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La tragédie du droit d’auteur

Le débat sur les droits d’auteur ressemble de plus en plus à une tragédie grecque. Alors que les grands pontes du droit d’auteur rivalisent de propositions comme la riposte graduée, ils ne voient pas qu’une force plus puissante rend ces développements futiles. Le droit d’auteur est né avec l’imprimerie. Il mourra avec le numérique. Et le "peer to peer" n’y est pas pour grand-chose.

Jusqu’à une période récente, le droit d’auteur correspondait à une nécessité sociale. Cette nécessité sociale est née avec l’imprimerie (la plupart des pays ont découvert les droits d’auteur peu après) et s’est considérablement développée avec l’apparition du disque et des moyens de diffusion audiovisuels.

A cette époque, l’auteur était en effet dépendant d’une infrastructure lourde (l’imprimerie, la presse à disque) qui nécessitait de sa part un investissement important. Ainsi, tirer un livre pour répandre ses idées avait un prix important et l’auteur devait donc payer pour exercer son métier. Et ce, bien sûr, sans compter le temps, l’énergie et le coeur nécessaires pour réaliser son oeuvre.

Plus ce lien entre l’infrastructure et l’auteur a été en faveur de l’infrastructure, plus la notion de droit d’auteur avait du sens. Dans un premier temps pour l’auteur afin qu’il ait une chance de pouvoir recouvrir les frais engagés.

Mais très vite l’auteur ne pouvait plus payer lui-même sa propre diffusion, et on vit l’apparition d’une tierce personne : le producteur. Pour ce dernier, la création était un simple business et il lui fallait un maximum de garanties pour qu’il puisse investir les sommes énormes demandées par son métier. Et plus l’infrastructure s’alourdit, plus ces sommes augmentent. Ainsi l’apparition de la télévision et de la radio ont renforcé le droit d’auteur. De même, le marketing fait autour d’une oeuvre peut être considéré comme étant une part importante de l’infrastructure.

Ce processus a conduit à ce qu’une part de plus en plus importante du droit d’auteur soit attribuée non plus à l’auteur mais au producteur. Ainsi, lorsque vous achetez un disque, seulement 10% du montant revient aux artistes. Le reste est absorbé dans l’infrastructure.

Lorsque Internet apparaît, l’infrastructure devient une commodité et les artistes sont de nouveau en mesure de diffuser leurs oeuvres en se passant de leur producteur. Et cela change tout pour plusieurs raisons :

  • Si les artistes n’ont plus d’infrastructure à payer, ils ont également des besoins de financement bien moindres. Ainsi un musicien qui diffuse sa musique gratuitement pourra se contenter de ses concerts pour avoir une vie décente (à condition d’acquérir un peu de notoriété). Depuis l’an 2000, l’industrie du spectacle connait d’ailleurs un boom spectaculaire. Car une partie de l’argent que les gens ne mettent plus dans les disques, ils le mettent dans des spectacles. Or vivre un échange en direct avec les musiciens, ce n’est par définition pas piratable ! Et c’est ainsi que, des DJ aux groupes comme La Ruda Salska, de plus en plus d’artistes vivent avant tout de leurs spectacles ! Le disque devenant alors un moyen de promotion plus qu’une fin en soi.
  • La technologie offre de plus en plus de moyens qui aident le créateur et lui font gagner du temps. Que ce soit la création d’un morceau de musique ou l’écriture d’un livre, tout peut se faire plus vite grâce aux synthétiseurs, au traitement de texte...

Et surtout, il reste une constante spécifique à l’homme. Ce besoin de créer, de laisser une empreinte dans son présent. Donnez aux gens des guitares et ils joueront de la musique, donnez-leur des stylos et ils écriront. Parmi les auteurs de premiers romans, nombre d’entre eux ne le font que pour le plaisir d’être lu. Et plus que tout, ils espèrent la gloire. Peu ne le font que par simple souci commercial. Et beaucoup de créateurs professionnels finissent par regretter le temps ou ils rêvaient encore et faisaient de leur art leur idéal. Etre forcé d’écrire ou de créer pour vivre, cela peut devenir une prison lorsque l’on n’a momentanément plus rien à dire.

