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Accueil du site > Tribune Libre > Le 12 avril, la « date noire » de l’aviation états-unienne

Le 12 avril, la « date noire » de l’aviation états-unienne

La journée du 12 avril est la « date noire » de l’aviation états-unienne pour deux raisons à la fois, dont la première est largement connue, étant le premier vol spatial de Youri Gagarine en 1961, tandis que l’autre, justement 10 ans avant, en 1951, serait plutôt à l’insu du grand public. Ce jour-là les as de la 324ème division d’aviation de chasse sous les ordres d’Ivan Kojedoub, trois fois Héros de l’Union Soviétique, ont dissipé le mythe de l’invulnérabilité des « forteresses volantes » B-29, ces mêmes qui avaient réduit en cendres radioactives les villes japonais Hiroshima et Nagasaki en 1945 et se préparaient à faire de même avec des dizaines de villes soviétiques (selon des plans d’attaque états-unienne « Totality », « Pincher », « Dropshot », « Broiler/Frolic », « Charioteer », « Halfmoon/Fleetwood », « Trojan », « Off-tackle » et al., se succédant depuis 1945 au fur et à mesure de l’accumulation de l’arme nucléaire par les États-Unis).

D’après Nicolas Malychevsky (Николай Малишевский)

Traduit du russe par roman_garev.

 

La faillite de la composante d’aviation de ces plans qui a engendré ensuite l’expression « le jeudi noir », a eu lieu le 12 avril 1951 pendant la Guerre de Corée. Ce jour-là toute une armada composée de 21 bombardiers B-29, protégés par 200 avions de chasse américains, s’est heurtée contre les MiGs soviétiques. Le seul procédé tactique disponible aux MiGs était de percer cette armada de haut en bas, ce qui était effectué une seule fois, mais cela a suffi. Douze « forteresse volantes » prétendues invicibles ont été abattues, et pas une seule de neuf restées en vol n’est revenue à sa base sans que des membres de leurs équipages soient tués ou blessés. Chemin faisant on a abattu aussi quatre avions de chasse états-uniens qui les accompagnaient. Et si les Américains ne s’étaient précipités vers la ligne littorale, dont le passage était interdit aux pilotes soviétiques, leurs pertes auraient sans doute augmenté. Pas un seul MiG abattu.

Serguéy Kramarenko (voir ses photos), un véritable as de l’aviation, avait combattu d’abord contre les Allemands depuis août 1942 (13 avions et un aérostat de réglage abattus personnellement ou en groupe), puis contre les États-uniens en Corée de l’avril 1951 au février 1952 (149 missions de combat, 13 avions abattus personnellement). Voici son récit :

« …Je regarde d’en haut, justement au-dessus des bombardiers. Nos MiGs fusillent les « forteresses volantes ». L’une d’elles, perdant son aile, se disloque en air, trois ou quatre autres sont enflammées. Leurs équipages en sautent, des dizaines de parachutes sont suspendus dans le ciel. On dirait une descente, tandis que le combat lui-même ne faisait que s’échauffer… 

Les autres B-29 ont rebroussé chemin, quatre d’eux sont tombé en revenant ou lors d’atterrissage. Environ 100 pilotes américains ont été faits prisonnier.

Après ce combat on a trouvé des brèches dans chacun de nos MIGs, l’un d’eux en avait une centaine. Mais pas de grands dégâts, pas une seule cabine atteinte.

Cette journée du 12 avril, les Américains l’ont nommée « le jeudi noir » et ne risquaient plus s’envoler durant trois mois. Le deuxième combat leur a coûté déjà seize « forteresses volantes » abattues. Depuis elles ne s’envolaient pas le jour, seulement la nuit, une par une. Mais nous les abattions la nuit aussi. Durant trois ans de la Guerre de Corée 170 de ces bombardiers ont été abattus. De sorte que les États-Unis ont perdu les forces principales de leur aviation stratégique sur le théâtre de l’Asie Sud-Est.

Les Américains demeuraient longtemps choqués du fait que leurs « forteresses volantes » estimées surpuissantes et invulnérables, se sont avérées sans défense devant les chasseurs soviétiques. Quant à nous, après les premiers combats on s’est mis à appeler ces bombardiers des « bûchers (сараи) volants », tant ils s’enflammaient vite et brûlaient d’un feu si clair. »

Pour ce combat le capitaine Kramarenko (aujourd’hui le général d’aviation) a été nommé Héros de l’Union Soviétique.

