimes de leur partenaire car :
· Héloïse ne pourra assouvir son désir sexuel et se sentira narcissiquement atteinte (non désirée), et très angoissée, car sans possibilité de « combler » l’autre et donc, sans possibilité de se l’attacher. Soupçons et jalousie y trouveront un excellent terreau.
· Pierre se sentira narcissiquement atteint car de plus en plus objet sexuel, tout en éprouvant la souffrance de ne pouvoir non plus assouvir son désir de combler l’autre, sans grand espoir de se l’attacher et donc possiblement angoissé aussi à l’idée qu’elle puisse chercher satisfaction ailleurs.
 
Nous le savons bien, les rôles donnés ici à Héloïse et Pierre sont parfaitement interchangeables d’un couple à l’autre. Il y a toutes raisons de penser que la plupart des amants se retrouvent à un moment ou un autre dans cette situation, même si l’infinie variété des modus vivendi pourrait donner à penser qu’il n’en est rien.
 
Quoi qu’il en soit, nous voyons bien comment un petit rien de différence et de désaccord dans le tempo du désir va pouvoir amener soit des situations de véritable prostitution domestique — quand l’un(e) est contraint de satisfaire au « devoir conjugal » —soit des relations extraconjugales drainant généralement leur lot de tristesse, de culpabilité et de ressentiment.
 
Il en va donc des relations sexuelles comme du reste : l’idéal est de maintenir un perfect match, une parfaite adéquation des désirs entre les deux partenaires et toute la question est de savoir comment réaliser cela ? Qu’est-ce qui pourra faire que le désir de l’un rencontre à coup sûr le désir de l’autre ?
 
Le problème est très simple car il est exactement le même que celui de la rencontre physique entre deux personnes, disons encore Héloïse et Pierre.
Deux cas seulement sont possibles :
  1. Soit l’un, disons Héloïse, ne sort jamais de chez elle et l’autre, Pierre, est seul mobile  : la rencontre entre Héloïse et Pierre se réalisera immanquablement à chaque fois que (et seulement quand) Pierre viendra voir Héloïse qu’il sait toujours où trouver puisque cette dernière ne bouge pas.
  2. Soit les deux se déplacent  : il est alors évident qu’ils ne se trouveront à coup sûr que s’ils se donnent rendez-vous.
(Il va de soi que si Héloïse et Pierre ne sortent jamais de chez eux, ils ne pourront se rencontrer)
 
Dans l’espace du désir, « sortir de chez soi » veut dire « déclarer son désir ». Le premier cas de figure est donc plutôt rare. Il se lit comme le fait qu’Héloïse aurait un désir (sexuel) constant pour son partenaire mais ne l’exprimerait pas avant que Pierre ne lui déclare son désir. Nous retrouvons ici l’esprit de l’amour courtois, tout en retenue, jusqu’à l’ascèse, au moins pour Héloïse. Grâce à ce sacrifice unilatéral, le couple se retrouve à chaque fois… que Pierre y est disposé. Pierre est ainsi dans la situation idéale consistant à désirer librement et « à coup sûr ». Elle sera vécue avec d’autant plus de satisfaction que Pierre sera convaincu que ses temps d’absence de désir sont joyeusement accueillis par Héloïse, ce qui veut dire que cette dernière aura été capable de donner à entendre un plein et entier consentement à cette situation. L’idéal serait que ce soit Héloïse qui fasse la proposition de ce mode de « fonctionnement » car si c’est Pierre qui en prend l’initiative, il ne sera jamais assuré qu’Héloïse y a consenti en toute sincérité.
 
Notons que le fait que l’autre vous donne l’entier pouvoir de décider des temps de rencontre sexuelle est extrêmement rassurant pour ceux qui ont été auparavant victimes d’une pression sexuelle agressive de la part de leur partenaire. C’est parfois le seul moyen d’avoir des rencontres apaisées, c’est-à-dire, dégagées des peurs qu’engendrent les traumas du passé.
 
Le second cas de figure est beaucoup plus courant, il correspond à une infinie variété de possibles contenus entre deux situations extrêmes bien connues : d’une part les joyeuses retrouvailles des amants adultères qui se voient à la dérobée pour un cinq à sept à l’hôtel et, d’autre part, le morne couple bourgeois qui se retrouve pour le devoir conjugal du samedi après-midi.
 
Dans un cas comme dans l’autre, il n’y a pas de spontanéité du désir qui vaille : les partenaires savent qu’ils se retrouvent tel jour à telle heure et la beauté de la chose c’est que cela ne pose a priori aucun problème pour la bonne raison que l’abstinence, qu’elle soit subie ou choisie, met le désir en tension et garantit la disponibilité de celui-ci au moment convenu.
Pour les amants adultères l’abstinence est (croient-ils) subie, résultant de leurs obligations familiales et professionnelles respectives. Pour le couple bourgeois, l’abstinence est choisie, résultant (idéalement) d’un accord entre les partenaires.
 
On peut imaginer tous les cas de figures intermédiaires, comme par exemple, le couple respectueux de la tradition juive qui interdit l’accouplement entre l’homme et la femme lorsque celle-ci a ses règles et pendant la semaine qui suit, ce qui fait environ douze jours d’abstinence dans le mois. Peu importe que le couple vive la tradition comme un choix assumé ou comme quelque chose qui s’impose à lui. L’abstinence aura le même impact dans un cas comme dans l’autre et assurera que le mari et sa femme se retrouveront pleins d’un ardent désir l’un pour l’autre.
 
Il en va ainsi parce que la libido est une énergie dont on peut imager la dynamique avec le modèle hydraulique de l’instinct que l’on doit à l’éthologue Konrad Lorenz : imaginez une retenue d’eau ou un réservoir alimenté par un flux plus ou moins important et qui, lorsqu’un niveau critique de volume et de pression est atteint, ouvre les vannes et relâche l’eau (ou l’énergie) accumulée.
Il est facile de comprendre qu’en fonction de l’importance du flux d’entrée, les « lâchers » seront plus ou moins fréquents.
Dans son jeune temps, l’acteur porno Rocco Sifredi se faisait éjaculer dix fois par jour ! Sa libido était telle qu’à la plage, il devait draguer avec de l’eau au moins jusqu’à la ceinture... J. Tous les hommes n’ont pas autant d’énergie sexuelle et, heureusement, car rares sont les femmes qui aspirent à passer à l’acte soixante dix fois par semaine.
 
Pour le commun des mortels, la problématique est avant tout de faire en sorte que la disponibilité de l’un rencontre celle de l’autre. Et il suffit pour cela de s’accorder sur un tempo qui garantisse que l’un et l’autre aient passé le seuil critique et se retrouvent en état de tension du désir.
 
La stratégie bourgeoise du samedi après-midi est donc plus intelligente et satisfaisante qu’il y paraît à première vue. Pour autant qu’elle résulte d’un consentement libre et lucide des deux partenaires. Il importe que chacun d’eux accueille le temps d’abstinence comme une délicieuse et progressive montée du désir vers un temps d’autant plus agréable à imaginer qu’on sait qu’il va venir à coup sûr, à un moment idéal, convenu à l’avance et pour lequel chacun se sera préparé afin d’être totalement disponible.
 
Il se joue ici la même logique que pour le désir alimentaire : avoir faim est un plaisir quand on est dans la perspective de déguster bientôt un excellent repas dans un cadre agréable. C’est seulement quand on a faim et que l’on ne sait pas quand on mangera qu’il y a souffrance. Ainsi, la tension du désir, l’appétit, alimentaire ou sexuel, est en soi un plaisir à côté duquel il serait imbécile de passer. D’ailleurs, ne dit-on pas « bon appétit » plutôt que « bon rassasiement » ?
 
Je m’empresse de souligner que, sous ce rapport, on ne peut suivre Michel Onfray qui développe dans La Théorie du Corps Amoureux l’idée que le désir « n'est pas une expression du manque... c'est de l'excès qui appelle débordement. » à tout moment ! Autrement dit, selon Onfray, « désirer, c’est dépenser une énergie qui vous submerge sans jamais s’épuiser  ».
 
Si, comme nous venons de le voir avec le modèle hydraulique de la libido, le désir vient bien d’un « trop plein » qui ne demande qu’à exulter, cet état est rarement permanent tant il est vrai que la jouissance achève le désir dans l’épanchement et le met ainsi proprement à mort (comme le dit si bien le commissaire San Antonio, l’homme est triste après le coït).
 
Ainsi que toute la tradition philosophique le répète à l’envi depuis Platon, le désir et sa disposition à déborder naît bel et bien d’un manque d’accomplissement de l’acte, manque qui permet l’accumulation libidinale, le recueil de cette énergie qui, avant de pouvoir déborder, devra, fort logiquement, atteindre à nouveau le bord. Si le Viagra a un tel succès, c’est que les mâles occidentaux sont bien loin d’un excès libidinal qui menacerait débordement. Hors les natures exceptionnelles, le désir s’assèche vite chez celui qui ne peut ou ne veut s’autoriser sa mise en suspens. Autrement dit, le succès du Viagra prouve que c’est Platon qui a raison et non Onfray.
 
Si je pointe ici les pratiques occidentales, c’est qu’on ne peut pas ne pas faire le rapprochement avec ce sommet paradoxal de l’abstinence qu’est la pratique orientale consistant pour les hommes à s’abstenir d’éjaculer au cours de l’acte amoureux. On pensera ce qu’on voudra des représentations sous-jacentes à cette pratique très répandue en Asie, on pourra, au regard de la science médicale actuelle, les juger sévèrement comme une forme de superstition, mais au niveau pratique le résultat est là : alors que la jouissance vient à lui sans entrave, l’homme qui sait contenir son éjaculation conserve toute la tension de son désir et reste donc « disponible », prêt à la rencontre amoureuse comme un arc qui serait constamment tendu mais ne décocherait pas sa flèche. L’homme devient alors comme la femme, un être multi-orgasmique.
 
Cette similitude, qui les accorde toujours davantage, est une bénédiction en ce qu’elle permet une plus grande proximité dans le cours de l’acte et évite la dépression post-éjaculatoire. Mais en transformant la « petite mort » en mort quasi continue, elle ouvre sur une autre question, peut-être la plus importante de toute lorsque l’on traite de l’amour : celle de la fin du désir, de l’acte, de la relation.
 
C’est avec elle que nous allons achever ce propos où je n’ai cessé de mettre en avant l’importance de l’accord entre les amants et fondamentalement, l’importance du respect de la liberté de l’autre, donc l’importance du renoncement à toute forme de possessivité. Si ce renoncement n’est pas là, les amants ne peuvent connaître la paix car l’un sera toujours à s’inquiéter d’un éventuel éloignement de l’autre. L’angoisse de la fin le tenaillera tant que cette fin ne sera pas venue.
 
Là est, en fait, le plus grave problème des amants : ils se mettent aisément d’accord sur le commencement de leur relation mais laissent la question de la fin dans l’indéfini, dans le « non accord » qui, tôt ou tard, fera désaccord ne serait-ce que par l’anxiété qu’il pourra induire chez l’un ou l’autre. Il n’est point de paix possible dans un tel contexte.
 
Pour réaliser cette paix et la félicité qui va avec, je ne connais pas de plus sûr moyen que de s’accorder sur la fin de la relation car, en définitive, il n’est pas de plus belle façon de dire à l’autre qu’on souhaite le rencontrer pour ce qu’il est et non le posséder.
 
L’idée n’est pas aussi extravagante qu’il y paraît. La romance de l’amour courtois regorge de situations où les amants se trouvent séparés par choix délibéré de l’un ou de l’autre. Je ne connais pas assez ce domaine pour être affirmatif mais j’imagine qu’il doit exister des cas où la séparation intervient par consentement mutuel. Je compte sur les lecteurs savants pour m’éclairer à ce sujet.
 
