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Accueil du site > Tribune Libre > La « victoire » des toubibs

La « victoire » des toubibs

Entendu au Bistro de la Toile :

 

- ...teng ! T'as vu ça Victor : ils ont gagné les toubibs. Le Conseil Constitutionnel a retoqué l'une des mesures phares de la loi Santé de Marisol Touraine : le paiement direct de la facture du toubib par la Sécu et les mutuelles.

- On touche là du doigt la puissance occulte de cette corporation qui est très présente tant à l'Assemblée nationale qu'au Sénat et dans toutes les instances décisionnelles, mairies, conseils généraux, conseils régionaux. Sans oublier les centres d'influence occultes, loges, clubs, rotary, etc. Ils ont donc des relais d'influence fort utiles...jusqu'au Conseil Constitutionnel !

- Pourtant ce système du tiers payant est une bonne chose que je sache. Et ce n'est sûrement pas très difficile à mettre en œuvre. Ce que font les pharmaciens, les toubibs ne seraient pas capables de le faire ?

- Ils pourraient évidemment le faire sans beaucoup de problèmes. Mais leur revendication à ce sujet est pourtant recevable : ils ont affaire avec plus de 500 mutuelles ! Enfin, quand je dis mutuelles, c'est une façon de parler, parce qu'il y a longtemps que les « mutuelles » ont oublié la dimension sociale et solidaire de leur fonction pour devenir des machines à fric. En fait ce qu'elles veulent, c'est bouffer la Sécu. Et c'est en bonne voie, notamment avec cette fausse loi sociale qui, depuis le 1er janvier, impose à toutes les entreprises de « payer » une mutuelle à leurs salariés.

- À bon. Et pourquoi ?

- Des millions de salariés vont ainsi être obligés de souscrire des contrats collectifs d'entreprise gérés, évidemment, par les assurances privées. Le Conseil constitutionnel – encore lui - a en effet imposé qu’en absence d’accord d’entreprise ou de branche, la complémentaire santé soit choisie par l’employeur. Des grands groupes vont donc balayer les petites mutuelles pour se partager la gamelle ! Cette pseudo avancée sociale va accroître les inégalités entre salariés puisque la couverture différera d'une entreprise à l'autre. Il va de soi que les employeurs opteront pour une couverture limitée à un panier de soins minimum ; dès lors, les salariés qui voudront plus de couverture...devront se payer un sur-complémentaire supplémentaire ! Quant à l'employeur, lui, il pourra déduire sa part de cotisations de la masse salariale au détriment des rémunérations. Au fou ! Mumm ! La bonne soupe pour les assurances privées, au détriment de la protection sociale collective ! Un énorme gâteau. Et puis, la plupart des salariés ont déjà une assurance complémentaire. Ils ne garderont donc pas les deux, ou alors leur complémentaire habituelle leur fera miroiter les délices de souscrire, chez eux, une « sur-complémentaire ». Et la concurrence sera rude entre les chacals de l'Assurance ! Moralité, sauf peut-être dans les très grands groupes, cette konnerie coûtera plus cher aux assurés.

- Et la Sécu la dedans ?

- La Sécu, elle est attaquée de toutes part. La tactique pour sa mise à mort ? On ruine celle-ci (qui pourtant arrive à baisser son déficit  !) de façon à la déconsidérer vis-à-vis des assujettis ; parallèlement, on prend prétexte de ce déficit abyssal pour baisser les taux de remboursement des médicaments, voire on dérembourse des médicaments considérés comme peu efficaces ; le résultat est un transfert du remboursement du reste à payer sur les assurances dites « complémentaires ». Ce faisant, on habitue le cotisant à s'appuyer de plus en plus sur les assurances privées et à critiquer la Sécurité sociale. C'est de l'action psychologique destiné à préparer les cerveaux (déjà karchérisés par la télé et les merdias) à l'abandon progressif de la Sécu. Ah ! Au fait, ça se fait sous un gouvernement dit « de gauche ». Hollande, Valls, Macron, Gattaz, Bébéar, même combat !