C’est ainsi que l’avénement du numérique a libéré les créateurs. En permettant à chacun de tenter sa chance sans avoir besoin d’un producteur. De plus, c’est bien ce besoin d’un producteur qui créait de la rareté sur les marchés de la création. S’il n’y a plus besoin de producteur, il y a abondance ! Et s’il y a abandance, devenir célébre dans le monde entier et le rester longtemps devient de plus en plus difficile. La conséquence, c’est le phénoméne de la longue traine décrit par Chris Anderson : Les consommateurs achètent de plus en plus les produits trés ciblés par rapport à ce qu’ils aiment et délaissent les "hits" formatés par l’industrie. Ce phénoméne est ravageur pour les producteur professionnels. Plus que le piratage, il mine les fondations de leur business model qui était justement basé sur les quelques hits planétaires qu’ils allaient produire. Non seulement il y a moins besoin d’infrastructure, mais posséder une telle infrastructure n’est même plus la garantie du succès.

Et le droit d’auteur dans tout ca ? Il a pris son essor avec l’irruption des infrastructures lourdes dans la création. Si ces infrastructures sont moins nécessaires, alors il sera sans cesse moins utile car les sommes d’argent à récolter pour faire vivre un artiste seront en forte baisse alors que l’audience potentielle atteindra des niveaux inégalés. Et ce n’est ni les DRM, ni la repression judiciaire qui viendront à bout de la longue traine ou qui obligeront les artistes à recourir à des modes de diffusion obsolètes.

Mais cela ne voue pas les auteurs à leur perte, il s’agit juste d’une crise passagère. Et comme la sagesse chinoise l’a remarqué, une crise est la conjonction en un même moment de dangers et d’opportunités. Danger car le monde de la création avec ses producteurs et ses studios avait un côté sécurisant pour ses participants une fois qu’ils étaient rentrés dans le circuit. Opportunité car de nombreux artistes n’auront plus à subir le diktat de leur studio et de leur maison de disque. Ils pourront créer les oeuvres qu’ils ont dans leur coeur. Le monde de la création redeviendra alors ce qu’il n’aurait jamais dû cesser d’être : un moment d’échange entre un artiste et son public. Il est alors fort possible que certains artistes demandent des dons à leur public comme cela s’est fait pendant des siécles. Et nul doute que le public donnera volontiers lorsqu’une oeuvre lui aura procuré du bonheur. Les artistes qui sauront en bénéficier seront les grands gagnants de la crise de la création.

Le droit d’auteur est mort ! Vive la création !

par Marc Bruxman mardi 5 juin 2007 - 32 réactions
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  • Par jakback (xxx.xxx.xxx.147) 5 juin 2007 12:50
    jakback

    Actuellement les droits d’auteur sont des rentes de situation, n’est ce pas Mr Eddy Mitchell farouche opposant au telechargement

  • Par Pierre R. - Montréal (xxx.xxx.xxx.13) 5 juin 2007 16:29
    Pierre R. Chantelois

    A l’auteur

    Le droit de propriété intellectuelle est clairement exprimé : L’auteur d’une oeuvre de l’esprit jouit sur cette oeuvre, du seul fait de sa création, d’un droit de propriété incorporelle exclusif et opposable à tous.

    Il est important de discerner les différentes facettes de la propriété intellectuelle : le droit moral, le droit d’auteur et les droits mécaniques. Le droit moral est inaliénable. Le droit d’auteur peut-être négocié. Les droits mécaniques sont les montant que les producteurs doivent payer aux auteurs pour pouvoir reproduire leurs œuvres.