Toujours est-il qu’il y a tout à gagner à décider d’un commun accord d’une fin pour autant qu’elle soit choisie avec mesure, c’est-à-dire, qu’elle vise non pas à maximiser le temps de la jouissance mais que, tout au contraire, par le choix délibéré de la parcimonie, elle permette de dire à l’autre qu’on désire avant tout le rencontrer et non se l’asservir pour le consommer et satisfaire ainsi ses besoins sensuels, sexuels ou sentimentaux.
 
Ceux qui ont eu l’occasion de vivre une relation dont le terme était connu (par exemple à l’occasion de séjours ou de départs à l’étranger) savent que loin de ternir la qualité de la rencontre, la connaissance (et l’acceptation) de la fin ramène (enfin) les amants dans un présent d’une incroyable intensité. « La vie n’est ta journée que si la mort lui nuit » dit la chanson Le jour se lève de Jean-Louis Aubert. Nous touchons ici à la logique du désir qui veut que nous voyons la beauté de ce qui nous échappe, pas de ce que nous possédons. C’est pourquoi, précisément, nous aimons tellement les « histoires d’amour et de mort ». Elles seules nous mènent au sublime.
 
A titre purement indicatif, pour donner une idée de ce qui se peut faire, je suggérerais donc d’inscrire la rencontre dans une temporalité consensuellement (dé)finie qui portera … :
  1. Sur l’acte sexuel, dont la durée ou, tout au moins le terme sera décidé à l’avance.
Cet objectif peut être aisément atteint en choisissant de faire l’amour tout en écoutant un disque connu (et apprécié) des deux amants :
  1. Cela peut d’une part, contribuer à l’accordage des corps et donc à la félicité. Car, comme s’il s’agissait d’une danse, le rythme de la musique accentue la synchronie des corps et donc l’intensité et le délicieux de leur union
  2. D’autre part, le disque amène tranquillement une fin « naturelle » que les deux amants « connaissent », qu’ils entendent venir dans un commun accord et donc sans avoir à s’interroger sur ce que l’autre veut et ressent. Ils peuvent ainsi communier au présent, avancer de concert dans l’intensité du moment sans se soucier de ce qui vient puisqu’ils en ont déjà convenu, avec une paix et une sérénité qu’aucun doute ne vient troubler.

 2. Sur la relation elle-même, pour laquelle il sera convenu d’un début et d’une fin … :

  1. La fin pourra être non définitive et les amants seront alors libres de se proposer une nouvelle « marche » amoureuse (après un possible temps de latence durant lequel les amants cessent de se voir afin de se redire l’un à l’autre leur non possessivité).
  2. La fin pourra être définitive et la relation viendra alors à son terme, chacun poursuivant son chemin vers d’autres horizons. Il y a là, pour chacun, une forme de sacrifice, un « mourir à l’autre » qui fait toucher au sublime car, par son actualisation, il accomplit et/ou valide, la réalité de la rencontre, le fait qu’elle a été vécue au présent et non dans quelque forme de projection.
Ceux qui se sont mis en accord sur le temps de la présence et le temps de l’absence sont en accord sur tout. Ils sont donc en paix quoi qu’il arrive. Et la paix, avec soi et avec les autres, n’est-elle pas la trame sur laquelle se tisse le bonheur ?
 
Conclusion
 
La perspective mise en avant ici découle d’une logique que l’Occident a poussée au sommet : la logique de l’être, du sujet, de la liberté, de l’affirmation et de la reconnaissance du soi, quand l’Orient a, lui, mis en avant le non-sujet, la participation à la totalité, la soumission au karma, au destin, à la tradition. Il serait naïf et illusoire de tenir cette opposition pour définitive. Ces deux logiques se rejoignent au niveau spirituel.
 
En effet, les modalités de rencontre respectueuse évoquées ici invitent tout naturellement une forme de spiritualité qui, dans l’union, confine au sacré car le renoncement à la possession de celle/celui qui nous donne une joie céleste est une forme de sacrifice de soi qui intervient en même temps que l’autre nous reconnaît absolument dans notre liberté et donc dans notre être.
Nous mourons en même temps que nous venons à l’existence.
Cette conjonction du vivre et du mourir librement consenti fait toucher au divin, non seulement au cours de l’union charnelle mais aussi au quotidien, dans cette incandescence du désir qui accompagne le renoncement à la possession de cet(te) autre dont la présence nous est infiniment précieuse.
Ce ne sont plus des personnes, des masques, des égos qui se rencontrent, mais les pôles féminin et masculin du vivant, incarnés par les amants, qui s’accueillent mutuellement et viennent à la présence, à l’union.
C’est la vie qui prend conscience d’elle-même et qui, au sommet de l’extase, dans un mouvement de total abandon, consent enfin à « ce qui est ».
 
Il n’est pas étonnant qu’une visée de réactualisation de l’amour courtois nous ramène à une perspective presque ésotérique. Il est probable, en effet, que son invention soit due à l’influence qu’ont pu avoir sur l’Occident les traditions himalayennes « féministes » que le tantrisme shivaïte a conservées et qui nous sont parvenues via les cultures perses et arabes.
Tout ceci a une histoire — que l’on pourra aborder en lisant Denis de Rougemont — mais ce n’est pas que de l’histoire. C’est notre actualité. Après deux mille cinq cents ans de domination masculine, les choses commencent à changer.
 
Toutefois, nous n’en sommes qu’au début. Le Tendre est un pays où, contrairement à ce que nous pourrions penser, tout reste à inventer, en particulier la paix. Le territoire n’est certes pas vierge, il a toujours connu des explorateurs plus ou moins audacieux, mais il n’est pas encore balisé ou si peu. Il reste une terra incognita pour la plupart d’entre nous qui nous contentons de quelques comptoirs sur l’embouchure de son fleuve.
 
Certains tentent de traverser ce dernier et s’éloignent ce faisant des formats traditionnels du couple. Mais leur tentative apparaît souvent désespérée car la plupart ne voient pas l’autre rive et restent coincés au milieu du gué, avec par exemple le PCRA.
 
J’ai essayé de montrer à quoi pouvait ressembler l’autre rive, celle du (total) respect mutuel, du renoncement plein et entier à la possession de l’autre, de la liberté pleine et entière que l’on aime à reconnaître à l’autre. C’est la rive de la paix, celle où on s’accorde simplement pour offrir et non pas exiger, celle où la seule demande légitime est que l’autre soit celui qu’il dit être, qu’il agisse selon sa parole, toujours librement exprimée, dans chacun des accords au travers desquels les amants se relient l’un(e) à l’autre.
 
J’ai esquissé une piste pour suggérer comment la volonté de non possessivité, de respect et de paix pouvait s’affirmer dans l’accord sur la dimension temporelle de la relation. Elle est, bien sûr , aussi concernée par l’espace et peut s’affirmer dans la pleine liberté accordée à l’autre d’explorer les jardins et les champs de l’humain pour y faire toutes les rencontres qu’il/elle pourrait encore désirer.
 
Lorsque l’amour est adulte et non pas porté par l’infantile en nous, la possibilité du polyamour — à ne pas confondre avec le libertinage et toutes les formes de consommation sexuelles et sentimentales — va a priori de soi puisque, il faut y insister, la liberté de l’autre est non seulement acceptée, elle est voulue comme condition sine qua non de la vérité de sa présence.
 
Autrement dit, il n’est rien qui impose a priori qu’une personne doive se vouer entièrement à une autre.
 
Même s’il n’est rien non plus qui l’interdise a priori.
 
A l’inverse, même si le polyamour est disons « de mise » entre adultes lucides et consentants, il n’en est pas pour autant obligatoire. Pour ces derniers, tout est possible, même un accord sur l’exclusivité dans l’espace. Il importe seulement que cet accord apparaisse pour ce qu’il est : le constat de l’impossibilité pour l’un d’accorder à l’autre sa pleine liberté, l’impossibilité du renoncement à la possessivité. Un tel accord se distancie du principe de total respect de l’autre et de sa liberté et semblerait devoir être rejeté mais ce serait mal comprendre le principe de l’accord qui, comme son nom l’indique, est destiné à instaurer une entente entre les partenaires et peut donc s’accommoder autant qu’on voudra d’aménagement des principes fondamentaux dès lors que ceux-ci ne sont jamais que l’expressison d’un accord, forcément révisable par nature.
 
La seule chose qui importe en définitive, c’est que les amants veuillent, se tiennent et visent à tout instant l’accord, quitte, pour le trouver, à amender la constitution de leur démocratie amoureuse pour s’adapter aux fragilités et plis de l’un ou de l’autre.
 
Pour le dire autrement, ce qui importe en définitive, c’est que l’accord et donc la paix soient au fondement de la relation et que, tant que cette dernière dure, ils restent constamment entretenus, nourris, vivants, indépendamment de la direction prise, que l’on choisisse, par exemple, d’aller vers une séparation définitive ou vers la conception d’un enfant.
 
Cette dernière pourrait sembler devoir imposer ses coutumes aux amants, mais vu la proportion actuelle de familles recomposées et, surtout celle, forcément supérieure, de familles décomposées, nous savons bien qu’il n’est plus de norme qui vaille en la matière.
 
Là aussi, nous sommes libres et tout reste à inventer ou, peut-être à réinventer pour aller vers la paix, pour que les enfants de l’amour deviennent enfin plus nombreux que les tristes enfants du chaos — à la fin de son livre « Je t’aime  », le philosophe Vincent Cespedes offre à ce sujet des pistes de réflexions que je trouve intéressantes quoique naturellement discutables.
 
Les structures familiales ayant, depuis toujours, été le creuset des structures politiques (voir par exemple le système familial selon Emmanuel Todd), nous comprenons d’où provient fondamentalement la violence de ce monde, nous comprenons l’impact que nous pouvons avoir sur celui-ci si nous sommes capable d’instaurer la paix dans nos vies et celles de nos enfants.
La révolution nécessaire à la démocratie amoureuse n’est pas une révolution de salon ou de boudoir.
C’est une révolution tout court.
Elle est en notre pouvoir.
Elle est donc notre devoir.

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36 réactions à cet article    


  • tikhomir 7 juin 2011 11:49

    En fait, mais ce n’est que mon avis, le grand manque dans votre suite d’articles, et ce avant d’être d’accord ou non avec ce que vous dites, c’est que vous n’avez pas défini l’amour. Qu’est-ce que l’amour (au moins selon vous) ? Je suis bien conscient que c’est un vaste sujet, mais vous devez admettre que tout le monde ne met pas la même chose là dedans. Faites un essai autour de vous, demandez à votre entourage ce qu’est l’amour, comment il s’exprime, etc.. Les réponses sont très variées, parfois contradictoires, souvent assez floues, hésitantes. Vous et moi en avons-nous la même définition ? Pas certain.

    D’ailleurs, cela peut aussi faire l’objet d’un accord entre les personnes, en tout cas qu’ils en discutent sérieusement avant. Si tout le monde ne s’entend pas sur ce que c’est, ou ne comprend pas la vision qu’en a l’autre c’est déjà mal parti. Peut-être qu’une partie de problème est là aussi.


    • MICHEL GERMAIN SO ! 7 juin 2011 13:58

      Et la masturbation, la branlette...on la met où dans tout ça ? c’est de l’amour propre selon Pascal ou l’amour de soi selon Nietzsche ? peut être le symbole de ce que l’Homme peut faire pour lui même selon Diogène ? vas savoir !!??


      • Luc-Laurent Salvador Luc-Laurent Salvador 7 juin 2011 20:49

        La masturbation est une pratique sexuelle. Elle peut être vécue dans l’amour ou hors de l’amour. Il me semble qu’elle n’a donc pas de lien nécessaire avec celui-ci.


      • Luc-Laurent Salvador Luc-Laurent Salvador 7 juin 2011 20:38

        Je suis ravi que vous ayez soulevé ce point car il me semble qu’il peut illustrer la force du principe de l’accord.

