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« La science m’a tuer » Signé : les lettres

A l’heure où l’étude (et pas que) des sciences exactes prédomine sur l’ensemble des autres matières, faisons le point sur les raisons d’un triomphe scientiste.

Voici l’article pas très objectif d’un étudiant en Histoire, ancien bachelier littéraire.

Avant toute chose : qu’est ce que le scientisme ?

C’est une attitude qui consiste à considérer que toute connaissance ne peut être atteinte que par les sciences, particulièrement les sciences psycho-chimiques, et qui attend d’elles la solution des problèmes humains. Apparue dans la seconde moitié du XIXè siècle, cette idéologie fait de la science le but ultime de l’esprit humain. 

Le terme scientisme apparaît pour la première fois en 1911, lorsqu’un biologiste, Félix Le Dantec publie un article dans la Grande Revue : " Je crois que la Science et la Science seule résoudra toutes les questions qui ont un sens ; je crois qu’elle pénétrera jusqu’aux arcanes de notre vie sentimentale. " Ce terme a aujourd’hui une connotation péjorative.

La croyance est respectable, mais ce qui est dommageable, c’est qu’elle a entraîné toute une déconsidération autour d’elle. En premier lieu la religion. Cette dernière en deviendrait même caduque, la science étant une nouvelle religion : " Ma religion, c’est toujours le progrès de la raison, c’est-à-dire la science. " écrit Ernest Renan.

Et ce qui aurait pu en rester à une simple théorie est rapidement devenue un moule de la société. Aujourd’hui, le mot science est synonyme de réussite. Plus encore, les autres domaines en sont décrédibilisés.

Cela commence dès le lycée. Prenons pour cela le cas du lycée général (qui représente en moyenne 70% des élèves).

Après une seconde générale, l’élève doit choisir entre la série Scientifique, Littéraire ou Economique & Sociale. Les parents, souvent aidés par les médias, poussent leurs enfants à choisir la série S. C’est définitivement la voie de la réussite. Ces mêmes parents qui, aveuglés par une fierté naïve et en quête d’une progéniture géniale sont fiers à l’idée de dire à tout le monde que leur fils ou leur fille fait une série scientifique.

Mais ne mettons pas tout le monde dans le même panier. Il y a des élèves qui, bien à l’écoute de leur envies, choisissent volontairement d’étudier les sciences. C’est tout à leur honneur, je n’ai moi même rien contre les sciences.

Mais il y a, d’autres élèves, eux aussi à l’écoute de leurs envies, qui voudraient entrer dans une autre série. Prenons par exemple la série L (la série ES n’étant presque pas touché par ce problème) : certains parents les défendent d’entrer dans une telle série. Jugée série de fainéants par beaucoup, bouchée à l’avenir par tous. Les médias ont là aussi joué un rôle important : avec un bac L, on ne peut rien faire, les possibilités sont très limitées. Informations qui se répércutent depuis de nombreuses années, grâce à une société vouant une confiance aveugle aux médias (je ne parle pas de France Culture ou bien Arte, mais de TF1, M6 ou autres chaînes qui se disent, à 20h, chaînes d’informations).

Mais cessons de bavarder, et intéressons-nous aux chiffres. En parfaite harmonie avec ce que je viens d’expliquer. Le site de l’Education nationale annonce les chiffres du baccalauréat 2010. La répartition entre les trois différentes séries est la suivante : 32% des élèves en série ES ; 17% seulement en L, et un frappant 51% en série S. La moitié des élèves ont donc passé un bac scientifique. Et c’est d’ailleurs pour cette raison que le ministère de l’Enseignement supérieur a décidé de mettre en place un certain nombre de mesures visant à revaloriser les études littéraires

Le clivage ne s’arrête pas à la sortie du lycée : prenons en second lieu l’exemple de l’université.

L’université en France, c’est plus de 1 500 000 étudiants.

Pour parler de manière plus concrète, je vais parler ici de l’université de ma ville : Rennes. Nous avons ici Rennes 1 (science, médecine, économie...) et Rennes 2 (arts, lettres, sciences humaines & sociales...). Inutile de vous dire que Rennes 2 a " moins la cote " que Rennes 1. Les blagues des étudiants de Rennes 1 vont bon train. Mais ce qui se cache derrière l’humour, c’est une véritable pensée de superiorité. Les étudiants de première année de médecine se voient dire : " Si vous ne savez pas quoi faire comme... Comme à Rennes 2. " Ici, la voie de médecine est la voie du succès, du bonheur. Et cela, les élèves et les parents ont sont intimement persuadés.