- Et que faudrait-il faire ?

- Supprimer toutes ces « mutuelles » parasitaires. Et rendre toutes ses prérogatives à la Sécurité sociale. À défaut d'un remboursement à 100 % - ce qui devrait être pourtant la norme – il suffit de créer, au sein de la Sécu, un département d'assurance volontaire, couvrant le remboursement de ce qui ne serait pas pris en compte par la Sécu principale. Avec évidemment, pour l'assuré, le versement volontaire d'une cotisation modulable selon ses besoins qui, de toute façon, serait bien moins chère que celle des assurances « complémentaires » privées, mutuelles ou non (les frais de fonctionnement de la Sécu étant de 3 % contre 15 % chez les assureurs privés qui se goinfrent et ne prennent que les petits risques). Et, surtout, supprimer toutes les exonérations de cotisations car, si les entreprises ont de l'argent pour payer des complémentaires d'entreprise, pourquoi n'en auraient-elle pas pour payer des cotisations à la Sécu ?

- Évidemment. Sans compter que dès lors, les toubibs ne pourraient plus refuser le tiers payant puisqu’ils n’auraient qu'un seul interlocuteur – la Sécu - au lieu de 500 « mutuelles ».

- Allez. À la nôtre !


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7 réactions à cet article    


  • leypanou 22 janvier 16:32

    Supprimer toutes ces « mutuelles » parasitaires. Et rendre toutes ses prérogatives à la Sécurité sociale. À défaut d’un remboursement à 100 % - ce qui devrait être pourtant la norme – il suffit de créer, au sein de la Sécu, un département d’assurance volontaire, couvrant le remboursement de ce qui ne serait pas pris en compte par la Sécu principale. ...Et, surtout, supprimer toutes les exonérations de cotisations car, si les entreprises ont de l’argent pour payer des complémentaires d’entreprise, pourquoi n’en auraient-elle pas pour payer des cotisations à la Sécu ? : le département d’assurance volontaire est déjà le début de la privatisation de la Sécurité Sociale, complètement contraire à l’esprit de la Sécurité Sociale quand elle a été créée..

    Aux États-Unis, c’est ce qu’ils ont fait, à quel prix ? Mais ce ne sera pas ni la majorité actuelle ni une majorité LR qui feraient cela.


    • Laulau Laulau 22 janvier 16:47

      Très bon article.
      Les médecins sont contre, pourquoi ? Peut-être entrevoient-ils que cette loi les dirige vers un statut de salarié. On peut les comprendre : actuellement, payés par la sécu, ils s’apparentent à des fonctionnaires, payés par des assurances privées, ça ne sera pas du Zola, mais ça leur ferait quand même un sacré changement. 


      • ils seraient PLUS UTILES DANS LE ROLE DE LANCEURS D ALERTES PAR EXEMPLE SUR LA

        RECRUDESCENCE DES CANCERS DUS AU PORC ET AU VEAU AUX ANTIBIOTIQUES et

        javellisés

        qu"attendent ils pour DENONCER CE SCANDALE ????????????????????????

        Ils ont juré pour quel serment / celui d hyppocrite ????????????????????? :: :: :: :: :: :: :: :: :: :: :: :: :: :: :: :: :: :: :: :: :: :: :


        • Bernard 22 janvier 18:43

          La sécu telle qu’elle fonctionne est une utopie socialiste, trop d’abus, trop de resquilleurs, trop d’assistés. On connait la suite, les fourmis sont débordés par les cigales...........Mais il faut trouver un coupable, les toubibs.


          • Croa Croa 23 janvier 11:35

            À Bernard
            « telle qu’elle fonctionne » n’est guerre utopique !
            La sécu est un projet du CNR (conseil national de la Résistance), c’est à dire d’une époque où nous savions réaliser les utopies. À l’époque aucun moyen technique ne pouvait permettre le paiement direct sinon il aurait été mis en place d’emblée et les toubibs auraient été d’accord.
            Aujourd’hui tout projet devient usine à gaz mais cela ne trompe personne. Qui dit que les toubibs seraient coupables ?