        Ce dernier, en effet, peut se formuler comme l’idée que, dans la rencontre amoureuse, les partenaires se rencontrent là où ils sont en accord et, par conséquent, ils ne s’attendent pas là où il n’y a pas eu d’accord.

        Dans ce contexte, l’éventualité probable d’une divergence entre les partenaires quant à la définition de l’amour (vu qu’il n’existe pas de consensus ou de savoir normatif sur la question de savoir ce qu’est l’amour) n’apparaît pas problématique.

        D’abord pour la bonne raison qu’elle a très peu de chance d’être aperçue. A part des amants philosophes, qui se piqueraient de venir chercher l’accord avec son partenaire sur cette question ? Qui en a besoin ? Personne !

        Ensuite, parce que l’accord sur la présence donc le vrai, le respect, la liberté, la paix constitue la seule représentation partagée de l’amour dont les amants aient besoin. S’accorder sur ces principes, c’est créer les conditions de possibilité d’une flamme dont la chimie nous échappe mais dont la seule chose qui compte est qu’elle brûle.

        Vous pourriez me dire que les principes en question constituent les éléments d’une théorie « en acte » de l’amour et je serais tout à fait d’accord. Il me semble que c’est ce genre de théorie dont nous avons besoin. Une théorie qui inclut la pratique.

        Maintenant, mon goût pour la théorie pure étant ce qu’il est, je trouve passionnante la visée de définir l’amour. Je me suis déjà attelé à la chose. Mais comme vous le comprenez sans doute très bien, dans la question « qu’est-ce que l’amour ? », le mot le plus important, le plus difficile à cerner aussi, n’est pas amour, mais être. L’ampleur de la question fait que cette série n’était pas le lieu adéquat pour la développer.


        • Luc-Laurent Salvador Luc-Laurent Salvador 7 juin 2011 20:39

          le message ci-dessus s’adressait à tikhomir bien sûr



        • tikhomir 7 juin 2011 23:12
          « dans la question « qu’est-ce que l’amour ? », le mot le plus important, le plus difficile à cerner aussi, n’est pas amour, mais être. L’ampleur de la question fait que cette série n’était pas le lieu adéquat pour la développer. »

          Fort juste si on ne le dissocie pas de l’amour qui donne au moins un contexte et je n’attendais pas moins de finesse de votre part. Vous pourriez poser la question « Qu’est-ce qu’aimer ? » aussi d’ailleurs, qui est une question particulièrement intéressante. C’est pareil, cela ne fait pas l’unanimité (essayez de poser la question autour de vous). Vous avez partiellement répondu en parlant d’entente et de liberté, etc. (pas besoin de redonner toute la série d’articles), mais cela me semble partiel.

          Tout cela m’apparaît pourtant fondamental, surtout là où on parle « d’amour courtois » (qu’il soit « courtois » ou non, il est question d’amour). C’est bien cela qui fait que j’ai un peu de mal avec tout un morceau de ladite théorie que vous exposez et si j’ai du mal, c’est justement à cause de ces questions sans réponse. D’autre part je cautionne totalement toute une autre partie de ce que vous dites, en tout cas sur le principe.C’est peut-être dû à une incompréhension de ma part...

          Il est bien évident que ce n’est pas l’endroit pour développer la chose (même si nous pouvons en discuter à part ou sous un de vos prochains articles), mais pour ce que j’en ai lu et compris, cette révolution si elle se fait, ne pourrait se faire que sans moi. En tout cas à ce sujet car vous parliez de quelque chose de plus global smiley.

        • Luc-Laurent Salvador Luc-Laurent Salvador 8 juin 2011 21:50

          Que ma « théorie » vous semble incomplète et laissant des choses dans l’ombre me paraît la chose la plus naturelle du monde et je ne peux y voir un reproche sérieux.

          Je suis ravi déjà que vous adhériez à certains éléments et pas étonné que vous vous déclariez non concerné par la révolution suggérée.

          J’ai fait de mon mieux mais je vois bien que je suis loin d’avoir clarifié le paysage autant que je l’aurais voulu.
          Il me faudra m’atteler à nouveau à la tâche avec la visée de faire encore plus simple, la visée de faire le plus simple possible, mais pas plus comme disait Einstein.

          Quant à la révolution à laquelle je pense, elle est globale, en effet. Elle est même très vaste. Je vois très bien où je veux aller. Beaucoup moins bien les voies à emprunter.

          Il y aura sans doute du déchet. Mais l’important est d’avancer avec persévérance, sans s’arrêter, aux obstacles, à l’insuccès comme au succès.

          Le chemin est le but. Peu importe où il me mènera, il faut y aller... smiley

        • tikhomir 9 juin 2011 11:10

          Non, bien sûr que ce ne sont pas des reproches, c’est juste une discussion sur des idées.

          J’y ai réfléchi un peu de mon côté et ce qui m’interpelle, c’est que dans vos articles qui parlent d’amour courtois (et donc d’amour), je ne vois pas tellement d’amour entre les gens. Vous parlez de respect, de plaisir, de désir, beaucoup et de comment respecter l’autre et là j’adhère à peu de choses près. Là où ma pensée diverge, c’est sur la question de l’amour et malheureusement, je n’en vois pas beaucoup. C’est pour ça que plus haut dans mes commentaires les questions « Qu’est-ce que l’amour ? » et « Qu’est-ce qu’aimer ? » sont sorties.

          Mais comme la formulation de mes phrases l’indique JE n’ai pas vu beaucoup d’amour dans tout ça, ce qui ne veut pas dire qu’il n’y en a pas selon d’autres ou selon vous. Cela vient certainement de moi qui en ai une vue peut-être (certainement même) différente de la vôtre. Et c’est tout l’intérêt justement de parler d’amour, pour voir si tout le monde est d’accord déjà sur la base.

          Je ne pense pas que vous deviez faire plus simple, c’est déjà très simple, facile et agréable à lire, c’est juste, à mon humble avis, que vue qu’il est question de quelque chose de global, il manque forcément des choses.

          De toute façon, il n’y a pas des milliers de façons pour faire ce que vous faites : soit vous partez du général pour aller vers le spécifique, soit l’inverse, le spécifique pour aller vers le plus général (ce que vous semblez faire).


        • Luc-Laurent Salvador Luc-Laurent Salvador 9 juin 2011 20:37

          Vous y revenez et je le comprends. Peut-être aurais-je dû être plus direct précédemment et reconnaître que j’ai délibérément contourné la question de savoir ce qu’est l’amour car je pensais (et je pense toujours) pouvoir m’en dispenser.

          Krishnamurti ne disait-il pas que l’on peut seulement en parler de manière négative ? L’amour n’est pas ceci, l’amour n’est pas cela. Je l’ai longtemps cru mais étant de formation scientifique, je sais trop bien que l’on peut parler de tout, il suffit de se donner une méthode. Elle ne garantit pas d’éviter le n’importe quoi mais elle garantit qu’on peut parler de tout J. C’est possible donc, mais, j’y insiste, ce n’était pas le moment.

          J’ai exposé ce qui me paraissait nécessaire et suffisant, à savoir le fait que la dynamique de l’amour se joue dans l’opposition Eros / Agapé où le premier porte à la possession et l’autre porte à l’abandon.

          L’amours courtois a, en Occident, introduit (davantage qu’inventé puisqu’il s’agit, à ce que je crois, d’un héritage hymalayien) un mouvement de bascule entre Eros et Agapé, un renversement qui a ouvert à la femme un autre statut que celui de chose sexuelle des mâles dans une ère de domination masculine qui se mesure en millénaires.

          La recherche d’un équilibre est depuis possible car en ramenant Eros sous contrôle d’Agapé (d’où cette idée de « Agapé-qui-contient-Eros ») chez l’homme comme chez la femme, celle-ci n’est plus seulement objet, elle accède au statut de sujet et, dès lors, la relation (d’amour smiley peut atteindre Philia et placer les partenaires dans cette douce réciprocité et complicité absolument respectueuses de l ‘autre qui caractérise l’amitié.

          Peut-être aurais-je dire explicitement que le principe de l’accord que je propose est, ce qui amène tout naturellement les amants à atteindre cette forme d’équilibre que bien des couples atteignent spontanément mais qu’un grand nombre aussi perdent aussi très souvent car ils ignorent en fait la logique de l’accord sous-jacente.

          Si vous voulez creuser cette question plus avant, je vous invite à aller sur mon site de psychologie synthétique où j’ai commencé (à peine) à poser les premiers éléments d’une théorie de l’amour qui pourra apporter une réponse à la question « Qu’est-ce que l’amour ? ».

          Mon intention est d’en faire un livre et pour le moment je mets de l’ordre dans mes idées, notamment par les retours que me font les lecteurs attentifs.

          Pour finir donc, je dirais que je pense avoir de bonnes pistes sur la chimie de la flamme de l’amour mais la présente série d’article visait d’abord à proposer une sorte de mode d’emploi pour un bon usage de ladite flamme. Ni se brûler, ni l’étouffer, mais s’y réchauffer, s’éclairer et surtout, la regarder.


        • tikhomir 10 juin 2011 13:02

          Eh bien voilà, il fallait mette ce lien directement au début de l’article smiley. J’ai pour le moment parcouru un peu, je prendrai un vrai temps de réflexion à propos de ce qui est écrit sur le site.

          « Krishnamurti ne disait-il pas que l’on peut seulement en parler de manière négative ? »

          Tout dépend de ce que l’on appelle « de manière négative ». Si c’est en parler en disant ce que l’amour n’est pas, alors ce sont les tournures de phrases qui sont négatives. Si c’est en parler de manière vraiment négative, c’est différent. C’est une question car je ne connais pas bien Krishnamurti (sa vie globalement et cela s’arrête là).

          J’espère ne pas rater la sortie de votre livre si un jour il est publié.


        • Eleostearique 8 juin 2011 20:16

          Ouah ! maintenant grâce à votre article la relation à deux n’a plus de secret pour moi ! je sais comment m’y prendre !
          1- d’abord s’assurer que nous sommes en accord à tout moment
          2- sortir de chez soi pour exprimer son désir
          3- ne pas faire souvent l’amour et même convenir, avec le partenaire, où, quand et à quel moment nous allons nous retrouver nue à nu
          4- vouloir l’autre libre
          5- vivre des polyamour si cela nous plait
          6- entretenir l’accord et la paix qui sont le fondement de cette relation
          7- et l’amour ? non , ce qui est recherché c’est la présence, et avec elle viendra....

          Je suis à la fois ravie et triste.
          Ravie car moi qui me demande souvent comment je dois faire, il me semble que vous donniez des outils pour construire une relation où règne la paix...
          Triste car tout cela semble froidement disséquer, soupeser, analyser...Il me semble que vous êtes comme un architecte qui aurait construit un pont pour permettre la traversée du fleuve le tendre, lorsque nous avons fini de le traverser et que nous nous sommes rendus sur l’autre rive, je pense que nous découvrons que nous sommes seuls. Comme un électron libre ?Pas d’attache, pas de lien...juste une liaison « présence » qui dure le temps de la présence.


          • Luc-Laurent Salvador Luc-Laurent Salvador 8 juin 2011 21:34

            Je sens bien votre déception derrière votre dérision.
            Je doute de pouvoir vous amener à réviser votre perception. Mais je vais néanmoins tenter.

            Vous dites que de l’autre côté, celui que j’ai essayé de « cartographier », nous découvrons que nous sommes seuls.

            Un mot manque ici. C’est le mot « aussi ».

            Je pense qu’en toute honnêteté vous serez disposée à reconnaître que lorsque nous sommes sur la rive initiale, celle des couples traditionnels, il suffit d’un brin de lucidité pour découvrir que nous sommes seuls aussi.

            Nous sommes seuls d’abord parce que quelles que soient les promesses (éternelles) et les contrats (béton) que se font les amants qui suivent la tradition, la statistique est cruelle, ils se verront, dans une proportion affolante, reniés ou rompus.

