La mondialisation montre en cette décennie qui s’éteint, le meilleur et le pire des hommes.. Devant une décade plongée dans la réflexion identitaire, se cherchant dans les enchevêtrements sanglants des civilisations prêtes à s’exterminer, il y a la souffrance terrible de voir que le rêve magnifique d’ouverture à autrui – du courage d’accepter les autres – et la noblesse de comprendre leur vision du monde forcement différemment mais au fond si semblable ; tous ces idéalismes que portait la doctrine mondialisatrice, sont désormais pulvérisés par une crise aigue du communautarisme..
En rapprochant des mondes éloignés, la mondialisation a exacerbé la stigmatisation infecte des différences, tout en favorisant la montée des vieilles et désastreuses idéologies assimilationnistes..
Elle a été le vecteur de l’injustice sociale, de l’inégalité culturelle, du dépouillement de la dignité humaine, de la mise en culpabilité permanente des plus faibles au triomphe hégémonique des plus puissants.. La mondialisation a échoué dans son aspect le plus fondamental : le développement humain et la célébration factuelle de l’universalité.. On aurait pu penser qu’en ce début de siècle, au regard des boucheries sanglantes qui ont déchiré l’humanité au cours des cent dernières années, que ce désir insatiable de justice et de paix, cette volonté de tolérance et de compréhension - face à l’écoeurement général provoqué par les non-sens du passé - s’impose comme une évidence, que ce soit dans les combats contre la pauvreté, la maladie et l’extrémisme ; mais aussi dans les attitudes rétrogrades paternalistes recouvertes de condescendance.. Cet esprit de responsabilisation de tous vis-à-vis de chacun..
Malgré les grandes messes politiciennes, les incantations citoyennes, qui ne vont pas souvent bien loin, les hommes ont plutôt dressé des murs impressionnants les uns contre les autres... Et la mondialisation s’est transformée en un pillage économique intelligemment organisé, un transfert des pollutions des uns vers les pays des autres, une hiérarchisation des besoins des nantis – toujours prioritaires – et la banalisation accrue de la misère humaine... La mondialisation a raté son projet de construction d’une nouvelle babylone dans laquelle les peuples communieraient dans une osmose salvatrice ; elle n’a que renforcer le déficit abyssal dans la prise en compte de l’autre... Elle a cautionné l’iniquité économique et sociale, rendu non-avenu les ambitions du vivre-ensemble, vraiment ensemble..
La crise financière récente, manifestation d’un capitalisme stupéfiant d’irresponsabilité, a vu surgir de l’hypocrisie des grandes doctrines libérales, le spectre infernal du protectionnisme.. Jamais le réflexe de repli et d’exclusion n’aura été aussi puissant qu’en cette fin de décennie.. L’on a ressuscité les peurs primitives des hommes, au mépris de toute considération humaine ; jeté en pâture les minorités ethniques aux colères populaires afin qu’elles portent le poids atroce de la lâcheté des politicards, cherché en elles les boucs émissaires idéaux des sociétés inquiètes pour leur avenir... Au lieu que la mondialisation ouvre le chemin de la connaissance d’autrui, que le rapprochement des civilisations soit l’instrument principal de la survie de tous, elle a au contraire enterré dans les fosses communes de l’exaltation nationaliste les particularismes qui composent les autres.. On ne se demande pas « ce que nous pouvons faire pour améliorer le vivre-ensemble » mais systématiquement « ce que les autres doivent perdre pour rentrer dans notre propre représentation identitaire »..
Le plus grand paradoxe de la mondialisation est là, une réfaction dans l’acceptation des apports enrichissants de l’autre, une indifférence manifeste et sereine devant les drames humains se passant de l’autre coté des murailles en béton ornées de fils barbelés qui solidifient les mondes..
La question de l’identité nationale est dans son essence la forme suprême du communautarisme parce qu’elle tente d’ériger les fondements de l’exclusion de ceux qui ne correspondent pas à l’idée que l’on en fait.. C’est un questionnement qui n’est rien de plus que la perverse conséquence du manque de préparation politique, de prise de conscience rapide, d’anticipation sociale sur les implications directes de la mondialisation dans des sociétés conservatrices... Cette question pose le droit de stigmatisation des entités culturelles et humaines étrangères greffées sur l’épine dorsale des sociétés minées par la peur..