    Voilà un débat intéressant. Il ne faut pas oublier les droits des réalisateurs et cinéastes qui revendiquent également d’avoir un droit de regard sur leurs oeuvres. Un distributeur pourrait-il refaire le montage d’un chef-d’oeuvre aux seules fins de le reproduire sur un DVD ? Essayons d’imaginer un instant un film d’Eiseinstein revisité par une entreprise de production de DVD.

    Au même titre, il ne viendrait à l’esprit de personne de retoucher une toile Gaughain pour satisfaire les exigences d’un éclairage de musée ou l’espace physique qui doit l’accueillir.

    Les moyens de reproduction massive que sont les téléchargements sur Internet font basculer, bien évidemment, toutes les règles établies en matière de protection des droits de propriété intellectuelle.

    Trop souvent hélas ! on ne voit que le côté mercantile de cette perversion des règles : la lutte aux majors américains. L’artiste est la victime oubliée de ces manoeuvres. Il faut dire que les multinationales américaines du droit d’auteur n’aident pas à apprivoiser le public avec le respect du droit moral d’une oeuvre. Le bâton a remplacé l’éducation. Malheureusement.

    Pierre R.

    Montréal (Québec)

  • Par Ploum (xxx.xxx.xxx.47) 5 juin 2007 14:42

    L’analyse me semble en partie correcte, néanmoins prédire la mort du droit d’auteur me semble un peu exagéré, à mon sens il mutera pour prendre une forme plus adaptée.

    Actuellement on entend partout une litanie comme quoi c’est le piratage qui a rendu plus difficile le développement d’offres de téléchargement légal, c’est une idiotie sans nom. C’est la pauvreté des offres légales qui pousse au piratage, ou plus précisément leur forme, ce qui fut entre autre prouvé par une étude dans une université américaine : les étudiants avaient un accès gratuit à un site de téléchargement légal de fichiers avec DRM, mais l’inconfort de l’offre faisait que malgré la gratuité, ceux ci préféraient continuer à télécharger des fichiers libres illégalement.

    L’étau commence à se déssérer doucement, iTunes vient d’ouvrir son site sans DRMs avec les titres du label EMI, vendus un peu plus chers néanmoins 1$30 au lieu d’1$ je crois, mais c’est un très bon début. D’autres initiatives naissent ainsi un peu partout avec un succès certain, et elles me conduisent à penser que le piratage va reculer de lui même sans besoin de répression intense, les gens préférant malgré tout une solution légale, payante et souple à une solution illégale (y’a pas 10 millions de délinquants en France).

    Le monde du jeu vidéo a réussi en grande partie à contrer le piratage en modifiant son business model et en orientant son développement vers le multijoueur et le réseau, c’est maintenant à l’industrie musicale de réussir son passage à l’ère numérique.

  • Par Lapinator (xxx.xxx.xxx.166) 5 juin 2007 15:39
    Lapinator

    Je suis très pessimiste sur l’avenir des site téléchargement "légal" ( je dirais plutôt commercial ), leur modèle économique est bancale.

    Je m’explique quand on regarde le coeur de métier de ces sites, c’est de dupliquer l’oeuvre et de le distribuer au consommateur, et il se paye sur la prestation de ce service. problème, n’importe qui équipé d’un ordinateur peut dupliqué une musique à l’infini, il n’y à donc plus de légitimité à fournir ce service. Idem pour ce qui est de la distribution au consommateur, n’importe qui équipé d’une connection internet peut distribuer l’oeuvre. En fait pour ces sites il ne reste plus qu’une seul légitimité, se sont les accords négocier avec les ayant droits, mais cette légitimé n’est qu’artificiel ( ne repose que sur le droits, mais sur rien de naturel ) et pouvant disparaitre à tous moment ( voir les cries d’horreur des sites commerciaux quand est apparue la licence globale ).

    bref pour moi les sites commerciaux sont de toutes façons condamnés au mieux à un succès relatif smiley au pire à un échec cuisant smiley

    Toutes les autres initiatives, riposte gradué, fermeture des site "pirate", chasse au P2P ... ne sont là que pour compensé l’inadéquation de ces site a internet.

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