            Que valent des attachements et des liens dont la stabilité est de l’ordre du pile ou face ?

            Ensuite, même s’ils durent, quelle valeur ont-ils réellement ?

            Déclarerait-on un attachement à vie à son conjoint si, en raison de la tradition et de la norme de réciprocité, on n’avait le secret espoir qu’il/elle fasse de même ?

            De sorte qu’il deviendra alors possible de consentir conjointement à une con-jug-alité éternelle en signant au bas d’un parchemin qui vaudra titre de propriété réciproque ?

            Je ne nie pas du tout qu’il soit possible de vivre au 7eme ciel dans un tel cadre, de vivre une profonde et belle relation empreinte d’amour et de respect. Mais ce n’est pas la loi du genre. Qui peut nier que ce cadre a, il faut insister, généralement servi à un asservissement réciproque des con-jug-aux ? A commencer par le devoir conjugal ?

            Alors oui, dans ce cadre, l’attachement, le lien, on en a, en-veux-tu-en-voilà ! Mais à quel prix ? Ce qui a de la valeur, la libre et donc réelle présence de l’autre à mes côtés, disparaît dès lors que je le/la sais attaché(e) à moi par quelque lien que ce soit.

            Ecoutez la chanson de Brassens « La non demande en mariage » où il dit si joliment qu’il ne veut à aucun prix effeuiller dans le pot au feu la marguerite.

            Ceux qui vivent en sachant, en voulant l’autre libre (et même pas nécessairement hors mariage) vivent intensément ce présent de la présence de l’autre dans leur vie parce qu’ils savent que nous naissons seuls, nous mourrons seuls et que le miracle est donc de réussir à rencontrer l’autre ici-bàs. Et cela ne se peut que si l’autre est laissé(e) libre, donc sujet et non objet. Un objet ne se rencontre pas, il se possède et s’utilise.

            Je ne suggère pas du tout que cela pourrait être votre cas, mais ceux qui veulent l’autre attaché ont généralement peur d’eux-mêmes, de la solitude et de la mort. Ils cherchent satisfaction dans le cadre sécurisant institué par la société et quand ils y correspondent, ils aiment l’illusion de croire qu’ils sont aimés, aimables, accompagnés et que cela durera l’éternité. Ils ont trouvé un « autre » qui peut rentrer avec eux dans le cadre et après, ils jouent à sauver les apparences avec plus ou moins de talent et plus ou moins de réussite.

            Tout ça n’a plus aucun sens. Nous ne sommes plus des automates, des marionnettes asservies ou assignées à des comportements normés.

            La rencontre ne peut s’opérer qu’entre être libres. Sinon c’est juste de la comédie, du jeu de rôle, du théatre, du grand-guignol qui vire encore trop souvent à la tragédie.

            Pour le dire peut-être plus clairement, pour rencontrer, il faut être seul. Savoir qu’on l’est, accepter de l’être et s’en bien porter.

            Alors seulement, quand on ne fuit pas la solitude, quand on l’habite, on peut venir à la vraie rencontre dans le plus total respect de l’autre, sans chercher à se l’attacher, à le posséder, en acceptant qu’il puisse être ou ne pas être, là, selon son désir.

            Les moments de présence qui viennent alors, ont forcément une durée limitée, mais quelle qu’elle soit, qu’elle se compte en minutes, en heures, en jours, en mois ou en années, elle n’a finalement qu’une importance relative car ces moments sont avant tout des instants d’éternité qui ne passeront pas et qui font, proprement, la valeur de la vie. Ne pas les connaître, c’est avoir vécu en vain.

            Il va de soi qu’un attachement de même quatre ou cinq décennies ne garantit nullement qu’une rencontre ait (eu) lieu.

            Et il y a toute raison de penser que lorsque le sentiment amoureux initial laisse place à un simple attachement, à des liens tissés dans l’habitude, les sentiments de sécurité et de « compagnie » sont peut-être préservés mais il y a toutes chances que l’amour se soit enfui car, précisément, l’autre est devenu l’être-sous-la-main, celui/celle qu’on ne voit plus à force d’habitude.

            Celle/celui qui a besoin de l’autre pour ne pas être seul(e) ne peut le rencontrer. Elle/il peut seulement se l’asservir, se l’attacher.

            Qu’en pensez-vous ?

             

             

             

             

             


          • Gaelletv 30 août 2011 21:13

            Bonjour Eleostearique,

            Je ne comprends pas bien si vous êtes polyamoureuse. Je suis Journaliste pour France 2, sur l’émission « Toute une histoire » présentée par Sophie Davant, nous travaillons actuellement sur le sujet « On les appelle les polyamoureux ». Nous recherchons divers témoignages.
            Si vous vous sentez concernez, je vous propose de me recontacter au 01 53 84 34 28 ou si vous préférez vous pouvez me transférer vos coordonnées à gprudhomme@reservoir-prod.fr
            Cordialement,
            Gaëlle


          • Eleostearique 9 juin 2011 19:03

            « nous naissons seuls, mourons seuls et que le miracle est donc de réussir à rencontrer l’autre ici-bas ».

            D’accord.

            Réussir à rencontrer l’autre c’est vouloir l’autre libre, le respecter, être vrai, pas de comédie, la présence...
            En tenant compte de vos critères, je rencontre ma soeur, je crois avoir également rencontré mon père. Je suis d’accord, ne pas les connaître c’est avoir vécu en vain.

            Je dirais que dans la relation (quand nous parvenus sur l’autre rive) il y a 50% d’Agapé, 45 % de Philia et 5 % d’Eros. Bien sûr que la paix y est, les ingrédients sont réunis.

            En ce qui concerne le mariage, je ne suis pas d’accord avec vous. Je pense que ceux qui s’engagent dans cette voie sont de véritables révolutionnaires. De nos jours, se marier serait presque « anormal ». Je crois avoir lu quelque part que nous sommes dans un mode de consommation, et que celui-ci s’étendait à nos rencontres affectives. Se marier c’est reconnaître le/la partenaire comme celui/celle dont nous souhaitons mettre notre main dans la sienne. Bien sûr que nous demeurons seuls, simplement nous avons un compagnon de voyage avec qui nous nous sommes mis d’accord sur l’itinéraire à prendre.
            La mariage peut durer un court moment, tout comme la relation que vous présentez. Mais qu’importe ! Quelquefois les voies sans issues méritent d’être visitées.
            Ce que j’apprécie particulièrement dans le mariage, c’est que les partenaires n’ont aucune difficulté à présenter celui/ou celle qui l’accompagne. Ils disent « ma femme, mon épouse, mon époux, mon mari ». Tout est dit, bien sûr vous pourrez me dire, « les termes utilisés précédés du pronom possessif » est contraire ou « vouloir libre ». Dans ce cas, dans la relation que vous proposez, je me demande comment un partenaire pourrait présenter l’autre partenaire, sont exclus les termes « ma compagne, mon compagnon, mon ami(e), ma copine, mon amant, mon amante... » (à cause du pronom possessif !), peut-être que l’on présenterait l’autre simplement par son prénom, ce qui a de plus simple, rien n’est dit comme ça !


            • Luc-Laurent Salvador Luc-Laurent Salvador 9 juin 2011 21:31

              J’ai plaisir à voir que vous m’avez bien compris. Je crois en effet qu’on peut donner la couleur ou la tonalité d’un amour au travers des pourcentages d’Eros, Agapé et Philia. Pour ce que j’en vois vous êtes aussi proche que possible de l’amour courtois, à deux doigts de verser dans l’ amour platonique smiley

              Concernant le mariage, je vois bien votre conviction mais j’ai du mal à suivre vos arguments. Partir de l’idée que se marier serait presque anormal me paraît tout à fait exagéré et même contraire à la vérité même  s’il est très clair que vivre maritalement, c’est-à-dire, non mariés, est devenu tout à fait banal. Mais pas au point d’être normatif et de faire passer le mariage pour anormal.

              Pour voir du révolutionnaire dans le mariage vous devez avoir un sacré pouvoir d’auto-persuasion ou une histoire personnelle peut-être qui vous a amenée à voir les choses ainsi. Mais je vous assure que vous ne pouvez pas en faire un principe général. Le mariage est encore la norme sociale convenue et convenable.

              Par ailleurs, il semble que vous soyez à rapprocher le mariage de la relation libre que je propose (et qui, pour lever toute équivoque n’est pas le PCRA mais un au-delà du PCRA). Dès lors je vous demande, où se tient selon vous la différence ? Qu’est-ce qui ferait que, selon vous, le mariage serait révolutionnaire ? Je ne le vois pas…

              Sûrement pas le fait de se prendre la main ou d’avoir un compagnon de voyage avec qui nous avons décidé d’un itinéraire.

              La seule différence qui peut apparaître ici c’est que dans le mariage, les partenaires s’engagent à un « toujours ».

              De sorte que vous ne pouvez pas décemment dire que « le mariage peut durer un court moment » comme s’il était loisible de s’engager dans un mariage à la carte, pour un certain nombre d’année. Ça c’est la relation libre qui le permet.

              Des mariages peuvent être courts, très courts même parce que le divorce peut arriver très vite. C’est tout.

              Enfin, je trouve que vous soulevez un problème très intéressant,  mais je suis un peu surpris que vous fassiez de la facilité à présenter son conjoint un argument en faveur du mariage.

              En effet, cela renvoie directement à la normativité du mariage qui fait qu’on a les mots pour le dire, parce que c’est dans l’usage.
              Idem pour les autres expressions qui sont aussi très banales même si d’usage différencié en fonction des contextes relationnels.

              Ce qui est intéressant, je trouve, c’est comment, en effet, éviter d’en revenir au possessif si férocement inscrit dans la langue.

              Je n’ai pas de solution ce soir. Le problème ne m’a, il est vrai, pas trop préoccupé. Mais, assurément, il mérite réflexion. Une solution élégante serait précieuse.

              La possibilité la plus intéressante qui me revient à l’esprit, c’est l’idée que l’un(e) se déclare compagnon(ne) de l’autre. Mais ça peut faire un peu lourd à l’usage.

              A réfléchir quoi qu’il en soit !

              Pour finir, je vais jouer l’avocat du diable et tenter d’aller dans votre sens.

              Le mariage peut sembler révolutionnaire en des temps d’individualisme forcené au sens où il reste porteur de l’Agapé de l’amour courtois qu’il a « récupéré ».

              En toute rigueur, celui qui se marie est censé être conscient du don de soi qu’il opère.  Le problème est qu’à force d’usage, la tradition a versé dans un pur rite social dont la signification s’est perdue et bon nombre d’individualistes se marient en pensant que c’est seulement l’autre qui se donnent à eux.

              Quant à eux, ils donneront, certes, mais… librement, quand ils le voudront.

              Ceci me rappelle mes premières discussions au sujet du mariage. J’étais déjà assez radical et à ceux qui me disaient qu’il fallait faire des concessions dans la vie de couple, je disais que non, que je ne ferai jamais aucune concession.

              Et je suis heureux de constater à présent que j’ai été fidèle à ma parole. Je ne fais pas de concession. Et s’il peut le sembler à certains, je ne le vis pas comme cela. Je fais juste que chercher l’accord et mon bonheur est qu’il n’est pas si difficile à trouver.

              Entre personnes sincèrement désireuses d’être en accord, il s’avère que ce que l’on désire se marie aisément à ce que désire l’autre. Nul besoin de concessions ou de donnant donnant ou je ne sais quoi. En tout cas, je n’ai pas ce vécu.


            • Eleostearique 10 juin 2011 04:05

              De sorte que vous ne pouvez pas décemment dire que « le mariage peut durer un court moment » comme s’il était loisible de s’engager dans un mariage à la carte, pour un certain nombre d’année. Ça c’est la relation libre qui le permet.« 

              Vous avez raison, je voulais présenter le mariage comme révolutionnaire mais ce n’est pas le cas. En fait, je cherchais comment le mariage se différencierait de la relation que vous proposez.