 

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Serguéy Kramarenko, un as de l’aviation russe

 

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B-29 du 19th Bomb Group au-dessus de la Corée du Nord en août 1951

 


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13 réactions à cet article    


  • Pegasus Pegasus 22 avril 2015 13:25

    Vu que les Japonais avaient déjà abattus des B-29 avec leurs chasseurs a moteur a piston je ne vois pas vraiment en quoi en perdre face a des Mig a réaction bien supérieurs est étonnant.

    Le développement de bombardiers a propulsion mixte (B-36) et a réaction (B-47) pour remplacer les B-29 obsolètes avait d’ailleurs commencé des avant la fin de la Seconde Guerre mondiale pour faire face a ces nouvelles menaces. En 1950 il ne restait ainsi plus qu’un Group, le 509th équipé de ce bombardier, les autres ayant fait la transition sur les nouveaux modèles.

    Sinon le total des pertes des B-29 durant la Guerre de Corée est de 34 selon les archives de l’US Air Force, dont 3 lors du « Black Thursday ».
     


    • Alren Alren 22 avril 2015 16:59

      @Pegasus

      3 forteresses volantes abattues seulement ? Cela n’aurait pas suffi à parler de « black thursday ».
      Les chiffres ont été maquillés comme durant la guerre du Viet-Nam car il fallait garder le mythe de la grande supériorité technique du leader du « monde libre ».
      Cela a été très difficile d’expliquer en 1961 peuple US que le pays le plus avancé, le plus « tout » en bien, était devancé dans la course à l’espace par ce peuple inférieur de slaves rouges. 
      Et l’on a dépensé sans compter, en mettant à contribution financièrement les alliés en leur faisant accepter déjà des dollars-monnaie-de singe, pour être les premiers sur la Lune au prix d’un quitte ou double pour la vie des astronautes. 
      Oubliant que les soviétiques ont fait alunir à l’époque un engin automatique qui a ensuite exploré notre satellite, ce qui était autrement difficile pour l’époque et on ramené des pierres lunaires sur terre grâce à un autre engin. Un exploit cette fois.

    • Pegasus Pegasus 22 avril 2015 17:50

      @Alren

      « 3 forteresses volantes abattues seulement ? Cela n’aurait pas suffi à parler de « black thursday  ». »

      Le « Black Thursday » est le 12 avril 1951, soit 10 mois après le déclenchement des hostilités par l’invasion nord-coréenne. Si on songe que pendant 10 mois les B-29 ont effectué des centaines de sorties sans pertes majeures alors oui, perdre en un jour 3 avions d’un coup est un signe.

      "Les chiffres ont été maquillés comme durant la guerre du Viet-Nam car il fallait garder le mythe de la grande supériorité technique du leader du « monde libre  ».« 

      L’avantage des archives administratives, a contrario des revendications de victoires souvent instrumentalisées a des fin propagandistes est qu’elles sont nécessairement un état de lieu objectif car indispensable a la simple bonne marche d’une unité militaire. Connaître le nombre précis d’avions abattus et endommagés est nécessaire pour pouvoir ou non demander des renforts, des pièces détachées, du remplacement de personnel dont il faut pouvoir suivre l’avancement etc.
      En ce sens l’étude des conflits aériens montre dans presque tout les cas le peu de fiabilité des revendications de victoire et au contraire la véracité des archives administratives pour comptabiliser les pertes réelles, que ce soit pour l’Armée Rouge, l’US Air Force ou la Luftwaffe.

       »Cela a été très difficile d’expliquer en 1961 peuple US que le pays le plus avancé, le plus « tout » en bien, était devancé dans la course à l’espace par ce peuple inférieur de slaves rouges.« 

      Pas vraiment. D’un la compétition USA-URSS ne découlait pas d’une vision raciale, ce que même le Maccarthysme a soutenu dans sa paranoïa »votre voisin 100% WASP peut être en fait un communiste« . Deux si l’avancée technologique soviétique était sous-estimée elle était néanmoins reconnue après les bombes A et H et la naissance de la problématique du »missile gap« , la création par l’URSS d’une force de missiles balistiques que les Américains, a tort cette fois, ont perçu comme supérieure a la leur dans les années 50.

