Quand j'étais en Palestine, et en Israël, en Terre dite Sainte, j'avais vraiment le sentiment de côtoyer des lieux chargés d'histoire et de signification, des lieux qui faisaient sens, où toute action acquiert une profondeur.
D'ailleurs que l'on soit croyant ou pas, agnostique ou athée, on ne peut que ressentir cela là-bas, à moins d'être complètement hermétique à toute sensibilité ou toute réflexion. Comme les autres expatriés, je côtoyais des palestiniens au sens de l'accueil inestimables, très divers, parfois antagonistes, tout comme les israéliens, enclins à la discussion, voire à la polémique violente partout.
Il y avait bien sûr la violence, il y avait la bêtise crasse de quelques uns, surtout parmi les plus radicaux des trois religions monothéistes, les ultra-palestiniens, les ultra-sionistes. Cette violence et cette haine, cette sottise montraient d'abord et avant tout la peur panique des uns et des autres devant tout ce qui s'apparente finalement à la vie, à la beauté, tout ce qui pourrait amener l'être humain à plus de bonté et qu'ils rejettent violemment et définitivement du revers de la main tout en prétendant bien sûr œuvrer pour le bien commun.
La vie dans le désert et sous ses latitudes est toujours un miracle. Elle bouillonne dés qu'il pleut un tout petit peu d'eau.
Il y avait la beauté de quelques monuments, surtout « le Dôme du Rocher » à Jérusalem, mais il y avait surtout la splendeur de la nature, les roches de Pétra ressemblant littéralement à la chair, celle de ces territoires, blessée ou souvent abimée, les fabuleux « Piliers de Salomon » et la magnificence du ciel de Palestine ou d'Égypte.
On trouvait ces sentiments et ressentiments surtout chez les occidentaux présents dans cette région, qui étaient plus jusqu'au-boutistes que le plus fervent des « frères » du Hamas, plus fondamentaliste qu'un électeur du Shas d'Ovadia Youssef qui vaut bien en bêtise Ben Laden ou un autre. Tous ces occidentaux passaient deux, trois, quatre jours, une semaine, ou deux, en Cisjordanie ou à Tel Aviv, et ça y était, ils avaient tout compris de la situation pour laquelle ils avaient bien sûr la meilleure solution, à savoir la leur.
Ne parlons pas de la bêtise et l'indifférence lamentables de beaucoup de pélerins, incapables de simplement regarder autour d'eux.
Malgré tout, toute vie avait une grandeur, une fraîcheur, une énergie, une importance. Et les débats fleurissaient partout, sur des sujets fondamentaux, et non des futilités. Et surtout il ne serait venu à l'idée de personne de jouer un rôle car cela se serait vu tout de suite.
Là-bas la liberté n'est pas qu'une idée obscure, un grand mot qu'on lâche pour se donner un genre entre la poire et le fromage ou en commentant un article sur le Web. On voit bien que la liberté commence dans le moindre petit geste, puisse-t-il paraître en France très anodin ce qu'il n'est pas.
La liberté contre la sottise, la haine et la violence, elle commence, nous l'avons vu à Jérusalem, par comprendre ce qu'implique vraiment ce que nous croyons futile et qui ne l'est pas. L'imbécile est toujours dans la gravité, l'esprit de sérieux, il veut intensément qu'on le prenne au sérieux contre vents et marées.
Il n'y a pas que cette posture il est vrai, le crétin qui se prend au sérieux a également toujours tendance à voir des propagandistes et des indics' partout. Il a également une propension marquée à psychiatriser son contradicteur.
Quand nous sommes rentrés de nos deux ans de coopération là-bas, nous avons cru très naïvement qu'il en serait de même en France, que nous retrouverions toutes ces richesses de réflexion, d'accueil, de sens de l'autre et de profondeur de vues, nous avons surtout retrouvé une mesquinerie assez globale finalement avec en corollaire une connerie assez , où il semble que tout individu ressent d'énormes frustrations qu'il essaie de compenser comme il le peut, généralement en jouant un rôle. Nous qui nous étions libérés quasiment totalement de nos préjugés d'occidentaux lambda nous sommes tombés de haut.
Nous qui croyions que ceux que nous avions laissé derrière nous le comprendraient et s'en réjouiraient comme nous, appréciant ce dont nous nous étions enrichi, nous nous trompions, à quelques exceptions, lourdement.
La première chose qui nous fut demandé, professionnellement et quant à notre parcours d'études ou nos choix personnelles, c'est de rentrer dans le rang, et de retrouver vite fait bien fait les rails que l'on nous reprochait d'avoir quittés. En effet, sortir de ces rails est des plus suspects en France.
Pour une raison simple.
L'imbécile qui a mené bon gré mal gré, tranquillement et sans se presser, sa barque en prenant bien soin de ne pas sortir de la voie indiqué par le troupeau, qu'il ait réussi ou pas, ressent une intense jalousie face à celui ou celle qui a réussi à le faire et ne s'en est pas porté plus mal.
Et il a cru gagner sa légitimité par un hochet social quelconque décroché bien docilement, à quelque niveau que ce soit.
Depuis que le réseau existe et est accessible à tout le monde, quand sa vie lui semble un échec il gagne encore mieux sa légitimité, lui semble-t-il, en éructant à qui mieux contre un peu tout le monde : les gauchos, les fachos, les z-homos, les bolchos, les noirs, les blancs, les arabes, les juifs, à chaque fois sous couvert de le faire pour le bien de l'humanité forcément ingrate à son encontre car elle n'a pas encore reconnu son génie, ce qui, il en est sûr, ne manquera pas d'arriver.
L'abruti qui n'a rien lu peut semer les quelques étrons qui constituent ce qu'ils appellent ses opinions, dire que tel poète est abscons, tel écrivain de génie nul. Il avoue d'ailleurs s'être ennuyé comme un rat mort en lisant quelques livres un peu plus exigeants qu'un best-seller de Marc Lévy ou Guillaume Musso.
Pour se justifier de son ennui et de son avis, il aime beaucoup deux dictons grotesques qu'il a entendu et répété dés la cour de récréation : « la culture c'est comme la confiture, moins on en a plus on l'étale », ou « Tous les goûts sont dans la nature », selon l'idée qui prévaut d'ailleurs dans les supermarchés de la culture, qui veut que en littérature, par exemple, tout se vaut, que l'on peut mettre Scott Fitzgeradl au niveau de « Mickey Magazine », que l'on peut vendre côte à côte un feuilleton sentimental et « la Dame de Shangaï » de Welles.
Devant l'indigence de la vie politique, intellectuelle et culturelle en France, sa coupure presque totale d'avec le peuple, d'ailleurs plus ou moins consentant, je songe souvent avec nostalgie à cette vie à Jérusalem, et à sa richesse, à son dynamisme, au vent de liberté que nous sentions souffler, grâce à l'Éducation, grâce à la Culture, deux choses allègrement méprisées en France par tout le monde.
Sur la photo du bas, on voit une famille de français moyens fiers de montrer tout ce qu'ils consomment docilement en un an, photo prise sur le blog de Patrick Donati
Photo de Petra emprunté à ce site de voyages
Ci-dessous,une scène d'"Intervention Divine" qui montre ce que la beauté et le goût de la vie peuvent faire
une chanson sur notre médiocratie superchic, génial

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