              Et je crois qu’en lisant la phrase »La seule différence qui peut apparaître ici c’est que dans le mariage, les partenaires s’engagent à un « toujours », je me suis dit que par le mariage, nous entrons dans le quotidien des couples. La relation que vous proposez est « l’idéal » et restera idéal aussi longtemps qu’elle sera tenue éloigner des vicissitudes de la vie quotidienne. Parce que le mariage, est un oui à long terme, les partenaires sont capables de s’investir dans des projets communs. Alors que le seul projet que je vois présent dans votre relation, c’est la présence.

              Votre relation concerne des partenaires libres, certes, mais aussi des partenaires qui n’ont aucun désir de s’investir dans des projets où il faudrait être à deux. Ils sont pareils à deux droites parallèles. Vous dites que dans cette relation, il y a abandon-de-soi, je dirais que c’est bien la seule chose qu’on abandonne, tout le reste on le garde pour soi. C’est une très belle relation que vous nous présenter bien qu’elle m’apparait comme stérile.


              • Luc-Laurent Salvador Luc-Laurent Salvador 10 juin 2011 20:36


                Woaw ! J’aime bien le ton véhément de votre critique. On sent une forme di’mplication personnelle. A tout le moins, le sujet que j’aborde dans mes articles ne vous a pas laissée indifférente. Et j’apprécie.

                Pour venir à votre commentaire, je suis heureux que vous reconnaissiez que le mariage n’est pas révolutionnaire (et à mon sens, il ne l’a jamais été puisqu’il était avant toute chose conçu pour assurer la pérennité de l’ordre social. Dans le genre révolutionnaire, on a vu mieux).

                Comme vous le dites, vous cherchez une différence entre le mariage et l’amour libre que je propose et je vous crois. Car, pour une raison qui m’échappe, tout se passe comme si vous cherchiez à atteindre la vision que je propose avec tout ce qui vous passe par la main (la question de la solitude, le mariage...). Comme si vous aviez une dent contre cette perspective mais pas vraiment d’arguments.

                Maintenant vous m’opposez l’idéal. Le mariage seul serait dans le quotidien, la relation libre seule dans l’idéal. C’est à n’y rien comprendre. Il me semble avoir suffisamment insisté sur le fait que l’on peut tout faire entrer dans la bulle amoureuse, TOUT, mais ce qui importe, c’est de le faire sur la base d’un accord entre les partenaires sans que l’un se voit imposer quelque chose par l’autre comme « allant de soi » du fait qu’il a pu déclarer ces fameux trois mots « je t’aime ».

                On se demande bien quelle idée vous vous faites de la présence pour évoquer cette image des parallèles. S’il est une situation qui mérite une telle image, c’est bien celle des mariés complètement inscrits dans un stéréotype social, qui se domestiquent l’un l’autre pendant des décennies et qui découvrent au moment de mourir qu’ils ont vécu avec un(e) inconnu(e). Je ne délire pas, c’est la loi du genre quand vous portez les valises que vos parents et la société vous a refilées en vous disant « allez porte ça, c’est ton devoir, c’est qu’il faut faire ». Et le mouton occidental s’exécute en général...

                Ce que j’ai essayé de dire que tout ça c’est fini. La liberté inhérente au principe de responsabilité et de choix (dont la révélation néotestamentaire a été porteuse et dans laquelle on peut (je crois) voir la principale source et de la renaissance et de la révolution française) a achevé son travail de sape au travers de l’individualisme porté au pinnacle durant le XXe siècle.

                Dorénavant, nous voulons être dans l’être et non plus dans l’asservissement à quelque machinerie sociale que ce soit. Le libre-arbitre est une conquête et il fait éclater les cadres anciens. C’est ce qui nous arrive, là, maintenant. Et il faut gérer. C’est-à-dire, assumer, cette responsabilité, cette conscience que nous avons dorénavant qui nous interdit de nous inscrire trivialement, mécaniquement dans les usages simplement parce que « ça se fait ».

                Oubliez vos fétiches, vos objets transitionnels, oui, vous êtes seule, nous sommes seuls et, miracle, c’est ce qui nous permet de rencontrer, enfin ! A partir de là, tout est possible, rien n’est interdit dès qu’est sauf le respect que l’on se doit.

                En conclusion, vous exprimez seulement votre préférence pour le mariage, mais vous ne donnez pas de raisons bien claires pour le motiver. Cela ressemble terriblement au sauvetage d’une habitude de pensée qui, comme toutes les habitudes, vise d’abord la sécurité.

                Le problème est que celle-ci s’obtient généralement au prix de la vérité. Car pas de sécurité sans stabilité et pas de stabilité sans oeillères qui permettent de ne pas regarder le changement constant inhérent à la vie.

                La visée de présence est une visée de « réalité » de l’autre, de son désir d’être là, ici et maintenant. Attachez cet autre, pas un contrat ou ce que vous voulez, et c’en est fini de la vérité de sa présence. Vous pouvez toujours courir.

                Vous savez que l’autre est là quand il/elle est là et qu’il/elle n’est pas tenu(e) d’être là. S’il y a contrat, il/elle l’est.

                Donc si vous voulez vivre une véritable rencontre, oubliez les contrats. Si votre besoin de sécurité vous y oblige, alors vous répétez la sempiternelle comédie...


              • Eleostearique 11 juin 2011 21:06


                "Donc si vous voulez vivre une véritable rencontre, oubliez les contrats. Si votre besoin de sécurité vous y oblige, alors vous répétez la sempiternelle comédie..."

                Effectivement vous avez raison, j’ai une préférence pour le mariage et pas beaucoup (pour ne dire peu !) d’arguments pour justifier cette préférence.

                Je dirai que c’est le mariage religieux qui a ma préférence. Je suis sûre que vous trouveriez des arguments pour me démontrer que tout cela n’est qu’illusion mais je ne changerai pas d’avis. Je pense, peut-être à tort !, que s’unir religieusement c’est recevoir l’accord de la Vie, sa bénédiction, transformer le plomb de la relation en or...Pas de comédie, que du vrai.


              • Luc-Laurent Salvador Luc-Laurent Salvador 11 juin 2011 21:13

                Je ne suis pas insensible à ce que vous dites. Je sens de l’écho en moi. Mais il reste encore à organiser la chose conceptuellement.

                Je ne sais pourquoi j’ai le sentiment que vous parlez de mariage religieux en général, comme s’il était indifférent de savoir de quelle religion il s’agit. Je me trompe ?


              • Eleostearique 12 juin 2011 15:59

                Oui, vous avez bien compris. Je parlais du mariage religieux en général. Je suppose que vous allez me dire que je suis dans l’erreur. Peut-être ? C’est l’idée que je me fais du mariage religieux.
                N’en parlons plus. Je crois que nous sommes arrivés au bout de notre discussion.

                Je voulais vous dire combien j’étais ravie de vous suivre sur l’autre rive. Vos articles témoignent du respect que vous avez pour l’être humain et de votre désir de faire que la rencontre ne soit pas un vain mot. J’attends avec impatience votre livre smiley


              • tikhomir 10 juin 2011 12:38

                Pour le mariage, il faut nuancer. Qu’est-ce qu’un mariage ? Un mariage républicain (pas ceux de la Révolution, ceux de maintenant smiley ), ne signifie pas la même chose qu’un mariage chrétien, qu’un mariage musulman, qu’un mariage juif, qu’un mariage hindou, etc..

                Pour ma part, parce que je suis catholique, je m’en tiens au mariage selon la vision chrétienne à savoir la réalisation pleine de ce que l’auteur nomme un « aban-don » de soi-même. Les personnes se donnent l’une à l’autre, un don, c’est un don et on ne peut pas reprendre ce qu’on a donné. Le fait de se reprendre montre que les personnes ne se sont en fait pas mariées, elles n’ont pas formé « une seule chair » (1). De nos jours, le mariage est donc de plus en plus rare puisque les gens se séparent.

                Le vrai mariage est révolutionnaire à notre époque, par contre la convenance ridicule de signer un contrat à la mairie puis pour certains de passer à l’église, n’a que peu à voir avec un mariage si c’est « pour la forme » ou pour un statut juridique, social, etc..

                De même, deux personnes qui se « marieraient » et n’auraient pas de relations sexuelles ne seraient pas mariées. Par exemple, pour l’Église catholique, passer à l’église ne suffit pas à être marié, le sacrement se réalise pleinement lors de la relation sexuelle, quand les deux ne forment qu’une seule chair (1).

                Donc deux personnes vivant maritalement et s’étant données réellement l’une à l’autre, même sans contrat ou sacrement, peuvent être considérées mariées. La Tradition juive l’exprime un peu comme cela, les jeunes étaient considérés mariés dès lors qu’ils habitaient ensemble, c’est tout.

                Alors bien sûr, les époux ne se possèdent pas mutuellement, puisqu’une des conditions pour le mariage, c’est la liberté (à tout moment, du choix du mariage mais aussi pendant la vie maritale). Ce qui est proposé dans le mariage, c’est la communion de deux personnes en chair comme en esprit. Un peu comme deux ingrédients qu’on mélange pour faire une bonne sauce et qu’on ne peut séparer ensuite. Le mariage n’est pas possession, il est communion.

                Le mariage, c’est l’aban-don de soi-même, un vrai don et ce qui est donné ne peut être repris. Sinon si on reprend, cela s’appelle : soit un mensonge si l’on ne s’est pas donné, soit un vol si l’on s’est donné.

                Conclusion (suivant la vision chrétienne du mariage) : beaucoup de gens qui semblent mariées, ne le sont en fait pas du tout et d’autres qui ne semblent pas l’être sont tout à fait mariées.

                Attention donc à ce que l’on appelle mariage... Mais ceci n’est qu’une vision chrétienne de la chose, je l’ai dit, d’autres définitions du mariage existent. La conception du mariage que l’on a ou qu’une société en a dépend beaucoup de la culture donc suivant à qui on s’adresse, il faut faire attention à la culture de l’autre et s’accorder avant sur les concepts.

                Et je suis d’accord avec l’auteur : le « mariage » tel que pratiqué actuellement parce que la norme sociale, ou un rituel ou une tradition, ça n’a rien de révolutionnaire.

                J’espère avoir apporté quelques éléments à la discussion à propos d’une vision du mariage parmi d’autres.

                -----------
                (1) Genèse 2:24 : C’est pourquoi l’homme quittera son père et sa mère, et s’attachera à sa femme, et ils deviendront une seule chair.


                • Eleostearique 10 juin 2011 19:55

                  "Alors bien sûr, les époux ne se possèdent pas mutuellement, puisqu’une des conditions pour le mariage, c’est la liberté (à tout moment, du choix du mariage mais aussi pendant la vie maritale). Ce qui est proposé dans le mariage, c’est la communion de deux personnes en chair comme en esprit. Un peu comme deux ingrédients qu’on mélange pour faire une bonne sauce et qu’on ne peut séparer ensuite. Le mariage n’est pas possession, il est communion."

                  Merci à tikhomir
                  C’est une définition du mariage qui me plait beaucoup.


                • Luc-Laurent Salvador Luc-Laurent Salvador 10 juin 2011 22:20

                  Merci tikhomir de porter la discussion sur ce point sensible.

                  Il est clair que les amants sont généralement portés par cet idéal qui consiste en un aban-don de soi total et irréversible.

                  C’est presque la loi du genre : les amants, comme les mariés, se promettent l’éternité, l’infini ou plus prosaïquement l’indéfini (jusqu’à ce que la mort nous sépare…).

                  C’est là le point qui rapproche le plus l’amour courtois du mariage et qui a permis la récupération de celui-ci par celui-là. Il a suffi de passer de la promesse orale à l’engagement écrit, le contrat, signé au bas du parchemin.

                  La perspective que vous présentez sur la mariage m’interpelle fortement, elle me questionne, car je suis moi aussi catholique, par éducation et, à présent, par conviction.