       »Oubliant que les soviétiques ont fait alunir à l’époque un engin automatique qui a ensuite exploré notre satellite, ce qui était autrement difficile pour l’époque et on ramené des pierres lunaires sur terre grâce à un autre engin. Un exploit cette fois.« 

       »Autrement plus difficile" est une vue de l’esprit. Luna et Apollo sont tous les deux des exploits technologiques mais firent appel a des technologies différentes. Le but ultime et bien compris de la course a la Lune était bien cependant l’envoi d’êtres humains sur notre satellite. L’indubitable victoire américaine marque d’ailleurs le début de la fin de la majorité des grands programmes spatiaux des deux camps.


    • izarn izarn 22 avril 2015 21:49

      @Pegasus
      Il faut voir la com évidente de l’URSS sur sa force :
      Ses Mig 15 (Grand succés international quand meme ! Considérés comme supérieurs au F86 Sabre) pouvaient abattre comme des pigeons les B29, B29 qui fut l’avion porteur des bombes atomiques sur le Japon et qui resta quand meme au SAS jusqu’en novembre 1954.
      Bon aprés le calcul des victoires est dérisoire : Il s’agissait des communistes coréens contre les USA. Pas de l’URSS. Ne mélangeons pas tout !
      Les USA n’avaient pas prévu visiblement un attaque des Migs de la part de la Corée.
      Toujours pareil : Les USA se croient tout puissant, et les autres sont des minables...
      Rappel aussi : La perte de nombreux avions US pendant la guerre du Viet-Nam par des Mig 21...
      Mig 21, toujours en service dans bien des pays impécunieux...
      Alors pas fiables et pas solides les avions russes ?


    • Pegasus Pegasus 22 avril 2015 22:28

      @izarn

      Bien sur que c’est de la com pour mettre en valeur les machines russes. Le symbole du B-29 atomique a la merci du Mig était trop beau pour passer a coté, et tant pis si en 1950 les missions atomiques étaient effectuées par les B-36 et -47 autrement plus performants qu’un avion conçu a l’ère du moteur a piston.
      Le ratio de pertes Sabre/Mig est source de conflit depuis la guerre. Les Sabres ont massacré les Mig coréens et les Mig pilotés par les Soviétiques ont a peu près établi une parité, ce a quoi les Américains répliquent que les Sabres rencontrés alors n’étaient pas le dernier modèle. Débat sans fin qui, in fine, n’a plus maintenant d’importance que pour brosser l’orgueil national des deux camps dans le sens du poil.

      La guerre aérienne au Vietnam est assez particulière. La domination US n’a jamais été vraiment menacée et les Nord-Vietnamiens appliquaient principalement avec leurs Mig des techniques de hit-and-run contre les bombardiers avant que la chasse US, corsetée en plus par des règles d’engagement strictes, ne rapplique. Une des grandes opérations aérienne de la guerre, l’opération Bolo, a même consisté leurrer les Vietnamiens a attaquer une unité de Phantom se faisant passer pour des bombardiers, résultant en la destruction d’un tiers des Mig-21 de l’armée du Nord.
      Les défaites a répétition des Mig arabes face a Israël a également beaucoup fait pour ternir la réputation des avions soviétiques, pourtant pas mauvais dans l’absolu.


    • Croa Croa 26 avril 2015 17:25

      À Pegasus « Les défaites a répétition des Mig arabes face a Israël... »
      *
      À cette époque, ayant disposé d’exemplaires en état de vol et donc pu procéder à des entraînements, les stratèges de l’OTAN connaissaient les points faibles des Migs.


    • paco 22 avril 2015 13:48

       Merci pour cet article sur l’aérien clair , net et concis. Ca change du Muppets Show. smiley


      • COVADONGA722 COVADONGA722 22 avril 2015 17:59

        bonjour tout en émettant les même réserves qu’Alex.Bonne chance quand l’atrabilaire vas vous apercevoir sur son tarmac !!!


        • Electric Electric 23 avril 2015 15:47

          Un excellent rappel historique. On aurait pu ajouter que cette « guerre » a été un vrai génocide. 80% des villes nord coréenne détruites, le napalm, ....

          Les MIG popovs ont continué à semer la panique au Vietnam jusqu’à ce que les ricains en récupèrent, les copient, en fasse une escadrille dans la zone 51 pour apprendre à les descendre.

          J’ai toujours aimé ce sens pratique des russes en matière technologique, cette simplicité dans la conception, qui en limitant la complexité fait gagner en construction, en maintenance, .....

          Il n’y a qu’à voir les problèmes des US avec leurs F35 actuels.