          • Zoblard le terrible Ziziledur 23 janvier 12:33
            qu’ils zan profite cela ne va ;pas durer
            « Le pouvoir médical passera aux mains des concepteurs des logiciels »
            D’ici à 2030, plus aucun diagnostic médical ne pourra être fait sans système expert. Il y aura un million de fois plus de données dans un dossier médical qu’aujourd’hui. Cette révolution est le fruit du développement parallèle de la génomique, des neurosciences et des objets connectés.

            Aujourd’hui, une appli iPhone réalise aussi bien que les médecins le diagnostic des cancers de la peau à partir de photos réalisées avec l’appareil. Avant 2020, aucun dermatologue n’égalera ce type d’applications, dont le coût sera inférieur à 1 dollar. Des pans entiers de la médecine vont ainsi basculer hors du champ de la décision humaine. L’éthique médicale ne sera plus le produit explicite du cerveau du médecin : elle sera produite plus ou moins implicitement par le système expert. Le pouvoir médical et éthique passera aux mains des concepteurs des logiciels.

            Pourtant, les médecins ignorent la redistribution des cartes à l’œuvre au profit des géants du net : les GAFA (Google, Apple, Facebook, Amazon), IBM et Microsoft seront les maîtres de cette nouvelle médecine. Au lieu de se moquer des technoprophètes comme Luc Ferry, les médecins feraient bien de structurer leur riposte.

            « La manipulation du génome humain sera opérationnelle avant 2025 »
            Le séquençage ADN est le premier moteur de cette évolution : l’analyse génomique d’une seule tumeur exige, par exemple, le traitement de 20 000 milliards d’informations. Et, derrière la lecture de l’ADN, arrive sa manipulation. Ces derniers mois, les technologies d’édition du génome ont fait de grands progrès, et les premières manipulations génétiques d’embryons humains ont débuté.

            Une équipe chinoise a publié, le 18 avril, des modifications génétiques sur 86 embryons humains, destinées à corriger une mutation responsable d’une maladie du sang, la bêta-thalassémie. Le 5 octobre, l’équipe de George Church, à Harvard, a publié la manipulation réussie de 62 gènes sur des cellules de cochons, pour permettre la transplantation de leurs organes chez l’homme.

            Cette expérimentation a impressionné la communauté scientifique par le nombre de gènes modifiés simultanément. La manipulation du génome humain sera parfaitement opérationnelle avant 2025 et n’aura aucune limite technologique. Les médecins ont tort de s’insurger contre Luc Ferry qui les invite à suivre ces sujets qui vont transformer leur exercice.

            Comme toujours, les groupes sociaux n’anticipent pas les ruptures technologiques. Kodak n’a pas cru à la photo numérique. Microsoft n’a pas cru aux smartphones. Les taxis n’ont pas vu arriver Uber. Les médecins ne voient pas que le déferlement des NBIC et des GAFA va fracasser leurs certitudes.

            « Aucun médecin n’a jamais voulu tuer la mort, Google oui  ! »
            Le corps médical n’est pourtant pas à blâmer. Si Kodak, avec ses milliers d’ingénieurs et de prospectivistes, n’a pas vu arriver la photo sur smartphone et en est mort, pourquoi exigerait-on de médecins isolés chacun dans leur cabinet qu’ils lisent dans le futur  ? Il est vrai que l’entrée de Google et des transhumanistes dans la santé est un choc inattendu pour le corps médical, un changement radical de perspective.
             

            • Le421 Le421 23 janvier 17:54

              Si on versait la même somme à la sécu que ce que prennent les mutuelles, elle ne serait plus en déficit depuis longtemps...
              Je verse 120€ environ à la sécu et 168 exactement à la mutuelle.
              Devinez qui rembourse deux fois plus que l’autre ??

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