                  Seulement je le suis de manière très personnelle, un peu révolutionnaire car inspirée, à tort ou à raison, par certaines pensées du Christ qui m’ont toujours accompagné même durant ces années où la religion avait complètement disparue de ma vie quotienne. J’étais alors un ardent darwinien prompt à critiquer les tentatives des croyants pour régenter la connaissance, notamment sous le rapport de l’évolution.

                  J’ai ainsi conservé au fond de moi certaines paroles fortes comme, par exemple, cette idée que « Que celui qui veut me suivre quitte son père, sa mère, sa femme, ses enfants. » Je l’ai intériorisée comme le fait que tout ce qui est de l’ordre l’attachement risque de faire obstacle à la quête de vérité.

                  Ou, pour le dire autrement, la quête de vérité passe par la liberté.

                  Bien sûr, j’ai aussi l’intime conviction et je vis au jour le jour le fait que tous nos affects sont, bien sûr, les bienvenus, ils sont la vie même, sans eux elle serait vidée de sa substance. Mais il importe néanmoins de travailler à conserver sa liberté et de ne pas se laisser asservir par des automatismes mentaux et sociaux.

                  Pour en revenir au mariage, cela m’amène à poser la question suivante : « pourquoi se promettre l’éternité ou l’infini ? » Pour quelle raison deux êtres s’engageraient réciproquement de la sorte quand il est tellement évident que dans une proportion phénoménale, ils vont avoir mille occasions de regretter un tel engagement et qu’une proportion grandissante d’entre eux en viendra même à dénoncer le contrat consenti ?

                  Qu’apporte le fait de dire à l’autre je me donne à toi pour la vie ? Il me semble que c’est avant tout le moyen de dire à l’autre qu’on lui accorde la plus grande valeur possible. Le problème c’est que, ainsi que Sartre le disait (cf. la citation de Marcuz dans l’article précédent), cela n’a aucun sens de rester avec une personne simplement parce qu’on a pris un engagement à son égard et que l’on entend rester fidèle à sa parole.

                  Choisir la fidélité à sa parole c’est décider de rester avec une personne alors que l’on a plus d’attirance pour elle. Cela me semble assez infernal non seulement pour celui ou celle dont le désir a faibli mais pour les deux amants car, quel intérêt d’avoir un conjoint attaché simplement par la parole donnée ? Que vaudront alors les moments partagés, la vie vécue à ses côtés ? Que partagent alors les pseudo-amants après cette drastique dévaluation du vécu ? Une co-présence sous contrainte due à un ordre moral qu’elles s’imposent !

                  Qui ne voit ici que la logique du « pour toujours » sert avant-tout des fins sociétales ? Celle de la pérennité et donc de la stabilité de la cellule familiale et de toutes ses « propriétés » ?

                  Même si les contingences anciennes continuent de valoir à notre époque, il n’est pas assuré qu’elles prévalent. Il n’est pas assuré qu’elles doivent prévaloir.

                  C’est pourquoi, précisément, j’ai tenté de pointer la nécessaire renaissance de l’amour courtois, qui, il faut y insister décidément, est, en son essence, antinomique du mariage. De Rougement l’a très bien exprimé.

                  L’amour courtois est une ascèse pour le désir qui, tout naturellement, tout logiquement, se nourrit de l’obstacle. Car la satisfaction tarit le désir. L’obstacle le provoque, le suscite, l’entretient, le décuple.

                  Et dès que l’on accède au stade où, tel les chevaliers dévoués à la dame inacessible, on peut sincèrement renoncer à la possession de l’objet du désir pour se satisfaire seulement de l’incandescance de son désir, on est propremenet projetté dans le nirvana étant donné que, « par construction », cette incandescence ne fera jamais défaut, ce désir ne s’éteindra pas.

                  Pas tant que nous aurons décidé de rester dédié corps et âme à cette passion, c’est-à-dire, car il faut le dire, cette souffrance.

                  Dans cette perspective, le ressourcement ou l’accomplissement de l’amour courtois passe à mon sens par la volonté délibérée des deux amants de ne pas offrir de prise aux besoins sécuritaires dont ils sont l’un et l’autre nécessairement porteurs, la nature de l’humain étant ce qu’elle est.

                  D’où cette idée de vouloir l’autre absolument libre. Donc libre de partir à tout moment pour, peut-être, ne jamais revenir.

                  Certes, c’est renoncer à la sécurité et opter pour l’insécurité, l’intranquilité, l’incertitude. Mais c’est elle qui tient la conscience en alerte, qui pique le désir au vif et fait le désir intarissable de la présence auprès de soi d’un être qu’on sait libre et qui nous choisit librement.

                  Il me semble que la véritable rencontre est à ce prix.

                  Et rien n’empêche ceux qui vivent le miracle d’une telle rencontre de la faire durer autant que souhaité, pour autant que ce soit au travers d’un constant renouvellement de leurs vœux de présence l’un à l’autre, par constant accordage.

                  C’est cela que je proposais au travers de l’idée d’une « marche » dont les amants conviendraient du début et de la fin et qui pourrait être renouvellée ad libitum constituant à chaque fois l’occasion pour l’un et l’autre de se dire leur respect mutuel, leur respect pour la liberté de l’autre en même temps que l’actualité de leur désir l’un pour l’autre.

                  Je ne connais rien de plus désirable que cela. Si je ne craignais de verser dans l’hérésie, je chercherais volontiers à développer un conception du mariage à partir de là. Mais bon, ce n’est pas nécessaire, en tout cas, pas pour le moment.


                • tikhomir 11 juin 2011 01:26

                  @Eleostearique


                  Remerciez Dieu, mais surtout pas moi, je n’exprime que ce que dit la Bible à ce sujet smiley.

                  @Luc-Laurent Salvador

                  « je suis moi aussi catholique, par éducation et, à présent, par conviction. Seulement je le suis de manière très personnelle, un peu révolutionnaire car inspirée »

                  A partir du moment où vous êtes pleinement catholique, vous êtes forcément révolutionnaire. L’Evangile est révolutionnaire, peu importe le temps.

                  « J’étais alors un ardent darwinien prompt à critiquer les tentatives des croyants pour régenter la connaissance, notamment sous le rapport de l’évolution. »

                  Je connais bien, j’étais athée avant et je n’aimais pas du tout la foi et encore moins « la religion ». Aujourd’hui, j’en ris beaucoup car c’est ridicule.

                  « Ou, pour le dire autrement, la quête de vérité passe par la liberté. »

                  Ou l’inverse : Jn 8:32 « la vérité vous rendra libres. »

                  « Mais il importe néanmoins de travailler à conserver sa liberté et de ne pas se laisser asservir par des automatismes mentaux et sociaux. »

                  Tout à fait. En tout cas, cela nécessite au grand minimum un discernement périodique pour savoir où l’on en est.

                  « pourquoi se promettre l’éternité ou l’infini ? » et la réponse + explication : « cela n’a aucun sens de rester avec une personne simplement parce qu’on a pris un engagement à son égard et que l’on entend rester fidèle à sa parole. »

                  Cela n’a aucun sens lorsque vous n’êtes pas marié. Rappelez-vous que ce n’est pas parce que vous êtes allé à l’église devant le prêtre que vous êtes marié. Ce n’est pas parce que vous avez signé un contrat que vous êtes marié. Et autres. C’est ce que les gens oublient trop. L’Eglise, qui ne reconnaît pas le divorce (normal puisque si l’on s’est donné, on ne peut se reprendre, le mariage étant indissoluble selon les paroles du Christ, cf. mon commentaire plus haut), reconnaît par contre l’invalidité d’un mariage et vous pouvez vous remarier ensuite (et donc, l’Eglise est loin d’être aussi rigide que certains voudraient le dire ou le croire).

                  Sartre a donc tout à fait raison. Attention, je ne parle que du mariage chrétien là, que l’on soit bien d’accord. Ce que beaucoup de gens n’ont pas compris : c’est l’amour (et donc Dieu, puisque « Dieu est amour » dixit St Jean). Et c’est bien pour ça que les gens n’arrivent pas à se marier. Comment faire acte d’amour quand on ne connaît pas l’amour ? Certains le découvrent avec le temps, certains le sentent, certains le comprennent et beaucoup restent totalement à côté de la plaque toute leur vie. Les gens sont tellement influencés par « la norme », les gens confondent tellement « l’amour » et « le sentiment amoureux », deux choses bien distinctes.

                  C’est aussi pour cela que se marier demande du discernement, de la préparation, de la prière, un examen de fond, etc.. Ce n’est pas du tout un acte anodin (on engage sa vie là, ce n’est pas rien).

                  Le mariage est néanmoins un acte librement choisi (à l’image du Christ à qui l’on n’a pas pris la vie mais qui l’a librement donnée pour nous) pour communier avec l’autre et s’approcher du Divin par ce moyen, se rapprocher de la plénitude de la création mais aussi, pour ceux qui le peuvent, participer à l’oeuvre créatrice de Dieu (nous sommes faits à son image), en étant ouverts à la procréation.

                  Pour les questions sociales, ce n’est pas faux, mais la stabilité est simplement évidente pour deux êtres mariés. Qu’est-ce que cela vaut pour des gens « mariés » pour la convenance et qui au final n’ont jamais réussi à se marier réellement ? Pas grand chose...

                  « D’où cette idée de vouloir l’autre absolument libre. Donc libre de partir à tout moment pour, peut-être, ne jamais revenir. »

                  Cette flamme et cette liberté dont vous parlez, toujours entretenue, c’est ce qu’il me semble être « le sentiment amoureux ». L’amour, je l’ai dit, me semble tout à fait différent.

                  Néanmoins, dans le mariage (toujours au sens chrétien, entendons-nous), les époux peuvent se séparer pour un temps (1 Co 7:5), mais toujours pour revenir ensemble (c’est l’amour).

                  « Je ne connais rien de plus désirable que cela. »

                  Si, Dieu, la vie éternelle, etc. smiley.

                • Luc-Laurent Salvador Luc-Laurent Salvador 11 juin 2011 11:38

                  Je vois que nous sommes en accord sur pas mal de points essentiels. Je devine cependant des divergences de fond sous le rapport de la notion d’amour et de ce qu’elle implique sous le rapport du mariage.

                  Je ne sais si nous pourrons ici trouver accord mais au moins pourrons-nous nous accorder sur le contour desdites divergences… smiley

                  Disons d’emblée que j’aime bien le rapprochement effectué entre le sacrifice de soi librement accompli par le Christ et le sacrifice de soi inhérent au mariage tel que, selon vous, l’église le conçoit :

                  « Le mariage est néanmoins un acte librement choisi (à l’image du Christ à qui l’on n’a pas pris la vie mais qui l’a librement donnée pour nous) pour communier avec l’autre et s’approcher du Divin par ce moyen, se rapprocher de la plénitude de la création mais aussi, pour ceux qui le peuvent, participer à l’œuvre créatrice de Dieu (nous sommes faits à son image), en étant ouverts à la procréation. »

                  Cette idée que l’on s’aban-donne complètement à l’autre sans retour possible, même si on s’est donné à un pervers narcissique qui va vous broyer à petit feu toute votre vie durant (je pousse ici la logique que vous défendez à la limite pour voir comment elle résiste).

                  Il y a ici, en effet, un volontaire et délibéré anéantissement de soi dans ce qui fait notre essence : la liberté. C’est librement que le Christ se soumet à la volonté du Père, c’est librement que l’un, par le mariage chrétien, se donne à l’autre.

                  C’est ce renoncement à la liberté qui fait l’irréversibilité du choix.

                  Ce parallèle ne suffit cependant pas à légitimer l’aban-don amoureux tant que l’anéantissement de soi n’est pas lui-même motivé.