Comment définir une identité nationale si cela sous-entend que certains groupes d’individus de par leurs croyances, leurs origines ethniques ou leurs cultures seraient de fait incompatibles avec la « grande idée » que l’autre majorité se fait de l’appartenance à la nation ? L’identité nationale est une absurdité dangereuse dans un monde en mouvement, qui tend à fusionner en un ensemble cohérent, fort, fondé sur l’égalité, l’équité – et soyons idéaliste – la fraternité... A quoi sert un débat sur la question identitaire, si ce n’est à légitimer les xénophobies, à libérer publiquement les haines obscures, à trouver les proies faciles qui seront données en sacrifice d’une paix républicaine au peuple furieux de la sinistrose ambiante ? Quel but fixons-nous lorsque nous nous demandons quelle est notre identité nationale, réalité impalpable et loin d’être immuable ?
Le plus important n’est-il pas le sentiment d’être une partie de l’histoire commune et de l’avenir commun qui bat dans le cœur de chaque citoyen ? En fin de compte, c’est une chose bien subjective l’identité nationale, chacun la ressent, se projette en elle et semble peu à même d’en définir les contours.. S’il est difficile à juste titre de répondre à la question « qui suis-je ? » alors que devons-nous attendre d’un « qui sommes-nous ? », c’est une bizarrerie qui ne répond pas aux vrais problèmes, aux enjeux véritables.. Plus qu’une diversion, c’est un coup politique dégueulasse qui devrait faire rougir de honte ceux qui la porte..
Célébrée il y a quelques années avec les espoirs de réconciliation entre tous les peuples, la mondialisation a approfondi la fracture entre les plus riches et les plus démunis, elle a donné l’impression que le battement d’ailes du papillon au Brésil pouvait causer le tsunami en Asie, appelant ainsi à une forme de responsabilisation mondiale, mieux une solidarité croissante et renforcée... Mais force est de constater que le cadavre puant d’un enfant squelettique somalien, les dépouilles des familles entières englouties par des précipitations importantes au Bangladesh, ne feront pas chuter Wall Street.. De même que la misère des autochtones en Amazonie ne fera pas la une des médias, pas autant que les incendies californiens rasant les villas des milliardaires..
La mondialisation est une tristesse affligeante.. L’inégalité dans la considération des drames qui touchent des communautés entières d’anonymes, est scandaleuse, et ce malgré le développement exceptionnel des technologies de l’information..
Il serait urgent de repenser la mondialisation afin que les échelles de valeur soient les mêmes pour tous, que l’on n’exige pas aux pays pauvres de libéraliser leurs marchés internes alors que les puissants continuent de mettre de l’argent public sous forme de subventions dans les caisses de leurs producteurs... Il n’est plus possible d’accepter que les prix des matières premières soient dérisoires alors qu’elles sont fortement consommées par ceux qui décident du prix de vente... La mondialisation doit cesser d’être un instrument de déséquilibre entre les hommes, qu’elle cesse d’attiser les craintes et les intolérances, la rancœur et la violence, qu’elle ne soit plus le chiffon rouge pour attiser les braises du populisme...
Le véritable défi de la prochaine décennie sera de mettre un terme à cette schizophrénie mondialisatrice afin de replacer l’humain au cœur de tout développement et de toute universalité culturelle...

| Don défiscalisé 10€ ou plus |
|
Obtenez une réduction fiscale de 66% avec un e-reçu. Un don de 10 € ne vous coûte que 3€40.
|
Grâce à votre aide, AgoraVox peut continuer à publier plus de 1000 articles par mois. En donnant à la Fondation AgoraVox, vous offrez un soutien à la liberté d'expression et d'information.
Pour réagir, identifiez-vous avec votre login / mot de passe, en haut à droite de cette page
Si vous n'avez pas de login / mot de passe, vous devez vous inscrire ici.
bonjour briéli67 les terminologies médicales sont tirés de nos comportements sociologiques. et (...)
14/12 22:05 - ddacoudrePOURQUOI galvauder le terme médical et psychiatrique schizophrénie !! comme d’autres qui (...)
14/12 20:00 - brieli67re ludewic notre bagage génétique n’est pas notre destin. le bagage génétique est ce que (...)
14/12 18:30 - ddacoudrebonjour ludewic excellent article, quelque point de divergence sur la mondialisation des (...)
14/12 18:18 - ddacoudre"Célébrée il y a quelques années avec les espoirs de réconciliation entre tous les peuples" (...)
14/12 11:56 - faxtronic
Pierre Lescure chante le rock
Taddeï l’anticonformiste, de Dieudonné à Chomsky
Violence des jeunes : vrai ou faux problème ?
Akhenaton : rap, religion et politique
Coline Serreau, la belle verte