          Mais, il y a mieux : Mac Arthur avait proposé à Truman en 1950 de gagner la guerre en 10 jours en larguant une dizaine de bombe A et de « construire » une ceinture radioactive au Cobalt 60 (très très très radioactif) le long des 320 km de frontière avec la Manchourie pour en interdire l’accès à quiconque pour 100 ans :

          http://leschroniquesderorschach.blogspot.fr/2013/03/voila-pourquoi-la-coree-du-nord-deteste.html

          Les USA ont sérieusement envisagé de raser la Corée au nucléaire. On n’oubliera pas non plus le Général Curtis Lemay, en pointe pour nucléariser la Corée, et dont Kubrick s’est servi de modèle pour son docteur Folamour.

          Truman a reculé au dernier moment. Un heureux moment de lucidité.

          On comprend mieux la « haine » des nord coréens pour les USA. Un génocide a été commis en Corée.

          Personne pour les commémo ? Ben non, c’est des niakwoué, tout le monde s’en fout !

          On peur rêver du jour où les USA seront jugés pour toutes ces saloperies immondes commencées en 42 avec les bombardements massifs de civils partout en Europe.

          PS : je ne défends pas le régime nord coréen, merci par avance de ne pas caricaturer ces propos.

          Imaginons juste un instant que les USA ou toute autre puissance psychopathique disposent de moyens aussi destructeurs que les bombes H, mais sans retombées radioactives.

          Imaginons .............

          50% des bénéfices des sociétés commerciales aux USA sont réalisés dans le secteur militaro-industriel.

          Les USA sont condamnés à faire des guerres tous les 5 ans pour faire tourner ce qui reste de leur machine économique (hors secteur agricole).

          On peut y ajouter tout un baratin géopolitique très savant, mais ça finit toujours par :

          Faut faire tourner la machine coûte que coûte.

          1/ On invente des tensions quelque part, quitte à maintenir un régime hostile pour jouer au méchant. Les think thank se chargent de l’emballage géopolitique « savant » qui fait causer les « experts » sur les plateaux, et on avance les éléments de langage.

          2/On rase avec quelques autres nations suiveuses dont les dirigeants sont tenus par des chantages, vendus, où n’ont pas le choix (finances publiques en lambeaux comme en France).

          3/on vole l’or de la banque centrale (Iran en 79 ou Ukraine en février 2014)

          3/On reconstruit, comprendre, on endette et on détourne le pognon des Institutions internationales, on pille beaucoup, et on s’accapare les ressources en tout genre.

          4/Il n’ y a plus ensuite qu’à traire la vache en se servant des prêts du FMI pour se gaver et maintenir ad vitam le pays sous contrôle.

          Alternative : on utilise des armes asymétriques comme à Haïti en 2010 (machine à tremblements de terre), on lève des fonds (5 milliards), et on assoie le gros Bill (Clinton) dessus pour construire un hôtel 5 étoiles quand pépère vient ramener son gros cul devant les caméras pour se féliciter de l’avancement de la reconstruction (la clim est au top)

          Dans le même temps, on fait en sorte que son propre beau-frère (Tony Rodham, le frangin de l’hystérique Hillary qui a fait Chelsea avec un autre gros cul Webb Hubbell) achète les mines d’or dont le sous-sol regorge.


          • Electric Electric 23 avril 2015 19:46

            Une proportion effarante, il y a encore 5 ans sûrement. Mais les gens commencent à se former à ces armes sismiques, climatiques, spatiales, électromagnétiques.

            Les cerveaux deviennent disponibles pour autre chose que le caca cola

            Profitons en


            • smilodon smilodon 24 avril 2015 16:24

              @ l’auteur : Vous saviez que le largage des 2 bombes nucléaires sur Hiroshima et Nagasaki n’avait que valeur de « tirs en situation réelle » ??... Le JAPON aurait capitulé de toute façon !... Il était « mort » déjà !...Les ingénieurs américains voulaient connaitre l’effet « véritable » en situation réelle de leur « découverte » !.... C’était l’occasion rêvée !... Ils l’ont fait !.... Juste « pour voir » !.... Le Japon se serait rendu, de toute façon !... Même sans ces bombes !...
              La guerre étant déjà perdue pour eux !.... Au lieu de cochons et de moutons, ou de chiens, les américains ont fait un « exercice » en situation réelle !.. 2 fois !... Avec des « japonais » en lieu et place des moutons et des cochons, ou des chiens  !.... Juste pour votre « info » !....Ca aura « marché » au-delà de leurs espérances !..... Comme quoi !... La suprématie des USA, encore valable aujourd’hui, même si très « surfaite » en 2015, vient de là !...... Allez, adishatz.

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