                  Pour cela, il faut encore faire apparaître qu’il amène à l’état de béatitude (au sens séculaire du terme) qui vient lorsque, spontanément ou par quelque pratique spirituelle que ce soit, nous en venons à un état de « no self » comme disent les bouddhistes, un état où le souci de soi a disparu et cesse de nous tenir à distance du monde.

                  Il s’installe alors en nous une conscience océanique, c’est-à-dire, un sentiment de complète (contin)u(n)ité avec un univers auquel nous nous sommes totalement abandonnés au travers d’un grand OUI de sorte qu’il se peut dire que nous participons alors de la conscience qu’a cet univers  de lui-même. Nous sommes « cela ».

                  C’est, ce que pour ma part, j’ai toujours pensé de l’amour (et non pas seulement du mariage) : l’autre est le visage de l’univers à qui nous nous abandonnons et qui nous accueille. De fait, dans le nue à nu, l’univers se réduit à deux corps & âmes plongeant l’un dans l’autre pour réaliser l’(a comm)union par la perte des égos, par la perte du souci de soi, dans une même conscience océanique marquée par ce que la conscience populaire a retenu comme « petite mort ».

                  La question que je pose est celle-ci : la condition sine qua non de cet anéantissement de soi qui marque la venue à la « présence » à l’univers au sens où nous nous y abandonnons sans réserve et en toute con-fiance, est-elle l’aban-don ad vitam aeternam à l’autre ?

                  Je ne le crois pas.

                  D’abord parce que,  si c’était le cas, les mystiques auraient tous été mariés.

                  Tel que je le vois, l’aban-don à l’autre est simplement la voie la plus sécurisante pour réaliser la perte du souci de soi.

                  Et je dois reconnaître que l’acte conscient qui consiste à consentir au total et irréversible don de soi dans le mariage est un assez bon indice de ce que la personne est décidée à renoncer à soi et opère donc un véritable sacrifice.

                  Et qui pourrait vouloir de ce sacrifice si ce n’est la personne qui est disposée à faire de même dans l’autre sens ?

                  Si je pose la question ainsi, vous l’aurez compris, c’est que de manière générale, une personne qui se donne à nous, cela nous fait fuir pour la bonne raison que, la norme de réciprocité étant ce qu’elle est, nous savons très bien qu’elle le fait avec le secret espoir que nous ferons de même tôt ou tard.

                  D’où, encore une fois, le fameux « qui fait l’ange fait la bête » et « l’enfer est pavé de bonnes intentions » !

                  Malgré tout, même si cette dynamique d’aban-don réciproque ad vitam aeternam peut être si facilement dévoyée ou corrompue comme elle l’est majoritairement par les représentations sociales dominantes, je ne doute pas un instant qu’elle puisse être sincèrement habitée par deux êtres qui viendront ainsi à la pleine représentation.

                  Je suis même disposé à admettre qu’elle peut représenter une forme d’absolu dont l’extrémité supérieure serait marquée par le fait que l’un serait toujours prêt à donner sa vie pour l’autre.

                  Mais j’ai cependant de nombreuses réserves de principes qui m’amènent à ne pas faire du mariage un absolu.

                  D’abord parce que même si l’Aban-Don de Soi à l’Autre Ad Vitam Aeternam (ADSAAVA) est, selon vous, LE critère du mariage chrétien, il ne nécessite pas ce dernier pour être réalisé.

                  Il faut y insister, l’amour courtois, amour adultère, hors mariage par construction, y portait directement.

                  La question du mariage me paraît donc pouvoir être renvoyée au contexte religieux et cela m’arrange bien car je l’avoue je ne suis pas suffisamment instruit en la matière.

                  Replaçons-nous dans le contexte de l’amour et permettez-moi de souligner à présent que l’ADSAAVA n’est possible, réalisable et n’a, en définitive de sens que si les deux partenaires en saisissent la pleine signification dans un parfait accord. Ce avec quoi, je pense que vous serez d’accord car vous avez déjà dit, je crois, quelque chose de semblable.

                  La question est : comment en ces temps de déréliction, de décadence, de perte de repères deux êtres pourront-ils se trouver en parfait accord sur l’ADSAAVA et sa pleine signification ?

                  Nous ne pouvons plus compter sur les représentations sociales du couple, du mariage ou de je-ne-sais-quoi. Car à force d’avoir noyé tout ça dans la confiture des stéréotypes de la romance qu’Hollywood et la St Valentin ont porté au pinacle, les couples se marient sans plus savoir ce qu’ils font, en sachant simplement que c’est ce qu’il faut faire pour être regardé du meilleur œil possible par l’entour social et être au final le plus satisfait possible d’une vie chamallow (guimauve) découpée en petits cubes et bien rangée dans une boîte. A l’extrême, je dirais que le mariage n’est souvent plus qu’un enfantillage.

                  Mon sentiment est donc que cet accord, les deux candidats à l’ADSAAVA vont devoir se le construire le couteau entre les dents, à la force du poignet, en partant de rien, c’est-à-dire, du seul « nue à nu » ET de la bénédiction qu’ils auront pu ressentir alors dans l’union ainsi réalisée.

                  Mon sentiment est que l’ASAAVA, si ADSAAVA il doit y avoir, sera émergeant, « bottom-up » et non pas donné à l’avance comme objectif à atteindre (top-down).

                  L’ADSAAVA se fera ou ne se fera pas. Toutes les lectures (destinée, libre-arbitre) sont possibles. Ce qui compte ici, selon moi, est que, dans un cas, comme dans l’autre, une véritable rencontre ait lieu. Et c’est d’elle dont j’ai essayé de déterminer les conditions de possibilité (respect, liberté, accord sur le principe de l’accord, etc.)

                  Pour finir et pour résumer tout cela, je vais tenter une conjecture.

                  Je voudrais faire un parallèle que d’aucuns pourront juger hérétique mais je crois à la liberté de penser et de rechercher, je crois au fait qu’il n’y aucun mal à cela dès lors que non seulement les intentions mais les actes qui en découlent sont bons, au moins au sens de ne pas viser délibéremment la souffrance de l’autre.

                  Après ces précautions venons-en à l’idée : il me semble que nous vivons une époque de bascule qui reproduit ou est le reflet de celle d’Abraham lorsque l’ère des sacrifices humains s’est trouvée (progressivement) révolue et qu’il n’a plus été demandé de sacrifier ce qui avait le plus de valeur, l’enfant mâle premier né.

                  La substitution de l’animal à l’homme a ouvert une nouvelle ère, entamant la progressive sortie du religieux violent et sacrificiel qui caractérise l’ancien testament pour aboutir à la non violence inhérente à la révélation néo-testamentaire.

                  Pour le girardien que je suis, celle-ci a, en effet, complètement délégitimé ce mécanisme de réconciliation violente qu’est le sacrifice de l’autre pour ne plus nous laisser comme solution de vivre ensemble paisible que le sacrifice de soi.

                  Deux millénaires ont suivi qui, tout en faisant des nations chrétiennes les plus violentes, les plus génocidaires que la terre ait portées, ont contribué à répandre le principe du sacrifice de soi comme expression de l’amour que nous portons aux autres.

                  L’amour courtois première version participe de cet état d’esprit et l’ADSAAVA en est l’expression la plus achevée.

                  Mon idée est qu’il se pourrait que ce temps soit révolu au sens où, comme il n’a plus été demandé à Abraham et aux hommes de sacrifier leur fils chéris, il ne nous est plus demandé de sacrifier ce que nous avons de plus cher, notre « être », ce qui, en nous, fait que nous sommes non des machins ou des machines, des objets instrumentalisables à façon, mais des personnes douées de sensibilité ET de libre-arbitre, en position de choisir, le bien ou le mal, en position de venir librement, d’instant en instant, à l’aban-don de soi, non pas seulement à un être particulier mais à l’univers dans son entièreté, c’est-à-dire, dans l’unité du ciel et de la terre pour parler comme les chinois.

                  Ce que je veux dire, c’est en somme qu’il se pourrait que nous n’ayons plus à nous donner l’ADSAAVA comme un idéal, comme un absolu à atteindre impérativement.

                  Toute la violence qui découle du simple fait de se donner un idéal qui écrase le présent, le réel, n’est plus demandée.

                  Mon sentiment est que nous sommes dorénavant libérés de cela et que nous pouvons éprouver le même soulagement que celui qui comprend que le ciel ne lui demande plus le sacrifice de son enfant premier né.

                  Nous pouvons vivre au présent, selon notre libre-arbitre, quasiment comme des enfants qui auraient entendu le sermon de la montagne et s’attacheraient simplement à maîtriser leur « ça » pour ne pas faire violence à leurs semblables et venir à leur rencontre dans un cadre de respect mutuel, un cadre « adulte », bâti sur l’accord qui, seul (à ma connaissance) met en paix.

                  En clair, nous ne sommes pas sortis, loin s’en faut de l’exigence de sacrifice de soi, elle est toujours ô combien nécessaire à la vie des humains, tant au niveau inter-groupes qu’au niveau interindividuel.
                  Il n’est pas de paix sans cela, pas de respect de sans cela.

                  Mais précisément, ce que nous sommes amenés à respecter chez l’autre : son être, son libre-arbitre, sa personne, son statut de sujet, de quelque manière qu’on le formule, c’est précisément ce que nous ne voulons plus le/la voir nous consacrer.

                  Le sacrifice que ferait l’autre en nous aban-donnant son libre-arbitre pour se lier définitivement à nous, nous n’en voulons plus. Nous le voulons totalement libre car c’est son libre désir d’être en notre présence qui nous agrée et nous fait advenir à l’être par l’accueil qui nous est fait et est renouvelé d’instant en instant parce que, précisément, jamais acquis.

                  Le sacrifice de soi ultime consiste, à mes yeux, à savoir renoncer à exiger ou seulement attendre de l’autre qu’il nourrisse notre être par une attention et un amour qu’il devrait nous porter ad vitam aeternam.

                  J’accepte de mourir dans le regard de l’autre, j’accepte qu’elle se détourne de moi à tout moment, parce que sa liberté fait la valeur de sa présence. Ce qui compte c’est la vérité de la rencontre, pas sa durée.

                   

                  Voilà, j’ai l’impression d’être allé au bout de ce que j’ai voulu dire avec cette série d’article et que je n’avais pas vraiment exprimé ou seulement confusément. Merci de m’en avoir donné l’occasion.


                • Luc-Laurent Salvador Luc-Laurent Salvador 11 juin 2011 11:43

                  erratum  :


                  j’ai écrit : « deux êtres qui viendront ainsi à la pleine représentation. »

                  il fallait lire « deux êtres qui auront su venir à sa pleine signification. »

                • tikhomir 11 juin 2011 14:07
                  « La question que je pose est celle-ci : la condition sine qua non de cet anéantissement de soi qui marque la venue à la « présence » à l’univers au sens où nous nous y abandonnons sans réserve et en toute con-fiance, est-elle l’aban-don ad vitam aeternam à l’autre ? »

                  Attention, le mariage, c’est pour la vie ici et non pour l’éternité. Jésus le dit : « Jésus leur dit : « Les enfants de ce siècle épousent et sont épousés ; mais ceux qui ont été jugés dignes de parvenir au siècle à venir et à la résurrection des morts n’épousent pas et ne sont pas épousés ; aussi bien ne peuvent-ils plus mourir : ils sont en effet semblables aux anges, et ils sont enfants de Dieu, étant enfants de la résurrection. » Lc 20:34-36

                  Saint Paul sur cette base : « La femme est liée aussi longtemps que vit son mari ; si le mari vient à mourir, elle est libre de se remarier à qui elle voudra ; seulement que ce soit dans le Seigneur. » 1 Co 7:39 (et inversement avec le mari).

                  Pour le mariage des mystiques, même s’il y en a, c’est vrai que c’est rare. Pourquoi ? Simplement parce qu’ils expérimentent par avance l’amour Divin, le plus haut degré d’amour. 

                  A la résurrection, nous serons comblés de l’amour Divin, le plein amour.