Parce que bien évidemment, les langues, la littérature, la psychologie, la sociologie ou même l’Histoire, ne mènent à rien. Regardez la tête des gens lorsque vous leur direz que vous préférez étudier l’Histoire plutôt que la médecine : " Mais tu vas réussir avec ça ? "

Mais a-t-on parlé un jour de l’épanouissement personnel ?

Est-ce que l’élève, poussé par ses parents et par une société scientiste, va trouver son bonheur dans l’étude des sciences ? Certains oui (comme moi dans mes études d’Histoire), mais d’autres certainement pas.

Car dans le monde d’aujourd’hui, où le capitalisme sauvage règne en maître, l’épanouissement personnel a laissé la place au but ultime de ce même capitalisme : s’enrichir et réussir à tout prix.

N’oublions pas que la science n’est qu’une vision du monde. Au même titre que l’est la religion, la philosophie et tant d’autres..




par Pierre B. lundi 4 octobre 2010 - 65 réactions
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  • Par Arno_ (---.---.---.6) 4 octobre 2010 13:11
    Arno_

    Que d’amalgames et de confusion dans cet article...

    > les sciences psycho-chimiques
    C’est quoi ça ?

    Par la suite, vous passez de la critique du scientisme a celle de la science. C’est une erreur fondamentale. Il n’est nul besoin de critiquer la science pour redonner la place que méritent l’art et les lettres. Ca n’est absolument pas incompatible.

    Je pense que vous vous trompez également de diagnostique sur notre société, en particulier sur le choix des élèves pour les filières scientifiques. D’après vous, ils feraient ce choix parce que le scientisme aurait envahi notre société. Ça n’est pas par amour de la science a mon avis, mais plutôt pour des raisons beaucoup plus triviales et pragmatiques : « quel est le parcours professionnel qui me donne le plus de chance de réussir économiquement ». Des études montrent justement que ce choix rationnel incitent de plus en plus de jeunes a choisir les voix du marketing, du commerce et de la finance... on est loin de la science.

    Enfin, conclure que la science vaut la religion en terme de « vision du monde »... hormis le fait que, a nouveau, vous confondez le scientisme dénoncé en début d’article avec la science elle même, confine au ridicule.

    Si tout se vaut, la prochaine fois que vous êtes malade, au lieu d’aller voir un médecin, allez plutôt voir un cure ou allumer un cierge.

  • Par Deneb (---.---.---.73) 4 octobre 2010 18:46
    Deneb

    Bob, la science c’est comme un filet que l’on tisse : plus on en fait, plus il y a de trous. Ca permet cependant d’attraper quelques poissons quand même.

  • Par spartacus1 (---.---.---.191) 4 octobre 2010 12:23
    spartacus1

    ... particulièrement les sciences psycho-chimiques, et qui attend d’elles ...

    Sciences psycho-chimiques ? C’est nouveau, cela vient de sortir ?

  • Par Cogno2 (---.---.---.179) 4 octobre 2010 12:31

    Car dans le monde d’aujourd’hui, où le capitalisme sauvage règne en maître, l’épanouissement personnel a laissé la place au but ultime de ce même capitalisme : s’enrichir et réussir à tout prix.

    Tout est dit, fini la culture personnelle, fini l’apprentissage de choses « inutiles » mais qui nous plaisent, si ça ne rapporte pas, c’est inutile.

    Et peu importe si on fini par faire des générations d’abrutis qui confondent infos et culture, peu importe si le prix à payer sera exorbitant pour l’avenir.

    N’oublions pas que la science n’est qu’une vision du monde. Au même titre que l’est la religion, la philosophie et tant d’autres..

    Elle a toutefois une dimensions qui la distingue des autres, elle n’est pas une invention humaine, elle ne dépends pas de nos « avis personnels », et elle est testable. Donc c’est plus qu’une vision du monde, c’en est une représentation. Elle traite plus du monde que de nous.

    La philosophie est intéressante, elle traite plus de l’espèce que de ce qui nous entoure, c’est un peu le miroir de la science, et les liens entre les sciences et la philosophie sont innombrables, tout comme nos rapports avec le monde, on ne peut étudier la science sans tomber sur des questionnements philosophiques, voir métaphysiques.

    Le religion elle, est fondamentalement inutile, sauf à apaiser les craintes existentielles de certains, et ce à moindre frais.

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