                  Le mariage, c’est un chemin de sainteté, un parmi d’autres. On pourrait développer encore, exégèse, théologie, mais je pense que vous avez compris.

                  Pour la question du sacrifice, attention, il ne faut pas l’entendre dans un sens mauvais comme on le fait souvent aujourd’hui, il s’agit de sacer facere (Latin) « rendre sacré ». Cette union est rendue sacrée parce qu’elle est amour Divin, tout du moins elle en est une image ici bas, par avance. Ce genre d’union d’amour est communion dans l’Esprit Saint et donc amour Divin.

                  Le mystique expérimente l’amour Divin d’une autre façon, la façon mystique.

                  Ainsi, lorsque l’on se marie, on ne perd pas sa liberté, on ne l’abandonne pas : nous la gagnons. Nous la gagnons parce que l’amour est libre.

                  Pour le cas où vous parlez d’une union avec une personne horrible, c’est un cas différent dans le sens où les deux ne sont pas en communion. Vous pourriez rapprocher ça de « l’amour des ennemis », chose qui, à mon sens en tout cas est impossible à l’Homme, mais possible par la grâce de l’Esprit. Amour Divin aussi ici. Mais pour que cela fonctionne, il faut y consentir, tout aussi librement.

                  « Si je pose la question ainsi, vous l’aurez compris, c’est que de manière générale, une personne qui se donne à nous, cela nous fait fuir pour la bonne raison que, la norme de réciprocité étant ce qu’elle est, nous savons très bien qu’elle le fait avec le secret espoir que nous ferons de même tôt ou tard. »

                  Exact, mais ceci n’est pas de l’amour, l’amour est don libre et gratuit. Ce n’est pas un échange de bons procédés ou un marchandage type « je me donne si tu te donnes ».

                  « Malgré tout, même si cette dynamique d’aban-don réciproque ad vitam aeternam peut être si facilement dévoyée ou corrompue comme elle l’est majoritairement par les représentations sociales dominantes »

                  Eh oui, malheureusement... Mais c’est toute l’Histoire de l’humanité : le manque d’amour qui amène tout cela.

                  « Je suis même disposé à admettre qu’elle peut représenter une forme d’absolu dont l’extrémité supérieure serait marquée par le fait que l’un serait toujours prêt à donner sa vie pour l’autre. »

                  Pas « toujours prêt » : elle est déjà donnée au mariage.

                  Pour le reste, vous êtes parti du principe d’éternité, ce qui n’est pas mon cas. Je ne parlais ici que de sens chrétien. Pour les histoires de décadence, les gens sont libres de l’être... Tout comme ils sont libres d’être des saints.

                  « Deux millénaires ont suivi qui, tout en faisant des nations chrétiennes les plus violentes, les plus génocidaires que la terre ait portées »

                  Violentes oui, à divers degrés suivant l’époque, mais les plus grands génocides n’ont que peu à voir avec le christianisme ou les civilisations chrétiennes ou autres empires. Je trouve cela une mauvaise lecture de l’histoire. Après, pour la question de violence, tout le monde ne choisi pas d’être saint. Même la société déchristianisée actuelle est très violente. Le problème, mais c’est commun à toute religion, foi, etc., c’est qu’au bout d’un temps, cela devient comme jusqu’à récemment et encore un peu maintenant en France, une foi sociétale. Ce n’est plus la vraie foi. On a la foi parce que c’est traditionnel ou « de famille », parce que « ça fait bien », etc.. Mais déjà, on a beau se dire chrétien, on est sorti de l’Evangile et tout est possible, surtout le pire car on se fait ses petits arrangements avec la foi.

                  Ensuite, je lis bien votre histoire de sacrifice, mais cela a un sens négatif alors que le vrai sacrifice, c’est simplement le fait de « rendre sacré ». Dans le mariage, il n’est pas question du sacrifice au sens où vous l’entendez et heureusement, sinon plus personne ne voudrait se marier ! D’ailleurs, c’est ce qu’il se passe : de moins en moins de gens se marient et n’arrivent pas à se marier, donc se séparent. Même moi, je ne voudrais pas de cette horrible vision du mariage et vous avez raison de vouloir changer cela.

                  « J’accepte de mourir dans le regard de l’autre, j’accepte qu’elle se détourne de moi à tout moment, parce que sa liberté fait la valeur de sa présence. Ce qui compte c’est la vérité de la rencontre, pas sa durée. »

                  Mais c’est aussi ça le mariage. D’ailleurs, j’aime beaucoup Saint Jean qui dit : « Il n’y a point de crainte dans l’amour ; mais l’amour parfait bannit la crainte, car la crainte suppose un châtiment ; celui qui craint n’est pas parfait dans l’amour. » 1 Jn 4:18

                  Nul besoin de craindre l’autre, de craindre qu’il parte ou se détourne. Quelle personne saine voudrait se détourner de l’amour ? Celui qui craint manque déjà d’amour lui-même et ne peut pas s’étonner que l’autre se détourne : réaction normale car l’autre pourra chercher un « meilleur » ou « plus grand » ou « plus » ou « plus fort » ou « plus vivant » amour là où il y en a (cas typique qui conduit à l’adultère, l’autre peut être amené à pécher parce que nous même avons péché le premier en manquant d’amour par exemple). Celui qui aime pleinement ne craint pas et c’est valable pour l’autre partie du couple.

                  Il ne faut pas oublier la dynamique du couple, et quand l’autre fait quelque chose qui semble inconvenant : le mieux, c’est de lui demander ce qui ne va pas chez nous. Mais ici encore, c’est communion, écoute, respect, patience, charité, miséricorde, générosité, liberté, etc.. Dans le cas de personnes qui ont réussi à se marier, qui s’aiment, ceci va dans les deux sens et c’est dynamique, toujours attentif.

                • tikhomir 11 juin 2011 14:19

                  Je le répète, il ne s’agit pas de faire la morale, d’imposer un point de vue, etc.. J’expose uniquement mon point de vue dans le cadre de la discussion. Nous l’avons tous les deux dit : nous nous rejoignons sur nombre de points, le reste, c’est de la discussion pour le plaisir de discuter smiley.


                • Luc-Laurent Salvador Luc-Laurent Salvador 11 juin 2011 21:40

                  Tout à fait d’accord avec votre remarque sur l’éternité. J’ai utilisé ad vitam aeternam sur un mode décontracté. Je ne visais pas l’éternité. Seulement l’ad libitum smiley

                  Concernant le sacrifice, permettez-moi de vous renvoyer à la lecture girardienne. Le « faire sacré » auquel vous faites référence est un sens second, dérivé du sens premier qui reste bien « faire sacré », mais dans le contexte du sacrifice qui en est le fondement.
                  Le sacré s’origine dans la violence et toute l’histoire de l’humain est une tentative ambivalente pour s’en dégager... par une violence qui nous sera fatale ou par une non violence qui semble tellement au-dessus de nos capacités... !

                  Pour ce qui est des chrétiens génocidaires, je n’entends pas jeter le bébé avec l’eau du bain sous prétexte qu’elle est sale. Mais je crois devoir pointer une réalité (c’est en référence à la Bible, à la Nouvelle Israël qu’il entendaient fonder, que les pères fondateurs de la nation zunienne génocidaient allègrement les peuples premiers d’Amérique du Nord.) pour mieux illustrer ce sacrifice de soi réconciliateur auquel invite l’attitude christique. Il consiste en effet à savoir avant toute chose, avant d’accuser qui que soit, commencer par prendre sa patate chaude, reconnaître son (mé)fait. L’Eglise n’a pas été vraiment un exemple sous ce rapport. Il appartient à chacun d’y contribuer de son mieux.

                  Je comprends que la frontière peut sembler fragile avec l’anti-catholicisme primaire ambiant, mais je ne fais pas dans ce registre (du moins je ne crois pas).


                • Luc-Laurent Salvador Luc-Laurent Salvador 11 juin 2011 21:46

                  " il ne s’agit pas de faire la morale, d’imposer un point de vue, etc.. J’expose uniquement mon point de vue dans le cadre de la discussion. Nous l’avons tous les deux dit : nous nous rejoignons sur nombre de points, le reste, c’est de la discussion pour le plaisir de discuter "

                  Je l’avais bien compris ainsi. Nous avons eu je crois une belle discussion. Il resterait bien des points à soulever mais je vous propose de laisser cela reposer quelque peu à présent.

                  Nous pourrons toujours y revenir plus tard.

                  J’espère bien d’ailleurs revenir ici avant longtemps, sur ce thème de l’amour encore, mais sur d’autres aussi.

                  Merci encore pour cet échange de qualité !


                • tikhomir 11 juin 2011 22:30

                  Merci à vous. Bonne fête de la Pentecôte.


                • Eleostearique 11 juin 2011 06:04

                  A tikhomir

                  Vous différenciez « sentiment amoureux » et « amour ». Qu’est-ce que l’amour, selon vous ?


                  • tikhomir 11 juin 2011 10:48

                    Je ne pense pas que les commentaires soient l’endroit pour développer ce qu’est l’amour (selon moi ou la vision chrétienne de la chose), néanmoins je peux répondre simplement à la première partie, à savoir la différence entre sentiment amoureux et amour.


                    Pour ce qui est du sentiment, vous en avez une petite définition ici http://www.psychologies.com/Dico-Psycho/Sentiment

                    De quoi naît le sentiment ? Des interactions que vous avez avec l’autre. C’est parce que l’autre interagit avec vous d’une certaine façon que vous avez le sentiment. Quel est votre choix là dedans ? Aucun. Le sentiment, c’est en plus quelque chose qui peut s’éteindre. L’amour, c’est un don. Si c’est un don, c’est déjà que vous avez librement choisi de donner. Si vous basez une relation uniquement sur le sentiment, vous n’êtes qu’esclave de l’autre : vous n’avez pas choisi, cela dure tant que cela dure et ce que vous donnez tant bien que mal, vous le donnez simplement parce que vous avez un sentiment né de vos interactions avec l’autre, mais non parce que l’autre est l’autre tel qu’il est, un être libre et digne d’être aimé. Je ne sais pas si c’est clair. Un exemple typique, on dit « loin des yeux, loin du coeur ». Vrai dans le cas d’une relation basée sur le sentiment, faux dans le cas d’une relation basée sur l’amour. Si l’autre est « loin des yeux », vous n’avez plus d’interactions avec et pfiou ! le sentiment disparaît. L’amour va au delà de ça puisque vous choisissez, l’autre reste dans « le coeur » par la grâce de votre liberté de choix. Vous êtes libre. C’est bien plus grand.

                    Il y a d’autres différences, mais cela prendrait beaucoup de place. J’espère que cela vous éclaire un peu smiley.


                  • tikhomir 11 juin 2011 11:00

                    Ne nous méprenons pas, je ne dis pas que le sentiment est mauvais, je dis qu’il ne doit pas être le moteur d’une relation. Par contre, il peut très bien être entretenu et cultivé comme un beau jardin.


                  • Eleostearique 11 juin 2011 20:39

                    « Mais c’est aussi ça le mariage. D’ailleurs, j’aime beaucoup Saint Jean qui dit :  »Il n’y a point de crainte dans l’amour ; mais l’amour parfait bannit la crainte, car la crainte suppose un châtiment ; celui qui craint n’est pas parfait dans l’amour.«  1 Jn 4:18 »

                    J’aime beaucoup ce que dit Saint Jean. L’amour y apparait véritablement comme un don.

                    L’exemple que vous avez choisi pour illustrer la différence entre le sentiment amoureux et l’amour m’a éclairée.


                  • Gaelletv 30 août 2011 21:32

                    Bonsoir Eleostearique,

                    Ma page ne s’était ouverte qu’à un de vos posts, à présent je peux lire tous les messages.
                    Je me rends compte que vous n’êtes pas polyamoureuse et je vous prie de m’excuser.
                    Cordialement,
                    Gaëlle

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